Thursday, April 08, 2021

T on roman, mon roman


Je n'ai pas encore acheté le roman d'Arthur Dreyfus, l'ai feuilleté dans une librairie à Lille il y a quelques semaines, le commanderai à ma chère libraire de Cahors. Mais ça me fait peur de m'engouffrer dans ces rendez-vous Grindr (je repense à Laure Adler qui prononçait « greindre » à la française quand elle interviewait Arthur). Et puis, quelques jours après avoir écouté cette belle interview, j'ai entendu Erri de Luca qui faisait l'éloge du roman court. Ne pas envahir le lecteur... une sorte d'élégance de la concision. Je me sens plutôt là, comme lecteur, en ce moment...

Et ton roman ? Ton blog continue de se dérouler depuis une quinzaine d'années. Le mien vient de fêter ses 13 ans. J'ai un peu reconstitué les premières années, mais il reste des trous, et puis il y a pas mal de textes à côté, je publie à l'économie. Je te pose la question de ton roman car je me demande si c'est encore une idée chez toi. Chez moi, oui, mais ça ne donnera rien, et ce n'est pas grave: écrire autre chose, mais avec l'idée du roman, des germes de roman.

Je relis Le Rouge et le Noir qui est au programme du bac. Le problème (et l'avantage aussi), c'est que je reste bloqué sur des passages que je ressasse à cause du narrateur qui est LE personnage du roman et qui me donne du fil à retordre. Et la vitesse dans les virages, le saut en parachute, l'air solide, ça fait soudain rêver. « Idées romanesques », s'écrie M. de Rênal en repoussant sa femme qui s'est jetée à ses genoux pour lui avouer que son fils est malade à cause d'elle, que c'est une punition de Dieu... Ce garçon casse-cou dont tu me parles est bien romanesque, ou plutôt ton récit l'est! « Romanesque », voilà un bien vieux mot. Ce qui marche bien en ce moment, c'est « sériel », qui n'a jamais eu beaucoup de succès dans la musique du même nom, mais fonctionne à fond sur les écrans.

Preciado, c'est une découverte récente pour moi. J'ai lu Je suis un monstre qui vous parle, qui emporte tout sur son passage! Mais Despentes, je connais à peine en fait... J'ai le hamster de Quintane mais pas encore lu. J'en ai lu d'autres ces dernières années et j'aime toujours. Je ne sais pas si j'ai de la chance d'avoir un « vrai métier », ce métier de prof. Je l'aime malgré tout ce qui m'emmerde, surtout: me coller aux textes jusqu'à voir les évidences tellement évidentes qu'on risque de passer à côté, et faire en sorte que les élèves les voient aussi. Mon plus beau retour, cette année, c'est une mère d'élève qui m'a dit qu'elle n'en revenait pas que sa fille (qui est une sportive et une matheuse d'abord) parle de Montaigne à tout bout de champ en famille ! Et puis il y a les cours de théâtre, quand même un espèce de liberté et d'invention. Mais ça reste rigide et austère, l'éducation nationale. Ça m'a fait du bien de faire trois semaines de théâtre récemment et de jouer grâce à une autorisation exceptionnelle d'absence de mon lycée.

Enfin, c'est un bonheur de te lire et de t'écrire (ça m'émeut).

Je t'embrasse,

Pierre le joueur de flûte




Mon petit joueur de flûte ! 

(Encore une image cochonne, je m’aperçois — mais ça ne me déçoit pas !) A la librairie, ce matin (l’argent que je mettais dans les vêtements, je le mets maintenant dans les livres), on avait collé ce passage de Michel Foucault (Histoire de la sexualité) sur la couverture du livre d’Arthur Dreyfus (et peut-être que ce passage y est dedans) : « Peut-être qu’aucun autre type de société n’a jamais accumulé […] une telle quantité de discours sur le sexe. De lui, il se pourrait bien que nous parlions plus que de tout autre chose : nous nous acharnons à cette tâche ; nous nous convainquons par un étrange scrupule que nous n’en disons jamais assez, que nous sommes trop timides et peureux, que nous nous cachons l’aveuglante évidence par inertie et par soumission, et que l’essentiel nous échappe toujours, qu’il faut encore partir à sa recherche. Sur le sexe, la plus intarissable, la plus impatiente des sociétés, il se pourrait que ça soit la nôtre. »

J’ai acheté Le Rouge et le Noir dans le rêve d’aller à tes cours, de t’avoir comme professeur. Dis-moi, je ne serai pas déçu ? j’ai tellement aimé La Chartreuse de Parme (encore un titre en couleur, tiens ; j’étais d’ailleurs, l’autre jour, à Mauves-sur-Loire…)

Tu m’étonnes en me parlant de MON roman. Je ne crois pas avoir jamais parlé comme ça. Je déteste les romans contemporains, en règle générale. En tout cas, parfois, influencé, pour être dans le coup, j’en achète dont le titre m’alpague (comme, par exemple, je me souviens, Anatomie de l’amant de ma femme ou des conneries comme ça) ; ce n’est pas que c’est nul, c’est pire, on lit jusqu’au bout, intéressé : il n’en reste et n’en restera rien. Bref, j’ai bien conscience que ces pauvres auteurs — mâles (les femelles, n’en parlons pas, elles planent) — se donnent bien du mouron pour exister — alors que n’importe quoi d’écrit sur le coin d’une table à toile cirée contient plus de romanesque, plus de liberté. Il y a ça dans le livre d’Arthur Dreyfus, myriades de romans de passage, chaque œuf ou chaque grenouille de la mare n’ayant pas vocation à se grossir comme un bœuf. Jorge Luis Borges explique quelque part que la poésie (qui, pour lui, existe dans l’univers) n’a pas plus de chance de se trouver dans un poème que partout ailleurs ; pour le romanesque, suis d’accord avec toi, c’est idem. (Et je n’ai même pas le souvenir que tu m’aies un jour parlé de TON roman bien qu’en effet, la question n’a pu que te traverser.)

J’ai été dans une maison qui m’effrayait jusqu’à maintenant, la maison de mes parents en Bretagne, mon père est mort, ma mère n’en a plus le souvenir, mais j’y suis allé. La maison est toute pourrie, mais le lieu est très beau, la Rade de Brest, en face la presqu’île de Crozon, grèves, eau claire, sentiers côtiers. Les haies étaient fleuries, je n’étais jamais venu là au printemps, les pruneliers (blancs), les genets, les ajoncs (jaunes), des fleurs partout au sol dont je ne connaît bien sûr pas les noms, des sortes de petites renoncules ou campanules ou rien à voir sans doute… je n’écris ça qu’encore pour prononcer sans doute la syllabe « cul »…

Je n’ai plus de travail, il faut que je m’invente une vie de lecture !

Donc je me blottis contre toi,

Yvno


Ah, oui, Duras disait : « Si c’est pas un poème, un roman, c’est rien ». Donc autant dire poème. 


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Sunday, March 28, 2021

Oh, il est très beau, ton texte ! Je pense à toi souvent, pour plein de raisons, et pas seulement quand je me retrouve sur un chantier théâtral (récemment avec quelqu'un que tu as connu chez François Tanguy : Jean-Louis Coulloc'h, qui m'a raconté une belle anecdote sur votre séjour en Norvège...). Rester dans la vie et non pas dans son récit éventuel : parfait (une éthique). Du coup je suis allé sur ton blog. L'échange sur « ton livre », « ton livre immense », c'est avec Arthur Dreyfus? 

T'ai-je dit que j'habite dans la ville natale de Clément Marot et que mon lycée porte son nom ? Dans la rue Clément Marot de Cahors, il y a la maison natale d'un autre poète de la Renaissance, Olivier de Magny. De bons auspices pour moi.

Je t'envoie en écho un texte qui bouillonnait sur les « assignations » identitaires

J'y parle un peu des queues. J'ai entendu un jour que la queue du paon est une espèce de délire de la sélection naturelle qui a fini par handicaper la bête parce qu'elle n'est vraiment pas pratique au quotidien.

 

Bises dominicales, accompagnées de deux quatrains de Marot :

 

Plus ne suis ce que j’ai été,

Et plus ne saurais jamais l’être :

Mon beau printemps et mon été

Ont fait le saut par la fenêtre.

 

Amour, tu as été mon maître,

Je t’ai servi sur tous les Dieux :

Ah ! si je pouvais deux fois naître,

Comme je te servirais mieux !

 

Pierre




Oh, Pierre ! je ne sais pas comment tu fais, l’amour est intact entre nous (et le restera sans doute jusqu’à notre mort) — dès que tu parles, la conversation reprend, excitante, comme si nous étions ensemble comme aux premiers jours…

Oui, c’est Dreyfus, bien sûr… C’est très bien, je trouve, très différent de toi, mais c’est magnifique (« époustouflant », dit Laurent Goumarre, il a raison). Lui aussi arrive à être présent dans son texte — de 2300 pages écrites certes sur plusieurs années, mais infiniment lisibles (il est très rapide).

Oui, je sais que tu es à Cahors. Cahors, pour moi — pendant si longtemps —, a été la ville ou «  l’amante anglaise » voulait retourner (un amour de jeunesse) : « — Qu’auriez-vous fait à Cahors ? — Je serais allé à l’hôtel Crystal… » Mais, maintenant, c’est aussi la ville proche (avec, de l’autre côté, Figeac) de la maison du fils de « la coiffeuse », mon amie, maison dans laquelle nous avons séjourné seuls l’hiver dernier et en famille l’été dernier. Ce garçon est un casse-cou, adolescent attardé (bientôt trente ans) qui se précipite sur tous les sports à haut risque. Une grande proportion de ses plus proches amis sont déjà morts. Il saute des ponts, des tours, des cathédrales, des éoliennes, ça a un nom : le base-jump. Comme il a commencé à se dégarnir (de ses cheveux d’ado), il a dit : « Si je perds mes cheveux, je me suicide ». Sa mère qui l’adore a donc promis de lui payer les implants. (Voilà pour l’identité.) Bon, il est aussi très sympa et m’a forcé au parachute. J’ai eu peur avant (j’ai même pissé au lit, figure-toi) ; je suis monté dans sa voiture à lui et je n’ai plus eu peur, j’ai pensé que j’allais de toute façon mourir (en parachute), alors pourquoi pas en voiture avant (il conduit comme un malade sur les petites routes en virages). Au final, ça a été une expérience extraordinaire, l’air devient solide, je crois que ce n’est pas très dangereux, le parachute. Temps sublime, un bleu immense avec les moutons du ciel. Je ne sais plus à combien de milliers de mètres on monte, on voyait si bien Cahors, sa forme de serpent, tous les détails, j’aurais pu te voir, certainement, si tu t’étais penché à la fenêtre (à vrai dire, j’avais quand même autre chose à penser — égoïsme quand tu nous tiens : survivre). 

Dans ton texte sur l’identité, c’est drôle, j’ai publié il y a quelques temps une phrase sur Insta qui disait « Quelle joie d’être français ». Je ne parlais pas de « fierté », donc, mais ça a quand même provoqué une petite réaction. Pourtant, je ne disais pas d’être un Français, mais d’être français, seulement l’adjectif. J’avais pensé comme ça parce que, la veille au soir, j’avais vu un film danois tellement fort, beau, où tout était véritablement danois, tellement, on pouvait ressentir que ces gens étaient, oui, comme joyeux de cette beauté danoise (le film s’appelle Druk). Alors j’ai pensé ça, que, moi, je n’étais pas danois (mais pas du tout), mais que j’étais sans doute something, par hasard, certes, mais une couleur à laquelle je ne pensais pas souvent, quelque chose que je pouvais peut-être aimer plus, que j'étais définissable. Je n’y avais pas trop pensé jusque là (contrairement à toi, sans doute, ton rapport à la langue). Il y a aussi que je marchais sur une plage de l’Atlantique (Morbihan) avec ces blockhaus comme des formes lentement mouvantes qui repartent à la mer, mais ne s’effacent toujours pas ; la guerre toujours dans le soleil, le vent, l'embrun…

A propos de la question du genre, j’ai mon meilleur ami — appelons-le Bobo — que j’aime parce que je l’imagine bien sûr macho, prédateur (tu es le seul garçon délicat que j’ai jamais approuvé, je crois) qui vient de me révéler — après tant d’années ! — une chose qui m’a surpris. Il a dit qu’il se sentait lesbienne ! — dans son for intérieur, comme dit Nathalie Sarraute —, que, quand il matait du porno, il ne supportait que les filles, que dès qu’il voyait une queue, il arrêtait… A vrai dire, j’ai été tellement surpris que je me suis demandé s’il n’avait pas inventé cette histoire parce que c’est à la mode (en un mouvement bien compréhensible de survie) ou s’il était sincère. Probablement les deux — n'est-ce pas ? — un comédien.

J’aime beaucoup Paul B. Preciado. J’ai même réussi à mettre un bout d'un de ses textes dans le spectacle sur Baudelaire, ce dont  je suis assez fier ! (ça paraissait pas gagné). Je ne supporte pas — plus — Virginie Despentes. Je la trouve fausse, absente de ses textes (mais, Preciado, je le trouve vrai).

Comme c’est beau, ces deux quatrains de ton Marot !


Yvno 


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Friday, December 25, 2020

E t puis, je rajoute


Et puis, je rajoute, je voudrais moi aussi vous faire un cadeau de Noël, un beau cadeau. C’est un blog magnifique, en tout cas : que j’aime. Celui d’un professeur de français dont j’ai été proche (deux ans, je crois), Pierre Courcelle. J’étais avec une femme quand je suis littéralement tombé amoureux de son écriture (à l’époque sur un autre blog), une femme que j’ai fini par quitter tant elle est devenue peu à peu, certes non sans motif, jalouse de cette passion : aimer l’écriture d’un garçon (elle-même étant écrivaine) que je ne connaissais même pas physiquement. C’est quelqu’un, selon moi, qui, dans son écriture — presque, j’ai envie de dire : son sommeil car il dormait si bien —, a quelque chose de l’adolescence encore intact ; c’est toute sa richesse et la vôtre aussi que vous saurez garder. Franchement il écrit extraordinairement bien. Par exemple, cette phrase (je crois, à propos de Cahors) : « Pour éviter l’unique boulevard dans cette ville méandreuse, j’emprunte volontiers les voies parallèles à cause de leur solitude : la rue Fondue-Basse puis la rue Fondue-Haute, ou la rue du Château du Roi ». Ce qui me frappe, c’est que souvent les textes que je lis (aux étals des libraires) sont comme « enfermés dans le contemporain », brumeux, souffrant de ça, d’une écriture abêtie, comme s’il fallait « être lu ». Pas les siens, complètement libres…

Amitiés, 


YN


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Sunday, May 03, 2020

Beau grand blond (j'essaie de varier, maladroitement),
Es-tu toujours dans une campagne heureuse ? As-tu des nouvelles de ta mère ? Tout le monde est un peu inquiet pour les « anciens » en ce moment. Mon père est en bonne santé, mais, à 84 ans, on sait qu'il ne serait pas prioritaire. J'ai encore une grand-mère (93 ans) qui est cloîtrée dans une maison de retraite. Enfin, au moins, elle a un appartement, cuisine, etc.
Et je t'écris parce que (mais tu es peut-être au courant), un poète anglais passionné de Rimbaud a mis la main sur deux photos qu'il présente comme des photos prises pendant la Commune de Paris. Aidan Andrew Dun (c'est son nom) a une très belle prose. J'ai causé avec lui, il est très profond et très sérieux dans sa rêverie sur ce Rimbaud boudeur qui domine la statue renversée de Napoléon Place Vendôme. Donc j'ai conclu Rimbaud studies are rêveries and politics. Et écrit un texte sur le sujet que je soumets à ta rêverie ou à ta sainte exégèse.
Porte-toi bien (formule convenue mais sincère).
Pierre

Excuse-moi de te répondre si tard, mon très cher — c’est aussi que les journées passent si vite, je ne comprends pas pourquoi, ou peut-être que mon esprit s’est ralenti (sans doute). Je ne sais pas pourquoi je suis un peu déçu par l’histoire de Rimbaud, je ne le reconnais pas bien sur les photos et, je ne sais pas, qu’il ait participé à la Commune (d’une manière ou d’une autre), nous le savions, non ? Mais c’est une rêverie, je sais… Mais, de toute façon, je retourne à ton somptueux blog et j’apprends (ou je réapprends) les mots que tu aimes, « anfractuosités » , « échauffourées », ce genre-là avec beaucoup de syllabes que tu sais bien — comme un petit challenge — mettre dans le déséquilibre d’une phrase… La coiffeuse de qui je partage la couche passe son temps, la nuit, à boire et à pisser (dans un pot, elle dort dans un grenier) ; c’est une manière de vivre la nuit qui m’allait très bien, je dormais comme une souche (comme toi avec moi), mais je dors moins bien actuellement ; je suis inquiet et je viens y puiser (dans ton blog, donc) de la sagesse, comme, par exemple : « Dès qu’une image vient te troubler l’esprit, pense à te dire : « Tu n’es qu’image. » Il me faut avouer aussi que, si je ne dors plus la nuit, c’est peut-être que je regarde trop, dans la journée, Black Mirror (on m’a prêté Netflix) qui est une série qui amplifie la sensation paranoïaque du monde actuel (pendant la blancheur de la nuit, je me repasse en boucle les épisodes les plus marquants comme des cauchemars d’enfant). Je te conseille quand même un épisode moins violent et plus sexy (c’est celui qui m’a mis le pied à l’étrier, cela dit, attention) : « Striking Vipers » (l’un des derniers, dans la cinquième saison). Il y a deux hommes très beaux (dire qu’ils sont noirs est déjà unpolitically correct) et très hétéros qui se mettent pourtant à baiser via un jeu vidéo… Troublant… enfin, pas moins que les rêves… Enfin, ça devrait t’intéresser... J’ai souvent envie de m’enfoncer dans les rêves, de ne plus vivre que pour ça. Je fais des spectacles extraordinaires en rêve. Je suis très prodigue, en rêve, mais la splendeur inoubliable est toujours renouvelée. 
C’est joli, toi, tes histoires de Wenjie.
C’est très beau, ce texte, « Enfant endormi couronné de laurier », sans doute le plus beau que j’ai lu sur le sujet. «  Fuyant la mort, nous esquivons la vie. » La phrase est si belle qu’elle pourrait ne pas être de toi. (C’est Borges qui dit que ses quelques meilleures pages pourraient avoir été écrites par n’importe qui — enfin, plus exactement, ce que tu as bien compris dans ton immense générosité : « ce qui est bon n’appartient à personne ».) 
Je t’embrasse, « beau brun », 
Yvno

Tu sais me parler, toi... (et je crois que tu m'as écrit la même chose il y a quelques semaines).
Ça m'a trotté dans la tête toute la journée, cette question de savoir d'où m'est venue la formule « fuyant la mort, nous esquivons la vie ». Je me souviens que quand je l'ai écrite, je m'étais déjà demandé s'il fallait y mettre des guillemets ! Donc je me soupçonne de l'avoir piquée mais je n'en suis même pas sûr. J'ai réécouté des cours de philo sur le stoïcisme et cherché dans le Manuel d'Epictète, mais cette petite enquête n'a rien donné. Ce qui est bon n'appartient à personne, je suis d'accord. On a dû discuter il y a longtemps, tous les deux, de l'invention de l'auteur à la Renaissance. Avant ça, c'est très flou. Marie de France n'est que Marie pendant des siècles. Un jour on lui trouvé un pseudo patronyme parce que ça ne faisait plus très sérieux, et comme dans un de ses lais elle écrit qu'elle a nom Marie, « et je suis de France », emballé : on te baptisera Marie de France. Bref... C'est souvent avec la composition musicale que j'ai la sensation que tel thème, telle harmonisation, telle dérive d'un accord à l'autre pourrait tout à fait avoir déjà été écrite, mais ce n'est jamais gênant, c'est plutôt une grâce. Ce serait autre chose de bricoler avec des bouts de textes (on dit aussi un texte quand on écrit de la musique) pour compenser une panne sèche ou pour faire de l'épate. Enfin, tu sais comme moi, toi qui écris beaucoup, que tout est affaire d'agencement (Deleuze, Deleuze), de syntaxe si on veut parler technique, mais les questions, c'est toujours le rythme, le son (je me souviens que tu employais parfois le mot « euphonie » qui me déconcertait), la qualité du mot et du sens, la proximité avec les autres, les échos plus lointains. Anfractuosité, c'est drôle, parce que le mot est venu assez vite, mais je l'ai quand même pas mal soupesé, je me disais : Vraiment ? Anfractuosité ? Un nom abstrait avec autant de syllabes ? Parce qu'en général je les évite. En arriver, dans notre langue, à faire la promotion de la « distanciation », ça fait mal partout. Je suis heureux que tu me parles de ce texte en particulier, « Enfant couronné de laurier », parce que c'est celui qui m'a le plus ému (disons mis en mouvement) dans l'écriture depuis plusieurs semaines. Il a condensé beaucoup de choses dans ce que j'ai absorbé du monde, et je m'y suis senti bien vivant (le vivant poème...).
A propos de ton sommeil, j'ai glané du Bachelard : « Dans la solitude nocturne, vous voyez passer les mêmes fantômes. Comme la nuit s'agrandit quand les rêves se fiancent. » Ta voisine de confinement boit et pisse la nuit ; moi j'ai un voisin qui beugle et rit à gorge déployée de pur hétéro (au sens où il serait sans doute écoeuré d'avoir un voisin pédé) au point qu'il me fait peur. Je crois que la journée il télétravaille et cause beaucoup pour ça. Le soir et parfois jusque très tard dans la nuit, je me suis interrogé depuis des semaines, et je crois maintenant qu'il fait des jeux en réseau et que ça le stimule excessivement. Mais ça va, j'ai pris suffisamment de leçons de stoïcisme pour l'accepter, et puis ce n'est pas non plus au point de m'empêcher de me concentrer ou de dormir (« tu n'es qu’image » en effet, mais il me manque encore de l'endurance!). Là, je rumine cette phrase entendue dans un cours sur le stoïcisme que j'ai réécouté, c'est du Sartre: « L'important n'est pas ce qu'on a fait de nous, mais ce qu'on fait de ce qu'on a fait de nous. »
Sur Rimbaud, on n'en finit pas de se demander si oui ou non il a participé à la Commune. Certains passent leur vie sur le sujet, je crois. Je rêverais de lire la constitution qu'il a écrite... Ca, c'est bien réel, mais disparu ! Ou juste égaré, ou dans une collection bien secrète, va savoir. Quant à la photo, c'est une rêverie en effet, d'abord ça. Mais vraiment, sur la question de la ressemblance, faut se méfier du trop beau portrait de Carjat je crois... L'autre portrait de la même époque où il fait la gueule est beaucoup moins avantageuse. Sur cette nouvelle photo place Vendôme, il y a un problème sur le nez, mais, ombre, tache... De toute façon les experts vont se pencher sur la question, j'irai bientôt aux nouvelles à ce sujet auprès d'Aidan Andrew Dun, ce poète anglais très aimable...
Ah, et tu me parles de Black Mirror. Je m'en suis gavé il y a deux ans, j'ai vu les quatre premières saisons et j'y pense encore souvent! Je comprends l'effet que ça peut avoir sur toi aussi. Tu m'apprends qu'il y a une 5e saison. Je peux me connecter avec le compte d'un copain de Clélie (à qui j'ai filé mon accès Deezer). Ca pourrait m'occuper pour varier les plaisirs dans les semaines qui viennent car je vais encore travailler au moins un mois.
Il est tard pour commencer à écrire mon journal de Wenjie quotidien, mais il m'appelle ! C'est devenu une discipline. Il écrit directement en anglais. Je le traduis, je le réécris, j'essaie de ne pas l'inventer! Et il a été adorable (je lui ai demandé l'autorisation de publier les extraits sur mon blog). Hier j'ai passé deux heures difficiles à décrire sa chambre. Va savoir pourquoi ça me passionne. J'ai l'impression que ça pourrait enfin être un livre. Mais peu importe à ce stade, tant qu'il y a du désir...
Je t'embrasse, et ne sois pas gêné de me répondre dans une semaine, un mois ou plus tard ;-)
Pierre

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Monday, April 29, 2019

C ette première phrase


Salut Pierrot, je viens t'appeler à ton expertise. Je dois rendre un texte pour un programme (je l'ai rendu, mais il y aura un BAT), est-ce qu'il y a une faute de français dans la première phrase, la double négation : « Il n'est pas sûr que Merce Cunningham n'ait jamais eu quelque chose à dire sur la danse qu'il n'ait pas dite… par la danse ». Est-ce qu'il faut par exemple supprimer la deuxième : « Il n'est pas sûr que MC ait jamais… »)
Je ne vois que toi pour savoir ça... Dis-moi

Je viens d'en discuter avec une inspectrice de lettres ! Pour elle, c'est tout bon pour les 3 négations de ta 1ère phrase, mais elle est réservée sur « quelque chose… qu'il n'ait pas dite » car cela donne un statut de nom commun à « chose » et renvoie à un emploi qui n'a plus cours... Pour moi, ça a le charme de l'ancienne langue, comme un écho à la syntaxe du XVIIe siècle. Elle suggère que tu écrives « une chose », mais je trouve ça moins élégant, d'autant que « eu une chose » n'est pas du tout euphonique...

Oh, comme c'est gentil de me soulager ! Oui, j'ai tendance à faire beaucoup de jeux de négation (comme par exemple : « Je ne crois pas que rien ne soit noir ou blanc », est-ce correct ?), mais, si c'est possible, je continuerai (puisque je l'entends comme ça). Je me suis aussi posé la question pour « quelque chose » et c'est sûr que c'est une préciosité. C’est sûr que cette première phase est précieuse, mais c'est sans doute comme ça qu'elle m'a amusé quand elle est apparue (je pourrais écrire : « quelque chose qu'il n'ai pas dit », mais ce serait plus banal et moins démodé...)

Je te suis sur la préciosité assumée !
Et je dirais: « Je ne crois pas que rien soit noir ou blanc » puisque « rien » contient en soi une négation (même si « rien » est issu du « rem » qui veut dire « une chose »...). « Si rien avait une forme… », dit Hugo, dit Annie Lebrun...


Cool. Merci ! C'est mieux, en effet, « Je ne crois pas que rien soit noir ou blanc ». Merci, très cher ! Passe une bonne journée

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Sunday, April 14, 2019

L e Fils du prêtre


Yvno !
Coucou. Hier soir j'ai dîné chez Pierre à Orchies entre Lille et Valenciennes. C'était absolument délicieux. Et c'était cool de le connaître. On a parlé de toi aussi et tu es drôlement aimé. Bravo. 
Des bises de moi et Louise. A bientôt

Oh ! C'est toi que j'aime d'un amour profond et qui ne trouve malheureusement pas de théâtre pour s'exprimer... Qui est Pierre ? J'en connais plusieurs et j'hésite... YN

Pierre qui a été ton amoureux. Mince et bon cuisinier, son père était un prêtre !

Oh, nom de Dieu !  quel hasard t'a conduit là ? Tu es devenu pd ? Non, quand même... Ne me dis pas ça ! Je n'aime que les hétéros. Pierre a été une exception. Et, encore, je crois qu'il a souffert...

Ahah ! J'ai fait un opéra à Dijon avec son copain, un chanteur lyrique, Olivier, et on avait bu des coups après la première tous les trois, on s'entend bien. Et, là, je suis à Lille pour un autre opéra et ils sont dans le coin alors, hop, dîner. Vala. Super, Pierre. C'était une chouette soirée. 
Mais non vraiment pas pd encore. 
Bisous, Msieur 

T'as pas intérêt à coucher avec ces deux-là ! Ou, au moins, ne me le dis pas ! Oui, j'aime beaucoup Pierre — malgré ses mœurs (dégoûtantes). Je ne connais pas encore son copain Olivier le chanteur, mais qui m'a l'air bien de gauche si j'en crois l'influence qu'il doit avoir sur Pierre si j'en juge ses posts FB actuels... J'ai hâte qu'ils aient leur ferme, en tout cas, je m'ennuie à Paris…

Ah, non, mais ils sont des hommes, je n'touche pas à ça, moi. 
Et puis Louise n'est pas pour qu'on touche intimement d'autres corps... et, moi, ça me va ; ça devient vite moins évident que ce qu'on croit, ces trucs-là. 
Oui, Olivier, il est dans une période de « libération » et de « babos », comme il le dit. Il a une voix tellement agréable. 
Allez, je vais aux plumes. 
Tschüss, the Yvno

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Sunday, September 30, 2018

V erdier


Comme tu écris bien, mon amour ! Tu devrais quand même essayer de publier, c'est parfait

T'es gentil ! Mais je n'en suis pas plus convaincu qu'il y a dix ans. Le monde se dérobe tellement vite...

Ça, c'est vrai. C'est justement cette conscience qui fait que tu écris. Alors, pense pour après ta mort (supériorité de la littérature sur le spectacle vivant), mais alors suis le conseil de Michel Houellebecq : pour qu'il y ait une œuvre posthume, il faut, à son avis, au moins avoir publié dans une ou deux revues même obscures de son vivant (pour amorcer la pompe)... J'ai croisé — chez ma coiffeuse ! — une éditrice pour toi, je lui aurais baisé les pieds : Verdier

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Wednesday, July 25, 2018

P ain


J'ai mangé ton pain délicieux avec une boîte de maquereaux et des tomates séchées, accroupi près de ma voiture (pour en même temps regarder l'itinéraire sur la carte) encore dans une vallée profonde du Luberon avant de prendre la route pour Marseille, YN 

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Tuesday, February 21, 2012

Abonné absent, mais je t'envoie quand même à cette adresse la réponse (enfin ! ) de Liliane, elle est très décevante, bon.

Des bises, chaton

YN

Liliane Giraudon
Oui j'ai lu et très attentivement... crayon en main... comme « document » (et le mot n'est pas péjoratif) c'est très intéressant, mais trop long et le « genre » (ça devient un livre qu'il faudrait signer à deux et avec des pb de noms à transformer because droits à la personne etc...), mais nous avons le temps car ce n'est pas pour 2012 et, en ce moment, une version numérique est à l'étude pour cette collection... Je voudrais que tu prennes le temps de retravailler à partir de ton blog en prélevant ce que tu dis de ton quotidien « travail création » inséparable de ta vie... L'histoire de cet amour est belle, il faudrait réduire, travailler avec de nouveaux prélèvements et monter ça. Prendre le temps de le faire. Mais se voir à paris pour en parler. Réfléchis-y. Ecris-moi sur cette boite mail : liliane.giraudon@wanadoo.fr car je ne consulte pas régulièrement mes messages sur Facebook ! Je t'embrasse
lili






Hello,
La réponse de Liliane ne m'étonne pas. Je n'ai pas publié les notes sur mon blog pour former un livre qui tiendrait dans un volume. C'est effectivement un document, et ce n'est pas une mauvaise chose d'avoir rassemblé ces textes sous cette forme-là, aussi bien de mon point de vue que du tien je crois, pour d'hypothétiques lecteurs à l'avenir (qui sait ?) C'est une entreprise frivole et vaine, comme dit Montaigne. (Enfin, la comparaison avec Montaigne ne peut aller bien loin !) Je réfléchis beaucoup à cette drôle d'idée de la mise à nu qui m'a tenu les deux premières années de mon blog. Je repense à certains de mes textes justement, en lisant des poèmes de Bukowski dans L'Amour est un chien de l'enfer. Cette façon de consigner l'expérience proche et intime est touchante, mais elle ne suffit pas, ne se suffit pas. Non, ce qu'il faut, c'est une Comédie humaine !
Je ne suis pas allé te voir au théâtre de la Bastille pour plein de raisons, mais d'abord parce que j'ai toujours aussi peu de temps libre et qu'en ce moment je lis dès que j'ai cinq minutes devant moi. Je reprendrai bientôt la musique pour une résidence à Tours, et peut-être pour une comédie musicale (un projet tout nouveau pour lequel je viens d'être contacté). Il est possible que je me retrouve dans une mission culturelle quelconque si la gauche passe, mais c'est encore une affaire de réseau sous le coup du secret, et sur le mode hypothétique.
Je viendrai au Rond-Point, en tout cas, c'est une salle que j'aime bien.
Porte-toi bien !
Bisous,
Pierre






Eh bien, moi, ça m'étonne, ça m'a même atterré, je dois dire. Car, alors, qu'est-ce qui me touche, moi, qui ne peut pas toucher les autres ? Et c'est pas la découverte des trois malheureuses pages des brouillons d'Une saison en enfer sauvées des flammes qui vont me faire changer d'avis : elles sont infiniment supérieures à la version définitive, Arthur y est comme vivant. Ce que je trouve vivant, en ce moment, c'est par exemple Chateaubriand, mais il a écrit pour que ce soit publié cinquante ans après sa mort (ça a été publié immédiatement après sa mort, en fait), et c'est aussi une œuvre de consignation...
Et cette manière de Liliane de répondre le crayon à papier à la main...
Moi, quand je fais un spectacle, je fais ce que je veux. On me demande des textes, un livre, mais on ne me laisse pas faire. Si je proposais un livre avec un seul mot par page, ce ne serait pas non plus retenu. On ne peut rien faire. Olivier Seiner a dû tout réécrire et, les épreuves, on les lui a envoyées avec encore des propositions de phrases « plus belles », de paragraphes entiers... mais, là, il a refusé, quand même, cette fois, parce qu'il s'est dit, il m'a dit, que s'il voyait dans un article une phrase citée qui n'était pas de lui, alors, il aurait honte...
J'ai du mal avec la littérature contemporaine, tellement peu libre. Tellement arrangée. Tellement relue et archi-boutiquière. Ça n'a pas de sens.
Sauf la tienne !
Liliane dit souvent, ça m'a toujours étonné, « fabriquer un livre ». Il ne me semblait pas que chez Marguerite Duras ça se passait comme ça. Mais peut-être qu'elle avait tellement intégré le processus qu'elle le portait inconsciemment. Moi, non plus, quand je fais un spectacle, je n'ai pas l'impression de le fabriquer, c'est même ça qui se fait tout seul, c'est le plus facile, ça. Non, ce qui compte vraiment, c'est de défabriquer, détricoter ce qui pourrait nous voler la richesse, la vie, la liberté et le plaisir, mais certainement pas de fabriquer qqch.
Peut-être il faudrait quand même envoyer ça à d'autres, on sait jamais. Evidemment, c'est un document. Moi, quand je fais du théâtre, ce sont aussi des documents. C'est comme ça que dit Stanislas Nordey, il m'a envoyé ma première lettre reçue d'un de mes pairs, ça m'a beaucoup touché. Il a vu le dernier spectacle, il en parle en ces termes, je crois, « consignation », « document », « comédie humaine », certainement pas !
Mais, toi, garde cette ambition qui a sûrement un autre sens pour toi que pour moi. C'est l'ambition Houellebecq, par exemple (que j'aime beaucoup lire sur la plage...)

Je t'embrasse aussi, chaton, content que tu aies daigné me répondre cette fois-ci !

Yves-Noël

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Sunday, April 18, 2010

Le Mendiant de l'amour

Yves-Noël Genod Tu fais bal demain ?
Yesterday at 1:52am · Comment · Like · See Wall-to-Wall

Olivier Casamayou Eeeeeeeh non ! J'étais censé être à Tokyo... Donc autre programmation, à laquelle je pourrais assister du coup !!!!
Yesterday at 10:21pm

Yves-Noël Genod Ah, zut, j'attendais cette nuit avec impatience... On sort ailleurs si t'es pas à Tokyo ?
Yesterday at 10:38pm ·

Olivier Casamayou Je suis pas super en forme... Une envie ? une idée ?
Yesterday at 10:51pm

Yves-Noël Genod Boire des cocktails jeunes et chics entouré du même genre, ça se trouve ailleurs ? Ça doit bien... Un truc bien décalé (pas les boites pédées normales qu'aime Pierre, mais où, moi, je m'ennuie (si je ne suis pas avec lui...)





Finalement, ça a été le Pop In, jusqu'à deux heures, et, donc, au Curio jusqu'à quatre heures. Dès le Pop In, je suis bourré. Et puis ensuite jusqu'à la fin. Est-ce qu'un texte peut rendre compte de cet état ? Tricky. Il faudrait remplacer les mots par les autres. "Etat" par "été", par exemple. Les notes sont inutilisables, indéchiffrables. Que faire de : "Ne jamais penser à soi est mon nouvel art de vivre (à la Pascal Rambert)" ? Les notes des carnets n'ont pas lieu d'être. On note des saillies. "Note ça, note ce mot !", crie Olivier. Par exemple : "Là, ce n'est pas moi qui l'aie zoomé, c'est lui !" Mais ce ne sont pas les saillies qui comptent, c'est le désordre, c'est à dire l'ordre incroyable qu'elles recouvrent. Pour aller du Pop In au Curio, nous sommes passés par le Marais. Nous pensions à des titres. (Je pense souvent en titre.) Le Sourire des yeux, c'était parce qu'au Pop In, Petrit me montrait une fille qui lui avait fait le "sourire des yeux", pour lui décisif. "Et encore une fois, tu vois, elle me le fait." "En effet. Tu devrais foncer." Ensuite, Un samedi soir sur terre, je ne sais plus qui a dit ça, mais je l'ai noté, peut-être à la hauteur des grands déserts à l'approche de la Seine... Mais je faisais tellement de cinéma (les deux vodkas-orange du Pop In avaient suffi à me faire partir en live), j'embrassais ou harcelais qui nous croisions sur le chemin. (Tandis que Pierre, plus exigeant, devait baiser méthodiquement quelque part.) Je sortais même (pour vérification) le paquet d'un monsieur, oui, dont son ami me vantait le calibre et, tandis qu'Olivier s'éloignait dare-dare en nous criant : "C'est de l'exhibition !", j'admirais, en effet, avec de grands yeux, quelque chose qui n'aurait pas déparé à l'étal d'un boucher. Plus tard, en en reparlant, Olivier me dit qu'il pensait qu'il y avait des caméras de surveillance partout (à défaut de flics dont la rue était déserte) et qu'avec mon look, j'avais toutes les chances d'être repéré. Bref, il s'avéra que le titre qui s'imposa rapidement fut : Le Mendiant de l'amour. Très beau titre. Sans doute déjà pris. Pont Louis-Philippe, les couples comme des statues éphémères, l'incroyable calme, la densité. Passages à vélo, voix anglaises, libération... Je faillis, à mon tour, appeler la police parce que j'étais témoin d'une scène où une belle allait se faire - ça commençait sous mes yeux - littéralement dévorer par une bête - mais Olivier me disait que la fille, à son avis, devait être consentante. Même éventuellement-peut-être-consentante (c'était à voir), j'hésitais à crier. Je voyais bien l'image devant mes yeux qu'il n'allait pas en rester un morceau vivant, de la fille contre la balustrade de pierre. Olivier m'avait dit aussi, pour expliquer son départ de la scène de la rue, qu'il n'aimait pas les bites au repos. Moi, au contraire, je n'aimais que les bites au repos (après, je ne sais pas quoi en faire), voilà la différence expliquée gentiment entre un vrai pédé (Olivier) et un comédien (moi). J'aimais bien Olivier, je le suivais parce qu'il s'en tenait aux jeunes de moins de vingt-cinq ans et que j'aurais bien aimé profité de sa recette. "Il n'y a pas de recette !" Mais des différences certaines entre Paris et partout ailleurs dans le monde où c'était mieux, Olivier était intarissable sur le sujet : les Russes, les Asiatiques, etc. A Paris, c'était que mesurement d'égo entre jeunes. Partout ailleurs, les jeunes qui voulaient baiser s'en fichaient de l'âge. C'était baiser. J'étais bien d'accord, j'approuvais tout à fait, même si je ne pouvais alimenter d'aucun exemple. Je ne pratique pas GayRomeo. Olivier en était là, ce soir, avec moi, sans mixer, à fréquenter les ponts sur la Seine lustrée, dans le Paris séculaire, parce qu'il n'avait pas pu partir à Tokyo (où il s'était pourtant, me dit-il, placé des rendez-vous tous les jours grâce au site susdit) à cause, bien sûr, de ce nuage de cendre qui s'échappait du volcan islandais. Du ash pas du cash ! Je compâtissais. Tout un tas de contrats juteux qui lui échappaient. Le marché asiatique. Il devait passer par Shanghai aussi, une performance à l'Exposition Universelle. On lui faisait miroiter un départ éventuel vers jeudi, mais je le dissuadai d'y croire trop. Il avait essayé de partir par Milan, mais les billets étaient hors de prix. Et où la fille rendait un son mat. Cette phrase vient mal à propos. Passage de l'eau sous les tunnels. Je disais, mais était-ce à l'aller ou au retour ? que les ponts avaient l'air d'étendre les jambes - celui que je voyais, était-ce le pont Marie ? Olivier continuait : "C'est à cause de l'écartement irrégulier des arches." On m'avait pris pour Iggy Pop plusieurs fois dans la soirée (surtout au Pop In, bien entendu). On m'avait dit : "Nicolas Cage + Iggy Pop" et j'avais terminé cut l'équation : "= Frankenstein." Devant le Curio, on me saluait d'un "Oh, Rick Owens !", plus original (mais dans la même idée). Au Pop In, sur le dance floor, une fille délurée me demandait de soulever mon T-shirt (Rick Owens) pour mieux vérifier le comédien, je commençais d'ouvrir aussi ma braguette tandis qu'Olivier criait "Arrête, arrête !" décidément sans goût pour les bites (au repos) ou les descentes de police. Olivier avait un compte, il m'invitait. Au Curio, nous retrouvions la collection de coléoptères et le paon et les coquillages. J'avais embrassé la langue d'un garçon dans la rue, matelassé de mes mains quelque autres, effleuré des filles (qui aimeraient tant qu'on s'occupe d'elles comme le prédateur le faisait, pont Saint-Louis). Mais faudrait poser parfois les sacs Chanel, aussi, les filles ! (Revendication.) C'est pas tous les samedis, les règles, quand même ! Les rues avec leurs devantures, les personnages qui surgissent, Paris comme dans les années soixante, mon cocktail rose, Matisse à qui je pense toujours (nuit et jour).

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Thursday, October 08, 2009

Roman

Je ne comprends pas tout. Il me semble que si j'aime un auteur, j'aime aussi comment il est. Ça s'ajoute. Est-ce de la confusion ? De la non distinction ? J'aime Proust et j'aime aussi qu'il dissèque des rats dans des bordels de garçons. J'aime aussi, en un sens, que Céline soit antisémite parce que c'est lui et que j'ai l'impression de le comprendre comme j'ai l'impression de comprendre Shakespeare ou Picasso parce que ces gens ont eu la générosité, l'amour, disons, chacun, d'avancer sans tricher et qu'ils ont comme "aimé le monde", c'est difficile de le dire autrement. Et je comprends, mon Dieu, très bien, comment dans les années soixante-dix où tout le monde le faisait, en France en tout cas, je le sais, et qui plus est à Hollywood où tout le monde sait (encore) que ça se fait depuis toujours (c'est même enseigné dans les cours d'Actors studio partout dans le monde : il faut coucher pour réussir), je comprends extrêmement bien que Roman Polanski (remarque le prénom) ait pu coucher avec une mannequin de treize ans et dix mois, non vierge depuis l'âge de huit ans, paraît-il, et connaissant toutes les drogues (paraît-il, mais je le crois), qui plus est dans la villa de Jack Nicholson ! qui plus est avec Roman Polanski ! qui plus est à Los Angeles ! qui plus est dans les années soixante-dix qui sont mes années préférées et où tout - la sexualité - devait s'expérimenter plein pot (on en est loin maintenant puisque maintenant on pense qu'on a tout compris de la sexualité et qu'il y a des cases, des clics pour ça). Mais depuis quand un peintre n'a-t-il pas le droit de coucher avec son modèle ? C'est pas encore complètement explicite, ça, dans les lois (d'où l'importance de ce déballage). Ça va être infiniment pire encore que ce à quoi nous assistons. Ça va pas s'arrêter, tu vas voir, ça augmente tous les jours. Je comprends aussi que celle qui a porté plainte en 1977 ait été indemnisé, n'est plus la fille qu'elle était, qu'elle a maintenant trois enfants, que Roman Polanski n'est plus non plus celui qu'il était, qu'il a deux enfants de onze et seize ans, qu'il est, lui, en train d'achever le montage de son dernier film, et que cette femme, de même que Roman Polanski, demande depuis maintenant pas mal d'années à la justice californienne de la laisser tranquille, qu'elle a l'impression, dit-elle, d'avoir été, elle-aussi comme le réalisateur, comme condamnée à la perpétuité, qu'il faut tirer un trait et arrêter de poursuivre Roman Polanski autour du monde - et je suis encore, pour finir, d'accord aussi avec Frédéric Mitterrand (maintenant, bien entendu, poursuivi à son tour) quand il dit : "Si nous ne défendions pas Roman Polanski, ça voudrait dire que le mot culture n'aurait plus aucun sens." Pourquoi il dit cela ? Parce que l'art est depuis toujours le moyen de dire - à la société, à la bien-pensance - quelque chose comme : ce n'est pas comme vous les voyez que sont les choses, c'est différemment que vous les voyez, la réalité n'est pas la fiction que vous en faites avec vos têtes (et vos lois) et que vous prenez, vous, pour la réalité, la réalité est autre. J'ai personnellement un peu de problème à penser au rapport d'Heidegger et du nazisme, mais c'est justement parce que je n'aime pas Heidegger et que je ne l'ai que très peu lu. Si je l'aimais, je le défendrais, je défendrais l'homme en son entier. Si c'est un ami - et un ami est au-delà de la loi ! - je le défends. "Si un ami qui vient de commettre un crime vient vous voir et vous demande de le cacher, le feriez-vous ?" demandait-on à la télévision à Pierre Bergé, réponse (évidente pour moi) : "Absolument - sinon ça ne serait pas un ami." Les auteurs sont mes amis, mes amis proches, les gens qui aiment mes spectacles aussi, par exemple, deviennent - en aimant ce que je fais - mes amis. Ça ne me semble pas de la confusion. Toutes ces choses abstraites, ces très grands principes "justice", "équité", "égalité" des hommes sont des paroles fausses, bonnes peut-être pour, comme tu le fais remarquer, administrer les hommes (médiocrement) et remplacer (depuis la révolution française) Dieu et psy (ou confesseurs). Moi, je préfère Dieu (en direct), aide des psy et amitié, amour et complexité infinie des choses et des sens... Et je ne crois en rien à l'administration, presque rien, surtout depuis que tu m'as décrit la guerre permanente dont se nourrissent les services. La démocratie, pour moi, est un mal nécessaire, pas plus, pas mieux, c'est l'ennemi qu'il faut conserver vivant, c'est l'ennemi dans lequel certes nous mettons aussi notre espoir de survie, à l'échelle de la planète, ce n'est certainement pas ce qui doit remplacer Dieu, les psy, l'art, le sexe, la vie personnelle même hors-norme, le crime possible en chacun... Pourquoi ? Parce que la démocratie est un totalitarisme. C'est ce qui maintenant se profile presque absolument : le grand nihilisme généralisé, le droit dans l'mur !

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Sunday, March 15, 2009

Jardin secret

De : patkaicompagnie@hotmail.com
Objet : hier soir
Date : 15 mars 2009 00:43:13 HNEC
À : yvesnoelgenod@wanadoo.fr


hier tard dans la nuit, les bras autour de Benjamin nous filions dans la nuit en scooter. Dépassé deux jeunes hommes en vélib, l'un devant droit et fier, un sourire heureux pour visage, l'autre derrière admiratif. Heureux pareil.
Vous étiez beaux,
Kat'

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Sunday, March 08, 2009

Quelqu'un pense à moi, et moi à lui

De : pierre.courcelle@yahoo.fr
Objet : Que serais-je sans toi?
Date : 8 mars 2009 23:05:22 HNEC
À : ledispariteur@gmail.com
Répondre à : pierre.courcelle@yahoo.fr


Ça me fout le cafard de te sentir dans le doute, « amour feint », « amer aimer », « ce que l'on dit vite », « mon ventre, son ventre, nos bobos par où je passe... », j'ai mal au ventre justement, j'ai froid et j'ai mal au ventre (mangé la moitié d'un paquet de chips que j'avais acheté pour ce soir, mais pas touché aux bouteilles). J'ai trouvé un fac similé de L'Olive de Du Bellay sur Gallica, je voulais retranscrire un sonnet qui parle de la nature, « bois feuillus », « herbeuses rives », « épaisseur des forêts chevelues », « filles impoilues ». Je t'en envoie un autre (sur le mode de celui de Louise Labé) :

La nuit m'est courte, et le jour trop me dure,
Je fuis l'amour, et le suis à la trace,
Cruel me suis, et requiers votre grâce,
Je prends plaisir au tourment que j'endure.

Je vois mon bien, et mon mal je procure,
Désir m'enflamme, et crainte me rend glace,
Je veux courir, et jamais ne déplace,
L'obscur m'est clair, et la lumière obscure.

Vôtre je suis et ne puis être mien,
Mon corps est libre, et d'un étroit lien
Je sens mon coeur en prison retenu.

Obtenir veux, et ne puis requérir,
Ainsi me blesse, et ne me veut guérir
Ce vieil enfant, aveugle archer, et nu.

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Monday, February 02, 2009

Chesley Bonestell

(Nicolas Moulin fait connaître.)


Nicolas Moulin at 3:00pm February 2
je les ai déjà imprimées et foutues au dessus de ma platine vinyle, où je passe régulièrement X102 (jeff mills) ça va bien avec.

Yves-Noël Genod at 3:02pm February 2
yeah ! tu sais que je me suis remis avec un homme, ça m'fait penser à toi (t'étais mon dernier)...

Nicolas Moulin at 3:14pm February 2
aussi musclé et bien membré que moi ?

Yves-Noël Genod at 3:20pm February 2
il met de la poudre, mais, quand il jouit, oui, tous ses muscles sont tendus et membrés mieux que dans « Têtu »... il écrit bien : http://guarantyofsanity.hautetfort.com/

Nicolas Moulin at 5:48pm February 2
profite bien mon garçon !

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Wednesday, January 28, 2009

Duras, Jean-Pierre, Pierre

De : yvesnoelgenod@wanadoo.fr
Objet : la même idée
Date : 19 janvier 2009 13:43:41 HNEC
À : jpc@jeanpierreceton.com

... Je me demande si Pierre, l’écriture de Pierre, ne représente pas pour moi la libération, la respiration d’un amour plus étouffant, celui, disons, sur le modèle, en jumeau avec la mère, de la même façon que ton livre, Rauque la ville, avait proposé pour moi, dans cette adolescence sans joie, un amour beaucoup plus fort, beaucoup plus libre (et inconnu) que celui de Marguerite Duras dans lequel j’étais embringué (et le suis encore…)

YN



De : jpc@jeanpierreceton.com
Objet : Rép : libération piste préférée
Date : 28 janvier 2009 13:10:01 HNEC
À : yvesnoelgenod@wanadoo.fr

Coucou YvNo,
Je devais te répondre pour poursuivre la conversation en reparlant de la libération, il y a des jours déjà, et puis je me suis mis à lire ton blog que je trouve très bien. J'y aime ta liberté, y compris celle de dire que tu n'écris plus sur papier...
C'est une sorte de roman en direct, et même de la fiction en construction puisque tu (vous) inventes la vie des jours, avec des rituels choisis comme tels, et puis c'est assez drôle, cette sorte de tornade de libération sur laquelle tu surfes comme un danseur que tu es...
Donc sur la libération... qui reste ma piste préférée, bien que pas très à la mode ces temps derniers. Évidemment qu'elle est présente chez Duras, sauf que pas mal de durassiens ont privilégié la piste de la plainte, surtout parmi les nouveaux, et ceux qui ne l'étaient pas avant...
Mais même chez des anciens, Michelle Porte par exemple qui paraît-il disait : Avec Duras, on se plaignait et on pleurait ensemble.
Non moi je n'ai pas vécu ça, j'ai beaucoup parlé et pensé avec elle et surtout beaucoup ri...
Ceci écrit je ne tiens pas à te réembringuer dans Duras.
D'ailleurs c'était ce que je voulais te dire, que c'était dommage de te sentir embringué par elle alors qu'elle écrivait tellement la liberté,
bise
jean pierre ceton



De : yvesnoelgenod@wanadoo.fr
Objet : Rép : libération piste préférée
Date : 28 janvier 2009 14:35:15 HNEC
À : jpc@jeanpierreceton.com

Oh, oui ! Mais c'est mon problème, ça... cette connaissance-méfiance... malgré mon amour des femmes, qui revient... De sorte que quelques événements semblent faire fi du passé, semblent neufs, garçons, adolescents-forts (pas plaintifs) et qu'ils ont rapport avec des écritures « émancipées » – même si c'était Marguerite Duras qui t'avait fait connaître de moi, bien sûr, par la préface à ton livre, mais quand même ! Et, maintenant, Pierre vient peut-être de la même « libération » du travail sur Liliane Giraudon, Mamzelle Poésie (qui parle aussi de liberté, à n'en pas douter...) Mais je cherche une femme d'un type nouveau (pour moi), ce qui n'est pas évident... Voilà pourquoi je m'allie avec un chevalier, un prince, un roi, que dis-je ? un dieu... Sans parler de Dieu, c’est mieux à deux, de toute façon, pour cheminer, sur ces chemins de poésie (ou de folie). Pierre a dit une chose qui m'a plu hier (oh, parmi tant d'autres, n’est-ce pas ?...), il a dit que nous n'avions pas, nous, ce qu'on écrivait là, une écriture exhibitionniste, mais une écriture naturiste, ça me va très bien ! J'avais trop adoré ces séjours dans ces domaines en bord de mer... Avec Anne de Sterk, Hélèna Villovitch... Voici une raison de plus de retrouver une femme ! Tu sais, je vois toujours Stéphane Wargnier qui était là quand je t'avais rencontré à Lyon pour la première fois, après Fréquence perdue, c'était même à cette occasion que nous nous étions nous-même rencontrés, lui et moi, il était avec une fille qui s'appelait Marion, je dîne avec lui demain. C’était d'ailleurs chez lui (en Corse) que j’avais commencé le naturisme (ou l’amour) avec ma première femme, Annabelle Pulcini. Il a été longtemps directeur de la communication chez Hermès et, maintenant, il se demande un peu quoi faire, je crois (m'a-t-il dit...)

Des bises !

YN

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Friday, January 23, 2009

La plute dans l’ass

Après les entrées d’avant-hier (« L’ennui » et « Merde »), Thomas m’écrit :

« Salut c’est la pauv' figure*, l’histoire grise, c’est à dire pas les fraises dans la dentition ni la neige dans l'pourpre sang
Au fait, c'est qui Florure Delval ?
Si tu cherches une femme, une vraie, ma fille est disponible, mais elle a deux ans, j'crois qu'elle aime bien les vieux pédés qui se font des lavements au pommeau d'douche. De toute façon, ma fille, elle aime tout, et surtout son père.
C’est vrai que ton blog prend une autre dimension avec ses micros histoires, micros récits. C’est bien, les deux modes, la fulgurance poétique + le récit qui mute de l'anecdotisme au style.
Au fait, j'ai toujours pensé que tu devrais publier quelques choses.
You are my favorite poète, you know that ?
Tchüss, complex man

La plute dans l’ass

Et mange tes pierres** »



* que j'ai rechangée en « plate figure ».
**En référence, sans doute, au poème d’Arthur Rimbaud, Fêtes de la faim :

« Si j’ai du goût, ce n’est guère

Que pour la terre et les pierres.
Dinn ! dinn ! dinn ! dinn ! je pais l’air,

Le roc, les Terres, le fer. »






Oui, je pense, comme Thomas, que ces filles à papa sont du genre « femme d’un type nouveau » que je cherche partout. Je connais beaucoup de garçons avec des filles, Pierre Courcelle, Thomas Ferrand, Patrick Laffont, Robin de Courcy, Alain Farah… Elles ont entre quelques jours (celle de Robin) et quelques années (je pense que la plus âgée doit être celle de Pierre, quatre ans et demi, ou celle de Patrick), oui, ce sont certainement des filles d’un tout nouveau genre, d’un tout nouveau style, ce sont elles, les femmes modernes, les beautés nouvelles et belles… Par exemple, celle de Patrick – qui s'appelle Nina – toute habillée de rose alors que lui toujours en noir... Un effet très joli, Matisse... Il y a aussi celle de Sébastien, mais je connais aussi Julie, la mère, c'est pas pareil, et celle de mon frère, Anaé – Danaé – , qui a aussi un fils – ce sont d'autres catégories... Les filles de Pierre, Thomas, Patrick, Robin, Alain s'appelle : Clélie, Garance, Nina, Alma, Bénédicte...






Peut-être faut-il que je réexplique que j’emploie toujours le prénom Thomas sans distinction (ça agaçait Hélèna) alors qu’il représente évidemment trois personnes réellement différentes, Thomas Geelber, donc, l’ami psychiatre qui a son cabinet dans le septième et dont je parle dans l'entrée précédente, Thomas Schimeca, l’ami acteur préféré (parfois appelé par lui-même Tomate ou Toto) qui habite plutôt dans le vingtième et qui, en ce moment, fait un voyage d'agrément au Mexique – et Thomas Ferrande, l’ami aimé, ou l’ami pute, etc. (je me souviens plus de tous les p’tits noms dont je l’affublais, mais se référer à cet été, juillet-début août) et qui habite maintenant carrément – il a fuit – à Berlin et sur Facebook. Mais, pour moi, c’est toujours Thomas, hein, compris ? (Il faut donc comprendre qui est qui d’après le contexte.)






Ce matin (samedi 24 janvier), Pierre ajoute, sur ce prénom : « En plus, Thomas, c'est celui qui ne juge que sur pièce, et qui ne croit que ce qu'il voit. »

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