Sunday, January 26, 2014


Bonsoir cher Benoît,

Ça y est, je me suis « remis au travail »— avec l’espoir de découvrir des matériaux nouveaux (et aussi anciens, selon Adorno pour qui « le nouveau, c’est en même temps l’ancien, dans le nouveau, l’ancien se reconnaît et devient facilement intelligible »). Je suis content, j’ai engagé une fille fantastique, une danseuse brésilienne absolument épatante, Ana Pi (photo). Elle revenait du Brésil, il y a qq jours, et elle m’a dit que la différence qu’elle ressent (avec Paris), c’est que, là-bas, la nature est encore plus puissante que l’homme (ce qui n’est évidemment plus du tout le cas à Paris). Elle me raconte, par ex, qu’il y a des pluies soudaines invraisemblables — ils étaient en famille dans cette maison avec un toit métallique, autour d’une grande table et son oncle parlait (je l’imagine debout) et, au moment exact où il a levé les bras, la pluie lui est tombée dessus et l’a fait sursauter comme la foudre, aussi soudainement que ça, et ensuite, à cause du toit métallique, ils ne pouvaient plus même s’entendre, ils hurlaient, mais comme silencieux… Evidemment, je pense à toi quand elle me parle de ça. Je sais que tu as le pouvoir de la nature (tu as déjà utilisé une pluie…) Enfin, voilà le sens de ce spectacle, c’est probablement des choses que je t’ai déjà dites 1000 fois (pas le temps de relire et tu me connais), mais il faut que ce soit la nature, l’enlèvement par la nature, le déshabillement de la Société du Spectacle par la puissante nature, la mise à nu de tout ce qui nous abîme salement (la pollution) pour s’abîmer dans plus grand que soi (pas plus petit). Bref, la beauté, l’emportement. La nature et l’histoire. Tu sais tout ça, récolte tout ce que tu veux des fleurs du paradis ; tu sais, la fleur de Coleridge qu’il avait vue en rêve — il avait rêvé qu’il se baladait au paradis et qu’on lui donnait une fleur comme preuve de son passage et qu’au matin — est-ce arrivé ? — « Que penser ? » — dit Borges qui raconte l’histoire —  « s’il l’avait retrouvée au réveil ? » (je cite de mémoire). Tout ce que tu peux (re)trouver d’un monde nocturne ou diurne, de ces lumières invraisemblables, où les animaux (comme je n’ai pas les moyens d’en mettre réellement sur scène, des biches, des lions — il y a ce titre d’un livre : Quand le loup habitera avec l’agneau) où les animaux se joignent aux hommes, et les plantes et les pierres, monde d’utopie pure tant l’extermination des espèces les plus bouleversantes semble finale aujourd’hui. « Tout est sensible », disait Pythagore (repris par Nerval). Et puis tout ce que tu veux, en fait (je redis). Je viens de travailler comme interprète sur un film intitulée L’Inséparé(e) qui reprend une théorie qui est dans l’air du temps, de déni de l’Altérité, que tout est dans le même monde, sur un même plan, sans hiérarchie (sans « stars », par ex, ou sans « dieux ») ; bien sûr, c’est ce que nous savons, tout est dans le même monde, le profane et le sacré, le riche et le pauvre, le grand et le petit, le naturel et l’artificiel, etc. — et tout peut s’assembler et former des chimères. Le hasard est le maître du Haut Château. Un sac en plastique qui vole au vent est beau comme un papillon ou comme une plante qui pousse. Je note des choses quand j’en remarque, mais, enfin, c’est très libre puisque nous ne savons pas où le spectacle va aller (ou, mieux dit, d’où le spectacle va venir). L’idée est de redonner tel quel ce que nous avons de septembre (tu pourras le retrouver ?) et de continuer pour une deuxième, troisième ou quatrième partie, peut-être avec entracte, peut-être pas (influence Einstein), l’ensemble devant constituer un opéra (influence Einstein). Voir le texte ajouté au dossier de presse (pièce jointe). Un opéra immobile (ou seuls voyagent le lieu, la musique et la lumière (je m’adresse à toi, mais comme toujours, je pense aussi à Philippe avec qui je suis parisiennement en contact. Il y a aussi une idée religieuse chez Jeanne, c’était déjà présent, mais il est possible qu’on la mette en bonne sœur dans son développement suivant. Sa métamorphose. Le couvent ! Ça paraît logique. Alors, évidemment, Dialogue des Carmélites (qu’elle adore) et tutti quanti… Le diable pourrait ou devrait (mais attention !) être présent aussi (parcimonieusement). Nous cherchons encore si possible d’autres voix (baryton…), mais Jeanne  (nous nous sommes vus jeudi) : « C’est ça, le problème, c’est que, quand je pense à des chanteurs, je pense à des ex ; c’est ça le problème… sinon j’en trouve pas ! Les barytons, n’en parlons pas ! toutes les voix graves… (Rire.) » Un autre problème que nous avons, ce sont les vidéos, autant celle de septembre que celle de Zelda, le son des voix chantées est exécrables et Jeanne et Bertrand ne sont pas très contents (moi non plus). Il faudra vraiment (au début des répétitions, demande Bertrand) faire des enregistrements. Mais on se demandait si tu n’avais pas déjà enregistré un peu. Dis-moi et, si c’est le cas, je récupère les dossiers et les refile aux vidéastes (Patrick Laffont, septembre, et César Vayssié, Zelda). Dis-moi aussi ce que tu fais le 6, 7, 8 mars (j’ai 3 jours 9h-16h30). Si tu es pris, c’est réglé ; si tu n’as pas envie de venir, je comprends, je travaillerais avec les acteurs, mais, si tu veux venir, il faut que je demande alors à Daniel de monter le son. Présence confimée à Bruxelles du 3 au 9 (je pars le 9 au matin), trouve-nous un bon r-v (comme l’autre fois). Je t’embrasse,

Yvno

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« L es Inrockuptibles » du 15 janvier



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L e Château de hasard


« tout comme la vie est une exception rarissime de la mort, pour reprendre un mot de Nietzsche dans le Gai savoir. »

C’est une esthétique de la bonne rencontre (le kairos), alors ce qui est imposé (je parle ici des conditions de productions « malheureuses ») devient voulu…

« la rigoureuse logique de la mort échouant à déjouer l’absurde logique de la vie. »

« sous le titre général du Château de hasard (expression par laquelle Fitoussi revendique l’appartenance à une esthétique du hasard qui privilégie, face aux notions de création et d’invention, la saisie des rencontres favorables, l’art de profiter de l’occasion bonne, du kairos comme disaient les Grecs). »

Villers-Cotterêts, c’est là où se trouve Ambroise à qui je proposais une promenade dans le Bois détrempé. C’est en Picardie, dans le département de l’Aisne, dans la forêt de Retz. Toute cette pluie ! Il me parle de Napoléon, mais, sur Wikipédia, je n’en trouve pas trace. L'origine du nom Villers-Cotterêts serait villa sur la côte de Retz. L’histoire racontée par Wikipédia est merveilleuse. Le roi François 1er avait cette forêt et l’appréciait beaucoup. Le beau grand roi. Je veux tout mon temps devant moi et ce ne sera pas de la dépression…

O n aimerait vous plaire, mais vous n'aimez pas vieillir



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Témoignage


Je vivrai dans le ciel (réinventé) sans électricité (je cite de mémoire) en lisant, protégé par le château, les maîtres anciens. Je ne parlerai pas du monde contemporain, je travaillerai à rien. Je ne veux plus te voir, je ne veux plus. J’ai vécu fragile, aujourd’hui, c’est dimanche et je laisserai venir dans la vie l’ensemble des dimanches, je ne sortirai plus que sur la plage et encore — je regarderai l’absence de plage par les fenêtres et, comme dit Ulysse : « Entre le fleuve et l’océan, des oiseaux sur la plage »…

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Resilience City



M aître Eckhart

   
« To surrender means you have to stop maintaining this hero at the centre of your own drama… And this hero is doomed because nobody can live at the centre of the drama thinging that he’s the hero and that everybody else has some kind of lesser role. So, that’s precisely the character we have to surrender when we move into that field of love. It’s always painful for him to take off his armour. He gets wounded immediately… He goes down with an arrow in his heart. »

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K illjoy


Marion me prenait pour un triple débile parce que j’avais adoré Prélude à l’agonie, le spectacle magique et d’une beauté sidérante de la troupe du Zerep — que je revoyais pour la deuxième fois et auquel je l’avais invitée. Elle était arrivée en retard et elle était furieuse. Furieuse. Une scène à la Botho Strauss, quand la femme qu’on aime se révèle être une affreuse réactionnaire raciste et bornée. J’étais effondré. Comment rattraper le coup ? Irrattrapable. Je suis resté toute la soirée à glander — j’avais la pêche, je voulais danser et il ne se passait rien (avec Marion comme un boulet, un wowser). Je ne parlais pas aux gens délicats que j'aurais voulu rencontrer, je retenais mes compliments — à cause de Marion qui n'avait pas aimé. Comme si elle pouvait avoir raison (alors que le spectacle m'avait baigné dans un océan d'infini).

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Je regarde les disparitions splendides de la maison Margiela (collection ‘artisanal’)