Wednesday, April 27, 2022

« On dirait que les hommes ont peur de ne pas mourir à voir tout ce qu’ils inventent pour se tuer »

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Tuesday, April 26, 2022

« Le bonheur, pour moi, c’est de ne commander à personne et de ne pas être commandé. » (Stendhal)


« C’est Edgar Poe qui citait parmi les quatre conditions du bonheur le fait de renoncer à tout pouvoir sur autrui »

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Friday, April 22, 2022

l l faut supporter la démocratie


J’accuse ceux qui répètent « Macron = Le Pen » de NE PAS faire de politique. Faire de la politique, c’est combattre l’extrême droite. At first. Si on ne le fait pas, c’est collaborer. Oui, il y a une différence d’essence entre le totalitarisme et la démocratie. Je ne voterai plus pour quelqu’un — et je le combattrai toujours désormais — qui annonce que c’est « assez secondaire » de savoir si c’est de Macron ou de Le Pen qu’il sera le premier ministre (!) Admettre cette différence essentielle n’implique aucune complaisance à l’égard des pouvoirs en place. Au contraire, c’est la première condition d’une vigilance implacable. Combattre la séduction de l’autoritarisme avant de critiquer  les démocraties. 


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Monday, April 18, 2022

L es Feux de la tendresse


Pour ma part, j’ai été heureux, très heureux, extrêmement heureux pendant ces cinq dernières années. Suis-je pour autant un ultra-libéral ? Je vis dans une chambre de bonne dans le quartier multiculturel de La Chapelle que j’adore (entre Barbès et Stalingrad), mais j’ai conscience d’être un privilégié. Je suis un privilégié de la démocratie. J’utilise la BPI du Centre Pompidou dont je visite aussi les expos gratuitement grâce à ma carte d’intermittent du spectacle, je fais du vélo dans Paris (ville que j’adore) grâce à un abonnement à bas prix. Je ne veux pas brader cette liberté (oui : ce confort, ce luxe) au bénéfice du totalitarisme. On me dit que c’est par égoïsme, ok, par égoïsme ! Je ne veux pas, de toute ma voix, être responsable de l’arrivée au pouvoir de l’extrême-droite. Au moment où nous avons élu Chirac à 82%, c’est vrai que je me suis dit après que ce n'était pas la peine, que je n’aurais pas dû y aller, mais, maintenant, je pense qu’on a eu raison d’élire Chirac à 82%, que c’est ce qu'il faudrait faire, élire Macron à 80%, ne pas jouer à la roulette russe, au ballotage. On dit qu’il y a deux gauches irréconciliables, mais l’incompréhension prédomine chez moi. Je ne comprends pas Annie Ernaux pour qui Macron, c’est le diable, je ne comprends pas Edouard Louis qui met en équivalence Hollande et Pol Pot, je ne comprends pas Pasolini qui dit que le capitalisme (ou le consumérisme, je n’ai plus la citation sous les yeux) a fait plus de dégâts que le nazisme,  je ne comprends pas ce qu’ils veulent dire. Je ne comprends pas quand on dit que Macron, c’est le choléra et je comprends quand on dit que Le Pen, c’est la peste. Je comprends Annie Ernaux, Edouard Louis, Pier-Paolo Pasolini, trois immenses artistes, quand je les lis leurs récits, j'écris leurs poèmes et que je vois leurs films, mais je ne comprends pas leur parole politique. Je comprends Louis-Ferdinand Céline, mais pas dans son action politique. Cette incompréhension de leurs langues politiques, c’est ma langue à moi. Tout ce que j’ai fait depuis vingt ans, ces dizaines de spectacles miraculeux, tombés du ciel, je n'aurais pas pu sous le totalitarisme, tout aurait été écrasé. Ne pas parler de poésie, ne pas parler de poésie en écrasant les fleurs sauvages… Allez, un peu plus de cette chanson que j’écoutais adolescent et à l’horizon de laquelle je suis resté fidèle : « Rien avoir, mais passionnément, ne rien se dire éperdument, ne rien savoir avec ivresse / Riche de la dépossession, n'avoir que sa vérité, posséder toutes les richesses / Ne pas parler de poésie, ne pas parler de poésie, en écrasant les fleurs sauvages / Et voir jouer la transparence au fond d'une cour au murs gris où l'aube n'a jamais sa chance ». L'AUBE AURAIT ENFIN SA CHANCE Je vote pour une gauche poétique, utopique, débarrassée des idéologies et je vote contre Le Pen.


Sunday, April 10, 2022

Yves-Noël Genod

Chorégraphe, metteur en scène 

8, rue Jacques Kablé

75018 Paris


Madame, Monsieur, 


Le spectacle chorégraphique que nous avons donné ensemble, Charly Molle-Cousin et moi, s’est déroulé à partir du 19 septembre 2020 pendant toute la période du confinement où il a été possible de répéter, mais pas de recevoir du public dans le lieu immense de la Grande Halle du Carreau du Temple, à Paris. Il s’est redonné en janvier dernier. Il a enflammé des centaines de participants amateurs ainsi que des solistes professionnels. Sa beauté a bénéficié de l'hiver du contexte. Comme nous n’étions jamais sûrs de nous revoir, nous avons transformé les « répétitions » en « représentations ». Chaque samedi et chaque dimanche, un spectacle émergeait, abouti dans l’état de l’apparition, comme souvent les petits d’animaux sont en quelques minutes de leur venue au monde déjà sur leurs pattes. Dans ce contexte paradoxal de fermeture, la bulle de liberté de la Grande Halle a aimanté des participants de toute la France, de l’école des beaux-arts de Nantes, en particulier. C’est ainsi, parmi la centaine, que j’ai rencontré Charly Molle-Cousin, immédiatement reconnaissable, à la fois caché et mis en valeur par la foule, altruiste par singularité puisqu’il faut qu’autour de soi, ça vive (il n’y a pas d’être sans êtres). Oui, l’image qui me vient est celle d’un chevalier des temps modernes, d’un Perceval précisément, immédiatement leader, physique, mais discret (secret), pas dictatorial (il n'y en a que trop), poète trop ému par trois gouttes de sang sur la neige... Son existence de frêle et fort chevalier, son rapport sensoriel au monde, peu filtré par l’intelligence ou l’habitude (qui nous déforment le monde, donnent le sentiment que ce que l’on voit n’est pas vraiment ce que c’est) m’ont enchanté et appris. Charly le dit : ce que je vous montre, c’est ce que c’est. Dans le même sens, à chaque séance cité, le titre d’un poème de Wallace Stevens : « Not Ideas About the Thing, But the Thing Itself ». Dans ce poème, on parle d’un cri « part of the colossal sun », un cri confondu avec le soleil de mars, du « début de la fin de l’hiver », un cri maigre, un cri d’oiseau sans doute, mais un cri qui indique « A new knowledge of reality ». Souvent dans une lingerie transparente, grise ou pâle comme une peau (une plume) légèrement décollée, ou en slip noir et débardeur blanc, Charly semblait, en dansant, apporter cette part du soleil ; oui, peut-être une nouvelle connaissance de la réalité. Ce que j’ai vu. Avec Charly Molle-Cousin, je suis peut-être moi-même devenu l’adolescent à armer ; au final, je ne sais pas qui a adoubé l’autre ! Je suis entré dans la légende et j’aimerais bien sûr le retrouver. (Il y avait un projet à la Ménagerie de verre dirigée par Marie-Thérèse Allier qui malheureusement vient de s’éteindre.)

Je vous encourage donc vivement à porter le plus grand intérêt à sa candidature. Sa sève est puissante et sa poésie immense. Ces deux fluides — puissance et immensité — accompliront sa destinée à P.A.R.T.S. autant et plus encore qu’il a renversé Paris d’une vraie révolution joyeuse et grave. 

Veuillez recevoir, Madame, Monsieur, l’assurance de mes sentiments les meilleurs, 


Yves-Noël Genod

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Saturday, April 09, 2022

L a Méthode


« Il y a une page de Taine qui est capitale et sur laquelle Proust insiste beaucoup qui est la méthode de l’essayiste. Et Taine nous dit que l’essayiste, il travaille en marchant, en flânant. Il y a qqqch du flâneur chez l’essayiste. C’est un flâneur de la pensée, c’est pas quelqu’un qui travaille méthodiquement à son bureau toute la journée. Proust est dans son lit, Taine flâne et il y a une grande idée de ce qu’on appelle aujourd’hui, c’est un terme qui est à la mode, la « sérendipité » du flâneur et de l’essayiste

— C’est-à-dire les fait de découvrir qqch par hasard.

— Ecoutez, c’est plus la faculté de reconnaître le hasard. C’est une sorte de reconnaissance, la sérendipité, c’est une sorte de grâce. C’est comme Pascal qui dit : « Tu ne me chercherais pas si tu ne m’avais pas déjà trouvé ». Et c’est ça, la sérendipité. Parce qu’on a déjà d’une façon trouvé qqch…

— Ah, oui, pour vous, c’est une forme de réminiscence, presque, la sérendipité…

— Absolument. Il faut savoir saisir la chance c’est ça, la sérendipité, il faut savoir saisir le hasard. Et Proust l’a trouvée chez Taine, cette méthode. »

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Monday, April 04, 2022

S oleil


« Je suis à l’hôpital psychiatrique, mais regardez la beauté, la beauté de l’événement, dehors c’est beaucoup plus dur, les gens rigolent pas, les gens vous mettent de la pression, mais moi je crois, au soleil, au soleil qu’on voit, tous les jours, tous les jours, éclaire-moi soleil, merci soleil ! »

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M aison


« Ta maison te laisse croire que tu es effectivement son propriétaire puisque cela semble te faire plaisir. Tu n’es pourtant qu’un hôte de passage. Les toilettes sont au bout du couloir et des placards sont à ta disposition dans ta chambre pour y ranger tes affaires si tu veux. »

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L a deuxième leçon de Proust


« La seconde leçon, si vous voulez, à mon sens, c’est que, pour Proust, la seule raison d’écrire, c’est le bonheur. La décision d’écrire de Proust, c’est une décision qui correspond exactement avec la métamorphose d’une vie somme toute malheureuse et inutile dans une vie heureuse. Ecrire, c’est être heureux. Pour Proust. Et, ça, je crois que c’est très important et je dirais presque que c’est extrêmement moderne, c’est peut-être même d’avant-garde, en un sens, parce que, depuis vingt ans, nous avons été habitués à une sorte de sentiment un peu dolosif, un peu malheureux, un peu tourmenté par un excès de responsabilité de l’écriture, alors que, pour Proust, écrire, c’est essentiellement être heureux et c’est vouloir être heureux. »


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