Sunday, February 08, 2026

Chère Silvia, cher Daniele,
Votre projet d'une grande intensité poétique, enclenche chez moi la rêverie — comme tout ceux d’ailleurs que vous m’avez proposés au fil du temps, qu’ils aient abouti ou qu’ils n’aient pas abouti (la rêverie reste positivement). J’ai immédiatement commencé à noter des choses, comme je le faisais toujours dans d’infinis dossiers, ce qui me venait, écouter aussi cette rêverie qui s’accroche partout au dehors, livres, tableaux... comme si tout se rassemblait dans la direction d'une île imaginaire de Venise (rien que ça !) Je ne sais pas si on va y arriver parce qu’il y a vraiment très peu d’argent, mais ça existe déjà…
Je t’ai dit, Silvia, que de voir le lieu un seul jour m'allait, mais l’idée d’aller à Venise un seul jour me paraît insensée. Je resterai quelques jours, même si tu n’as pas de logement à me proposer, j’irai à l’auberge de jeunesse… Je suis occupée à partir du 20 mars, mais on vient de me proposer aussi de participer à un cabaret le 7 mars (je ne sais pas encore si je le fais ou non…)
Il faut envisager pour moi trois voyages, le premier, celui de juin — et ce serait bien qu’il y en ait un autre en mai.
Beaucoup déjà est inventé dans votre texte que je relis.
Je note des possibilités et des impossibilités qui me viennent (le pique-nique pour 200 personnes : hors de prix, à moins de dire au public d’apporter lui-même sa nourriture)
Peut-être qu’il faudrait mettre au courant le public de toutes les réflexions que nous aurons d’ici juin, que le public ait autant que nous conscience des enjeux, cartes sur table, et que sa participation soit de partager cette « rêverie », cette philosophie d’action, de fête, de gaspillage, cette espérance — et qu’il n’y ait peut-être  que ça, une attente, mais une attente la plus générale possible, plus que celle d’un spectacle.
Evidemment la question qui traîne en fond de tout ce qu’on peut faire maintenant est : Comment façonner un avenir acceptable ?
J’ai hâte d’échanger encore avec vous, mais je donne ici une idée (tirée de ce dossier) comme ça, pour le plaisir :
LE PUBLIC N’EST JAMAIS CONTENT (titre)
Demander aux participants, le public, de se déguiser, sur le modèle du Pèlerinage à Cythère
Et le voyage et l’arrivée dans l’île est juste ça : rien d’autre, les participants sont laissés à eux-mêmes, réellement abandonnés sur l’île avec leurs habits endimanchés : ils étaient là juste pour le coucher de soleil, une cérémonie invisible, inconnue. Ils repartent mécontent et se plaignant, mais de quoi ? ils n’ont rien payé, on leur a juste pris quelques heures de leur temps, empruntées seulement, en fait, non, c’est le contraire, on ne leur a pas volé, on leur a rendu leur temps, « notre seule richesse », disait Chantal Akerman.
Évidemment cette action ne peut « marcher » que si les téléphones sont retirés pendant le voyage, zéro photo, zéro vidéo, zéro communication — ou peut-être non ? Laisser le public faire des selfies jusqu’à plus soif ?  
A bientôt,
Marie-Noëlle

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P aris, musée du XXIe siècle

 
Il y avait Thomas Clerc hier soir — et je le note car je sais qu’il écrit en ce moment peut-être mon nom : je lui ai demandé vers la fin, pour retarder encore son départ (en même temps, ce que je préfère ce sont les dernières minutes qui me rappellent toujours la phrase de Duras de la fin de la réception d’India Song : « Ils restèrent à quelques intimes », hier, François-René avait laissé en plus la porte de sortie grande ouverte et il y avait l’air frais, comme d’avril, doux qui m’arrivait dans le cou « comme dans mon enfance », je me suis même demandé en goûtant à ce moment-là l’infinie douceur d’un bonheur de vivre que l’on retient entre ses mains, « Encore un instant, dit-elle », si on n’était pas toujours à la recherche de ses sensations profondes d’enfance et bienheureux ceux qui y parviennent), je lui ai demandé, à Thomas, ce qu’il faisait en ce moment, s’il écrivait et il avait répondu à la cantonade qu’en effet il écrivait ne serait-ce que son journal et que le récit de cette soirée y serait, mais qu’on ne le découvrirait qu’après sa mort dans cinquante ans (quel âge a-t-il ?) (nous étions des gens qui souvent se posaient la question de l’âge : par exemple, Aymen avait dit son âge, 26 ans, bon, nous avions accueilli cette annonce d’un air pincé, mais nous nous étions demandé après leur départ quel âge avait Manuel à la beauté sidérante ; François-René, après avoir inventé son âge réel (qui n’était pas 35 ans, âge auquel je bloque tous les gens que j’aime, moi qui en ai, hélas, déjà 43) disait que c’était mal ce que faisait Séb, d’aller vérifier, « Il ne faut pas faire ça », bon, mais, de toute façon, il l’avait fait et l’âge le plus invraisemblable, celui de Manuel une beauté stupéfiante, il l'avait deviné)
 
Mais Thomas Clerc se trompait encore sur mon genre. Dans la première édition de son livre, bon, il m'avait affublée de mon DEADNAME, ce qui datait immédiatement le livre (dès sa sortie), mais, après tout, c'était un livre daté parce que, par exemple,  nombre de boutiques référencées n'existaient déjà plus, ça allait si vite, la vie (la vie d'une ville), mais dans la version poche qui venait de paraître, j'avais vu qu'il avait certes rectifié mon nom, mais qu'il continuait (pendant quelques lignes) de parler de moi au masculin, je lui avais passé un savon, merde

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