Tuesday, December 18, 2018

T out ça va disparaître


Le monde va mal, n’est-ce pas ? C’est ce qu’on dit, c’est-à-dire qu’on a la sensation qu’il va aller bien plus mal très vite et qu’on ne peut rien faire contre ce compte à rebours. C’est vrai, je l’avoue, je trouve ma satisfaction en regardant la vie, la ville, tout ce qui est moche et qui grouille en pensant : tout ça va disparaître et en trouvant joie et beauté à toutes ces choses moches et absurdes et éreintantes parce qu’elles vont disparaître. (C’est peut-être ça, le silver lining, le bien disparaît mais le mal aussi...) Je suis sans doute naïf comme le père de Borges : 
« Lorsque j’étais petit, je suis allé avec mon père à Montevideo. Je devais avoir neuf ans. Mon père m’a dit : « Regarde bien les drapeaux, les douanes, les militaires, les curés, car tout ça va disparaître et tu pourras raconter à tes enfants que tu l’as vu. » C’est tout le contraire. Aujourd’hui il y a plus de frontières, plus de drapeaux que jamais. 
Mais moins de curés, quand même.
— Qu’en savons-nous ? Ils sont déguisés, maintenant. Et comme mon père était végétarien, il me montra une boucherie pour que je puisse dire plus tard : « J’ai même vu une boutique où l’on vendait de la viande. » Peut-être mon père avait-il raison ; ce fut sans doute une prophétie prématurée qui mettra quelques siècles à se réaliser. »

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