Saturday, March 14, 2015

R ecueil retrouvé


















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Friday, December 14, 2012

Didier Eribon, sur Mediapart



« À ceux qui se demandent : pourquoi les gays et les lesbiennes réclament-ils le droit au mariage ?, la réponse est simple : parce qu’ils ne l’ont pas. » 

Pierre Courcelle me demande une trêve. Mais nous sommes en démocratie (imparfaite patrie du conflit) et la guerre n’est pas finie.  Chaque fois que je lis qqch de raisonnable sur le mariage gay — et je m’efforce d’arrêter de lire sur le sujet,  j’ai supprimé de la liste de mes amis Facebook Olivier Steiner très militant et qui relayait beaucoup (sans doute le fait-il encore), — mais les nouvelles m’arrivent encore par d’autres amis, ici Alain Neddam (qui propose exceptionnellement son code à ceux qui ne sont pas abonnés à Mediapart) et, chaque fois, je suis fou de rage. Chaque fois je « vois » Pierre comme un salaud (qu’il n’est pas, c’est bien pour ça que je suis en rage), chaque fois je me vois face à — comme il est dit ici — son « hystérie réactionnaire ». Pauvre petit Pierre ! En gros, son argument est que les pédés ont déjà eu assez de droits comme ça, qu’il faut les laisser dans le non droit parce que la beauté — ou la vérité — ou l’agrément, je ne sais plus comment il dit — de l’homosexualité, c’est la marge ! Eh bien, moi, je dénonce ça. Désolé, petit père. Pas de trêve avant Noël ! 

« Je sais qu’il y a aussi un autre argument, fort différent de celui-ci d’ailleurs, et qui consiste à dire, pour s’opposer à cette revendication, que l’on connaît des gays qui sont contre le mariage. Ce n’est pas un argument sérieux : il y avait aussi des femmes contre le droit de vote des femmes, des femmes contre le droit à l’avortement et à la contraception... » 

http://www.mediapart.fr/journal/france/141212/didier-eribon-assiste-au-retour-du-refoule-homophobe?page_article=3

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Tuesday, December 11, 2012

Disparition


Le rapporteur de la loi sur le mariage pour tous, Erwann Binet (je lis dans « Technikart » que j’ai acheté pour la photo d’Audrey avec les tigres) est hétéro, catholique, marié et père de cinq enfants. Mais catho progressiste, hein ? Il a été élu number one des cents qui ont fait 2012. Olivier Steiner fait aussi partie de la liste, de justesse (quatre-vingt-seizième), mais Pierre Courcelle n’apparaît pas... 

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Monday, November 26, 2012

La Rose de la débauche homosexuelle



Quelle horreur quand un homosexuel est contre son camp ! Pierre est contre le mariage gay. Raison invoquée : « Je préfère que l’homosexualité reste une marge. » Il ajoute entre parenthèses : « Enfin, à Paris, elle a plutôt pignon sur rue ». Je lui fais remarquer sa contradiction (qu’il reconnaît). « Et puis tu reconnais tes contradictions, c'est bien. Tu préfères que l'homosexualité soit une marge, mais tu te précipites à Paris pour, justement, comme tu le dis, avoir pignon sur rue (mais tu es nostalgique de ta vie de province) ». Il me répond que c’est en effet à Paris qu’il m’a rencontré — et Olivier — pas à Maubeuge. Il y en a toujours qui se battent et d’autres qui traînent les pattes — tout en profitant ensuite — et c’est bien naturel — des changements de la loi. Car la loi change. C’est même son seul intérêt. Elle change, elle peut changer, elle peut s’adapter. Et on peut s’y intéresser. Mais Pierre, haine de la gauche, haine de la réforme, haine de l’idée de progrès. Il met ses forces ailleurs. Il  a peur de perdre l’« identité ». Il a peur de perdre les mots « garçon », « fille », « papa », « maman », « mademoiselle » et « mariage », ce sont des exemples qu’il me donne. Mais, quand nous sortions ensemble sa fille de six ans, les Rebeus du quartier de l’Ourcq nous saisissaient instantanément comme la famille homoparentale. C’était dans les faits. C’était nous. Deux papa. 

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Friday, August 24, 2012

The Store



Doit-on parler des amours mortes ? Il y a toujours un endroit qui est ma vie privée, un endroit que j’aime, c’est une fourche, un peu derrière la gare de l’Est. Chaque fois que j’y passe, c’est souvent, c’est comme ma Madeleine de Proust, je me souviens de l’amour de Pierre, comme si l’amour n’était plus qu’à cet endroit, nulle part ailleurs – ou alors par le biais du souvenir conscient, mais, là, il y a autre chose. C’était là que nous nous séparions, Pierre partait vers Jaurès et, moi, je remontais vers La Chapelle. Il se passait là une chose juste. Pierre m’aimait. Nous avions notre vie secrète, là, nous nous séparions, banalement, personne n’aurait pu remarquer et – nous nous aimions plus que tout – une certitude – un secret peut-être équivalent aux ententes durant la résistance… Nul à l’extérieur, pur jardin secret. De cet endroit, à cet endroit, je sais que Pierre m’a aimé. Ce n’est pas forcément mon cas. Je suis trop narcissique. Mais Pierre, ce n’est pas pareil. Pierre a besoin d’aimer, c’est dans sa structure. Pour lui, ce naturel, cette certitude, « j’aime Yves-Noël », je le ressentais quand nous nous séparions sans un mot à l’endroit de la fourche – ai-je dit que nous étions en Vélib’ ? même pas – bon, voilà, nous nous séparions en vélo, l’un continuait et, moi, j'allais à gauche, je remontais.



« La lune se balance dans son miel comme un mobile de Calder, mais Marc est triste. »



« I want to be buried naked, I know there's a store where I'm going. »



Il y aura toujours une vie privée, même délavée… Ma vie privée est ce que je ne raconte pas… Je traque la moindre nouveauté que je pourrais raconter, mais, bien des choses, je ne les raconte pas car je les ai déjà racontées, des choses similaires sinon les mêmes. Photocopies de photocopies, telle est la vie privée…



« C’est donc à la fois amplifié et sacré, rapide et lent. »

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Saturday, August 18, 2012

Pierre dans un jardin


Que faire ? Je suis toujours terriblement seul à aimer, quel pensum ! Normalement, la présence d’Olivier aurait dû être un soulagement, mais je suis toujours « famélique ». Le fanatisme serait supportable si je n’étais pas seul. Pourquoi une église, une secte ne se forme-t-elle pas rien qu’à la lecture de son blog ? Je suis fou amoureux de Pierre, enfermé dans cette prison. Autour, la vie – car c’est une prison dorée  j’écris pour qui ce que j’écris ? pour qu’on ne me comprenne pas… 


Je suis jeune encore, qui m’amènera sa tête sur un plateau ? 

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Wednesday, March 28, 2012

Pierre redonne de ses nouvelles d'amoureux fidèle




Tu as vu le texte de Pierre ? Il est magnifique…

Ah oui, j'avais pas lu, oui, c'est beau ! Qu'est-ce que je l'ai aimé, ce garçon, quand même (je veux dire, qu'est-ce qu'il était aimable...)
On se voit demain soir, au dîner ?

YN






Considère, mon amour...

« Endormons-nous. Si vous êtes désenchanté et triste c’est peut-être que vous avez bien travaillé ? Travaillé, en tout cas. Dormons, reposons-nous. Demain la puissance sera revenue. Ne vous inquiétez pas. Eh, regardez le ciel et cherchez Vénus, elle est là, elle vous regarde, je lui ai demandé de prendre soin de vous ! »

Olivier Steiner, Bohème



Il faudrait que je lui trouve un nom d’emprunt car je ne veux pas la nommer ici de son prénom composé, qui est la Sainte Vierge et la Nativité tout ensemble. Elle parlait ce matin de l'Histoire des chambres de Michelle Perrot et me disait que beaucoup d’auteurs écrivent dans leur lit, ce qui me fit penser à Yves-Noël, qui sans doute écrit toujours allongé sur son matelas posé à même le plancher – a-t-il changé la disposition de son lit de fortune, de sa table, de ses chaises, dans cette chambre de bonne où je n’ai pas mis les pieds depuis longtemps… je me souviens du numéro huit de la rue Jacques Kablé, de la rue du Département non loin de là, qui est le nom ancien du départ, je me souviens vaguement du digicode, mais assez précisément de l’entrée, des marches gravies d’un pas où le cœur battait, de la porte métallique au sommet de ce que je me plaisais à appeler le donjon quand son seigneur était mon maître, lui qui ne m’entendait pas toujours frapper – et l’attendant je regardais les piles de livres qu’il accumulait sur le pallier quand il n’en voulait plus chez lui –; il m’ouvrait pour une nuit dont je me sauvais dans la fraîcheur de l’aube, traversant le pont jeté au-dessus des rails enchevêtrés qui poursuivaient leur course jusqu’à la Gare de l’Est qu’on distinguait au loin, puis la courte rue Caillie et à droite le boulevard de La Villette, et enfin le métro à Stalingrad.

Ce matin il y avait cette qualité de l’air que seuls possèdent les matins du printemps et qui me rappela le chemin de l’école communale, qualité de l’air – mais sans l’humidité communiquée par la terre nue de la campagne, cet air humide et frais que les rayons du soleil comme à peine sorti de sa gangue n’ont pas encore asséché et qui s'exprime en rosée sur les herbes qu'on foule – et qualité de lumière aussi, comme un trouble du réveil, les paupières gourdes et irisées de l'enfant dont chaque réveil était encore trop neuf pour que j’admisse la certitude de devenir un jour cet adulte qui ne connaîtrait plus ces matins-là, pareils, dans mes rêveries d'enfant, à ceux des siècles passés qui avaient pour moi la forme idéale de la tourelle octogonale ornant le château du village, la façade ravinée d'une vieille ferme rue Henri Maurice, les statues polychromes de Saint Sébastien dans le choeur de l'église et de la Vierge Marie debout sur l'orbe terrestre, ou cette Vierge dite « de Bonne Espérance » qu'on trouva au coeur d'un chêne et qui guérissait les malades, ou cette abbaye de Petite-Forêt dont il ne restait qu'un pan de mur, ou cette Fête de la Rose où l'on célébrait les jeunes filles du village que le dur labeur n'avait pas encore abîmées, ou encore ces noms de lieu exprimant les travaux et les jours: rue du Moulin, rue du Bois, et ce quartier du Marais d'où la fange avait disparu parce qu'on avait assaini les terres par je ne sais quel miracle technique.

Rue de Bourgogne, ce matin, c’était la minéralité de la ville où je demeure un intrus bien maladroit, cet air frais plein de la renaissance d’une nature absente auquel les promesses de chaleur méridienne donnaient la grâce de ces deux garçons qui passèrent, le premier à l’angle de la rue Las Cases – je remarquai la finesse de son squelette, ses cheveux, ses jambes en cadence de ciseaux –, le second rue de Grenelle traversa la chaussée en biais, courut comme une fille jusqu’à l’impasse Martignac où il disparut – il ressemblait à ces films de la Nouvelle Vague que je n’ai pas vus; tous deux avaient la beauté des squelettes encore fragiles – c’est-à-dire proprement non ossifiés, comme les branches encore vertes avant l’aoûtement.

A la pause de midi je me fis couper les cheveux très court pour constater la forme de mon crâne et ma couronne de cheveux blancs.

Ce soir j’appelai mon frère Jérôme qui vient d’avoir trente-trois ans et qui a le nom du jeune héros dans le roman d’Olivier Steiner, Bohème. J’allai lire dans mon café habituel, place Henri Mondor. Une serveuse se plaignait pathétiquement à son collègue de ce qu’il lui réservait les tâches les plus ingrates. Des étudiantes s'installaient autour d'une table près de moi. Des gens très différents passaient, faisaient la queue. Dans ce café on croise des hommes et des femmes de toute condition. J'y ai vu Bertrand Cantat il y a quelque temps, dont l'oeil brillait magnifiquement. En buvant mon café au lait, j’écoutais et je reconnaissais les chansons d’un album de Lauryn Hill que je connais par cœur mais que je n’avais pas écouté depuis douze ou treize ans, quand j’habitais à Lille – je me souviens précisément du balcon où je l’écoutais, casque sur les oreilles, assis sur le sol de béton, accompagné d’une cigarette. En lisant Bohème, je pensais ce week-end aux Lettres de la religieuse portugaise à cause de l’intensité de la passion écrite, et aujourd’hui au Lys dans la vallée que bêtement je déforme en Lys dans la Silicon Valley, pensant inévitablement aussi à cet envahissement de l’amour que j’observais, étonné et passif devant l’écran de mon ordinateur, au mois de juillet 2006, quand ma correspondance avec R… devint un vertige et une servitude tout à la fois, une délivrance autant qu’un vain transport, le plus précieux des romans et le théâtre de toutes les illusions. Nous n’écoutions pas Tristan et Isolde comme les héros du roman d’Olivier Steiner, mais Hippolyte et Aricie, tout particulièrement la fin de l’acte II, au moment où Pluton demande aux Parques de mettre en garde Thésée, qui s’apprête à quitter les enfers pour retrouver les siens: « Vous, qui de l’avenir percez la nuit profonde… Parques, annoncez-lui son sort! » Et les Parques, à Thésée: « Où cours-tu, malheureux? Tremble, frémis d’effroi… Tu quittes l’infernal empire pour trouver les enfers chez toi. »

Cette nuit je suis triste de tous mes amours et dans mon lit j’écris, acte V d’Hippolyte et Aricie: « Bergers, vous allez voir combien je suis fidèle… »

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Tuesday, October 11, 2011

Pierre is the Dying Dandy

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Sunday, October 09, 2011

L'Histoire aurait-elle donc existé, qui étaient-ils ?

(photo retrouvée)



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En pleurant








C’est très difficile à lire, ton livre, c’est pure émotion. Heureusement, il y a quelques passages ennuyeux – mais si peu – et sans doute nécessaires. C’est étonnant d’avoir parlé d’un livre – d’avoir imaginé un labeur – et de l’avoir, là, sous les yeux. Comme toujours avec toi – et depuis le début – j’essaie d’imaginer ce qu’un autre que moi aimerait ou n’aimerait pas dans ton texte sans y parvenir. Je n’y arrive pas car je suis tombé amoureux de toi par ton écriture, que, ton écriture, je ne peux la détruire (malgré, peut-être – qui sait ? – mon envie) et que je suis enlacé à en pleurer par ce qui m’a peut-être le plus ému de ma vie (et comme je te l’ai toujours dit). C’est très étrange d’avoir avec soi la LITTERATURE et l’idée qu’elle soit ou non publique n’importe pas. (Si tu étais YSL, on ferait une maison de couture, mais la publication éventuelle d’un livre ne changera rien à ta vie.) J’ai honte de vivre séparé de toi, mais je ne le suis pas. Je ne me souvenais pas que tu avais tant souffert. Sorry. (But les pages sont belles.) Tout me fait chier à part ce livre et le fait que tout me fasse chier est ce livre. Je suis dans mon lit, la nuit, à Paris, comme j’imaginais Marguerite Duras lisant le manuscrit de Jean Pierre Ceton, je suis en avion et je suis dans un pays étranger – lequel est-ce ? Il y a quelques minutes, c’était le Danemark et l’on a franchi un pont – toi et moi – un long pont qui traversait la mer – et, cette fois, c’est la Suède. Il faut s’habituer, la langue a changé deux fois, et la monnaie. Heureusement il y a l’anglais et… toi... mon secret, l’absolu, équivalent à mourir, indifférence à la vie, au paysage, et cette indifférence adorée, célébrée, recherchée, car c’est toi, ton espace, ton amour, notre impossible amour – dans ce monde faux, toc, rigolo, le dédain des autres, le mépris des autres, le massacre, la tuerie, nous tuons le monde et le monde détruit est notre espace. Nous n’existons pas, que de chair encore, puisque tu la nommes. Non, je ne suis pas libre de ton amour, je m’en fous – je me fous de tout – plutôt rouler dans le fossé, plutôt vomir comme un déchet –-

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Wednesday, October 05, 2011

Le Manuscrit d’A




Les vies se sont multipliées. Je ne peux plus les rassembler sous une seule image, comme dans cette nouvelle de Marcel Aymé, je crois, trop d’ubiquités… Pierre, j’ai hésité à lui écrire, vient de me faire un beau cadeau : un manuscrit de notre amour. L’émotion comme si – et forcément – comme si c’était là… Mais trop de vies, trop d’ubiquités, plus de solitude – la solitude : l’amour. J’emporte pour un voyage – que d’aucuns considéreront comme une fuite – le manuscrit d’A.

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Monday, August 08, 2011

Just for fun

Les Tapettes et les mauviettes



Ce que Pierre a de plus beau, c’est son torse. Il y a là, à l’intérieur, tout un monde, tout un univers extrêmement bien rangé. Chaque organe à sa place et dans sa plénitude. Nous étions en train de regarder le documentaire sur le tournage de Marienbad et, affalés lui et moi dans le cuir du canapé, je le caressais comme un chat. Le torse se dépliait considérablement dans toutes les directions pour respirer. Il était proche du sommeil. Nous étions lundi. C’était le sommeil du lundi après la débauche du week-end. Le torse se mouvait comme une marée animée par la lune, par les forces primordiales, la connaissance affalée des grands singes ou des grands sages, l’amour sans considération des dauphins. « Juste une habitude, avait dit Pamela, d’intérioriser la vastitude. » « Le sans-forme holds on all the planets. Le sans-forme est aussi éternel – qu’est-ce que la mort va lui faire ? » Il y a, à Saint-Eustache, une très belle porte que Claude Régy m’avait fait remarquer. C’est en demi-cercle, un demi-cercle creusé dans la façade latérale de l’église. L’une des moitiés de ce demi-cercle est en bois, c’est la porte que l’on traverse, et l’autre, absolument identique, moulurée idem, est en pierre. C’est celle que l’on traverse avec le cœur. Pamela dont l’association, l’église, s’appelle Fellowship of the Heart (j’avais d’abord écris : Art) avait, l’autre jour, utilisé l’image, pour moi bouleversante, du cœur dans la partie droite de la poitrine. « Dis à ce cœur : porte-moi pour toujours. » « L’état naturel a la force de dix mille éléphants », disait-elle aussi. C’est un peu ce que je ressentais en caressant Pierre, son torse, ses bras plus fragiles, avancées liquides, bras de mer, sa nuque mystérieuse, sa tête, ses réseaux. Se laisser caresser est absolument ce que Pierre a toujours fait de mieux. (Depuis le début que j'ai déjà raconté.) S’il n’avait pas cette libido éprouvante, épouvantable, éprouvante comme une maîtresse à servir sans fin, nous serions encore ensemble. Il m’a raconté qu’il n’a pas travaillé sur Barbara ce week-end (comme il me l'avait fait miroiter) parce que lui et son copain ont « sorti » un jeune Russe trouvé sur le site CouchSurfing. C’est-à-dire qu’ils l’ont baisé, qu’ils l’ont sorti après au sauna, qu’ils l’ont rebaisé, etc. Avant de voir Pierre, j’avais croisé, plus tôt dans la journée, un autre homosexuel, François (les prénoms ont, bien entendu, été changés), qui m’a raconté, lui, qu’il avait choppé un p’tit gars au sortir de la piscine des Halles. Enfin, qu'ils s’étaient déjà branchés, eux, grâce au site Grindr (ou à un autre, je ne sais plus) et que le p'tit gars l’avait appelé en sortant de la piscine. François, donc, quand le p’tit gars est apparu chez lui, lui a instamment demandé de remettre son maillot de bain mouillé. Ça l’excitait. Il l’a embrassé, sucé et, pendant qu’il le suçait, il s’est aperçu que le p’tit gars, lui, suçait son pouce. Puis François lui a léché les pieds – et le p’tit gars s’est mis à gémir incroyablement (François’s telling), toujours en suçant son pouce. Ensuite, dans le lit défait, le p’tit gars s’est délicatement mis en fœtus et François l’a enculé (mot prononcé plus bas), cette fois-ci en lui mettant son pouce à lui dans la bouche. Bon. Heureusement que Pierre ne m’a pas donné, lui, tous les détails. (Il a plus de tenue.) François, dont le prénom a bien entendu été changé, avait très peur aussi que je raconte tout ici-même, sur ce blog dont il est l'un des lecteurs. Mais, dites-moi, quand les gens me racontent des choses comme ça, ai-je tort de penser qu’ils ne me les raconte que pour que je fasse l’effort de vous les imprimer ? Je n’en peux plus de ces conneries ! Les homosexuels idolâtrent leur libido, c’est pour ça que je les trouve ennuyeux. Ils la surprotègent. Mais Pierre n’a jamais été très bon au lit. Non, le meilleur a toujours été qu’il se laisse caresser très bien. Comme un animal sacré, un chat, un dauphin, un singe, une vaste vache. « How vast is this intelligence here ? » « Le mental (the mind), par nature est pure intelligence. Il n’est pas contenu dans la tête, il est formless. Du vide qui danse. » Gérard traduisait, assis sur la chaise, en lotus, à la gauche de Pamela, comme un sage lui-même. Il y avait, dans la phrase, le mot « wimpy », « a wimp ». Pamela rebondissait sans doute sur les propos d'un homme qui évoquait les dominants et les dominés, que la société exigeait de lui d’être un dominant ou je n’sais quoi. Et Pamela devait répondre : « Oui, si tu n’es pas comme ça, on va peut-être te dire que tu es un wimpy (ou je n’sais quoi). » Toujours est-il que Gérard a traduit ce mot par « tapette » (il en est une lui-même). Le mot a résonné de manière incongrue dans le satsang (« réunion autour de la vérité »). Il s’est rattrapé, Gérard-chéri (il a été mon assistant sur Vénus et Adonis) et il a cherché le mot exact, c’était : « mauviette ».

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Wednesday, October 27, 2010

Dans l’obscurité de l’automne

Pierre clôt son blog. En voici le prologue et l'épilogue. Il a commencé un roman (un roman secret où je n'ai nul accès). Mais le blog est un navire. Il voyage, il voyage...






mercredi, 27 octobre 2010

Epilogue

Ce n'est pas que je veuille charger le sens, forcer le sens. Je suis girouette qui aurait perdu la sensation du chaud et du froid. J'ai trempé les mains dans l'eau fraîche pour nettoyer le marbre de la tombe, mes doigts n'ont même pas gelé. Ce serait ici l'épilogue de mon blog. J'en ai relu le prologue hier, et tout murmure ces temps-ci que cette écriture-là peut s'arrêter naturellement, sans heurt, car l'objet est poli.






dimanche, 23 mars 2008

Chez moi

La maison de marbre blanc, les proportions parfaites, les arêtes nettes. L'ordre au dehors, et on imagine aussi au dedans. La maison de marbre blanc m'a laissé sans mots jusqu'à aujourd'hui. La maison de marbre blanc dans la grande cage métallique, et la guillotine qui menace. Le contraste des matières, le contraste du sombre métal et du marbre presque translucide. La maison comme emprisonnée. La guillotine: le passé tué par le présent. Et à l'intérieur de la maison, on se guillotine aussi. La maison pleine de cruauté. On brise et on casse.

La maison et la mère. La femme-maison.

Les maisons. Toutes les maisons que j'ai connues.

La maison familiale, bientôt guillotinée puisque papa va la revendre. C'est une question de mois.

J'ai l'art de tourner la page, de quitter une maison pour une autre. Et un jour de quitter une maison pour rien d'autre. J'ai quitté ma mère aussi. J'ai quitté ma femme.

Il me reste ma fille. Elle dit chez nous. Alors je dis chez nous.

Je ne peux dire que les lieux d'où je viens, et je n'en sais que des souvenirs. J'essaierai de dire où je suis, en notes et vers, en bribes de récits. Je me souviens rarement de mes rêves, il y en aura donc peu ici. Ici sera un peu chez moi.

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Sunday, June 27, 2010

Les Notes manuscrites

C'est émouvant !

Pierre, donc, m'a passé ces notes (scannées)...

Les phrases sont incroyablement émouvantes, les ratures plus encore.
Par exemple, il écrit :
"Je lisais deux chapitres comme par discipline amoureuse et pour prolonger les quelques heures passées dans le lit amoureux"...
Mais sous "le lit amoureux", rayé, on peut lire : "les bras de celui que j'aime plus que tout"...
Une autre phrase : "Les mots abstraits sont les plus flottants." Il raye le mot "flottants" et écrit à la place : "menteurs".

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Saturday, June 05, 2010

Sous mon oreiller

Ode



Les lèvres, je les imaginerais peintes de suave liqueur, le débordement des sentiments, ce qu'il reste de doute et de joie avant de parler, avancer le premier mot, se souvenir de l'instant d'avant, plonger du même bond dans l'immémorable arrachement de l'âme: je le quittais ce matin vers sept heures, dévalais six étages, paradigme des vies dans un immeuble qui s'éveille, lumière un peu grise d'un printemps qui ne s'est pas encore décidé.

OU

Quatre heures d'étreinte contenue, me contant les jours passés à l'écran de son ordinateur, pages de vie déjà révolues, ce qu'il reste de joie et de doute quand s'achève la narration de soi, puis l'immémorable embrassement d'une si courte nuit, membres déclinés d'un commun accord, l'invite du rêve. Au matin je quittais la couche de sueur pour la rue déserte, lumière un peu grise d'un printemps qui ne s'est pas encore décidé.

OU

Jamais on ne voit les étoiles, les habits du voyage sur le sol, une valise béante qu'on remplirait le lendemain dans la panique du départ, le ciel chaque nuit désert d'étoiles, et moi qui arrivais si tard, frappais à la porte accoutumée, à mon tour me déshabillais: pour me souvenir des jours séparés, il lisait à l'écran de son ordinateur quelques paragraphes de sa vie, ce qu'il reste de doute et de joie dans l'imagination de soi.

PUIS OU AVANT

Il parle du style des graphistes, c'est-à-dire que les graphistes se ressemblent, dans la rue on reconnaîtra aisément un graphiste à son allure de graphiste, sa vêture de graphiste. La veille il avait lu dans une lecture publique un texte de Blaise Cendrars sur Arthur Cravan, je scrutais les portraits d'Arthur Cravan comme on trouve toujours dans ces livres compilatoires quelque portrait médusant où l'écrivain n'est plus qu'un visage qu'on baisa passionnément. Je me souviens aussi de cet autre livre plein de colère et d'Arthur Cravan l'irrécupérable: celui-là même qui se résout à s'afficher aujourd'hui sur l'affiche d'un graphiste.

AUSSI

De cela nous parlions aussi, je ne sais plus, avant l'étreinte je crois, le nom d'Arthur Cravan qui est de ces noms d'auteurs merveilleux où tournent mes rêves longtemps avant que je me heurte pour de bon à ce qu'ils osèrent écrire. Comment les hommes ressuscitent les plus révoltés d'entre eux, l'aveuglement le plus heureux dans l'invention des idoles modernes, l'exhumation de quelques lettres adressées peut-être à une mère aimante, ce qu'on fait dire aux hommes du passé quand on tient deux ou trois preuves touchantes qu'ils existèrent.

INCIPIT

Dans le métro je ressassais un sonnet de Philippe Desportes, ce serait mon bouquet de fleurs, mon amour privé depuis quelques années du sens de l'odorat, je devrais le dire, l'animalité de son corps à mes narines animales, mon ventre sur son dos, ma tête dans le creux d'une épaule au moment où se décide le sommeil. Ce matin je le quittais sans mon livre, resté sur le sol près du lit, le sonnet commençait ainsi: "Le temps s'enfuit léger sans m'en apercevoir..."

EXCIPIT

C'est la fin du printemps où les nuits sont plus rares, quatre heures de baisers sont trop courtes dans le poème de Desportes: quatre nuits, dit-il, c'est assez, mais quatre heures! Pour tout dire, j'arrivais chez mon amour une heure avant minuit, et passais chez lui deux fois quatre heures, il me lisait deux textes à l'écran de son ordinateur, pages de sa vie pleines de joie et de doute. Ce qu'il n'avait pas écrit, il me le disait: qu'il avait oublié dans un train le livre qu'une femme lui avait donné, un livre qu'elle avait écrit, le seul qu'elle avait emmené, pourtant elle devait en lire des extraits dans une lecture publique, et comment avait-elle fait...

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Sunday, May 23, 2010

Poupée

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Wednesday, May 12, 2010

La Poupée du futur

(en écoute de l'ACR de Julien Thèves)

(Photo Pierre Courcelle.)

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Monday, April 26, 2010

Une journée

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Wednesday, April 21, 2010

La Haine

J'ai commencé à transformer les photos de Clélie de manière à ce qu'elle ne soit pas identifiable à la demande imaginaire de la mère - imaginaire parce qu'elle a provoqué notre rupture à Pierre et à moi. Je laisse celles de dos, etc. J'ai essayé de gommer un visage avec la fonction retouche, mais, ça, c'est trop affreux, trop méchant : on dirait que Clélie est une criminelle. C'est effrayant de voir ce que ces gens ont dans la tête (mais, encore une fois, ce blog ne s'adresse pas à eux). D'ailleurs, la photo semble définitivement bousillée, je n'arrive pas à revenir en arrière. Je me suis adressé à un avocat qui m'a dit qu'on ne pouvait pas me reprocher d'avoir mis des photos de l'enfant sur mon blog du moment que le père était d'accord. Mais que si la mère demandait leur retrait, il fallait en effet obtempérer. Il m'a dit aussi qu'en revanche un père a tout à fait le droit de mettre des photos de sa fille sur son blog, mais, moi qui ne suis pas son père, c'était plus risqué. Pierre a, depuis belle lurette, enlevé les photos de sa fille de son blog. En fait, depuis que le parrain de Clélie avait laissé des messages infects et anonymes, le traitant de salopard, de dégueulasse, tu n'as pas honte ? de mélanger ta fille avec tes coucheries (moins bien dit, mais plus réel que c'que j'raconte). Ce coup-là, la mère avait réussi à calmer le parrain. Mais Pierre a fait disparaître les photos de sa fille. Rentrées, cachées. Il est vrai qu'on ne fait pas un blog pour se faire insulter. Pas ce genre de blog. L'extrême-droite (qui donne son ton à la société toute entière à notre époque) prend l'Internet pour sa cour de récré. Mais, enfin, ça tombe sous le coup de la loi, des propos pareils ! Pierre pense que la salve de messages à vomir que j'ai reçu exactement quand la mère a menacé de porter plainte (et que je suis obligé de laisser, on peut remonter à l'ordinateur qui les a émis) sont sans doute aussi du parrain, ce n'est pas le style de la mère (quand même). Je suis désolé de vous tenir au courant de choses si moches. Pierre avait de très beaux diaporamas qu'il avait fait avec des textes et mes photos des vacances en Italie et dans le Sud de la France, je ne sais pas ce qu'ils sont devenus. En attendant, une petite fille grandit et porte ça en héritage. La haine. Ça n'a pas d'autre nom. Défendre l'enfant, annonce la mère. Tout un programme paranoïaque. Ce qu'il s'est passé et qui a déclenché ça, c'est que Pierre a envoyé un mailing annonçant l'Opération Opérette sur France Culture, dimanche prochain. Sur le site de France Culture, il est indiqué que je tiens un blog, c'est comme ça que la mère en est arrivée là - malgré l'avertissement auquel elle a passé outre. Au moment de l'affaire du parrain, je m'étais mis à rajouter une lettre (à la demande de Pierre) au prénom de Clélie de manière à ce que quelqu'un (de mal intentionné) qui taperait par exemple "Clélie Pierre" ne tombe pas sur mon blog. Puis il y a donc eu cette histoire d'avertissement "contenu inacceptable" que vous connaissez bien. Qu'on a essayé de faire enlever, mais on n'y est pas arrivé. On a envoyée un mail - que Pierre avait rédigé - à Blogspot, mais on n'a pas eu de réponse. Et puis, finalement, avec le temps, ça m'allait très bien : bien moins d'emmerdes ! Le blog n'était certes plus répertorié, mais personne ne pouvait tomber dessus en tapant son nom ou n'importe quel nom, ça me fichait la paix. (Comme je ne m'adresse qu'aux amis.) Plus la peine non plus de rajouter une lettre aux noms. On vit une époque formidable, je le dis sans ironie, mais je le redis cette fois avec ironie : on vit une époque formidable. C'est le progrès qui se mélange avec la mort. Tous ces débats sur la protection de la vie privée, je pense, personnellement, que c'est tout à fait du vent. Tout est déjà sur Internet, pour tout le monde. Une seule solution : être bien attentionné. Y a que ça ! Il faut que le progrès aille avec le progrès. Parce que si la méchanceté d'antan reste intacte, forcément ça bute, ça coince, ça cogne. Une chose qui a (peut-être) bénéficié, pour le moment, dans cette affaire, c'est Frankenstein. Every cloud has a silver lining. Je me demandais, je me lamentais, comment jouer un méchant, un criminel, le mal absolu, celui qui révulse tout le monde (y compris sa fiancée pourtant construite comme lui ), celui qui n'a pas d'âme et qui détruit. Eh bien, j'étais tellement hors de moi ces deux jours de cette menace si grossière de procès et de cette déclinaison de messages d'intimidations, la panique de Pierre, l'impossibilité de fermer l'œil, que je n'avais, mon Dieu, comme on dit, plus rien à perdre (à retenir d'un quelconque "état de gentillesse"). Quand je suis allé sur le plateau, je te les ai sorties, les phrases des grands salauds du théâtre, les Richard III, les Œdipe Roi, etc. Je te les ai adressées, les "Que jamais le sommeil ne ferme ton œil de mort, si ce n’est pour qu’un songe terrible t’épouvante d’une troupe infernale de hideux démons, etc." William Shakespeare et les Grecs n'ont pas bosser pour rien ! Je me suis même demandé si ce n'était pas parce que j'avais à trouver ça, dans ma vie d'acteur, que cette crise était arrivée. Nous, les acteurs, faisons feu de tout bois. Ce qui est, exactement, la liberté. Mais il faut se méfier...

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Monday, April 12, 2010

Cesser de faire le gendarme, pour soi et les autres

Très secoué ces deux jours-ci par une menace de la mère de Clélie (Pierre et elle sont séparés) de porter plainte contre moi pour la mise en ligne ici-même de photos de sa fille sans son consentement. Cette menace doublée immédiatement par un flot de commentaires anonymes nauséabonds (allusions à la pédophilie) que je suis obligé de ne pas effacer pour les garder au dossier (Pierre me dit qu'on peut remonter jusqu'à l'ordinateur qui les a émis). La demande de la mère se fonde sur le droit à l'image et la nécessité, dans le cas d'un mineur, d'avoir l'autorisation écrite des deux parents pour procéder à un affichage. Il n'était pas venu à l'idée de Pierre (de m'en parler) et il ne m'était pas venu à l'idée que nous enfreignions la loi - ce qui est certainement le cas, la mère de Clélie étant, me dit Pierre, très documentée - et je vais dire ici pourquoi.
C'est une chose que j'ai déjà dite, mais que je redis régulièrement. Un blog comme le mien ne s'adresse strictement qu'aux amis, pas aux gens mal intentionnés, pas aux gens qui ne sont pas des amis. Sinon ça n'a pas de sens. Si vous aimez ce blog, vous devenez un ami. J'ai, par ailleurs, évidemment, des amis qui n'aiment pas ce blog, ma vie ne se réduit pas à ce que j'en raconte, mais le fait de lire ce blog, donc de l'aimer, fait de vous, par définition, un ami. Si ce blog ne vous plaît pas, lisez-en un autre, c'est facile : il y en a des millions - ou n'en lisez pas. Je vais me renseigner, mais il semblerait que le droit à l'image correspondrait, en fait, au droit de n'avoir pas de visage. C'est étrange comme protection de n'avoir pas de visage sur les images. Pierre a ôté toutes les images (de face) de sa fille diffusée sur son blog. Le mien avait échappé jusqu'à maintenant au contrôle maternel simplement parce que la mère n'était pas tombée dessus. Une petite fille n'a pas de visage, une petite fille est protégée par sa mère, une petite fille n'a pas de visage, une petite fille est protégée par sa mère qui efface son visage, qui la floute, la cache, la met de dos, la met de loin, la met pas du tout, heureusement que la mère veille... ne donnera pas son accord. Répéter le mot d'ordre (très difficile) de mai 68 (cité par Gilles Deleuze) : Cesser de faire le gendarme, pour soi et les autres. Des amis, des relations, l'empathie, les proches, le prochain - sont ceux qui ne menacent pas, qui ne cadenassent pas (le visage) et ils existent. La résistance est seulement là : l'amitié. Du côté des couples, il en existent encore des heureux qui sont fiers de montrer des photos de leurs enfants. Mais, si vous n'êtes pas heureux, c'est vrai que vous pouvez ne pas être fier.

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