Thursday, October 26, 2017

L 'Ennui (au spectacle) pour les nuls


« Pourquoi vous être intéressé aux neurosciences il y a vingt ans ? 
— Parce que je trouvais passionnantes les recherches menées en sciences cognitives dans le domaine de l'attention. À savoir : comment rendre le spectateur attentif ? Comment séquencer une œuvre pour attiser la curiosité ? Je suis sûr qu'il vous est arrivé d'aller voir une pièce et de vous y ennuyer tellement que vous avez souhaité mourir (rires). On a tous connu ça… Mais ce n'est pas de votre faute ! C'est votre cerveau qui lâche l'affaire. Il se rend compte que les infos arrivent à un rythme donné, qui ne change pas, et qu'il n'y a pas de narration cognitive.
— C’est-à-dire ?
— Disons que je fais ça (Forsythe commence une petite chorégraphie avec ses dix doigts). Et disons que cela m'a pris quinze ans de perfectionner cette séquence, cette petite chose complexe, un seul et même motif. Mais après quinze minutes… Vous avez beau vous dire « c'est du Forsythe, je ne veux rien rater » (rires), votre cerveau, lui, se rend compte que l'information donnée ne change pas de magnitude ni de fréquence, qu'il n'y a pas de variation de durée ni de surprise. Il va se dire « OK, mouvement complexe des mains, je conserve de l'énergie jusqu'à ce qu'il se passe autre chose ». Alors que si j'introduis de petites anomalies (il sort son pouce et le balance vers la droite), et puis que je recommence peut-être de l'autre côté, votre cerveau va penser qu'il assiste à l'amorce d'une narration, il va s'éveiller. C'est cela qu'il faut entretenir, dans une pièce. Et parfois, faire durer l'action pour endormir la vigilance, et puis surprendre, boum ! J'ai toujours cela à l'esprit désormais. La modulation des différences, voilà ce qui entraîne la curiosité lors d'un événement minuté. »

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