Wednesday, April 21, 2010

La Haine

J'ai commencé à transformer les photos de Clélie de manière à ce qu'elle ne soit pas identifiable à la demande imaginaire de la mère - imaginaire parce qu'elle a provoqué notre rupture à Pierre et à moi. Je laisse celles de dos, etc. J'ai essayé de gommer un visage avec la fonction retouche, mais, ça, c'est trop affreux, trop méchant : on dirait que Clélie est une criminelle. C'est effrayant de voir ce que ces gens ont dans la tête (mais, encore une fois, ce blog ne s'adresse pas à eux). D'ailleurs, la photo semble définitivement bousillée, je n'arrive pas à revenir en arrière. Je me suis adressé à un avocat qui m'a dit qu'on ne pouvait pas me reprocher d'avoir mis des photos de l'enfant sur mon blog du moment que le père était d'accord. Mais que si la mère demandait leur retrait, il fallait en effet obtempérer. Il m'a dit aussi qu'en revanche un père a tout à fait le droit de mettre des photos de sa fille sur son blog, mais, moi qui ne suis pas son père, c'était plus risqué. Pierre a, depuis belle lurette, enlevé les photos de sa fille de son blog. En fait, depuis que le parrain de Clélie avait laissé des messages infects et anonymes, le traitant de salopard, de dégueulasse, tu n'as pas honte ? de mélanger ta fille avec tes coucheries (moins bien dit, mais plus réel que c'que j'raconte). Ce coup-là, la mère avait réussi à calmer le parrain. Mais Pierre a fait disparaître les photos de sa fille. Rentrées, cachées. Il est vrai qu'on ne fait pas un blog pour se faire insulter. Pas ce genre de blog. L'extrême-droite (qui donne son ton à la société toute entière à notre époque) prend l'Internet pour sa cour de récré. Mais, enfin, ça tombe sous le coup de la loi, des propos pareils ! Pierre pense que la salve de messages à vomir que j'ai reçu exactement quand la mère a menacé de porter plainte (et que je suis obligé de laisser, on peut remonter à l'ordinateur qui les a émis) sont sans doute aussi du parrain, ce n'est pas le style de la mère (quand même). Je suis désolé de vous tenir au courant de choses si moches. Pierre avait de très beaux diaporamas qu'il avait fait avec des textes et mes photos des vacances en Italie et dans le Sud de la France, je ne sais pas ce qu'ils sont devenus. En attendant, une petite fille grandit et porte ça en héritage. La haine. Ça n'a pas d'autre nom. Défendre l'enfant, annonce la mère. Tout un programme paranoïaque. Ce qu'il s'est passé et qui a déclenché ça, c'est que Pierre a envoyé un mailing annonçant l'Opération Opérette sur France Culture, dimanche prochain. Sur le site de France Culture, il est indiqué que je tiens un blog, c'est comme ça que la mère en est arrivée là - malgré l'avertissement auquel elle a passé outre. Au moment de l'affaire du parrain, je m'étais mis à rajouter une lettre (à la demande de Pierre) au prénom de Clélie de manière à ce que quelqu'un (de mal intentionné) qui taperait par exemple "Clélie Pierre" ne tombe pas sur mon blog. Puis il y a donc eu cette histoire d'avertissement "contenu inacceptable" que vous connaissez bien. Qu'on a essayé de faire enlever, mais on n'y est pas arrivé. On a envoyée un mail - que Pierre avait rédigé - à Blogspot, mais on n'a pas eu de réponse. Et puis, finalement, avec le temps, ça m'allait très bien : bien moins d'emmerdes ! Le blog n'était certes plus répertorié, mais personne ne pouvait tomber dessus en tapant son nom ou n'importe quel nom, ça me fichait la paix. (Comme je ne m'adresse qu'aux amis.) Plus la peine non plus de rajouter une lettre aux noms. On vit une époque formidable, je le dis sans ironie, mais je le redis cette fois avec ironie : on vit une époque formidable. C'est le progrès qui se mélange avec la mort. Tous ces débats sur la protection de la vie privée, je pense, personnellement, que c'est tout à fait du vent. Tout est déjà sur Internet, pour tout le monde. Une seule solution : être bien attentionné. Y a que ça ! Il faut que le progrès aille avec le progrès. Parce que si la méchanceté d'antan reste intacte, forcément ça bute, ça coince, ça cogne. Une chose qui a (peut-être) bénéficié, pour le moment, dans cette affaire, c'est Frankenstein. Every cloud has a silver lining. Je me demandais, je me lamentais, comment jouer un méchant, un criminel, le mal absolu, celui qui révulse tout le monde (y compris sa fiancée pourtant construite comme lui ), celui qui n'a pas d'âme et qui détruit. Eh bien, j'étais tellement hors de moi ces deux jours de cette menace si grossière de procès et de cette déclinaison de messages d'intimidations, la panique de Pierre, l'impossibilité de fermer l'œil, que je n'avais, mon Dieu, comme on dit, plus rien à perdre (à retenir d'un quelconque "état de gentillesse"). Quand je suis allé sur le plateau, je te les ai sorties, les phrases des grands salauds du théâtre, les Richard III, les Œdipe Roi, etc. Je te les ai adressées, les "Que jamais le sommeil ne ferme ton œil de mort, si ce n’est pour qu’un songe terrible t’épouvante d’une troupe infernale de hideux démons, etc." William Shakespeare et les Grecs n'ont pas bosser pour rien ! Je me suis même demandé si ce n'était pas parce que j'avais à trouver ça, dans ma vie d'acteur, que cette crise était arrivée. Nous, les acteurs, faisons feu de tout bois. Ce qui est, exactement, la liberté. Mais il faut se méfier...

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