Monday, May 04, 2026

Bonjour Zhaoran !

Merci pour tout ce que tu dis de gentil, ça a été une belle surprise et une belle leçon pour moi de t’avoir dans l’atelier ; ton instinct, ta concentration et ta connaissance de l’amplitude possible du jeu et de la danse m’ont émerveillé ! Malheureusement, je ne suis sans doute pas la bonne personne pour te parler du VERDICT. Un spectacle, de manière générale, est très difficile à comprendre en vidéo (pour ma part et pour cette raison, je n’ai jamais fait de captation, seulement des clips publicitaires). Donc je ne saurais dire ce que je ressens, en général. Je pense que si j’avais vu ce travail en vrai, je l’aurais trouvé excellent, mais, là, en vidéo, c’est difficile pour moi de ne pas être agacée par ce que je vois : même si je vois aussi que tes jeunes acteurs ont du plaisir à jouer ensemble, je les trouve pris dans la forme. Je n’ai rien contre la forme ; j’aime aussi beaucoup Bob Wilson, Jon Fosse (monté en France par Claude Régy), Samuel Beckett... (cela me rappelle aussi des formes que j’ai vues dru Japon ou de Chine) auxquels ton travail me fait penser — ou ton « imitation » , comme tu le dis si bien. Mais il faut, pour moi, que la forme révèle une liberté, une vitalité, une communication qui n’existerait pas sans elle. Sinon il vaut mieux que l’effort de la forme ne se voit pas. S'il se voit et que la forme n’est ni sublime ni transparente, elle enferme. Je comprends bien que le sujet de ta mise en scène est l’enfermement ! Et, pour moi, ça résonne d’une étrange façon d’imaginer que ce que je visionne a été montré en Chine. Ce qui serait le mieux pour comprendre ce travail serait que tu le redonnes à l’école de Monaco avec des élèves qui voudraient bien le faire, que tu le redonnes en français, pour voir comment ça pourrait résonner dans les conditions actuelles de notre existence occidentale ; pour toi, ça te semblera sans doute étrange, mais, si tu arrives à motiver quelques camarades, je pense que ça serait d’un grand intérêt. Les choses que tu évoques sont universelles. J’aimerais bien les entendre en français (même si la lecture des sous-titre fonctionne). Voilà, hélas, je n’ai pas grand chose d’autre à dire. C’est pour moi un travail d’école plein de possibilités. Il faudrait — à mon sens — que la forme ne mime pas l’enfermement pour que ce soit plus fort. Pour moi (comme je l’ai dit dans l’atellier), un travail théâtral doit toujours se présenter comme une leçon de liberté pour le spectateur. Mais c’est personnel. Je n’aime pas trop les auteurs — pourtant admirables — comme Thomas Bernhard qui maintiennent le spectateur dans la noirceur, l’enfermement… Je trouve plus fort les auteurs (dont Kafka !) qui montre la lumière, qui croit en la lumière, qui la vivent… Tiens, une citation de Franz Kafka : « Je m’efforce d’être véritablement un candidat à la grâce. J’attends et je regarde. Peut-être viendra-t-elle, peut-être ne viendra-t-elle pas. Peut-être cette attente à la fois calme et inquiète est-elle l’annonce de la grâce, ou bien la grâce elle-même. Je l’ignore. Mais cela ne m’inquiète pas. J’ai, pendant ce temps, fait amitié avec mon ignorance. » Il y a un bruit de fond dans la vidéo, sans que je sache si c’était dans la représentation, qui évoque un bruit de train, je trouve que c’est très bien, ils sont — dans leur lenteur — pris dans le voyage d’un train… C’est beau de répéter plusieurs fois la même phrase d’un ton différent, dans un état différent, ça crée des circonstances différentes, des possibilités différentes, comme si la réalité pouvait avoir plusieurs formes, plusieurs résonances… Le feu, à la fin...

Merci d’avoir espéré que je pouvais dire quelque chose de ton travail, ça me touche,

Marie-Noëlle

Je vais relire le VERDICT, il y a une nouvelle traduction française, pour comprendre ce que tu en as gardé, ce que tu as inventé...

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