Friday, October 16, 2026

« C omme si les nouvelles étaient sans problème »


Parfois le monde est tellement beau que je me sens devenir prophète, tellement soulevé, une gare comme un palais, un ciel lumineux avec des nuages comme des animaux, des moutons, des lapins, lumière magique, un 16 octobre : un été. Et puis les instincts reviennent car je suis au resto en terrasse 
 
Je n’avais pas envie de fuir. C’est pour cette raison que j’aimais les gares. Je regardais les gens partir et arriver, beaucoup de monde occupé à ça, certains partent, d’autres arrivent, d’autres encore traînent comme je le fais. Aussi les travailleurs de la gare, le ménage, les vendeurs, les manutentionnaires… En fait, personne ne se demandait qui j’étais, j’étais quelqu’un dans une gare. Anonyme. Et il y avait tant à voir. C'était plus beau que la mer. Je n’avais pas envie de fuir. Mais, ce qui me troublait, c’est que tout le monde pouvait l’être comme moi ; je veux dire, plusieurs avaient des têtes de prophète. Dans cette ville, c'était ainsi. J’étais heureuse, oui, mais que faire de tous les souvenirs ? Le serveur s’appelait Anton (il me l’avait dit), ses parents aimaient beaucoup Tchekhov. Ça tombe bien, lui disais-je, c’est aussi mon auteur préféré. (Disons que je comprends sa célébrité, comment on l’a aimé, comment on ne s’est pas trompé.) Et, dans la nuit maintenant, ce qui me frappait, c’était le silence, l’absence de bêtes, un chien aboyait dans un appartement fantôme, insituable, qui me le faisait remarquer. Mais où étais-je, moi ? Pourquoi voulais-je à ce point être perdue ? Je m'ennuyais plus qu'à la campagne qui était mon enfance, mais la ville était si belle, Cybèle, comme robe de Cybèle

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