Tuesday, June 30, 2026

L ATE FOURCADES (P.O.L)


Oh, Dominique ! Je me suis retenue d’acheter votre livre parce que je me suis dit (mais sans me le dire) (mais retenue quand même) : « Il va peut-être me l’envoyer... » et, en effet, je suis toujours ébahie, estomaquée de trouver votre nouveau livre en cadeau suprême, inimaginable, mais, maintenant — luxe auquel on s’habitue —, imaginé. 

Encore une fois c’est une splendeur. Plus encore ? Liberté,  galop, assurance. Parce que je le lis dans les temps morts d’un tournage (c’est mon premier, à mon âge dire «  C’est la première fois » est touchant) dans une maison de maître environnée d’un parc qui, au fond, donne sur la Dronne où je me baigne parmi les nénuphars, le luxe permet le vaste. (Dans mon cachot à Paris, c’est autre chose — je veux dire quant au temps.) 

Je ne sais pas comment vous faites pour que votre écrit soit si parlé, pour que ce soit votre voix et d’une telle douceur — infinie —, pas un mot qui ne s’adresse pas entièrement à moi comme une conversation subtile, exacte, pas un mot plus haut que l’autre — et pourtant en déploiement baroque. Ici, à la campagne il y a la nuit, une faible lumière, peu d’insectes et vos mots sont juste lisibles dans la faible lumière et la fenêtre ouverte sur les ténèbres (figurées).

Toujours vos livres s’adressent à moi — et m’enseignent même la méthode pour les écrire. Mais sans doute la méthode — à la japonaise — n’est autre, au fond, que : perdre pied (c’est ainsi que je crois le poème s’inscrire). 

Évidemment le poème ne dit pas ce qu’il dit, mais, comme un miroir, ce que justement je vis à l’instant où, comme un journal, je l’ouvre, je le déplie et le mélange, par exemple, à cette première fois d’un tournage dans un parc le long d’une rivière dans la nuit-orage et dans le jour-canicule. Tournage qui parle justement aussi d’une balançoire d'enfant qui se balance ou ne se balance pas, de jets d’encre noire, de cambrure, etc.

Je vous embrasse, 

Marie-Noëlle
 
P.S. : Une fois, Marguerite Duras m’avait dit : « J’ai eu bien des honneurs dans ma vie, mais il y en a un qui recouvre tous les autres, c’est que Satyajit Ray ait programmé INDIA SONG dans son festival à Calcutta, ça… » (Je partageais son émotion : Satyajit Ray !) Eh bien, l’honneur que vous me faites de m’envoyer vos lectures est de cet ordre, supasse aussi tous les autres, que vous me jugiez digne de vous lire...


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Monday, June 01, 2026

L e réel est relation, le vivant est relation, le sujet lui-même est relation

 
Bonjour Zhaoran !

Pardon de répondre si tard, je suis un peu débordée en ce moment. 
Oui, je pourrais te donner des conseils. Mais je suis surtout impressionnée par ton travail. Je trouve ton texte d’une grande beauté. Je trouve que c’est là ton talent, ton instinct. Il me semble que ta mise en scène (et, encore une fois, je peux mal en parler devant une captation) alourdit ce à quoi j’ai un accès direct quand je lis tes phrases. Alors, je n’aurais que des banalités à dire sur le rendu théâtral. Oui, il faut que les acteurs n’aient pas l’air de subir la forme ou « l’indication », la volonté du metteur en scène. Il faut que les acteurs n'aient pas l’air d’exécutants (même si l’on sent leur bonne volonté). C’est toute la difficulté. (C’est grossièrement dit.) Par exemple, Claude Régy, metteur en scène qui ne parlait que de la mort m’avait dit qu’il aimait beaucoup travailler avec Bulle Ogier, actrice délibérément vivante, car elle contrecarrait son obsession. Pour ma part, c’était toujours un miracle, dans le sens où j’avais l’impression de faire ce que je voulais, moi, et qu'en même temps, j’exigeais des interprètes qu'ils fassent ce qu’ils voulaient, eux. Je te l’ai déjà dit, je crois, je risque de ressasser : des leçons de liberté. Tiens, une phrase de mon idole d’enfance (et encore maintenant), Klaus Michael Grüber : «  Les acteurs sont capables de choses magnifiques, mais ils ont tellement peur ; tout le travail consiste à calmer leur peur. » Je continue de penser que tes phrases sont la vraie matière du spectacle. Tu écris. Et tu dois trouver le moyen que cette écriture agisse plus directement, que sa puissance ne soit pas entravée, distraite par la représentation — mais tu me dis que c’est justement le problème dont tu as conscience et, là, je ne peux pas aider car les solutions se découvrent, s’inventent personnellement, à partir de l'instinct. 

Aucun écrivain important n’a la même langue — et, par ailleurs, on trouve sur les étals des librairies des centaines de livres qui ont le même style, le style unique de l’époque. Je ne peux que m’émerveiller de ton écriture. Et t’encourager. Par exemple, j’aime beaucoup ce passage de ta lettre : « J’aime les environnements sombres, comme dans ce spectacle… Mais ce qui m’importe davantage, ce sont les gestes extrêmement minuscules qui apparaissent à l’intérieur de cette obscurité : comme des plantes dans un désert, le reflet de la lune à la surface de l’eau, ou un faible signal dans l’univers. En réalité, je ne pense pas que l’enfermement soit véritablement mon thème ; peut-être est-ce simplement que je ne parviens pas encore à maîtriser cette unique lumière. »

Oui, Peter Brook est le maître… J’ai vu ses derniers spectacles. Sublimes. Et j’ai joué dans son théâtre, Les Bouffes du Nord. Rien ne m'avait semblé plus facile que de travailler dans ces murs qu’il avait, lui, travaillés pendant des décennies. Comme un palais en ruine et en splendeur. Un poème si riche. Si tu passes par Paris, il faut absolument que tu vois ce théâtre. (Et fais-moi signe, j’habite à cinq minutes.) J’y ai joué deux spectacles. Le premier (1erAVRIL) était le poème du lieu ; le second (LA RECHERCHE), c'était sur Marcel Proust. Je te donne un passage qui parle d’une notion que tu peux comprendre, le « livre intérieur » (extrait du dernier volume, LE TEMPS RETROUVÉ).

Au plaisir, 

Marie-Noëlle 


« Quant au livre intérieur de signes inconnus (de signes en relief, semblait-il, que mon attention, explorant mon inconscient, allait chercher, heurtait, contournait, comme un plongeur qui sonde), pour la lecture desquels personne ne pouvait m'aider d'aucune règle, cette lecture consistait en un acte de création où nul ne peut nous suppléer ni même collaborer avec nous. Aussi combien se détournent de l'écrire ! Que de tâches n'assume-t-on pas pour éviter celle-là ! Chaque événement, que ce fût l'affaire Dreyfus, que ce fût la guerre, avait fourni d'autres excuses aux écrivains pour ne pas déchiffrer ce livre-là, ils voulaient assurer le triomphe du droit, refaire l'unité morale de la nation, n'avaient pas le temps de penser à la littérature. Mais ce n'était que des excuses, parce qu'ils n'avaient pas, ou plus, de génie, c'est-à-dire d'instinct. Car l'instinct dicte le devoir et l'intelligence fournit les prétextes pour l'éluder. Seulement les excuses ne figurent point dans l'art, les intentions n'y sont pas comptées, à tout moment l'artiste doit écouter son instinct, ce qui fait que l'art est ce qu'il y a de plus réel, la plus austère école de la vie, et le vrai Jugement dernier. Ce livre, le plus pénible de tous à déchiffrer, est aussi le seul que nous ait dicté la réalité, le seul dont l'« impression » ait été faite en nous par la réalité même. De quelque idée laissée en nous par la vie qu'il s'agisse, sa figure matérielle, trace de l'impression qu'elle nous a faite, est encore le gage de sa vérité nécessaire. Les idées formées par l'intelligence pure n'ont qu'une vérité logique, une vérité possible, leur élection est arbitraire. Le livre aux caractères figurés, non tracés par nous, est notre seul livre. Non que ces idées que nous formons ne puissent être justes logiquement, mais nous ne savons pas si elles sont vraies. Seule l'impression, si chétive qu'en semble la matière, si insaisissable la trace, est un critérium de vérité, et à cause de cela mérite seule d'être appréhendée par l'esprit, car elle est seule capable, s'il sait en dégager cette vérité, de l'amener à une plus grande perfection et de lui donner une pure joie. L'impression est pour l'écrivain ce qu'est l'expérimentation pour le savant, avec cette différence que chez le savant le travail de l'intelligence précède et chez l'écrivain vient après. Ce que nous n'avons pas eu à déchiffrer, à éclaircir par notre effort personnel, ce qui était clair avant nous, n'est pas à nous. Ne vient de nous-même que ce que nous tirons de l'obscurité qui est en nous et que ne connaissent pas les autres. »

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Monday, May 04, 2026

Bonjour Zhaoran !

Merci pour tout ce que tu dis de gentil, ça a été une belle surprise et une belle leçon pour moi de t’avoir dans l’atelier ; ton instinct, ta concentration et ta connaissance de l’amplitude possible du jeu et de la danse m’ont émerveillé ! Malheureusement, je ne suis sans doute pas la bonne personne pour te parler du VERDICT. Un spectacle, de manière générale, est très difficile à comprendre en vidéo (pour ma part et pour cette raison, je n’ai jamais fait de captation, seulement des clips publicitaires). Donc je ne saurais dire ce que je ressens, en général. Je pense que si j’avais vu ce travail en vrai, je l’aurais trouvé excellent, mais, là, en vidéo, c’est difficile pour moi de ne pas être agacée par ce que je vois : même si je vois aussi que tes jeunes acteurs ont du plaisir à jouer ensemble, je les trouve pris dans la forme. Je n’ai rien contre la forme ; j’aime aussi beaucoup Bob Wilson, Jon Fosse (monté en France par Claude Régy), Samuel Beckett... (cela me rappelle aussi des formes que j’ai vues dru Japon ou de Chine) auxquels ton travail me fait penser — ou ton « imitation » , comme tu le dis si bien. Mais il faut, pour moi, que la forme révèle une liberté, une vitalité, une communication qui n’existerait pas sans elle. Sinon il vaut mieux que l’effort de la forme ne se voit pas. S'il se voit et que la forme n’est ni sublime ni transparente, elle enferme. Je comprends bien que le sujet de ta mise en scène est l’enfermement ! Et, pour moi, ça résonne d’une étrange façon d’imaginer que ce que je visionne a été montré en Chine. Ce qui serait le mieux pour comprendre ce travail serait que tu le redonnes à l’école de Monaco avec des élèves qui voudraient bien le faire, que tu le redonnes en français, pour voir comment ça pourrait résonner dans les conditions actuelles de notre existence occidentale ; pour toi, ça te semblera sans doute étrange, mais, si tu arrives à motiver quelques camarades, je pense que ça serait d’un grand intérêt. Les choses que tu évoques sont universelles. J’aimerais bien les entendre en français (même si la lecture des sous-titre fonctionne). Voilà, hélas, je n’ai pas grand chose d’autre à dire. C’est pour moi un travail d’école plein de possibilités. Il faudrait — à mon sens — que la forme ne mime pas l’enfermement pour que ce soit plus fort. Pour moi (comme je l’ai dit dans l’atellier), un travail théâtral doit toujours se présenter comme une leçon de liberté pour le spectateur. Mais c’est personnel. Je n’aime pas trop les auteurs — pourtant admirables — comme Thomas Bernhard qui maintiennent le spectateur dans la noirceur, l’enfermement… Je trouve plus fort les auteurs (dont Kafka !) qui montre la lumière, qui croit en la lumière, qui la vivent… Tiens, une citation de Franz Kafka : « Je m’efforce d’être véritablement un candidat à la grâce. J’attends et je regarde. Peut-être viendra-t-elle, peut-être ne viendra-t-elle pas. Peut-être cette attente à la fois calme et inquiète est-elle l’annonce de la grâce, ou bien la grâce elle-même. Je l’ignore. Mais cela ne m’inquiète pas. J’ai, pendant ce temps, fait amitié avec mon ignorance. » Il y a un bruit de fond dans la vidéo, sans que je sache si c’était dans la représentation, qui évoque un bruit de train, je trouve que c’est très bien, ils sont — dans leur lenteur — pris dans le voyage d’un train… C’est beau de répéter plusieurs fois la même phrase d’un ton différent, dans un état différent, ça crée des circonstances différentes, des possibilités différentes, comme si la réalité pouvait avoir plusieurs formes, plusieurs résonances… Le feu, à la fin...

Merci d’avoir espéré que je pouvais dire quelque chose de ton travail, ça me touche,

Marie-Noëlle

Je vais relire LE VERDICT, il y a une nouvelle traduction française, pour comprendre ce que tu en as gardé et ce que tu as inventé comme, peut-être, ces très belles phrases que je ne reconnais pas de Kafka : « Dieu laisse tomber un journal depuis le ciel », « Les énormes pierres tombent dans la mer »...

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Saturday, April 04, 2026

Q uelques notes

 
Merci beaucoup, Sandrine, Mathieu… pour cet atelier que vous m’avez permis le plaisir d’avoir mené à bien !

Huit personnes ont suivi cet atelier. Elles ont, à plusieurs reprises, montré l’habileté d’une vraie troupe. C’est ce qui m’a positivement étonnée. Ce ne sont pas des gens habitués à travailler ensemble, m’ont-ils dit, mais ils l’ont fait avec un naturel qui m’a fasciné. Peut-être l’époque qui est à ça actuellement, de nouveau le collectif, je ne sais pas. En tout cas, c’était là, pas à travailler (quand ils étaient entièrement là, pas seulement leur fantômes, toujours une affaire de miracle, quand même...)
 
 

Emma est très douée — tout ce que je vais dire ici sur eux, je le leur ai déjà plus ou moins dit —, mais c’est vrai. Et dans le jeu (théâtre, ciné) et dans la danse. On pourrait se mettre à son service qu’elle nous baladerait dans son grand huit ! Je lui mets 20. J’aurais pu lui retirer quelques points pour son, disons, son hédonisme, mais elle m’expliquait de façon si princesse Grâce qu’elle avait, par exemple, envie de jouer à la balle avec les garçons dans le patio que je ne pouvais pas lui en vouloir. Allez, 20 !

Bleuet est très forte surtout en jeu, théâtre ou cinéma. Elle a fait à de multiples reprises des choses sidérantes de justesse, déjà des personnages très habités, presque sans le savoir on aurait dit ; en tout cas, que je ne voyais pas venir, que je ne voyais pas construire ; engagée dans une confiance, un instinct, 20 !

Zhaoran est très puissant, libre, beau, intelligent (virtuose pour capter les choses avec son téléphone-traducteur soi-disant dont je n’ai pas osé m’approcher), humble. Vraiment très fort en « Tanztheater », très expressif. Je ne sais plus qui m’a dit qu’il a fait en Chine une école de théâtre. Ce qui explique. La Chine a certainement des écoles de très haut niveau d’exigence, il n’est évidemment pas une création ex nihilo — et j’étais bien consciente de profiter d’un savoir qu’il me partageait. Pour ses splendeurs et malgré ses absences matinales (ne soyons pas mesquine, il suffit de le savoir), je lui mets 20 point d’exclamation

Charlotte est extraordinaire : 20 ! Extrêmement douée, agréable. « Agréable » ne veut pas dire agréable, mais humilité, humanité, attention à l’autre, dispo, un allant, comme : toujours prête à jouer, à s’y plonger ou à se laisser entraîner sans ambages. Une très belle présence dans cette troupe, elle diffuse une confiance (dont j’ai aussi bénéficié) : toujours les fluides qui viennent sont les bons...

Maydine aussi est extraordinaire, un amusement à jouer, et puis l’air de rien (son air de rien), l’humour et l’autodérision, amusée du personnage qu’elle trimballe, à l’écoute, elle aussi ira quelque part, je lui mets 18… mais, non ! pourquoi vouloir des nuances ? 20 !!!

Flore-Anh est fabuleuse. 20, bien sûr. Danseuse de très haut niveau, absolument sublime. Si j’avais un projet de danse, je le lui proposerais illico. Vous avez vu comme elle commençait en solo la forme que nous vous avons proposée ? Forme à laquelle elle n’était d’ailleurs pas pour rien car c’est elle qui en a conçu une partie, une chose à laquelle je n’aurais jamais pensé, dont je ne me souviens pas, mais qui a permis tout simplement à la pièce de se constituer. Intelligence, présence, écoute, humilité, tendresse (etc.)

Angelina est une personne si particulière, pleine de traumatismes, de chairs à vif. Une voix si faible, les yeux fuyant la lumière, la peur du contact, ses scarifications qu’elles m’a montrées, mais sa présence est soudain — très souvent — comme une évidence, une grâce, une joie, comme si elle oubliait les drames pour, comme une plante, vibrer au soleil — et son existence est alors un cadeau : 20 !

Léo est merveilleux, ludique, vivant, très actuel, son sourire, son rire, ses fous-rires me resteront comme une rencontre. Parfois, comme avec Angelina (mais différemment), des questionnements empêchent et gênent — ou distraient, plutôt, peut-être. Mais son rôle dans la troupe a été majeur, force de proposition indispensable et jouant cette dispo avec tant de délicatesse que j’ai beaucoup de plaisir à lui mettre 20 à lui aussi !
 
 

Ces 20 qui récompensent tout le monde ne sont pas complètement une blague. J’ai sincèrement été épatée ! Mon travail est un travail sur l’excellence, on pourrait même dire qu’il n’est circonscrit qu’à ça, l’excellence ; il n’y a que ça : le miracle, la grâce sinon rien. Alors, oui, je le dis quand ça se produit : c’est « très bien ». Tous ces étudiants de la côte d’Azur sont très engagés sur de très beaux chemins personnels. Je suis curieuse, chacun, de leur avenir…

Je mets 0 à tous ceux qui ont déserté (quand même, j’ai ma fierté) et je mets la moyenne (10) à Kamal qui, sans me dire pourquoi il était parti, m’a demandé de visionné son travail qu’il m’a très bien exposé et que j’ai trouvé particulièrement riche, intéressant et possible

C’était un merveilleux séjour parmi vous qui restera dans ma mémoire. Continuez-bien dans cette belle école, ce nid d’aigle, et près du club bouliste (une chance que j’ai comprise le dernier soir au moment du « boire un coup » !) Bon courage et plaisir à tous !

Marie-Noëlle

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Wednesday, March 11, 2026

Ces lignes sont juste pour débuter la conversation. Sandrine Perrin m’a donné vos noms et m’a parlé un peu des pratiques et des orientations de chacun.e, toutes, comme je m’y attendais, très personnelles (et c’est tant mieux) et m’a demandé quelques lignes d’intention. Je suis très heureuse de venir donner cet atelier, je ne sais pas trop quoi prévoir, très curieuse de ce qu’il va se passer. A l’époque déjà lointaine où je donnais beaucoup de workshops (surtout pour des comédiens, bien entendu), je travaillais sans savoir, sans méthode, dans le flux de la vie, avec ce qui venait, s’attrapait et j’aimerais que ce soit encore le cas. Comme le disait Franz Kafka de lui-même, j’étais « candidat à la grâce *». C’était aussi ainsi que je fabriquais des spectacles : presque en temps réel, « en me baissant pour ramasser », en affaiblissant l’idée de travail, en ne répondant qu’à des commandes (ce qui permettait sans doute de me déresponsabiliser de ma volonté)… Mais que ça ne nous empêche pas de rêver et d’imaginer quelques pistes pendant les semaines qui nous restent ! Par exemple, on pourrait peut-être partir de ce proverbe irlandais (sur lequel je tombe à l’instant), à méditer, en tout cas : « When God created time, he made plenty of it », « Quand Dieu a créé le temps, il en a créé assez » (alors pourquoi avons-nous l’impression de ne jamais en avoir assez ?) Vous pourriez parfaitement me suggérer des choses, me parler de vos envies ou rêveries ou questionnements. Je sais que vous êtes très occupés (ce qui est normal dans une école) donc c’est sans obligation, mais je reste avec plaisir à votre écoute. Voici mon adresse et mon téléphone. Aussi sur IG sous le nom marienoellle. En tout cas, ce dont je me réjouis, c’est d’apprendre de vous ! 

Marie-Noëlle

* « Je m’efforce d’être véritablement un candidat à la grâce. Peut-être viendra-t-elle, peut-être ne viendra-t-elle pas. Peut-être cette attente à la fois calme et inquiète est-elle l’annonce de la grâce, ou bien la grâce elle-même. Je l’ignore. Mais cela ne m’inquiète pas. J’ai, pendant ce temps, fait amitié avec mon ignorance. » (C'est moi qui souligne.)

Puisque Kafka (que je relis en ce moment) est cité : « Il est parfaitement concevable que la splendeur de la vie se tienne prête à côté de chaque être et toujours dans sa plénitude, mais qu’elle soit voilée, enfouie dans les profondeurs, invisible, lointaine. Elle est pourtant là, ni hostile, ni malveillante, ni sourde ; qu’on l’invoque par le mot juste, par son nom juste, et elle vient. C’est là l’essence de la magie, qui ne crée pas, mais invoque. » Amitiés !


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Sunday, February 08, 2026

Chère Silvia, cher Daniele,
Votre projet d'une grande intensité poétique, enclenche chez moi la rêverie — comme tout ceux d’ailleurs que vous m’avez proposés au fil du temps, qu’ils aient abouti ou qu’ils n’aient pas abouti (la rêverie reste positivement). J’ai immédiatement commencé à noter des choses, comme je le faisais toujours dans d’infinis dossiers, ce qui me venait, écouter aussi cette rêverie qui s’accroche partout au dehors, livres, tableaux... comme si tout se rassemblait dans la direction d'une île imaginaire de Venise (rien que ça !) Je ne sais pas si on va y arriver parce qu’il y a vraiment très peu d’argent, mais ça existe déjà…
Je t’ai dit, Silvia, que de voir le lieu un seul jour m'allait, mais l’idée d’aller à Venise un seul jour me paraît insensée. Je resterai quelques jours, même si tu n’as pas de logement à me proposer, j’irai à l’auberge de jeunesse… Je suis occupée à partir du 20 mars, mais on vient de me proposer aussi de participer à un cabaret le 7 mars (je ne sais pas encore si je le fais ou non…)
Il faut envisager pour moi trois voyages, le premier, celui de juin — et ce serait bien qu’il y en ait un autre en mai.
Beaucoup déjà est inventé dans votre texte que je relis.
Je note des possibilités et des impossibilités qui me viennent (le pique-nique pour 200 personnes : hors de prix, à moins de dire au public d’apporter lui-même sa nourriture)
Peut-être qu’il faudrait mettre au courant le public de toutes les réflexions que nous aurons d’ici juin, que le public ait autant que nous conscience des enjeux, cartes sur table, et que sa participation soit de partager cette « rêverie », cette philosophie d’action, de fête, de gaspillage, cette espérance — et qu’il n’y ait peut-être  que ça, une attente, mais une attente la plus générale possible, plus que celle d’un spectacle.
Evidemment la question qui traîne en fond de tout ce qu’on peut faire maintenant est : Comment façonner un avenir acceptable ?
J’ai hâte d’échanger encore avec vous, mais je donne ici une idée (tirée de ce dossier) comme ça, pour le plaisir :
LE PUBLIC N’EST JAMAIS CONTENT (titre)
Demander aux participants, le public, de se déguiser, sur le modèle du Pèlerinage à Cythère
Et le voyage et l’arrivée dans l’île est juste ça : rien d’autre, les participants sont laissés à eux-mêmes, réellement abandonnés sur l’île avec leurs habits endimanchés : ils étaient là juste pour le coucher de soleil, une cérémonie invisible, inconnue. Ils repartent mécontent et se plaignant, mais de quoi ? ils n’ont rien payé, on leur a juste pris quelques heures de leur temps, empruntées seulement, en fait, non, c’est le contraire, on ne leur a pas volé, on leur a rendu leur temps, « notre seule richesse », disait Chantal Akerman.
Évidemment cette action ne peut « marcher » que si les téléphones sont retirés pendant le voyage, zéro photo, zéro vidéo, zéro communication — ou peut-être non ? Laisser le public faire des selfies jusqu’à plus soif ?  
A bientôt,
Marie-Noëlle

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Wednesday, February 04, 2026

Comme c’est chouette, ces nouvelles et ces photos !
Il s’en passe des choses dans la vie, des enfants qui naissent, des mariages… Je ne me souvenais pas que tu n’étais pas catholique… Je me suis mis, moi, à refréquenter les églises à partir de mon accident il y a bientôt deux ans (j’ai été renversée par une voiture en vélo, le lendemain des obsèques de ma mère, c’était un 1er mars).
Oui, j’ai encore un peu de travail dans le théâtre. Quand je n’en aurai plus, je ferai aide-soignante. J’ai aimé accompagner ma mère pendant deux ans en maison de retraite — ou alors je rejoindrai une association marseillaise pour travailler à aider les pauvres gens. Mon frère qui travaille à la mairie de Marseille et ma belle-sœur qui est institutrice me racontent des choses atroces qui se passent à Marseille, des gangs qui arrivent en pleine nuit dans les appartements avec des kalachnikovs en hurlant aux occupants : « Vous avez une heure pour faire vos bagages et partir » (et, eux, récupérer le logement).
Je suis de nouveau célibataire, la fille de Nantes m'a jetée il y a deux ans parce que j’avais changé de genre, ça a coincé : « Tu étais un bel homme, maintenant tu es une femme moche ! » m’a-t-elle dit — et, certes, je suis une femme moche, pas comme Monica qui est toujours un sommet de beauté ! je vois sur les photos...
Je t’embrasse, mfr
Salut tout le monde pour moi, spécialement Leo,

Marie-Noëlle

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Tuesday, February 03, 2026

Oh, ne sois pas désolée !
C’est toujours un plaisir pour moi d’être associée à des projets qui, peut-être, n’aboutiront pas, ça arrive tout le temps ; là, on me propose une performance sur une île à Venise, est-ce que ça aboutira ? rien n’est moins sûr. On me propose un scénario, est-ce que le tournage aura lieu ? J’aime ton enthousiasme à l'idée d’entraîner des gens, tout commence toujours comme ça, pas par l’argent (je viens de voir un bout d’interview de David Lynch qui le dit : l’important, c’est de suivre son idée). J’ai aimé aller dans l’église et y rêver (et y essayer) le Sermon sur la Mort, de Bossuet, dans la chaire à prêcher. J’aime beaucoup les lieux et que le contenu soit en rapport avec la mémoire des lieux, que le contenu compte moins que son environnement. L’autre lieu que tu m’as fait visiter est moins inspirant (pour moi). Je vois qu’il faut du gros son pour y créer qqch, le lieu en lui-même n’est pas intéressant (en tout cas, en l’état). D’autres que moi feront ça très bien.
Bref, beaucoup aimé mon séjour chez toi et la rêverie que tu m’as enclenchée — et ta gentillesse.
Garde précieusement ce que tu appelles — ou ce qu’on appelle pour toi — ta « naïveté » !
Bisous,
Marie-Noëlle

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Friday, January 09, 2026


Salut Marie ! Merci ! C’est très beau, ton portrait, y compris dans les vacheries qui m’ont fait rire, dire juste après « jeune actrice » que j’ai connu Vitez, c’est hard, mais c’est de bonne guerre…
Seulement il faut tout passer au féminin. Je suis trans, ça veut dire que j’ai toujours été celle que je suis, que j’ai été empêchée par les circonstances, la société, les insultes, de me présenter au féminin, mais, que, maintenant que j’ai pris ce pouvoir, il doit être respecté. On ne doit en aucun cas rappeler à une trans son ancien nom, ça détruit son geste. Je sais bien que ce n’est pas ton intention, mais, si ce portrait passait dans la presse, il risquerait d’être vécu comme une insulte par bon nombre. On ne peut pas rappeler aux trans à tout bout de champs qu'elles ont porté ce qu’on appelle un deadname et un genre qu’elles renient. A l’oral, c’est plus facile, parce qu’on reprend gentiment ou agressivement, j’essaye gentiment, la personne qui se trompe, mais, à l’écrit, bien sûr, ce n’est pas possible. Alors, que fait-on quand on veut assumer des choses faites publiquement dans le passé — ou, comme toi, quand on veut les évoquer — eh bien, on ne fait rien, on se les approprie ! C’est moi, c’est Marie-Noëlle qui ai créé En attendant Genod, La Recherche, etc.
Dans le détail, c’est simple : tout au féminin, tout Marie-Noëlle. Pour le début, tu peux mettre : On l’a connue sous un autre nom signant des spectacles…
Pour le deuxième paragraphe (« Apparition »), après Jocelyn Cottencin, tu mets : Marie-Noëlle se démarque par sa silhouette androgyne…
Et ensuite, bien sûr : Actrice, danseuse, performeuse, metteuse en scène, elle navigue alors entre tous les rôles…
Entre 2003 et 2022, elle crée… (coquille à crée)
A chaque fois, ils (les spectacles) laissent surgir l’ineffable… ou A chaque fois, elle (Marie-Noëlle) laisse surgir l’ineffable…
Paragraphe « Disparition » : Nomade dans l’âme, faisant escale où on l’accueillait, Marie-Noëlle créait in situ…
La mort d’Ivan Ilitch, coquille (une seule l), il s’agit de la reprise du titre de Tolstoï
Le titre exact du diptyque est un vers de Stéphane Bouquet : — je peux / — oui (écrit ainsi avec l’absence de majuscules, la barre oblique et les tirets)
Paragraphe « L’apprentissage de l’adieu » : Là, moi, je trouve que ce n’est pas la peine d’ajouter « et d’amatrices » à « une foule d’amateurs » — qui, pour moi, englobe tout le monde sans justement avoir à rajouter des ixes, etc., du particularisme qui, au final, en laisse toujours de côté —, mais, ça, c'est comme tu le sens
Un destin d’effacement annoncé pour une artiste qui a fait ses adieux…
Le Dispariteur, quand j’invente ce mot, en effet en regardant la télé la nuit à Marseille et me disant que je veux faire le contraire, c'est d’abord pour le nom de mon association, il en fallait un, puis du premier spectacle de la Ménagerie (le titre plaisait à Marie-Thérèse) puis, bon, de mon blog qui n’est plus ouvert que comme une archive (ou un brouillon) plutôt que comme une action. (D'ailleurs, Jocelyn Cottencin l’a maintenant presque entièrement mis en pages pour l’éditer — en l’état, sans correction, torrent de boue — en un livre unique d’artiste : quand l’opération sera faite, le blog sera fermé, mais il nous manque un peu d’argent pour ça, ça traîne…)
J’en oublie peut-être. Le dernier paragraphe (intitulé « Phœnix ») est très beau !
J’espère que cette remarque et les retouches qu’elle engendre ne dénaturera pas ce que tu voulais faire (« l’équilibre un peu funambule », que je comprends puisque je le vis encore dans ma vie (mais ma nouvelle vie est courte : 2 ans), qui, un jour, n’aura plus lieu, ira de soi, comme pour Bambi : à un moment elle est devenue madame tout le monde : après le cabaret où elle était encore perçue comme une femme-homme puisque c’était l’attraction de la maison, elle est devenue prof et, malgré sa crainte, n’a jamais été dénoncée, ainsi je deviendrai aide-soignante, je l’espère…)
Je t’embrasse,
Marie-Noëlle

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Wednesday, January 07, 2026

S ensibilité tranquille


Quel grand plaisir d’échanger avec toi ! La sensation — rare — d’être comprise, presque à en revenir à la vie ! 

J’ai pensé à ce qu’on s’était dit, je crois qu’à un moment, j’ai dit que chaque spectacle était le dernier. Je crois que c’est inhérent à la profession, c’est un apprentissage permanent de l’adieu, cette profession (quel beau titre, d’ailleurs : L’Apprentissage de l’adieu !) Les spectacles où je jouais mis à part  (je n'étais jamais prête — sauf, justement, le premier, où j’avais donné 20 avant-premières), mais les spectacles de groupe : on est comme une famille physique idéale, une enfance, on voudrait passer tout le restant de nos jours ensemble, mais, après la troisième ou la cinquième représentation comme c’était à la Ménagerie (nous avons très, très rarement tourné), on se quitte, en fait, à jamais. On est triste au début et, après, comme ça se reproduit, on apprend : j’ai donné comme ça des dizaines et des dizaines de spectacle joués une fois ou deux et ça a toujours été comme ça : des adieux déchirants !

On a parlé aussi de la réussite ; je t’ai dit ce que ce psy m’avait sorti une fois, que j’étais dans « l’autoproclamation d’un succès que j’avais failli avoir, que j’avais raté d’un cheveu ». Mon premier stand-up, en 2003, En attendant Genod était (donc) sous l’égide de Beckett dont on connaît la célèbre formule : « Essayer encore, rater encore, rater mieux encore » et se situait (premier compte-rendu critique d’une fille très intelligente qui s’appelle, je crois, Murielle Durand) aftermath, après la bataille, la catastrophe, en conséquence...

Mais j’ai cherché l’étymologie de «  réussite » et de «  ratage ». Ratage vient de rat, «  rater », « rateler », c’était «  faire la chasse au rat ». « Prendre rat »  ou « prendre un rat »  : ne pas partir pour une arme à feu, puis ne pas réussir pour une personne… etc. Ce qui a pu donner jusqu’au récent « se prendre un râteau »…
Réussir vient de l’italien «  riuscire », proprement : « ressortir » ou « déboucher ». Ce n’est donc pas un aboutissement, mais une sortie ! Loin de l’injonction capitaliste (ou thérapeutique) à la réussite, c’est-à-dire au bonheur, à la forme, à la beauté, à la richesse, à l'amour… Les actrices de cinéma dans la vente permanente, éternellement jeunes et dans le coup… 
J’ai inventé ce nom, Le Dispariteur, contre ce que je voyais à la télé (maintenant sur les réseaux sociaux)

Ce que je faisais, ces spectacles, c’était des gestes, c’était surtout ne rien faire. Ce que je préférais, c’était quand le spectacle apparaissait de lui-même, fruit — ou épiphanie — de je ne sais quel hasard ou providence, quasiment en temps réel, immédiatement adulte. C’est arrivé plusieurs fois ; par exemple, les cinquante premières minutes du 1er avril des Bouffes du Nord sont apparues le premier jour des répétitions et n'ont jamais, jamais été retouchées, j’ai interdit qu’on les retouche, j’ai demandé qu’on refasse, qu’on retrouve, pendant le temps de travail qu’il nous restait cette première semaine très en amont, exactement la perfection de cet « état de l’apparition »

Maintenant l’ultra capitalisme semble avoir gagné toutes les guerres (aucune opposition possible : elles sont toutes sur les réseaux qui appartiennent aux quelques ultra milliardaires qui dirigent la planète — c’est-à-dire nulle part...)

Tu pourrais dire que je suis une « artisse ». C’est Célline Minard qui invente ce mot dans son dernier livre que j’aime beaucoup… 

A propos, mon nom d'artisse, c’est Marie-Noëlle, pas Marie-Noëlle Genod, ils se sont trompés dans le récent portrait de Zakary Bairi qui dit la gentille phrase ci-dessous (dans « Coups d’Œil »)

Amitié, 

Marie-Noëlle
 

 

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Monday, December 01, 2025

 
Beaucoup de choses dans ta lettre. D’abord une gentillesse débordante. 
1) Ce n’est pas étonnant qu’on ne me propose plus rien, ça s’appelle : « La roue tourne » ou « J’ai fait mon temps ». Il y a 22 ans maintenant quand j’ai commencé, j’ai répondu à une commande, celle du chorégraphe avec lequel je travaillais à qui on avait proposé une programmation carte blanche dans un festival ; à son tour, il m’a proposé de fabriquer (en le produisant) mon premier spectacle (EN ATTENDANT GENOD). J’ai raconté tellement de fois cette histoire que tu dois la connaître. Ça a marché, ça m’a ouvert une liberté incroyable, une reconnaissance, mais j’ai tout de suite pensé : « S’il ne me l’avait pas proposé, je n’aurais sans doute jamais rien fait ». Je serais restée interprète, ce que j’étais et ce que je suis de nouveau. C’est arrivé comme ça, ça s’est enchainé à partir de ce premier geste et c’est reparti de la même manière (avec un peu plus de temps, de prolongations…) ; j’ai eu peu à peu moins de propositions, moins d’argent et surtout moins de public (j’ai travaillé des années en Suisse, une sorte de cauchemar au niveau du public !) Donc, à un moment où j’ai eu encore une proposition (la péniche Pop, à Paris), j’ai annoncé que c’était mes adieux. Alors, bien sûr, si on me reproposait de faire qqch, pourquoi pas ? La difficulté (que j’assume), c’est que je n’ai jamais fait aucune démarche dans ce sens, je n’ai jamais cherché du boulot, les spectacles se sont enchaînés tant que ça marchait, tant que j’étais à la mode. C’était toujours des commandes (on me donnait un lieu, des dates et un budget que je ne discutais jamais) et, en même temps, des cartes blanches (avec parfois des désirs particuliers exprimés : que tu travailles avec telle comédienne, etc.), j’aimais beaucoup l’effet de commande. Quelqu’un veut, alors j’y vais. S’il n’y avait pas eu ça, je n’aurais jamais rien fait.
2) Pas du tout contre ton enthousiasme et ta proposition. En mai, je suis libre.
3) Envie depuis un moment de revivre un peu à Bruxelles. Pourquoi pas pendant les fêtes, si tu me prêtes ton appartement. Si tu rentres à Paris le 18, j’y suis encore, peut-être donc qu’on pourrait se croiser à Paris, le 18 ou le 19… 
4) La dernière personne avec laquelle j’ai été en contact à Bruxelles, c’est Antoine Pickels. Il a failli prendre ce spectacle d’adieu qui s’appelle TITANIC, HÉLAS, on avait trouvé un lieu… et puis il n’a pas eu l’argent qu’il espérait, il a dû réduire sa voilure cette année-là. Il est adorable. Son festival (s’il le donne toujours, je ne sais pas) s’appelle TROUBLE.
Bises,
Marie-Noëlle

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Tuesday, June 10, 2025

Votre livre est sublime, magnifique. Il me met en contact avec ma jeunesse. Cette jeunesse de mon essence, immémoriale, ce temps devant

Peut-être que vous écriviez dans cette jeunesse et que je lisais dans le même émerveillement  

Plaisir d’avoir déjà lu quelques textes car le plaisir de les relire. Pour moi, le plaisir est toujours relire, mais bien sûr pour relire il faut avoir lu. Les grandes vacances que je m’octroie parfois (pas assez souvent)

Vous êtes comme une langue classique pour moi. Un XVIIIème, par ex. Un XVIIIème maniable

Le futur antérieur, dites-vous

Portez-vous bien dans la cité et dans le vide

Marie-Noëlle

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Wednesday, April 17, 2024

U ne invitation de dernière minute


Très impressionnée par ta pièce d’art sacré ! J’ai vu hier, du premier rang, j’étais comme un poisson dans l’eau à recevoir comme l’eau du ciel la sueur de tes danseurs, très impressionnée par le rêve de ton espace qui m’a rappelé une phrase de Paul Claudel soulignée récemment (du livre Connaissance de l’Est) : « Le soleil de la Pentecôte illumine la Terre nette et parée et profonde comme une église ». L’église visible et invisible. Corps mystique. Pour moi, tout art est sacré. Encore faut-il de temps en temps en faire la démonstration... Fabuleusement émue donc de te retrouver — et admirative — moi qui ne le suis pas du tout, en forme — toi, si en forme — magistralement écrire à la craie cette démonstration devant mes yeux comme au tableau noir (de mes ténèbres...)


Sans doute ta pièce que je préfère (mais c’est pas de jeu, je viens de la voir !) Sûrement inoubliable : tellement onirique. L’un de tes chefs-d’œuvre. 


Splendeur...


Marie-Noëlle


de loin je voyais la danse

de près je voyais la danse

dans la mémoire du religieux

dans la mémoire des cathédrales

dans la désaffection des cathédrales, grands coquillages


aimer Dieu qui s’en fout

qui s’en fout

inventer d’aimer — Dieu —

qui s’en fout 

mais, Dieu

l’aimer


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Friday, April 12, 2024

Je vous envoie ça à cause — entre autres — de la scène de lapidation qui fait penser à celle de Quichotte bien sûr, avec les « amandes de rivière » (mais tous les coups qu’il reçoit). C’est d’une interview de Clément Rosset qui aimait beaucoup l’Espagne et son humour (il cite, mais je n’ai pas retrouvé, un vieux paysan qui, montant dans un train, s’était exclamé : « Comme tout est loin ! ») 


« Mais hélas ! quoi que vous fassiez pour échapper au réel, que vous recherchiez le divertissement ou que vous construisiez un système métaphysique, il finira toujours par prendre sa revanche. La mésaventure qui est advenue à Raymond Lulle, un des principaux penseurs du Moyen Âge, est à cet égard très instructive. Cet homme, né à Majorque au XIIIe siècle, a consacré sa jeunesse aux plaisirs, notamment aux femmes, c’est-à-dire qu’il s’est d’abord montré très sage. Puis il est monté sur une des petites montagnes majorquines où il a connu une illumination religieuse. Au sommet de sa nouvelle vocation mystique, Lulle a eu la révélation d’un grand art, un ars magna : il s’est figuré qu’il était capable de construire une démonstration rationnelle assez rigoureuse pour convertir tous les hommes au christianisme. Il a demandé qu’on le conduise en Afrique du Nord. Une fois sur la côte – Lulle parlait couramment l’arabe –, il a pris la parole afin de sermonner les musulmans avec sa méthode imparable, ses syllogismes parfaitement affûtés. L’effet n’a pas manqué : à peine avait-il ouvert la bouche que ses auditeurs ont ramassé des pierres. Ils l’ont lapidé. Même s’il faut déplorer la mort de cet aimable érudit, on ne peut s’empêcher de voir dans cet événement une savoureuse revanche du réel. Car la réalité passe par la sensation. Quand on vous jette une pierre dessus, ce n’est pas une idée de pierre qui s’écrase sur votre figure. »


Et ça aussi (bien sûr) :


« Je sais bien qu’il est un peu idiot de parler d’un tempérament espagnol. Mieux vaut éviter de raisonner comme cet Anglais qui, débarqué à Calais, conclut que toutes les femmes françaises sont rousses après avoir vu une passante rousse dans la rue. Mais il y a quand même certains traits nationaux marquants. Ce que j’aime en Espagne, c’est la gaieté, le sens de la fête, le goût de la vie qui s’exprime dans la musique et dans les danses – notamment celles qui viennent de l’Aragon, les boléros, les jotas, que je préfère aux danses andalouses plus austères. Avec cette nuance que l’Espagne est aussi le pays de la tragédie. J’ai beaucoup écrit sur le fait que l’allégresse et le sentiment tragique de la vie sont indissociables. C’est le cas en Espagne : voilà une population chez laquelle le sens de ce qui existe, de ce qui est – la dimension ontologique –, est complètement absent. Seul le paraître a de la consistance. Le monde est une porte merveilleuse, somptueuse, qui n’ouvre sur rien. Contrairement à certaines idées reçues, les Espagnols ne prennent rien au sérieux. Chez eux, tout est factice, en carton-pâte. Pour employer le jargon philosophique, l’Espagne est le pays par excellence du phénoménisme. Ce n’est pas un hasard si l’un des plus grands philosophes espagnols, Baltasar Gracián, décrit le monde comme une apparence et affirme que « ce qui ne se voit point est comme s’il n’était point ». En Espagne, ces deux idées, « rien ne vaut rien » et « la joie de vivre est infinie », sont alliées. Tout est foutu, soyons joyeux. Rassurons-nous, tout va mal : c’est l’une de mes devises préférées. Une telle conception du monde imprègne la culture de cette nation, du don Quichotte de Cervantès aux compositions de Manuel de Falla. Il n’y a que le réel, mais le réel est dispensateur de joie. »


L’ensemble de l’entretien  

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Thursday, April 04, 2024

E lle nage dans la tristesse


« Je n’évolue pas, je voyage » (Fernando Pessoa)


Il y arrive un moment où l’on a tout vu, mais où reste encore — je l’ai dit dans mon post précédent — la manière de voir. La manière de voir, ce n’est pas de voir un spectacle (là, il n’y a aucune manière, on te place devant un spectacle et tu vois). Non, la manière de voir, c’est de ne pas voir le spectacle. C’est seulement, pour moi, ce qu’il y a d’intéressant… Mais, pour cela, pour trouver des aides à la manière de voir, il faut traverser des tonnes et des tonnes d’ordures, de matériaux pollués, comme une grève des éboueurs, ce que j’appelle les matériaux honteux, le spectacle, le show-must-go-on, les cinémas, les théâtres, pendant qu’on exterminait les Juifs pendant l’Occupation. Cette fameuse « Zone d’intérêt ». Et pendant le monstrueux d’aujourd’hui, exactement la même manière d’amplifier le détournement...  


La jeunesse est sotte, elle devrait courir vers la vieillesse et non pas l’inverse (mais on l’a tellement prédéterminée à s’aimer) (ou à se haïr) 


Autre chose, les livres que j’ai lus si difficilement (de plus en plus difficilement) ces derniers temps sont des livres écrits par des fous, j’ai l’impression. Je ne sais pas si je touche l’essence de ces livres — et alors je dois bien avouer que je ne peux pas les lire jusqu’au bout, c’est-à-dire que je m’arrête avant de devenir folle moi-même — ou si c’est moi qui devient folle et n’arrive plus à lire les livres sans les prendre pour des objets fous. Vous voyez ce que je veux dire ?


Là, je suis dans Trois Guinées, de Virginia Woolf. Eh bien, je peux vous dire que V. W. est 1) complètement folle, 2) très vivante et 3) féministe. Un ami m’envoie : « Pas une page plate chez V. W., jamais. Et tout y est fait pour déjouer les états de tristesse — qui ne lui étaient pas tout à fait étrangers… » Ah, oui, parce que je lui avais dit, à cet ami qui me demandait, à la troisième personne, des nouvelles de Marie-Noëlle : « Elle nage dans la tristesse. Elle essaye de lire Trois Guinées, de V. W. »



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Sunday, March 31, 2024

James Benning, hier. Son dernier film. BREATHLESS. Rapport avec le film de Jean-Luc Godard ? La durée, 87 mn, et le format, 4/3. A part ça, J.B. voulait juste « enregistrer la lumière », c’est-à-dire que nous avons devant les yeux pendant 87 mn un plan fixe d’un bout de route d’un paysage escarpé de Californie, l’ombre sur la route qui se déplace et, bien sûr, l’enregistrement sonore du presque rien de ce bout de souffle de cette journée pour moi désormais inoubliable. Il y a autre chose de Godard, finalement : un bout de fiction qui n’était pas prévue (et que J.B. enregistre bien sûr, ravi de n’y être pour rien), des ouvriers sur la route qui élaguent des arbres : ce bout de narration est de ceux qu’affectionnait et recherchait Godard. J.B. a dit : « comme si je voulais make fun de J.L.G. et que J.L.G. revenait pour make fun of me ». A la fin du film, une femme a crié, exaspérée : « Vive Godard ! » Bien sûr, ce genre de choses pour moi inouïes correspond certainement plus à ma nature redoublée par mon vieil âge qu’à la vôtre heureusement tumultueuse et à votre jeunesse occupée à voir des gens à poil faire leur tragédie* !  
Bises, 
MN

* Zakary m’avait proposé d’aller voir la dernière de Tragédie d’Olivier Dubois, à Colombes

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Monday, March 25, 2024

R éponses à un questionnaire

 

    Voici. Merci de votre délicatesse — et de votre insistance —, Philippe !

    J’espère qu’il n’y a pas trop trop de coquilles et d'incompréhensions (j’ai relu, mais…) Il y a sûrement beaucoup de naïvetés !

    Marie-Noëlle


  1. Peut-être, oui. J’ai produit un très grand nombre de performances, je ne les ai jamais comptées (les spectacles, oui, jusqu’à 130 — et j’ai arrêté ensuite…) J’avais l’habitude de dire que les performances n’étaient que des spectacles avec moins d’argent, que la différence de dénomination s’arrêtait là. Je pense que je voulais insister sur le fait de ne pas confondre ce que je faisais avec ce qui s’est inventé historiquement dans les beaux-arts. J’ai toujours eu un complexe par rapport à l’histoire de l’art (je voudrais, maintenant que je cherche une reconversion, prendre des cours d’histoire de l’art). Mais cette non-différence entre nos performances et nos spectacles signe aussi que les spectacles relevaient sans doute aussi de la « performance » — peut-être dans le sens que ce qui m’intéressait, c’était la première fois. C’était le premier geste d’un interprète sur le plateau. C’était ce premier geste que nous gardions, geste prétexte, on n’en cherchait pas un autre. J’ai toujours eu très peu de temps de répétitions pour créer mes spectacles (pour une raison, celle de ne pas pouvoir se payer ce temps de travail et aussi par nécessité d’avoir le lieu-même de la représentation à disposition), mais ce temps très court, je le réduisais encore en programmant des avant-premières (au moins trois) et surtout en réalisant le spectacle le plus rapidement possible, immédiatement, le premier jour si possible, presque en temps réel — et de ne plus le retoucher ensuite, plus du tout, rien changer, les journées restantes servant alors seulement à retrouver cette qualité pour moi inouïe de la première fois. Cette qualité qu’on pense ne jamais pouvoir retrouver, mais qui se travaille, nous y arrivions. Un avantage de travailler cette qualité de la première fois, c’est qu’elle nous mettait de plain-pied avec les spectateurs du spectacle (ou de la performance) puisque, pour eux aussi (à moins qu’ils reviennent), c'est la première fois. C’est peut-être cette idée qui me rattache à la performance. Mais nous, nous en faisions des spectacles…
  2. Mon travail relevait du théâtre (je suis comédienne), mais il était présenté dans des lieux de danse (et j'employais beaucoup de danseurs). Les festivals de danse étant en France sans doute plus ouverts pour présenter de telles formes « hybrides ». C’était un théâtre dégagé de la notion — si actuelle — d’être en colère (la notion théâtrale de drame). C’est d'ailleurs peut-être une des raisons pour laquelle il ne se joue plus. Nous sommes dans une époque où la colère est sans cesse valorisée — tout le monde est en colère ! —, alors que — faut-il le rappeler ? — la colère faisait partie, il y a peu, de la liste des péchés capitaux…
  3. Répondu comme je l’ai pu en 1) et en 2)
  4. Ça, c’est bien. Toute appropriation est bonne, à mon sens (y compris la « culturelle »)
  5. J’ai employé le terme de « performance », mais je n’ai pas employé les autres termes que vous proposez. « Art-action », je ne sais pas ce que c’est. « Art expérimental » : à vrai dire, au fond, je n’avais pas vraiment l’impression tellement d’expérimenter (malgré les intitulés des festivals qui me programmaient, certes expérimentaux), c’était juste faire du théâtre comme je l’entendais, me mettre sous les yeux les spectacles dont je rêvais, que je ne voyais pas ailleurs, que j’avais envie de voir (ni non plus d’inventer de « nouvelles formes » comme d’autres que j’admire le font). L’« art indisciplinaire » me plaît parce que j’y entends « indiscipliné », mais je n’employais pas non plus ce terme…
  6. Ça, je ne sais pas. Je ne saurais dire ce qu’il faut faire (ou pas). Je pense que, oui, on peut l’inclure dans le domaine du spectacle vivant.
  7. Idem. Je ne saurais dire
  8. Je n’ai jamais demandé d’aide sauf quand on a trouvé mon travail assez important pour venir me chercher, m’inciter à en demander et m’aider à en préparer les dossiers (la DRAC). Ainsi, j’ai bénéficié pendant deux années d’une aide à la compagnie. Au bout de deux ans, mes bienfaiteurs étant partis, j’ai été virée…
  9. Comme je le suggère à la question précédente, je suis bien incapable de demander une quelconque aide. Mais je ne suis contre rien
  10. J’ai fait une école de théâtre (à Chaillot et à l'Odéon, Ecole d’Antoine Vitez), un stage d’Actors studio avec Blanche Salant et de très nombreux stages et cours de danse, un peu de chant… Mais ce que j’ai appris, j’ai le sentiment de l’avoir appris sur le tas (en travaillant, au début avec Claude Régy puis avec François Tanguy) — et aussi de l’avoir reçu de la vie toute entière, éternelle étudiante, les spectacles que j’ai vus très, très jeunes (Klaus Michael Grüber, Pina Bausch…) qui m’ont marquée de manière indélébile et les rencontres aussi que j’ai faites très jeune (Marguerite Duras, surtout). Par la suite, par les interprètes avec qui j’ai travaillé aussi… Tout est rencontre et prédestination…
  11. Oui, bien sûr, on peut toujours enseigner la performance. Ça m’intéresserait, en tout cas, en tant qu’étudiante. J’ai d’ailleurs travaillé et créé une pièce (Felix, dancing in silence) dans une école de Berlin rattachée à l’université qui était une école — malheureusement j’ai oublié son intitulé — qui préparait les jeunes danseurs (venus de toute l’Europe) à la performance (avec très peu de classiques cours « techniques », ce qui manquait peut-être aussi, par ailleurs…) 
  12. Le festival Actoral (qui m’a beaucoup programmée), par exemple, à Marseille. Mais il n’existe plus… L’Arsenic, à Lausanne, qui m’a aussi beaucoup programmé. La Ménagerie de verre, bien sûr… Le festival de Silvia Fanti, à Bologne, où j’ai été aussi plusieurs fois… (Etc.)
  13. Je n’ai plus de réseau, je ne peux parler presque qu’au passé. Les gens sont décédés ou partis à la retraite. La roue tourne. Marie-Thérèse Allier est morte, Hubert Colas a été viré, pour ne nommer que les deux qui m’ont le plus fidèlement programmée… 
  14. Oui, il existe une économie privée de la performance. Il m’arrive de donner, par exemple, des lectures performées dans des librairies, des galeries ou des lieux privés gratuitement ou contre un peu d’argent. J’ai aussi joué dans le off d’Avignon trois années (avec mes fonds propres et à la recette)
  15. Je ne sais pas. Ce qui existe m’émerveille souvent. Ce qui sera changé sera bien aussi, sans doute mieux. J’ai confiance, j'ai confiance, oui, dans les gens qui veillent sur les choses, la démocratie, les protègent ou les génèrent, malgré toutes les erreurs. Mais je n’ai pas de conseil comme ça qui me vienne
  16. Oui, il y a un travail de mémoire. C’est très important, la mémoire, parce que tout s’efface à chaque génération. C’est peut-être la grande difficulté pour l’espèce humaine. C’est très difficile, même à mon niveau, pour moi-même, car on vit dans une culture particulièrement lobotomisée et dépourvue de tout sens de l’histoire. Je paraphrase Salman Rushdie dont je viens de lire le Don Quichotte, mais je pense que Walter Benjamin parlait déjà de ça. Il faut lutter, ceux qui s’en sentent le courage, contre cette tendance lourde, fasciste, de l’effacement du passé…

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