Sunday, June 17, 2012

Encore le luxe



Le spectacle s’était appelé Aujourd’hui, c’est mon anniversaire, titre emprunté, volé cambriolé – comme tous les titres et la littérature en général – à Tadeusz Kantor et c’est aussi une citation de Pina Bausch, elle, plus proche de nous grâce à Dominique Mercy qui a repris le flambeau – j’ai rêvé de lui, tiens, je m’en souviens à l'instant. Et donc on était tous, après la représentation, chez Dominique Uber lui fêter son anniversaire, c’est-à-dire dans l’un des plus beaux appartements de Paris, sur le champ de Mars, celui où a été tourné Le Dernier Tango à Paris. Nous étions les premiers, la lumière était encore là, toutes les fenêtres, les balcons sur les terrasses, les immensités, le dôme des Invalides, la tour Eiffel, la beauté, l’air, la terre qui tourne (la tête qui tourne ? – à peine). Immédiatement j’affirmais qu’on pourrait jouer là Je m’occupe de vous personnellement ; je voyais une représentation de luxe, privée, avec des places très, très chères (je ne gagne pas un centime, moi, au Rond-Point, c’était prévu comme un one man show). Je demandais à Dominique si je pouvais prendre une douche ; parmi les déboires de cette série de représentations, il y a que ma douche a pété : je me lave depuis une dizaine de jours à peu près comme le fait Alexandre Styker en public (ceux qui ont vu voient). Dominique me précédait dans un labyrinthe immense – je demandais comment j’allais revenir... – pour me conduire à l’une des quatre salles de bain. Elle portait Faye dans ses bras et ses talons aiguilles, c’était très amusant à voir, s’enfonçaient comme dans de la mousse dans la moquette triplement épaisse (mais Dominique a été danseuse chez Maguy Marin, elle sait marcher sur la terre cabossée et meuble tout en portant un enfant, un meuble, je ne sais quoi…) Faye, bien sûr, aurait voulu prendre la douche aussi, mais, non, ça, bien sûr, ce n’est pas possible. Je restais plusieurs heures dans la magie des jeux d’eau (l’eau lave les informations). Je n’utilisais pas la baignoire immense, peut-être mon cœur aurait lâché, le luxe, je n’y suis pas habitué et il y a des décades que je n’ai pas pris un bain dans une baignoire, même de marbre ou d’albâtre (« mon divan de marbre, mon divan d’albâtre », dit parfois Bessette-Valérie). Je profitais des huiles, des shampoings rares. Je revenais dans la fête, des gens partout très à l’aise. Je montrais à Faye que je m’étais aussi lavé les cheveux (shampoings rares…) et puis je discutais. Avec l’« invité du jour », en particulier, que je coinçais sur le balcon un moment et qui avait fait un quasi sans faute à la soirée  celle, plus tôt, de la représentation –, jouant sous les fenêtres du violon alto et chantant je ne sais quoi, mais du très, très, très beau, assez mélancolique (mais émouvant) (il est contre-ténor), puis du violon encore pour un troisième passage derrière les gradins : une merveille « comme il n’en faut plus ! », comme dit Rimbaud, son nom : Mathieu Jedrazak, il est lillois, il retourne à Lille aujourd’hui pour voter. Je ne discutais pas avec beaucoup d’autres gens, bien que ç’aurait été très facile. Dans ces milieux, tout le monde est disposé à la gentillesse, tout le monde vous demande ce que vous faites, pour situer, pour connaître et tout le monde fait de même, c’est simplement ça, nous sommes simplement là pour nous connaître, le réseau, tisser des liens. Je rencontrais une femme qui déclarait que, non, vraiment, elle n’aurait jamais pu faire actrice parce que, elle, elle était une manuelle. Quelle genre de choses faites-vous avec les mains ? De la broderie pour Chanel, Dior, etc. Elle me soufflait qu’elle faisait des robes qui valaient 200 000 euros, deux cent mille euros, et, cela, c’est vrai, c’est pas la passe de Zahia à 50 000 que m’avait vanté Olivier Steiner (ce qui après tout est crédible, si on peut se payer une robe à 200 000, pourquoi pas une p... à 50 000) (une photo témoigne de la rencontre avec Zahia où l’on voit que je suis intimidé, pas vraiment par elle, peut-être, mais par le prix qu’elle coûte). Olivier et Pierre surgissaient au moment où je prenais congé, raisonnablement, vers minuit – car nous jouons tout à l’heure, dans quel état seront-ils, mon Dieu ? – et Olivier commençait à raconter des cochonneries, mais je n’étais pas d’humeur. En rentrant, je trouvais sur le blog de Pierre la même chose, mais sans les cochonneries. Pierre, Pierre Courcelle, l’écrivain de l’amour (c’est son métier – comme prostituée est un métier –) : « Deux hommes échoués l'un à l'autre, deux étrangers qui s'observent et se confondent, s'assemblent et se désassemblent, s'embrassent et se rêvent autant qu'il est humainement possible. » Et cette citation, sans doute du Cantique des cantiques : « Que tu es beau, mon bien-aimé, que tu es aimable ! Notre lit, c’est la verdure. » Sinon, Audrey Vernon était habillée « comme une milliardaire sans le yacht », absolument rayonnante et sublime, avec une robe longue qui traînait, des tongs ou des sandales, un sac comme si elle descendait à la plage ou faire ses courses au marché de Saint-Trop'. Elle était spectatrice pour la deuxième fois et je l’avais fait passer, dans l’introduction au spectacle, auprès des autres spectateurs, pour une danseuse de chez Pina, ce qui, habillée comme elle l’était (comme un gant), était très vraisemblable. Comme je partais, elle me demandait si j’allais descendre à Avignon (où elle va jouer), et ajoutait avec un clin d’œil qu’elle y aurait une piscine. Voilà une chose que je notais dans mon carnet : « Audrey Vernon a une piscine à Avignon ». Un peu d’avenir. Sinon, Pascal Bongard avait vraiment aimé la représentation (et m’avait laissé son téléphone ainsi qu’un très beau canotier pour Lorenzo qui en rêvait, moi aussi, les impressionnistes, le canotier, l’eau, le bord de l’eau, la rivière, premier principe du Tao Te Kin : Soyez comme l’eau). Sinon, Jean-Pierre Thibaudat m’avait conseillé de faire un spectacle sur Hélène Bessette, il n’avait pas compris que nous étions en train de le jouer, ce spectacle, il ne le verra pas, c’est triste (parce qu’il s’est fâché avec Jean-Michel Ribes), mais il m’a aussi – et pourtant – envoyé un très beau proverbe chinois : « Les nuages passent, la pluie reste. » J’avais demandé à Laurent Goumarre qui, lui, avait finalement vu et adoré le spectacle d’en parler, s’il pouvait, autour de lui, puisqu'il restait – et encore à l'heure où je vous parle – sept représentations et que, malheureusement, la critique nous était quasiment passée sous le nez. Hors il se passe – encore sept fois.

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