Monday, April 29, 2019

C ette première phrase


Salut Pierrot, je viens t'appeler à ton expertise. Je dois rendre un texte pour un programme (je l'ai rendu, mais il y aura un BAT), est-ce qu'il y a une faute de français dans la première phrase, la double négation : « Il n'est pas sûr que Merce Cunningham n'ait jamais eu quelque chose à dire sur la danse qu'il n'ait pas dite… par la danse ». Est-ce qu'il faut par exemple supprimer la deuxième : « Il n'est pas sûr que MC ait jamais… »)
Je ne vois que toi pour savoir ça... Dis-moi

Je viens d'en discuter avec une inspectrice de lettres ! Pour elle, c'est tout bon pour les 3 négations de ta 1ère phrase, mais elle est réservée sur « quelque chose… qu'il n'ait pas dite » car cela donne un statut de nom commun à « chose » et renvoie à un emploi qui n'a plus cours... Pour moi, ça a le charme de l'ancienne langue, comme un écho à la syntaxe du XVIIe siècle. Elle suggère que tu écrives « une chose », mais je trouve ça moins élégant, d'autant que « eu une chose » n'est pas du tout euphonique...

Oh, comme c'est gentil de me soulager ! Oui, j'ai tendance à faire beaucoup de jeux de négation (comme par exemple : « Je ne crois pas que rien ne soit noir ou blanc », est-ce correct ?), mais, si c'est possible, je continuerai (puisque je l'entends comme ça). Je me suis aussi posé la question pour « quelque chose » et c'est sûr que c'est une préciosité. C’est sûr que cette première phase est précieuse, mais c'est sans doute comme ça qu'elle m'a amusé quand elle est apparue (je pourrais écrire : « quelque chose qu'il n'ai pas dit », mais ce serait plus banal et moins démodé...)

Je te suis sur la préciosité assumée !
Et je dirais: « Je ne crois pas que rien soit noir ou blanc » puisque « rien » contient en soi une négation (même si « rien » est issu du « rem » qui veut dire « une chose »...). « Si rien avait une forme… », dit Hugo, dit Annie Lebrun...


Cool. Merci ! C'est mieux, en effet, « Je ne crois pas que rien soit noir ou blanc ». Merci, très cher ! Passe une bonne journée

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L e Jardinier diabolique


Il faut que je le dise aussi simplement que ça : je suis conservateur. Je veux que l’on conserve les rivières, les poissons, les oiseaux, les insectes, l’air, les sols… Et je suis même réactionnaire : je veux que l’on revienne à la situation d’avant, que l’on réintroduise les oiseaux (et les insectes) en Bourgogne (à Pisy). Je suis réactionnaire car je veux, comme Brigitte Bardot, que l’on retranche les animaux hors de l’enfer industriel. Mais je suis aussi conservateur parce que je pense comme Marcel Proust, comme Virginia Woolf, comme Anton Tchekhov, comme Nathalie Sarraute, comme l’intelligence, comme la science : je ne crois pas que rien soit noir ou blanc, je ne crois pas aux « identités ». Je ne pense pas qu’il y ait d’un côté les oppresseurs (dont je suis parce que je suis blanc) et de l’autre les opprimés (dont je suis parce que je suis trans). Quand je mets mon manteau en fausse fourrure d’ours blanc que Jean Colonna a créé et qu’Anne Rohart m’a offert, la nuit, c’est vrai que je suis du côté des opprimés, des édentés qui m’abordent car ils me prennent pour une pute à leur portée, en tout cas, une vieille pute avec de la barbe. Il y a de la souffrance, c’est vrai, ça, c’est réel. Mais pour diminuer la souffrance des hommes (comprenant les Noirs, les riches, les migrants, les homos, les femmes, les nains, les handicapés, les roux, les fous, les femmes de ménages, les déprimés, les transgenres, les Arabes, les pauvres, les géants, les lesbiennes, les Français, etc., etc., tout ce qui se vit comme identifié, les Hutus, les Tutsis, les Gilets Jaunes, les péquenauds, les vieux, les Juifs, les enfants, les Chinois, les pédophiles, les Belges, les bonnes sœurs, les lycéens, les bobos, etc.), la souffrance des animaux de toute espèce, la souffrance des plantes de toute espèce, en fait, pour que tout ce qui se retrouve capable de souffrance souffre moins dans le jardin planétaire, il faudrait déjà tuer Dieu qui est un très mauvais copain, un très, très, très mauvais jardinier. Je ne crois pas aux « identités » ; employer le mot (il est partout), c’est, pour moi, alimenter le récit d’extrême droite.