Monday, December 24, 2007

Domaine de la Jalousie, Gérard Mayen

TEXTE D'ANALYSE
Des mots du bout du doute
Domaine de la Jalousie, d'Yves-Noël Genod
Yves-Noël GENOD

Source : Les éditions du Mouvement // date de publication : 05/10/2006 // 3694 signes.

Avec une lecture-performance donnée à Marseille dans le cadre du festival actOral, Yves-Noël Genod invite à une perception de son écriture comme expérience de la raréfaction.

Lorsqu'Yves-Noël Genod s'installe dans les rangs des spectateurs, pour observer le comédien Guillaume Allardi dire Domaine de la Jalousie – un texte d'Yves-Noël Genod -, il se produit un désordre dans l'ordre du spectaculaire. C'est que même là, depuis les rangs des spectateurs, en position d'écrivain-auditeur-metteur en scène, Genod, la créature Genod, produit une polarisation plus intense, en un sens, que ce qui se produit sur scène. Il ne disparaît qu'au regard de l'attente de son profil de star. Ce transfert d'énergies imaginaires déplace les statuts d'énonciation : sur le plateau, le visage du comédien disparaît, lui, derrière les feuilles sur lesquelles est dactylographié le texte qu'il lit, calé tout au fond d'un fauteuil. Il n'en émane qu'une gestualité imperceptible. Cela pendant deux heures un quart – moins quelques minutes. Les dernières.
Venons directement à celles-ci : Guillaume Allardi ramène alors les feuilles vers ses genoux, met son micro à l'écart, se redresse quelque peu ; livre l'entièreté de son apparence passe-partout à la vue de tous. Densifie sa présence. Elève son incarnation. Quelques phrases restent à prononcer. Notamment, elles citent, ou commentent, Levinas. « Donne moi ce qui sans moi ne serait pas connu »... Une prière, une torsion cosmogonique semblent émaner, en spirale flottante, qui méduse. Ne résoud rien. Ouvre tout en suspension. Indique le vertige pour départ. Ce frisson de présence frémit ensuite, des jours durant. On a entraperçu, souçonné, la trace du sens échappé. Un appel sourd, un dérangement. Quelle est son exacte portée ? Préférons continuer de douter.
La perception du Domaine de la Jalousie s'offre comme une expérience de la raréfaction. Yves-Noël Genod s'y révèle-t-il un écrivain d'importance (ici, sourire...) ? L'oreille peut s'y agacer, de remous d'effets de surface, en bouffissures de postures philosophiques, au fil d'une vanité des captures de l'air du temps. Du reste, tout de l'élégance insolente, de l'aisance démontrée, agace chez Genod. Mais emporte. Déplace. On aimerait écrire : séduit – au sens profond, car il doit bien y en avoir un. Et là, excite : la transition fugitive, l'entame de sens à peine, le copeau lumineux, le pli de dentelle froissée, la magnificence en dérision savante ; le dandysme. Cette écriture porte cette danse du signe, prélevée en émulsion du monde.
Ainsi entendu, Domaine de la jalousie se perçoit comme un parcours glissé de positionnements agiles et points de vue courbés. Le savoir de l'écoute en ressort éduqué, mais l'esprit de sérieux heureusement ravagé. Un trouble tremble dans la lueur de bougies rigolotes, en fond de scène. S'attendrir ? Ricaner ? Montaine Chevalier apparaît sur scène. Passe. On ne sait pourquoi. Elle trimballe le hors-propos. L'énigme, non dramatique. De même courent des bruits du quotidien extérieur, les gens dans l'escalier, la chasse d'eau tirée : artificiels ? Simplement recyclés ?
Ce flottement général se présente en filtre d'une disparition possible de l'immédiateté convoquée par la langue sourde, les résonances suspendues, la diction ténue ; un effroyable talent de pudeur. Il faut entendre, admirer, dériver. S'agacer. Se réjouir. Pourquoi pas ? Ce Genod dans le texte, ce Genod sur les lèvres, ce Genod dans la salle, font venir à l'esprit l'hypothèse qu'une part de l'esthétique d'un Régy pourrait aussi se hasarder sur le podium d'un défilé de mode. Cette idée dérange, perturbe. Tant mieux. Beauté impure.

Gérard MAYEN
Domaine de la Jalousie a été créé les 28 et 29 septembre – mais commenté ici dans un cadre d'avant-première – à La cité (Marseille), en co-production de Marseille Objectif Danse et du festival ActOral.5

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Les rivières (Along Some Rivers)

Les Rivières (Along Some Rivers)










Dans l’un et dans l’autre

Dans l’œil, le coin, il y a la mer

Avec ses formes pourpres, jaunes, vertes et bleues

La mer et sa lumière

Sa fabrique de lumière

Le quartier du soleil

Dieu permanent à cette époque,

La main et l’eau de Dieu










Yves-Noël Genod, 24 décembre 2007.

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Message de Noël par Guillaume

La terre. La terre brûlée. Après l’été, les champs noirs, la fumée. La terre noire. Les corbeaux qui s’en mêlent. L’insistance obscure, la sécheresse... Fulminer. Exaspérations, crépitements, petits pets secs. L’agonie. Le bruit du brûlé. Les grillons, Les cendres. L’incendie. Et le bleu gras du ciel. Comme une mangue... Un héron s’envole. Les animaux ont peur, ils sont calmes et rapides. Nous les regardons depuis ce quelque chose qui leur fait défaut, nous les regardons avec ce qu’ils cherchent. Ils cherchent ce que nous n’avons pas encore trouvé. Nous le cherchons encore à travers eux. Nous cherchons. La sagesse profonde de tout animal. L’écoulement loyal d’une rivière. Le bois coupé, en tas, là bas. Le départ de la forêt. La position debout et le groupement serrés des êtres, la tendresse et la différence. Arbre. Toute l’herbe du globe. Les espèces rares. Le témoignage d’une pierre. Les mains sur la pierre, respectueuses sur la pierre. L’abattement régulier, espacé, d’une hache. Un cheval. Un saut d’espadon. Les nuages, inexpliqués. Chaque paysage. Un langage. La distance, indomptée, le monde, inimaginé. La nuit résistante. Les rouages des soleils. La terre. La terre brûlée. La fumée. La terre, retournée. Nous vaincrons. Nous vaincrons toujours. La roue tourne. Pas nous. Nous vaincrons. Pas plus tard, maintenant, nous sommes toujours en train de vaincre, depuis toujours, nous avons tout gagné, toutes les guerres, tous les combats, nous sommes sorti vainqueur de toutes les épreuves, nous n’avons jamais perdu. Jamais. Jusqu’à présent. Rien ne nous a affaibli, rien ne nous a séduit. Nous n’avons jamais cru à la défaite. Nous allons de victoire en victoire. Nous savons ce que nous voulons et nous savons ce que nous sommes. Qui, nous sommes. Nous savons tout. Depuis le début. Nous avons toujours su. Nous sommes. Souriants, immortels, légers. Nous ne sommes jamais morts. Nous ne nous sommes plus jamais arrêtés de rire. Nous rentrons gaiement à la maison. En chantant.

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La France en état de libération


Photo d'Isabô. Thomas Scimeca dans Barracuda.

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La puissance, le foisonnement

La puissance, le foisonnement

An innocent four-year-old little girl

Un cornet d’frites le midi, un morceau d’brie l’soir

La misère…

Tandis qu’maint’nant ces d’moiselles, elles veulent la quatre chevaux, le frigidaire

(Tout)

C’qui fait qu’ma violette, elle me r’vient au prix d’l’orchidée chez Lachaume

Enfin, c’est un désastre, faut s’y faire

La lune-larmes

Crooar, crooar, crooar…

Le type Lino Ventura

Jean-Louis Coulloc’h

C’est beau comme une crèche

Être idiots ensemble

La terre mondiale

Couteau peau de nuit










Yves-Noël Genod, 24 décembre 2007.

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