Saturday, June 08, 2013

Note d'intention (Mexique)



« Mes spectacles sont comme je les aime, fabriqués avec des fragments de réalité, des choses dites, des gestes, des vêtements, des tristesses, des misères, des sourires... »



Tout mon travail est lié à la perception. On dit que les comédiens ont cette particularité dans le cerveau de pouvoir s’imaginer dans le regard de l’autre (ce que tout le monde n’a pas). Mes mises en scènes (ou chorégraphies) se placent, elles-aussi, à l’endroit de la perception, à l’étymologie du mot « théâtre » : « l’endroit d’où l’on regarde ». Je tente d’expliquer dans un texte plus long (le texte du projet) pourquoi le Mexique renouvelle pour moi les images, mais pas seulement, ma perception même des images — André Breton ne disait-il pas : « Le Mexique est le pays le plus surréaliste dans le monde » ? —, pourquoi le Mexique (que j’ai découvert il y a deux ans) a déployé immédiatement pour moi une expérience crue du monde, une expérience nouvelle — que j’ai reconnue comme mienne. La rencontre d’artistes qui travaillent dans ce pays, principalement du cinéaste Carlos Reygadas, m’a ouvert des perspectives enthousiasmantes dont j’aimerais creuser les intuitions, approfondir comme ma maison. « Plein de mérites, mais en poète, / L’homme habite sur cette terre », écrit le poète Friedrich Hölderlin. Ma maison sur-réelle est le Mexique et j’aurais besoin d’y passer du temps. Mon champ de création en sortirait régénéré, plus fort, plus « réaliste ». J’ai toujours travaillé en mélangeant les genres, en mélangeant les niveaux, l’actrice la plus acclamée avec l’enfant ou le vieillard sans pratique, le professionnel avec l’amateur ou même l’animal (certains individus de certaines espèces ont aussi ce sens de s’imaginer dans le regard de l’autre). La pratique que je voudrais développer au Mexique et à partir de l’expérience mexicaine concerne spécifiquement les non professionnels. C’est là où je voudrais aller désormais. Je voudrais sortir de mon milieu, aller dans le monde, quitter les théâtres (pour y revenir...), avancer vers le futur ou le passé — l’origine ? — dans ce Mexique du tout-déployé, du rien-effacé, pays sans peur et sans reproche. Dans cette période que je traverse, de retour sur moi, repli et déplacement secret, je ressens, d’une manière vitale, qu’un déplacement physique dans ce pays-là, México, un long temps, m’aiderait à la métamorphose...

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