Sunday, April 05, 2009

The planets revolve

Et mon père est à Porsisquin, ma mère s’est arrêtée à Morlaix – et je mange des radis. J’ai vu l’exposition Calder à Beaubourg. Mon père a trouvé la maison « impeccable », sans traces de souris. Chaque fois qu’il peut, il bouche les trous avec du plâtre et du fil de fer, c’est ça qui m’a fait penser à lui parler de Calder. Les radis sont excellents. Je me prépare ensuite une salade de tomates, avec de la ciboulette, miam, miam. Je pense à la Bretagne, aux îles… J’ai dit à mon père que j’étais un peu inquiet, quant à Chaillot, inquiet d’avoir à remplir la salle : on joue dix-huit fois, je ne sais pas si la clientèle sera là… Mais c’est une inquiétude relative. D’ailleurs je ne suis plus inquiet, n’en parlons plus. Tout le monde a été content de cette journée des Rameaux, je crois, il a fait beau partout. En tout cas dans le Nord, en Bretagne, à Paris. J’ai vu le coucher de soleil au-dessus de Paris du cinquième étage à Beaubourg… Paris était fantasmagorique, indescriptible. On ne peut parler que du bonheur. Qu’est-ce qu’on pourrait dire sur l’art à part qu’on n’y comprend rien – heureusement. J’ai failli être pris de terreur quand je me suis mis à comprendre – un peu – comment fonctionnait le tableau de Francis Bacon qui est à Beaubourg que j’aime beaucoup parce qu’il représente, pour moi, Anne de Sterk, mon ex. Ben oui, ça fait un peu peur d’avoir le vide et les étoiles qui vous traversent, vous vivant… Aussi, presque le même frisson devant l’acuité des nouveaux tableaux des débuts fauves de Matisse… Mais Calder, ah, Calder… Là… Là…
Croisé des personnalités. En bas de Beaubourg, Emmanuel Carrère (et sa femme) que je n’ose saluer bien que j’aie lu son dernier livre avec grande émotion : amis d’Hélèna. Puis, en haut, Philippe Decouflé (et son amie… Alice ?) qu’il est tellement naturel de voir devant Le Petit Cirque de Calder, pas salués non plus, c’est bizarre d’être sauvage comme ça certaines fois… Je ne sais pas si moi-même j'ai été reconnu… Puis Elisabeth Lebovici – et j’étais parti pour ne pas la saluer elle non plus, baignant dans mon incognito de star, mais, là, ça n’a pas été possible, à un moment on était face à face et c’était très agréable, « Ça va ? Oui, très bien. » Les Parisiens sont des consommateurs d’art. Ça, c’est une phrase que je recopie de mon carnet. Allez, maintenant je recopie des phrases de mon carnet, ce que j’écris quand j’ai l’impression de comprendre quelque chose – même inconsciemment…
L’ambulance du blanc. – Vous voulez dire l’ambivalence ? – Non, l’ambulance…
Et volume et éclat ou vide et béance.
Nu debout fougère noire.
J’aimerais faire les mêmes spectacles que tous. Ça a été mon rêve : et il est possible que ce rêve ne soit plus qu’une trace…
Le lion fourrure.
Tous les autres.
Les mains du peuple.
Kiki moderne.
De Calder, finalement, un mot entendu dans la foule décrit au mieux son travail : « Très expressif. »
Crâne d’ébène.
The planets revolve.

Photo Kael T Block.

Pâques

Tout à l’heure au marché, avec Rémy, Audrey, croisé Sabine Macher et puis on parle des Rameaux et puis soudain c’est Pâques, quoi ? Je dis : « C’est déjà Pâques ? Je croyais qu’on en était encore aux vacances de Noël ! »

chère blondeur
ta remarque m'a fait penser à cet extrait de texte que j'ai traduit il y a quelque temps :
(je t'embrasse et reprend le train) s

... et comment c’est arrivé, comment c’est arrivé encore et encore, je dis à Joseph, quelle cause peut expliquer le fait qu’en marchant dans la rue je fus de plus en plus souvent pris de vertige, aussi inquiétant que quand un vague souvenir frôle notre conscience et laisse comme un goût étranger dans notre cavité buccale, qui nous rend pensif, nous rend peureux, pas sûr de nous, pendant que la salive s’accumule dans la joue gauche...
et toujours tout de suite Pâques, toujours encore tout de suite Pâques, et encore tout de suite Noël et le toujours tout de suite encore le printemps et le lac et les montagnes et la pluie d’été et frôler la mousse et l’herbe haute et encore et encore tout de suite l’automne, les 1ières feuilles d’automne, et neige et demi-tour, revenir, ...

friederike mayröcker, extrait de brütt ou les jardins soupirants



Et Pierre m'envoie une photo du jour de sa fille qui danse.

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Oui, ça va...

Je lis une critique dans « Femina », le supplément du « Journal du Dimanche » sur le film de Benoît Jacquot, Villa Amalia. « Quand l’interprétation et la réalisation sont autant en harmonie, on en reste ahuri de bonheur. » C’est beau de lire ça dans une critique ! Ça m’a ému… (Ce n’est pas que j’irai voir le film, malheureusement, mais je suis content que des gens soient capables de sortir d’un film – ou d’un spectacle – ahuris de bonheur à cause de l’harmonie et de l’harmonie entre l’interprétation et la réalisation, oui, je vois de quoi il s’agit, c’est ce que nous cherchons…)