Sunday, January 18, 2026

J’étais content de n’avoir rien fait de la journée. Et maintenant c’était le soir et c’était les grandes heures de la soirée qui se déployaient seules. Comme on passe d’heures à les perdre pour en gagner d’autres ! (dans mon cas), pour gagner ces heures où il n’y a rien d’autre à faire, où il n’y a plus rien d’autre à faire que de les passer longues et lentes et sans autre choix

Qu’est-ce que c’est quand l’ami n’est plus le protecteur ? On se recroqueville un peu — et puis pourquoi avoir besoin d’un protecteur ? Bref, on aime moins

— et j’aimerais que Françoise Sagan m’écrive ce roman…

C ’est un devoir de ne pas être au courant


Marie NDiaye m’avait dit aussi qu’elle avait le sentiment d’avoir de la chance, d’avoir eu de la chance et d’en avoir encore, ce qui participait aussi de sa nature heureuse ; elle et moi aussi — j’étais obligée de le reconnaître —, nous avions de la chance
J’aime cette chance

Je lisais mainteant le petit livre d’elle que François-René m’avait donné en fin de soirée (j'étais la dernière comme j'aime), ce poème sur la mémoire épouvantable de Berlin :
« Chez qui dormons-nous chez qui réjouissons-nous
ces matins d'août incandescent
du grand soleil constant qui ramollit
le goudron inégal défoncé de Berlin la rude
et le chuintement des roues de vélo sur l'asphalte fondue
et le gémissement des freins d'une bicyclette de femme
chez qui rions-nous oh nous gémissons parfois aussi
mais enfin qui sommes-nous et de quels regrets de quelles tristesses
amères et froides
sommes-nous comptables ? »


FR habitait aussi à Berlin pendant le temps où elle y habitait. C’était une ville accueillante de partout malgré sa laideur et sa mémoire infernale. Maintenant tout le monde a fui, tous les artistes de tous les pays sont repartis chercher ailleurs, chercher un havre, une scorie, un accroc dans la toile capitaliste  

Et puis il y a la vie qui passe pour tout le monde

J’avais rencontré Patrice Calmettes, DI y tenait. Il m’était apparu en grand deuil dans la maison dans la pénombre (sa mère)
Très impressionnant
Aussi un coté Portrait de Dorian Gray car, sur son Instagram, Patrice postait les photos heureuses de sa jeunesse de jet-setteur
Et tout d’un coup je le voyais là
DI disait : « Je pense que vous allez bien vous entendre »
J’avais répondu d’une voix que je trouvais immédiatement trop incertaine : « On va essayer… »

Pendant ce temps, Legrand avait vu Siegfried à l’opéra Bastille, mais, le lendemain — autour d'huîtres au marché de l'Olive —, il m'avait dit : « Je fermais les yeux pour écouter la musique » (ce qui corroborait ce que Jean-Paul avait supposé : la mise-en-scène était très mauvaise)

Mais chacun ne connaissait qu’une partie du monde de tout le monde
A Patrice, je demandais : « Est-ce que vous étiez de la bande à Delon ? » Eh bien, pas du tout, non, il était de la bande de tout le monde, mais pas de celle de Delon. Il me dit quand même — puisque je lui posais la question — que c’était bien sûr vrai (comme l’avait raconté le très jaloux Helmut Berger) qu'Alain Delon avait couché avec Visconti
 

Labels:

Saturday, January 17, 2026

« J ’écris en tant qu’être humain »

 
Je ne ressemble pas à quelqu’un qui serait aimé, qui pourrait l’être, mais chez FR (François-René), j’avais encore eu la fève, ça l’avait énervé pour la deuxième fois ; à chaque fois il y avait la menace que je ne sois plus invitée. Dans mon enfance, j’avais joué un petit rôle : « Iégorouchka, pique-assiette chez les Lébédev » (c’est dans Tchekhov). Voilà ce que j’étais, voilà ce que j’avais joué toute ma vie et même dans plusieurs de mes vies antérieures probablement car je savais y faire ! J’avais dit à Pános que son nom voulait dire « serpillère » en suisse romand, ça non plus, ce n’était pas très gentil : « Mais, si ! c’est Marie-Thérèse Porcher qui chante ça sur l’air de « La Bohème » : « La panosse, la panosse… / On a beau dire, elle nettoie tout… » » J’avais donné ma fève à Esther (4 ans) qui avait très bien fait le job puisqu'elle avait rapidement appris les noms des personnes présentes et, sous une table exactement de sa taille, avait désigné les parts magiques ; j’avais dit : «  Puis-je donner ma fève à quelqu’un comme l’opposante vénézuélienne a donné son prix Nobel de la paix à Trump ? » On m’avait dit que je n’avais pas le droit, mais on m’avait laissé faire. Après tout, Esther, c’est vrai, avait été comme une sorte de collaboratrice puisqu'elle m’avait désignée. Mais Esther remarqua que je lui avais donné la couronne la plus ordinaire et que je gardais la plus belle. Bon. Mais c’était parce qu’elle était la plus grande. Bon. Ce soir-là, j’avais rencontré Marie NDiaye, je suis étonnée maintenant de voir son âge sur Wikipédia : elle avait l’air d’une ado, d’une gamine, ne correspondant pas du tout à la froide étiquette « grand écrivain », mais heureuse. Elle m’avait tout de suite dit : « Tu peux me tutoyer », ce qui n’était pas simple, pour moi, non. François-René qui m’avait souvent parlé de son amie Marie m’avait conseillé comme premier livre à lire d’elle de commencer par Une femme puissante publié dans la collection Folio à 3 € (c’est l’histoire de Khady Demba, le troisième tableau de Trois femmes puissantes). A Marie NDiaye, j’avais dit, je m’étais forcée, je m’étais demandée quand le lui dire et je l’avais dit interrompue plusieurs fois par, je ne sais pas, les choix Deliveroo ou je ne sais plus, que j’avais lu cette nouvelle et que c’était « peut-être la plus belle chose que j’avais lue de ma vie ». Bon, après avoir dit ça, je n’avais plus eu beaucoup de conversation. J’avais demandé bêtement (car je savais la réponse) dans quelle mesure elle avait connu cette femme ou si c’était une œuvre entièrement d’imagination. Bien entendu — c’est le génie de ce livre —, c’était une œuvre d’imagination. Même si Marie NDiaye avait eu connaissance de témoignages. Marie NDiaye m’avait dit que le récit datait de 2008 et que, maintenant, elle ne le récrirait pas de la même façon ; qu’à ce moment-là, il y avait peu de récits de ce genre de voyage, celui des migrants, mais que, maintenant, il y en avait beaucoup plus, qu’ainsi elle ne le réécrirait pas de la même façon. Je n’avais pas compris, pour moi qui l’avais lu en 2025, le récit était absolument neuf d’informations. Marie portait le même pull « de ski » que je lui vois maintenant dans une vidéo de France Inter où elle présente son dernier livre, Le bon Denis. Et je comprenais maintenant qu’elle avait voulu apporter un peu de nuance à l’affirmation maladroitement dithyrambique que je lui assénais. Je comprenais aussi, en visionnant l’émission, que cette manière, cette gentillesse un peu saccadée qu’elle avait pour parler venait probablement d’un bégaiement. Mais, ce qui m’avait sidérée dans la soirée, c’est qu’elle avait répondu, un peu après son arrivée, à quelqu’un qui lui demandait si elle allait bien, que oui, « Je suis quelqu’un qui va naturellement bien, j’ai une nature heureuse. » Ça m’avait sidérée parce que je ne connaissais que des écrivains malheureux (ce qui faisait qu’à ceux qui me proposait d’écrire, je répondais quelque chose comme : « Autant me proposer l’enfer ! ») On en avait reparlé un peu plus tard dans la cuisine ; elle m’avait dit : « Je suis peut-être une exception… »

Labels:

Friday, January 16, 2026

L a Chaleur humaine


Dans la vie, le malheur est parfois si intégré qu’on ne reconnaît pas le bonheur, qu’on passe à côté (avec toute la bonne foi du monde), c’est parfois ce que je ressens, de le frôler, de l’apprivoiser presque et alors pourquoi repart-il ? Tout a un sens, dirons-nous ou rien, mais parfois tout a un sens. Parfois, Legrand me laisse en paix et le bonheur et le malheur s’en vont loin de moi main dans la main et je suis nouvelle, je suis en paix, je suis moderne — car le malheur est le passé et le bonheur est le présent
Quant à l’avenir…
Il y a aussi ce qu’on trouve normal.
Dominique Fourcade m’envoie par la poste, comme à son habitude, un texte pour la nouvelle année, auquel il ajoute : « Avec mille vœux de votre ami, cher Marie-Noëlle G, Dominique F »
Le texte de DF commence ainsi : « je reviens de mon enterrement, avec ma harpe et ses sons dans le ventre. je suis à la fois Orphée et Eurydice et personne. »
J’ai détesté Orléans, pas détesté, mais par rapport à mon amour pour cette ville, je ne l’ai pas retrouvé. La poésie infinie de cette ville, le bord de Loire, le quartier qui s’en approche, comme en prière, comme en oubli, je ne l’ai pas retrouvée. Non, au lieu de ça, j’ai tellement aimé l’hôtel de l’Abeille que je n’en suis pas sortie. J’y ai lu le nouveau texte de Théo Casciani, INSULA. Dans les mois de janvier, il faut du nouveau, toujours ; il faut au besoin brûler ce qu’on a adoré… Vous ne trouvez pas ?

la une endormie sous la lune
le sensué sous le sensuel époustouflant de vie
elle a coassé quand je l’ai réveillée
et le sens toujours pluriel toujours plus érotique froid brûlant dans les ruines sous les projecteurs bleu profond de la nuit
pas de hasard dans un poème pas de hasard en amour, dans les deux cas écriture

A l’hôtel de l’Abeille, Thomas reçoit des hommes dont il me montre les photos, des hommes que je n’ai même jamais croisés dans la rue ou alors leur vision m’a été interdite. Il baise avec, matin, midi et soir, à l’hôtel Ultimus !
En même temps il a le temps de faire quelques courses, d’aller chez le barbier se teindre la barbe, d’acheter un pull blanc en alpaga, « très Anne Sinclair », dit-il.
Moi, je ne fais ni courses ni baises ultimes, je vis par procuration. Thomas m’informe.  Il m’a dit d’aller au centre de dépistage Check Point, rue du Caire, mais que si je dis que je suis une travailleuse du sexe, j’attendrai moins. Mais comment pourrais-je jouer ça ? J’aimerais bien… C’est ce que tu joues, toi, que tu es une travailleuse du sexe ? — Moi, j’ai couché avec deux des médecins, alors…

Monday, January 12, 2026

A khenaton


A la fin, avant de partir, on regarde les tableaux, les sculptures, c’est silencieux, infini, c’est leur heure, il n’y a plus qu’à rentrer, tout a été dit

A la fin, avant de partir, on regarde les tableaux, les sculptures, c’est silencieux, infini, c’est leur heure, il n’y a plus qu’à rentrer, tout a été dit. On, c’est moi, c’est je. Je regarde les tableaux, les sculptures, je fais le tour, j’ai le temps, l’interstice, il n’y a plus d’enjeu, ça n’appartient à personne, tout le monde est sur le départ, François-René commence à ranger une chose ou deux pour passer le temps, l’attente que tout le monde parte et qu’il se retrouve seul, seul pour la nuit, qu’il éteigne les lumières, etc., les grandes baies vitrées, tout Paris, le jardin qui, dans l’autre sens, va réenvahir la maison…
Il y a des fragments de hiéroglyphes sculptés, avec encore la couleur rouge qui apparaît, qui me retient de toucher, je touche quand même, ce qu’on ne peut pas faire au Louvre, trop de vitres, trop de monde, mais au musée Guimet, quand j’étais jeune, pas de gardien, j’avais touché comme une aveugle les belles têtes de bouddhas ou de divinités inconnues, mais qui, un jour, avait été sculptées avec la main, l’outil, de manière qu’on y passe la main, qu’on y caresse les volumes, les stries, les creux, tout ce qui fait sens pour que cette sculpture soit belle, pas sculptée avec de la terre, mais de la pierre

Je recopie d’en exergue d’un nouveau livre qui se trouve posé là avec son marque-page : « Des peuplades de l’Orénoque n’existent plus : il n’est resté de leur dialecte qu’une douzaine de mots prononcés dans la cime des arbres par des perroquets redevenus libres. » (De Chateaubriand.)

Labels:

Sunday, January 11, 2026

P iscine pour un vieillard

 

Piscine pour un vieillard (titre)


J’aime les journées, les nuits, parfois, me font peur, le cinéma, le malheur, son récit nocturne. Mais j’aime les journées. Paris n’a plus rien à m’offrir. Je le dis. Les hétéroflics. Le soir, ils se retrouvent près de l’Opéra ou à Saint-Germain-des-Près. Comme si c’était y a pas longtemps. Legrand, pendant que nous étions seuls à la mer, m’a transmis les quelques derniers messages de France qui l’avait ghosté comme elle en a l’habitude pendant quelques jours, mais, cette fois-ci, ou peut-être comme les autres fois, pas sans l’inquiéter car les messages étaient si désespérés, si beaux, après tout, même si ça s’était déjà répété de nombreuses fois… 

 

J’ai dit à Legrand de conseiller à France d’en écrire un livre. Enfin, pourquoi toujours vouloir écrire un livre ? Les créneaux sont étroits, dans la littérature, pour trouver des lecteurs. On va lire le nouveau livre de Théo Casciani, bien sûr, on sent qu’il fait tout, lui, pour qu’on le lise (mais faut mettre le paquet !) Lire, c’est croire. Mais, simplement, les messages de France étaient si beaux, si vulnérables, si touchant… bien plus beaux que… ce que je pourrais jamais écrire dans mes parodies ! France semblait tomber dans une souffrance-connaissance, peut-être pas littéralement vraie (on le lui souhaite), mais littérairement vraie. J’ai lu quelque part — mais où ? — une question qui disait (de mémoire) : Que vaut-il mieux, un bonheur bon marché ou une souffrance de prix ? Mais où ai-je donc pu lire ça ? Maintenant Legrand tourne du porno sans moi avec une alcoolique. Ils mangent des huîtres au soleil. Elle est adorable. Ils sont heureux, c’est indéniable. Il s’occupe d’elle. J’aime voir Legrand sérieux (avec moi, il ne l’est jamais)

 

Bien sûr, mieux vaut le bonheur bon marché, me dis-je à l’instant. Ou le rêve. On rêve le rêve. J’ai vu comme Paris était un village. Le village de Paris-village. Et qu’on pouvait en profiter. Profiter de Paris-village. J’ai marché dans le Louvre, c’était si grand, le grand magasin du Louvre avec Legrand — et puis, de là, tout a décliné, dérivé… Chaque jour le nouveau bleu. Le nouveau dimanche. Z est passé et m’a montré des photos si touchantes de Brigitte Fontaine qui habite désormais au couvent des Récollets, près d’ici… Voilà une phrase de Insula  : « Quelqu’un qui doute de cette drôle d’époque qui est la sienne. » Legrand traîne avec l’épais volume des œuvres complètes de Charles Baudelaire qu’il a trouvé chez sa grand-mère et qui, m’apprend-il, était le premier volume publié dans cette collection créée par Jacques Schiffrin en 1931 (viré comme juif par Gaston Gallimard en 1940, j’apprends par Wikipédia). Legrand ne m’aime pas. Je me demande pourquoi je me suis fixé sur lui comme ça. Comme une bernique. Pourquoi j’ai perdu mon temps. Il ne m’aime pas et il ne m’a jamais aimée !

 

Et puis, voilà, de temps en temps un petit bisou sur les lèvres, de temps en temps une petite caresse (que j’en ai quand même à raconter), mais jamais ce qu’il fait avec Etienne, son véritable « ange-gardien », dit-il, avec qui il partage à l’occasion l’aventure sexuelle et surtout le sommeil. Le sommeil ! Comme je le désire ! « Il fait déjà trop nuit. » Seulement, voilà, il ne m'aime pas comme une femme, ça, je peux le comprendre, je n'ai pas le matos, mais je le dégoûte même comme garçonne !

Labels: ,

Friday, January 09, 2026

B rigitte et Claude


 


Salut Marie ! Merci ! C’est très beau, ton portrait, y compris dans les vacheries qui m’ont fait rire, dire juste après « jeune actrice » que j’ai connu Vitez, c’est hard, mais c’est de bonne guerre…
Seulement il faut tout passer au féminin. Je suis trans, ça veut dire que j’ai toujours été celle que je suis, que j’ai été empêchée par les circonstances, la société, les insultes, de me présenter au féminin, mais, que, maintenant que j’ai pris ce pouvoir, il doit être respecté. On ne doit en aucun cas rappeler à une trans son ancien nom, ça détruit son geste. Je sais bien que ce n’est pas ton intention, mais, si ce portrait passait dans la presse, il risquerait d’être vécu comme une insulte par bon nombre. On ne peut pas rappeler aux trans à tout bout de champs qu'elles ont porté ce qu’on appelle un deadname et un genre qu’elles renient. A l’oral, c’est plus facile, parce qu’on reprend gentiment ou agressivement, j’essaye gentiment, la personne qui se trompe, mais, à l’écrit, bien sûr, ce n’est pas possible. Alors, que fait-on quand on veut assumer des choses faites publiquement dans le passé — ou, comme toi, quand on veut les évoquer — eh bien, on ne fait rien, on se les approprie ! C’est moi, c’est Marie-Noëlle qui ai créé En attendant Genod, La Recherche, etc.
Dans le détail, c’est simple : tout au féminin, tout Marie-Noëlle. Pour le début, tu peux mettre : On l’a connue sous un autre nom signant des spectacles…
Pour le deuxième paragraphe (« Apparition »), après Jocelyn Cottencin, tu mets : Marie-Noëlle se démarque par sa silhouette androgyne…
Et ensuite, bien sûr : Actrice, danseuse, performeuse, metteuse en scène, elle navigue alors entre tous les rôles…
Entre 2003 et 2022, elle crée… (coquille à crée)
A chaque fois, ils (les spectacles) laissent surgir l’ineffable… ou A chaque fois, elle (Marie-Noëlle) laisse surgir l’ineffable…
Paragraphe « Disparition » : Nomade dans l’âme, faisant escale où on l’accueillait, Marie-Noëlle créait in situ…
La mort d’Ivan Ilitch, coquille (une seule l), il s’agit de la reprise du titre de Tolstoï
Le titre exact du diptyque est un vers de Stéphane Bouquet : — je peux / — oui (écrit ainsi avec l’absence de majuscules, la barre oblique et les tirets)
Paragraphe « L’apprentissage de l’adieu » : Là, moi, je trouve que ce n’est pas la peine d’ajouter « et d’amatrices » à « une foule d’amateurs » — qui, pour moi, englobe tout le monde sans justement avoir à rajouter des ixes, etc., du particularisme qui, au final, en laisse toujours de côté —, mais, ça, c'est comme tu le sens
Un destin d’effacement annoncé pour une artiste qui a fait ses adieux…
Le Dispariteur, quand j’invente ce mot, en effet en regardant la télé la nuit à Marseille et me disant que je veux faire le contraire, c'est d’abord pour le nom de mon association, il en fallait un, puis du premier spectacle de la Ménagerie (le titre plaisait à Marie-Thérèse) puis, bon, de mon blog qui n’est plus ouvert que comme une archive (ou un brouillon) plutôt que comme une action. (D'ailleurs, Jocelyn Cottencin l’a maintenant presque entièrement mis en pages pour l’éditer — en l’état, sans correction, torrent de boue — en un livre unique d’artiste : quand l’opération sera faite, le blog sera fermé, mais il nous manque un peu d’argent pour ça, ça traîne…)
J’en oublie peut-être. Le dernier paragraphe (intitulé « Phœnix ») est très beau !
J’espère que cette remarque et les retouches qu’elle engendre ne dénaturera pas ce que tu voulais faire (« l’équilibre un peu funambule », que je comprends puisque je le vis encore dans ma vie (mais ma nouvelle vie est courte : 2 ans), qui, un jour, n’aura plus lieu, ira de soi, comme pour Bambi : à un moment elle est devenue madame tout le monde : après le cabaret où elle était encore perçue comme une femme-homme puisque c’était l’attraction de la maison, elle est devenue prof et, malgré sa crainte, n’a jamais été dénoncée, ainsi je deviendrai aide-soignante, je l’espère…)
Je t’embrasse,
Marie-Noëlle

Labels:

Wednesday, January 07, 2026

S ensibilité tranquille


Quel grand plaisir d’échanger avec toi ! La sensation — rare — d’être comprise, presque à en revenir à la vie ! 

J’ai pensé à ce qu’on s’était dit, je crois qu’à un moment, j’ai dit que chaque spectacle était le dernier. Je crois que c’est inhérent à la profession, c’est un apprentissage permanent de l’adieu, cette profession (quel beau titre, d’ailleurs : L’Apprentissage de l’adieu !) Les spectacles où je jouais mis à part  (je n'étais jamais prête — sauf, justement, le premier, où j’avais donné 20 avant-premières), mais les spectacles de groupe : on est comme une famille physique idéale, une enfance, on voudrait passer tout le restant de nos jours ensemble, mais, après la troisième ou la cinquième représentation comme c’était à la Ménagerie (nous avons très, très rarement tourné), on se quitte, en fait, à jamais. On est triste au début et, après, comme ça se reproduit, on apprend : j’ai donné comme ça des dizaines et des dizaines de spectacle joués une fois ou deux et ça a toujours été comme ça : des adieux déchirants !

On a parlé aussi de la réussite ; je t’ai dit ce que ce psy m’avait sorti une fois, que j’étais dans « l’autoproclamation d’un succès que j’avais failli avoir, que j’avais raté d’un cheveu ». Mon premier stand-up, en 2003, En attendant Genod était (donc) sous l’égide de Beckett dont on connaît la célèbre formule : « Essayer encore, rater encore, rater mieux encore » et se situait (premier compte-rendu critique d’une fille très intelligente qui s’appelle, je crois, Murielle Durand) aftermath, après la bataille, la catastrophe, en conséquence...

Mais j’ai cherché l’étymologie de «  réussite » et de «  ratage ». Ratage vient de rat, «  rater », « rateler », c’était «  faire la chasse au rat ». « Prendre rat »  ou « prendre un rat »  : ne pas partir pour une arme à feu, puis ne pas réussir pour une personne… etc. Ce qui a pu donner jusqu’au récent « se prendre un râteau »…
Réussir vient de l’italien «  riuscire », proprement : « ressortir » ou « déboucher ». Ce n’est donc pas un aboutissement, mais une sortie ! Loin de l’injonction capitaliste (ou thérapeutique) à la réussite, c’est-à-dire au bonheur, à la forme, à la beauté, à la richesse, à l'amour… Les actrices de cinéma dans la vente permanente, éternellement jeunes et dans le coup… 
J’ai inventé ce nom, Le Dispariteur, contre ce que je voyais à la télé (maintenant sur les réseaux sociaux)

Ce que je faisais, ces spectacles, c’était des gestes, c’était surtout ne rien faire. Ce que je préférais, c’était quand le spectacle apparaissait de lui-même, fruit — ou épiphanie — de je ne sais quel hasard ou providence, quasiment en temps réel, immédiatement adulte. C’est arrivé plusieurs fois ; par exemple, les cinquante premières minutes du 1er avril des Bouffes du Nord sont apparues le premier jour des répétitions et n'ont jamais, jamais été retouchées, j’ai interdit qu’on les retouche, j’ai demandé qu’on refasse, qu’on retrouve, pendant le temps de travail qu’il nous restait cette première semaine très en amont, exactement la perfection de cet « état de l’apparition »

Maintenant l’ultra capitalisme semble avoir gagné toutes les guerres (aucune opposition possible : elles sont toutes sur les réseaux qui appartiennent aux quelques ultra milliardaires qui dirigent la planète — c’est-à-dire nulle part...)

Tu pourrais dire que je suis une « artisse ». C’est Célline Minard qui invente ce mot dans son dernier livre que j’aime beaucoup… 

A propos, mon nom d'artisse, c’est Marie-Noëlle, pas Marie-Noëlle Genod, ils se sont trompés dans le récent portrait de Zakary Bairi qui dit la gentille phrase ci-dessous (dans « Coups d’Œil »)

Amitié, 

Marie-Noëlle
 

 

Labels: