I riè
Il n’y a rien dans ma vie, je regarde des films, des choses du passé. Je ne crois plus en l’avenir (je veux dire : de l’humanité), alors je regarde des choses du passé. J’essaye de comprendre pourquoi comment on en est là, mais c’est purement documentaire, il n’y a pas d’histoires — mais tout fait histoire. C’est le passé…
Je rêve que je suis dans un appartement immense, mais je ne dors pas, j’ai vraiment la sensation d’être dans un appartement immense. C’est possible. C’est à cause d’une goutte d’eau qui tombe dans le seau des toilettes, une fuite, et aussi de la fenêtre ouverte et aussi de la nuit (et aussi du cinéma qui me montre des appartements immenses : il y a des gens qui vivent dans des appartements immenses, au moins au cinéma)
« Avez-vous peur des femmes ? — Oh, oui, bien sûr ! » (Jean Rochefort à une journaliste, au moment de UN ÉLÉPHANT ÇA TROMPE ÉNORMÉMENT)
« la « société inassociée des lecteurs » dont parle Pascal Quignard. »
« C’est en lisant qu’on devient liseron »
Devenir lecteur, c’est ça, l’ambition. Ecrire, c’est facile, les machines le font, mais lire… c’est difficile parce que c’est avec sa propre vie qu’on lit… Et comme disait Queneau : « C’est en lisant qu’on devient liseron » Je suis au lit, matinée pluvieuse (le lit est mon bureau). Je suis consciente de répéter ce que j’ai déjà écrit mille fois, je suis consciente d’avoir fait le tour de la question. Hélas. Je suis consciente d’être en fin de vie. Je suis consciente que le monde aussi. Il me reste à lire, ce qui est une forme de prière pour me sauver et sauver le monde, à lire et à relire, Kafka aura dit : « Dans le combat entre toi et le monde, seconde le monde. » Est-ce qu’une phrase telle que celle-là ne suffit pas pour aimer, vivre, lire, sauver, prier, vivre, aimer, libre ?
« J’ai vu l’or et la pluie sur les forêts d’automne »
Que faire de toute la beauté qu’on a vécue — et, il est vrai, qu’on revit encore — en partie — chaque été.
Il y a la nostalgie de la vraie vie, mais, la vraie vie, maintenant, s’appelle « littérature » — car, comme le dit Joyce Carol Oates, c’était mieux avant (à titre personnel) (jeunesse, plaisir, vie ouverte, la mort tenue à distance, non, en fait, la mort n’a jamais été tenue à distance, mais la nostalgie est l’état de toute une vie)
Parfois on s’égare, on s’énerve (dans le café où l’on a mangé). J’irai partir dans Paris, pas pour acheter des choses, pour me balader dans une ville étrangère, mais pas pour croiser des touristes non plus, non, pour disparaître toujours et encore ou, au moins, mimer la disparition.
J’étais dans une boutique d’un créateur de mode, Irié. Son compagnon, tel un vieux chat, un vieux poussah avachi dans un fauteuil était désœuvré ; la vendeuse sous son œil violemment éteint, s’occupait de tout. Je demandais quelle était la somptueuse musique qu’on entendait, elle me dit : « Ah, ça, il faut demander au spécialiste… » Alors le vieux chat, à mon retournement, souffla sans mépris apparent : « TOSCA. Le dernier acte. »
Tout est prière, même les livres à moitié lus
« Submergé par ses souvenirs heureux, le ténor chante alors le célébrissime air de désespoir »
Je rêve que je suis dans un appartement immense, mais je ne dors pas, j’ai vraiment la sensation d’être dans un appartement immense. C’est possible. C’est à cause d’une goutte d’eau qui tombe dans le seau des toilettes, une fuite, et aussi de la fenêtre ouverte et aussi de la nuit (et aussi du cinéma qui me montre des appartements immenses : il y a des gens qui vivent dans des appartements immenses, au moins au cinéma)
« Avez-vous peur des femmes ? — Oh, oui, bien sûr ! » (Jean Rochefort à une journaliste, au moment de UN ÉLÉPHANT ÇA TROMPE ÉNORMÉMENT)
« la « société inassociée des lecteurs » dont parle Pascal Quignard. »
« C’est en lisant qu’on devient liseron »
Devenir lecteur, c’est ça, l’ambition. Ecrire, c’est facile, les machines le font, mais lire… c’est difficile parce que c’est avec sa propre vie qu’on lit… Et comme disait Queneau : « C’est en lisant qu’on devient liseron » Je suis au lit, matinée pluvieuse (le lit est mon bureau). Je suis consciente de répéter ce que j’ai déjà écrit mille fois, je suis consciente d’avoir fait le tour de la question. Hélas. Je suis consciente d’être en fin de vie. Je suis consciente que le monde aussi. Il me reste à lire, ce qui est une forme de prière pour me sauver et sauver le monde, à lire et à relire, Kafka aura dit : « Dans le combat entre toi et le monde, seconde le monde. » Est-ce qu’une phrase telle que celle-là ne suffit pas pour aimer, vivre, lire, sauver, prier, vivre, aimer, libre ?
« J’ai vu l’or et la pluie sur les forêts d’automne »
Que faire de toute la beauté qu’on a vécue — et, il est vrai, qu’on revit encore — en partie — chaque été.
Il y a la nostalgie de la vraie vie, mais, la vraie vie, maintenant, s’appelle « littérature » — car, comme le dit Joyce Carol Oates, c’était mieux avant (à titre personnel) (jeunesse, plaisir, vie ouverte, la mort tenue à distance, non, en fait, la mort n’a jamais été tenue à distance, mais la nostalgie est l’état de toute une vie)
Parfois on s’égare, on s’énerve (dans le café où l’on a mangé). J’irai partir dans Paris, pas pour acheter des choses, pour me balader dans une ville étrangère, mais pas pour croiser des touristes non plus, non, pour disparaître toujours et encore ou, au moins, mimer la disparition.
J’étais dans une boutique d’un créateur de mode, Irié. Son compagnon, tel un vieux chat, un vieux poussah avachi dans un fauteuil était désœuvré ; la vendeuse sous son œil violemment éteint, s’occupait de tout. Je demandais quelle était la somptueuse musique qu’on entendait, elle me dit : « Ah, ça, il faut demander au spécialiste… » Alors le vieux chat, à mon retournement, souffla sans mépris apparent : « TOSCA. Le dernier acte. »
Tout est prière, même les livres à moitié lus
« Submergé par ses souvenirs heureux, le ténor chante alors le célébrissime air de désespoir »
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