C hloé
On me demande (pour un film, je vous demande pardon) si je n’ai pas des carnets plus grands que ceux que j’utilise maintenant (mais on les voudrait remplis de schémas, de graphiques, de bouts de partition, de dessins). Alors j’en ouvre un de ces grands, jamais rouvert, non daté, et je m’aperçois que je suis bien meilleure poétesse à ce moment-là.
J’aime mon écriture appliquée pour demeurer lisible, ce qui n’est plus le cas. Par exemple :
« le bruit de l’été répertorié, je te brûle du feu de flammes de tes cheveux inconnus comme en bourgeons sur la vague et l’été séparé épargné procure une mare autour »
Moi, je trouve ça bien ! Je peux le dire car ce n’est pas vraiment moi qui ai écrit ça (je ne connais pas cette personne dont je possède les carnets reliés à différentes époques).
Dans ce carnet, ce qui me trouble, c’est que j’écris déjà au féminin (« je suis seule »).
« Une nuit d’air fragile un bleu prude et le tronc des arbres noirci au sous-sol la corneille gonflée d’air »
« à l’issue d’une nuit peu d’air l’usine d’une nuit qqn fume — une femme — assise à l’ombre de l’Abribus qui n’abrite de rien — et peut-être lit par dessus mon épaule »
Ailleurs :
« de la neige le long des placards des parkings »
« dans la souffrance les mains libres »
« je t’aime précieuse lente longue une nuit »
Sur quelques pages il y a des dessins d’enfant d’une certaine Chloé. Et parfois j’écris ce qu’elle me raconte : « j’ai un grand cahier grand comme un ciel je l’ai mis dans les bois dehors alors je sais plus où il est ». Elle doit être bien âgée maintenant…
« l’étoile d’araignée avec la sorcière le ciel est orange et magnifique impudique plastique sur les seins verts des collines des montagnes montage des montagnes le même sa tête blonde perce de sous la terre le cheval c’est Jewels Packet le chat c’est Carnus Pitu de la rose séchée éclatée il y a tes cheveux de sable il y a des cheveux de chevaux dans le ciel d’or il y a ce qui passe de l’une à l’autre fenêtre le non-rapport du paysage le vermillon »
« dans la journée roulée par la chaleur des hauts interstices indiqués par l’enfant »
« elle croque dans la pomme des formes de Pyrénées »
Je suis presque déçue de me souvenir maintenant...
Labels: poésie

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