Tuesday, March 02, 2021

H amster




Pas seulement drôle, aussi à pleurer. Il faut peut-être prévenir qu’en disant la littérature, la littérature… eh bien, ça fait pleurer (sur soi, sur les autres), ça désole parce que ça chante le malheur (qu’il faut bien connaître pour le chanter). Madame Bovary m’a empêché de dormir (plusieurs nuits), elle est tellement paumée, piégée, j'avais envie de l’aider, l’alouette. J’exagère ; au fond, ce qui fait pleurer, c’est la propre vie de Nathalie Quintane. C’est qu’elle arrive (par quel mystère, quel génie ?) à se mettre vivante dans son œuvre. C’est la vie-même de Nathalie Quintane qui fait pleurer, qui, comme toutes les vies, fait pleurer. Je voudrais l’empêcher de vieillir, je voudrais l’empêcher de perdre son temps dans l’Education nationale, je voudrais qu’il lui arrive de belles choses. Et non ! La belle chose qui lui est arrivée, à Nathalie Quintane, c’est qu’elle écrit et c’est ça qui émeut, cette compensation, elle réussit sa vie de cette manière avec la littérature...

P oids du ciel


« Maintenant, le train longe de grands boqueteaux ; il va d'un bosquet à l'autre avec toujours sa longue vitesse allongée, ce même balancement tout si pareil qu'on dirait qu'il tremble sur place, sauf ces boqueteaux bleus qui passent contre lui avec tous leurs arbres et toutes leurs bêtes endormies. »

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« « Collective poésie où l’aventure de ma vie consiste à ne pas être un intrus », déclare l’impeccable Dominique Fourcade »

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M iroir gagnant (île Tascon)




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M oyen haut allemand


Je pense à toi parce que (mais je pense à toi souvent) je me renseigne sur Wolfram von Eschenbach (cité par Peter Handke dans le livre que je commence, intitulé en allemand : Die Obstdiebin oder Einfache Fahrt ins Landesinnere). Je ne le connaissais pas, et je vois qu’il est né près d’Ansbach ! voilà pourquoi je pense à toi. Peter Handke (ou son narrateur) écrit : « mon éternel troubadour ». Sur « troubadour », j’aime bien savoir que cela veut dire (en tout cas, en français) : « celui qui trouve ». Le poète, dans son invention, n’est pas celui qui cherche, mais celui qui trouve. Après tout, je ne suis pas loin de te rattacher à cette figure qui, moi aussi, m’a accompagné toute ma vie : celui qui trouve, l’éternel troubadour (si tu le veux bien…)

Two soldiers in the family, oui, c’est étrange (on dirait du Tchekhov...), mais je crois me souvenir que Leo est proche de Max, dans son sillage. Je l’imagine très bien faire des choix similaires à ceux de son ainé. Mais ils sont maintenant tous les deux dans des régions très différentes, non ? si Leo est à Washington… Je ne me souviens plus où vous vivez, vous, plus dans la maison où j’étais allé, non ? Tu m’en as déjà parlé, je te fais répéter, sorry… Vous êtes désormais en ville ? Karli encore avec vous ?

Je suis à Nantes depuis quelques jours (plus de travail). C’est déjà le printemps (chaque année plus en avance). Je me suis baigné dans une eau très froide, cela dit, comme j’aime, le dernier jour de février (le 28  donc) et, hier encore, mais sans me baigner, nous étions encore (d’un coup de bagnole) à la mer, dans le golfe du Morbihan, rien de plus beau, de plus tournoyant dans la tête. Bien sûr nous avons trainé (coucher de soleil) et nous sommes rentrés au-delà du couvre-feu (qui est ici très tôt, 6pm). Nous avions imaginé un mensonge : être allés nous promener sur l’île Tascon et avoir été bloqué par la marrée au retour (on voit sur la photo que je t’envoie l’eau envahir la petite route). 

Je t’embrasse, cher ancien Ansbachois, 


Yvno


Oh ! mais je vois aussi que Kaspar Hauser a été assassiné à Ansbach… Je ne savais pas tout ça, dis donc...

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A ussi reçu ce matin un texte magnifique de Jon Fosse

 

Bonsoir Yvno,

Je t'envoie en écho à ce que j'ai lu sur ton blog ce texte de Jon Fosse. Bonne lecture. Oui, Cixous est géniale parfois,  dans un entretien radio elle disait qu'elle travaillait en dormant beaucoup... et au matin le travail est fait ! J'adore.

Porte-toi bien, 

Isa




Le plus important n'est pas de se souvenir

mais d'oublier

bref silence

 

car en oubliant

on se souvient aussi

mais d'autre chose

oui ça va sans dire

très bref silence

 

et toujours c'est autre chose

que l'on préfère

très bref silence

 

oui

oui car

s'interrompant

 

et peut-être est-il aussi

oui important

hésitant

 

de ne pas voir 

que de voir

et il va sans dire

oui

oui qu'il est aussi important

de ne pas être vu

que d'être vu

aussi important de ne pas savoir

très bref silence

 

que de savoir

bref silence

 

car l'un est quand même

à sa manière

aussi vrai

que l'autre

très bref silence

 

et moi

oui

je 

je veux bien être vu bien sûr

mais

avec une certaine insistance

 

oui je veux bien aussi ne pas être vu

très bref silence

 

mais ça va de soi

très bref silence

 

MAIS

oui

oui EUX ils disent qu'ils veulent être vus

ou ils font comme si

oui

bref silence

 

oui que les jeunes filles

s'interrompant

 

oui oui

oui c'est peut-être comme ça

mais ce n'est pas vrai pour autant

 

bref silence

 

non

 

très bref silence

 

pas pour moi

en tout cas

VU

oui

oui

oui je veux être vu

mais compris

 

interrogeant

 

est-ce que je veux être compris

 

avec une certaine insistance

 

pas du tout

ce qui est compris

n'existe plus

sauf en tant que chose comprise

Silence

 

voilà ce que je pense

Silence

 

car il s'agit de vivre dans le secret

Bref silence

 

eux ça leur échappe

ils croient

que ce qui est dit et annoncé et montré

se transforme en un

bien 

pour eux

pour les autres

très bref silence

 

c'est comme ça

bref silence

 

interrogeant

eux

mais qui c'est eux

de qui je parle

eux

silence

réprimant un rire

 

qu'est-ce qu'ils sont bêtes

bref silence

 

car ce qu'il faut

c'est vivre dans le secret

bref silence

 

qu'est-ce qu'ils sont bêtes tout de même

silence

 

Et qu'est-ce que je suis bête aussi

silence

 

MAIS

oui

oui sans comprendre

je fais de mon mieux

pour vivre dans le secret

bref silence

 

mais suis-je capable d'oubli ?

n'ai-je pas le souvenir de tout

de tout

moi

s'interrompant. silence

 

Car l'âme on ne la voit jamais

elle ne se laisse pas voir

bref silence

 

c'est comme ça

silence

 

l'âme c'est comme ça

bref silence

 

qu'on laisse alors les hommes 

vivre leur vie

en se cachant

qu'on les laisse vivre dans le secret

silence

 

qu'on me laisse vivre dans le secret

silence

 

oui

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U ne photo de Tess Noonan qui me propose aussi de lire le livre de Donna Haraway, 'Staying with the trouble' (sur la question du présent, je crois)