L ATE FOURCADES (P.O.L)
Oh, Dominique ! Je me suis retenue d’acheter votre livre parce que je me suis dit (mais sans me le dire) (mais retenue quand même) : « Il va peut-être me l’envoyer... » et, en effet, je suis toujours ébahie, estomaquée de trouver votre nouveau livre en cadeau suprême, inimaginable, mais, maintenant — luxe auquel on s’habitue —, imaginé.
Encore une fois c’est une splendeur. Plus encore ? Liberté, galop, assurance. Parce que je le lis dans les temps morts d’un tournage (c’est mon premier, à mon âge dire « C’est la première fois » est touchant) dans une maison de maître environnée d’un parc qui, au fond, donne sur la Dronne où je me baigne parmi les nénuphars, le luxe permet le vaste. (Dans mon cachot à Paris, c’est autre chose — je veux dire quant au temps.)
Je ne sais pas comment vous faites pour que votre écrit soit si parlé, pour que ce soit votre voix et d’une telle douceur — infinie —, pas un mot qui ne s’adresse pas entièrement à moi comme une conversation subtile, exacte, pas un mot plus haut que l’autre — et pourtant en déploiement baroque. Ici, à la campagne il y a la nuit, une faible lumière, peu d’insectes et vos mots sont juste lisibles dans la faible lumière et la fenêtre ouverte sur les ténèbres (figurées).
Toujours vos livres s’adressent à moi — et m’enseignent même la méthode pour les écrire. Mais sans doute la méthode — à la japonaise — n’est autre, au fond, que : perdre pied (c’est ainsi que je crois le poème s’inscrire).
Évidemment le poème ne dit pas ce qu’il dit, mais, comme un miroir, ce que justement je vis à l’instant où, comme un journal, je l’ouvre, je le déplie et le mélange, par exemple, à cette première fois d’un tournage dans un parc le long d’une rivière dans la nuit-orage et dans le jour-canicule. Tournage qui parle justement aussi d’une balançoire d'enfant qui se balance ou ne se balance pas, de jets d’encre noire, de cambrure, etc.
Je vous embrasse,
Marie-Noëlle
P.S. : Une fois, Marguerite Duras m’avait dit : « J’ai eu bien des honneurs dans ma vie, mais il y en a un qui recouvre tous les autres, c’est que Satyajit Ray ait programmé INDIA SONG dans son festival à Calcutta, ça… » (Je partageais son émotion : Satyajit Ray !) Eh bien, l’honneur que vous me faites de m’envoyer vos lectures est de cet ordre, supasse aussi tous les autres, que vous me jugiez digne de vous lire...
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