Thursday, August 28, 2014

I mmer leiser


J’avais vraiment entendu mon nom et mon nom m’avait fait me réveiller. « Yves-Noël ». Mon frère. C’était si net que j’étais de nouveau en vacances et je me réveillais ailleurs, « dans ma vie ». J’avais écouté les morceaux de Clément Vercelletto au coucher et je les remettais maintenant, ils étaient inouïs. Surtout celui intitulé : Urgentino, le silence entre les stases était inouï, me surprenait si agréablement. Je m’étais endormi aussi avec l’espace qui s’était ouvert dans le nord de la ville, les ateliers de Bruno Perramant, 2 châteaux remplis des merveilles dans tous les états, achevées ou presque ou en cours ou en leur début, de Bruno Perramant, mon peintre prince. C’est un beau cadeau qu’il m’avait fait en me faisant venir là, il n’y faisait venir personne, personne dans cet endroit absolument personnel, d’un luxe le plus fou, jamais personne, presque personne. Aussi, je lui avais forcé la main. Au dernier moment, je lui avais envoyé  : « Je suis avec un pote, un acteur du prochain stage, je peux venir avec lui ou c’est dommage ? » Il n’avait peut-être pas osé dire non. Peut-être. Peut-être que ça m’avait paru, à ce moment-là, trop solennel de le rejoindre seul, Bruno Perramant, qui représentait « tout » pour moi, « tout », absolument, « tout » de la « force » (cela passait par la couleur, l’énergie inouïe de la couleur fraîche), que cela m’avait fait peur. Et puis j’étais avec Hadrien. Hadrien était effectivement qq’un qui allait faire le stage et dont j’étais tout simplement tombé amoureux. On passait des heures ensemble. On voulait se voir tous les jours. Il avait été déçu d’apprendre que je partais dimanche. Il avait l’impression qu’on se comprenait. C’est vrai, le stage avait déjà lieu avec lui tous les jours. Je lui faisais rencontrer les filles. Judith Toledano, Madeleine Fournier. Il les trouvait belles. J’étais content qu’il les trouve belles, désirables. Il adorait le nom « Madeleine Fournier », il adorait le prénom « Judith ». Il désirait les filles, il aimait les filles à la folie. Indubitablement, l’une de ses passions. Il aurait voulu que les filles soient les plus belles possible, dans le stage les plus belles du monde et, moi aussi, j’aurais voulu. Et, moi aussi, les garçons, je les aurais voulus les plus beaux possible. Lui s’en fichait sans doute des garçons. On ne peut pas aimer tout. C’est moi qui aimais tout. Je me souvenais quand Jérôme Bel m’avaient envoyé la vidéo d’Hitler qui s’adressait à la « belle » jeunesse arienne, j’avais pris la vidéo en plein cœur, une saloperie, à heure de ma sieste, à Avignon, quand je jouais le spectacle des poèmes de Charles Baudelaire dans le noir qui s’appelait Rester vivant. Je l’avais viré de mes amis Fesseboule avec ce mot : « Tant de bêtise et de haine de ta part, c’est effrayant… » On peut quand même s’intéresser à la beauté ! Je n’avais jamais caché que je travaillais sur la beauté, lui travaillait sur autre chose (la misère, peut-être), je n’allais pas l’emmerder avec Hitler… Mais j’écoutais la belle musique de Clément Vercelletto et je regardais les belles peintures de Bruno Perramant, tout était apaisé désormais. Tout était, dans ma vie finie, apaisé. On buvait ensemble quand arrivait l’heure. Je m’émerveillais de le voir s’ouvrir comme un livre à la première gorgée de la délivrance. Alors je me mettais moi aussi à ressentir l’insouciance, me saoulant à la St-Yorre, mais ce n’était pas un problème, j’étais très mimétique, quelqu’un de bourré  — et heureux de l’être — et j’étais bourré moi aussi. Hadrien réinventait Dieu, comme Marguerite Duras l’avait prononcé : « L’alcool remplace Dieu ». Je me demandais comment faire pour ne pas la perdre, cette insouciance qui était le fond vraiment vrai des choses, la perception de l’insouciance, et si le travail était un devoir*. Il me disait : « Mais oui, c’est ça, la vie est incroyablement bien faite, on a la journée pour travailler et, le soir, on a toute la nuit pour absolument ce qu’on veut… » On se quittait un peu tôt (avant minuit), mais c’est qu’on était ensemble depuis 14h, aussi, on s’apercevait. En rentrant, me revenait que je n’avais pas appelé mon père à l’hôpital et que, parmi toutes les choses que je n’avais pas faites, celle-ci, j’aurais pu/dû la faire. Mais c’était faux d’ailleurs car je n’avais plus de batterie depuis longtemps déjà dans la journée. Quand mon téléphone avait été suffisamment rechargé, je m’apercevais qu’Hadrien m’avait déjà envoyé un  message dont je remettais la lecture au lendemain (j’avais les doigts pleins de la graisse de la cuisse de dinde du midi et de la veille que je finissais enfin). Au lendemain, oui, càd maintenant. Découvrons-le ensemble, ce message : « Solitude : creuset de confiance, fontaine heureuse d'où coule des larmes bénéfiques, car l'homme qui cherche à dépasser sa solitude se dépasse lui-même, et atteint des sphères insoupçonnées. Je suis bien content d'être enfin seul, nul doute là-dessus. Les femmes guérissent et font vivre et émerveillent, nul doute, mais elles ont tant besoin d'amour... On écrit seul, en présence de fesses douces comme des figues et rondes comme des perles, on aime, on ne peut rien faire d'autre. Je relis L'Idiot et le Procès de Gilles de Rais et Sire Halewyn, c'est vertigineux. Je te fais une liste des impératifs ce soir ou demain. Je t'embrasse, Hadrien » (Hadrien s’était séparé, c’était ça, l’histoire de cette journée chaotique…)

* Comme toujours, je ne pensais pas au travail lui-même qui est une fête — si rare —, mais à l’accès au travail qui est le problème de ce métier que je pratique qui a besoin de salles, de programmation, d’une sorte de « carrière », en qq sorte, que je n’arrivais pas à « assumer » ou bien encore à « développer », au fond, je dirais, à « vouloir »…

Labels:

0 Comments:

Post a Comment

<< Home