Thursday, June 20, 2013

Antonia Baehr


L’une des choses les plus belles sur terre est notre présence commune avec les animaux. C’est un mystère. Le seul ? En espagnol, j’apprends « el erizo » (le hérisson), « la rana » (la grenouille). Antonia Baehr propose un spectacle bouleversant sous forme de conférence. Après le spectacle, je lui parle aussi de cette citation de Peter Brook que j’ai dite la veille à Laurent Chétouane : « Il n’y a aucune différence entre la vie, le théâtre, le cinéma, l’opéra, sauf cet immense avantage : (...) c’est la vie, mais concentrée, c’est simplement : concentration, mais ce n’est pas une autre forme » et elle me dit — mais tout est logique — que L’Espace vide est l’un de ses livres de chevet. Alors, voilà, moi, je ne savais pas (on me l’avait dit) qu’Antonia Baehr mettait tant de vie, tant d’excellence dans ses spectacles, tant de concentration de la vie. Elle parle d’une chose, une seule chose, mais elle en parle de manière à en faire le tour et à la célébrer de manière aussi complète, peut-être, que Proust le fait avec sa recherche. Mais elle ne parle que d’une chose : de l’être ensemble de sa mère et de son chien. Ces 2-là qui partagent très peu de ressemblances se sont assemblés. C’est très, très émouvant. Elle fait entendre — car c’est beaucoup par le son, très peu par l’image — comment la « femme qui coud à la machine » et le « chien qui se gratte » sont des sons (des activités ?) qui se ressemblent. « Femme qui mange » (sur la table), « chien qui mange » (sous la table), c’est bouleversant (c’est pareil). C’est comme si elle démontrait la parenté des hommes et des chiens. Qui se ressemble s’assemble, est le titre de cette première partie (il y en a 3). C’est le monde, ce qu’elle montre, le vrai monde de la « femme qui boit » et du « chien qui boit », comme une « phrase » pour la femme, comme un « paragraphe » pour le chien — comme un mot, comme une chanson. Vivre en parallèle, vie commune. Monter et descendre les 3 étages ensemble (à 6 jambes). L’invention d’une langue : « patois des espèces de compagnie ». Elle chante et le chien bat la mesure avec sa queue. Ils s’entendent bien. A la fin (troisième partie), Antonia Baehr fait une œuvre musicale d’une qualité extraordinaire de ces 2 langues communes de la femme et du chien. Il y a aussi la maison (Bachelard...) qui garde les traces de la vie commune — sur 200 ans — des hommes et des bêtes. Il y a les oiseaux qui construisent des nids avec des poils de chien longs et doux. La pierre du seuil polie par les fourrures et les semelles. Etc. C’est sublime ! Très grande artiste, Antonia Baehr ! Un spectacle qui bouleverserait Michel Houellebecq. Et moi, cette nuit d’orage, quand j’y repense, je m’empêche de dormir pour y repenser. 

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