Sunday, March 08, 2015

U ne lettre d'amitié


J’aimerais bien jouer à t’aimer et que tu joues avec moi, et jouer assez pour que tu aies ta disponibilité en toi de ma vie en moi… Par exemple, je lirais des poèmes, des poèmes que tu ne comprendrais pas et je te les enverrais, tu finirais par deviner pourquoi je te les envoyais, pourquoi ces poèmes parlaient de toi pour moi et de notre relation rêvée. Je voulais te dire : continue de faire confiance aux signes, aux emportements, aux nuages de printemps, c’est la vraie vie — qui souvent se referme. Quand elle est là, elle est vraie, on le sent bien, la vie est un songe. C’est comme une crise, oui, mais le poème arrive...

« Au-dessus de nos tombes
S’incline la face brisée de la nuit.
Sous les chênes nous balançons dans une barque
d’argent.

Toujours tintent les murs blancs de la ville.
Sous des arcs de ronces
Ô mon frère nous grimpons guides aveugles vers
minuit. »

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Alors, vendredi, chez Jonathan Capdevielle, je connaissais la moitié de la salle ; ce soir, chez Thomas Scimeca, je ne reconnais plus personne en Harley Davidson, c’est le grand public. Mais pas le grand public du théâtre de la Colline, si vous voyez ce que je veux dire, non, le djeun’s grand public. Alors, le nouveau spectacle des Chiens de Navarre est parfait, mais j’y allais pour Toto dont je suis amoureux depuis douze ans. Les Chiens de Navarre, c’est un rêve pour tous les acteurs, tout le monde voudrait en faire partie : l’amusement et la gloire. Des sketches énormes, mais puisqu’on les aime à la télé, pourquoi ne pas en profiter en vrai ? « C’est là l'essence de la magie », comme disait Franz Kafka. Tout est « vrai » comme une très bonne soirée entre amis. « Soirée, mot magique… », comme disait Frédéric Dard dans un des San-Antonio (ne me demandez pas lequel). Une expérience de présence absolue, comme au cirque. L’époque actuelle comme elle est : vivable. Moi, quand je vois des spectacles comme ça, je ne fais plus rien, je fais la fête (avec Zineb, Courtney, et tout et tout…) Euh, y a plus de places jusqu’en 2018, mais démerdez-vous, s’il y a un désistement on vous appelle, ce serait dommage de louper Toto et sa bande (et ça bande). Sinon, tout à l’heure, à 15h30, à Nanterre, rien à voir, y a Hate Radio, spectacle déjà vu, excellent, mais très éprouvant puisque sur les réels massacres du Rwanda, je ne vais pas y retourner malgré la nouvelle présence de la sublime Bwanga Pilipili que je viens d’admirer dans un stage à Bruxelles… Et la semaine se termine, ça a été chargé, j’ai pas vu tout le monde et j’ai pas kiffé un spectacle... Tout le reste : nickel !

Photo (de Marc Domage) : Thomas Scimeca dans une sorte de Hate Radio, le spectacle s'appelle Monsieur Villovitch



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V alérie


J’ai rencontré Marie Plantin, hier, pour la deuxième fois (d’après elle), et on a parlé assez longuement. Marie Plantin a écrit des textes très beaux sur nombre de mes spectacles. Elle vient d’avoir un enfant et elle est claustrophobe, ainsi elle n’est pas venu voir Rester vivant au Rond-Point, mais elle a caressé le désir d’écrire une critique sur le spectacle sans le voir, un texte qui aurait dit comment elle, elle l’imaginait… Quel dommage qu’elle ne l’aie pas écrit ! Je l’encourage dans cette voie (moi, lecteur de Borges). Elle me raconte aussi son rapport à Valérie Dréville — c’est très beau — qui lui a littéralement ouvert toutes les portes du théâtre et de la danse. Elle ne s’y intéressait pas, elle était très jeune, des études, et elle l’a vue par hasard dans Phèdre, elle était au premier rang et elle a été bouleversée, elle est allée dans sa loge, ce qu’elle n’avait jamais fait, et en se décrétant son amie pour forcer le passage et, face à elle, elle s’est effondrée en larmes. Valérie était avec son enfant tout petit, elle n’avait pas encore quitté sa robe de scène, c’était sublime. Valérie a eu l’intelligence de prendre son numéro et de promettre de l’appeler. Elle habitait chez sa mère à l’époque qui s’est moquée d’elle, de son émoi : « Si tu crois que Valérie Dréville va t’appeler !… » Mais Valérie a appelé et lui a proposé un rendez-vous. Là, pendant deux heures, Valérie lui a parlé de tout, de Vitez, de Régy, de Vassiliev, etc., à elle qui n’y connaissait rien. Chaque fois qu’elle voyait Valérie dans un nouveau rôle, elle était en larmes dans la loge en face de Valérie. Et Valérie lui disait : « C’est bien, ça veut dire que tu gardes ta fraîcheur, la fraîcheur de ton émotion… » Depuis quelques années, elle ne passe plus dans la loge parce qu’elle s'est dit que quand même ça faisait trop groupie, mais elle continue de voir toutes les apparitions de Valérie dans le même intérêt et la même passion, elle voudrait que je lui dise, à Valérie, qu’elle, Marie Plantin, est toujours là même si elle ne pleure plus.

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