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Tuesday, June 16, 2015
Edward James
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Monday, October 27, 2014
P rojet Mexique, éléments de com'
Bio
Yves-Noël Genod ne se
présente lui-même que comme un « distributeur » de spectacle, de poésie et de
lumière, il n’invente rien qui n’existe déjà, il fait passer le furet, « passé
par ici, il repassera par là », il révèle. En effet, pense-t-il, c’est ici et
là qu’est la « révolution » : dans la redistribution des richesses accaparées.
Son art a été qualifié de « théâtre chorégraphié » et est accueilli du côté de
la danse. Ce comédien vit très modestement à Paris ; célibataire, il prétend s’effacer derrière
son œuvre qu’il désirerait n’être que trace infime, dérisoire, inutile, mais
dans l’optique pascalienne qui dit que : « Nul ne meurt si pauvre qu’il ne
laisse qqch »...
Projet : titre : Sin
ley ni horizonte
Travailler — ou rêver — mais
rêver comme écrire — à partir du réel dont la « fenêtre Mexique »
m’offre la clarté. Rapport de domination, d’écrasement, de non-métissage, de
coexistence, brutalité, soleil, mort, de douceur paradoxale, de déchaînement de
douceur paradoxale comme on peut le voir dans les films de Carlos Reygadas,
cinéaste de ce « paradis à l’état brut », c’est-à-dire « qui ne s’en est jamais remis », d’être et de ne pas être, d’être au monde et de disparaître, des civilisations apparaissent,
bâtissent au-delà des efforts humains et disparaissent comme des bulles de
savon, laissant alors quelques coquilles vides sur quelque scène isolée, lointaine et future. Le Mexique, c’est la conscience réfractaire de la cruauté de
la vérité...
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Saturday, June 14, 2014
M exique appendice
J’ai retouché le texte que j’avais présenté l’année dernière pour le rendre — si possible — plus clair quant à mes intentions. Ce texte, ce n’est pas là où la demande a achoppé puisque j’ai reçu les « félicitation du jury » au moment de l’entretien pour son écriture et son intérêt. Je crois que c’est justement (c’est ce qu’on m’a dit), l’entretien lui-même qui a achoppé. Je pensais, au contraire, que l’entretien n’allait pas être un problème : après tout, je ne suis pas écrivain, mais comédien, l’oral, je m’y connais ! Mais il y a une différence, pour moi, entre jouer (pour moi : la plus haute activité humaine) et se vendre (pour moi : la plus basse) ; c’est ce conflit, sans doute (que je n’arrive pas à dépasser), qui a causé ma perte. Et c’est effectivement ce dont se plaignent toujours les artistes (véritables), c’est de l’ambiguïté qu’il y a à devoir « convaincre » — on ne doit jamais « vouloir convaincre », ça, c’est une activité politique, les choses de l’art existent ou n’existent pas, mais, si elles existent, elles font leur chemin... Comme ce chemin, on voudrait quand même le vivre avant sa mort (surtout pour un artiste de spectacles vivants !), on est amené à mener le jeu cruel, scolaire de la compétition — jeu qui est, je le répète, l’antithèse de la démarche artistique telle que je la conçois : qui se base, bien sûr, sur le non vouloir, au moins le non vouloir dominer le monde. C’est antinomique. J’ai conscience de cette difficulté, du paradoxe qu’il y a donc à m’adresser à vous, et je sais aussi que vous-mêmes en avez aussi conscience et que chacun fait ce qu’il peut au mieux.
Le projet est
le même que celui déposé l’année dernière, il est resté d’actualité. Depuis un
an, j’ai continué à apprendre l’espagnol, je ne suis pas retourné au Mexique,
j’ai crée deux spectacle à Paris, Un petit peu de Zelda, à la Ménagerie de Verre et 1er
Avril, aux Bouffes du
Nord, ainsi qu’un spectacle à Marseille, au festival Actoral (et qui a été
repris à Toulouse), L’invention de la course à pied (et autres trucs). Ci-dessous des liens de vidéos courtes
pour ceux qui ne connaissent pas mon travail chorégraphique (« théâtre
chorégraphique »)
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Tuesday, May 20, 2014
D ieu étant plus seul que soit
Le 20 mai 2014,
Bonjour Mesdames et Messieurs,
J’ai retouché
le texte que j’avais présenté l’année dernière pour le rendre — si possible —
plus clair quant à mes intentions. Ce texte, ce n’est pas là où la demande a
achoppé puisque j’ai reçu en quelque sorte les « félicitation du
jury » (au moment de l’entretien) pour son écriture et son intérêt. Je
crois que c’est justement (c’est ce qu’on m’a dit), l’entretien lui-même qui a
achoppé. Je pensais, au contraire, que l’entretien n’allait pas être un
problème : après tout, je ne suis pas écrivain, mais comédien, l’oral, je
m’y connais ! Mais il y a une différence, pour moi, entre jouer (pour
moi : la plus haute activité humaine) et se vendre (pour moi : la plus basse) ; c’est ce conflit, sans doute, que je n’arrive pas à dépasser, qui a causé ma perte. Et c’est effectivement
ce dont se plaignent souvent les artistes (les vrais) : de l’ambiguïté
qu’il y a (de plus en plus, d’ailleurs) à devoir « convaincre » — on
ne doit jamais « vouloir convaincre », ça, c’est une activité
politique, les choses de l’art existent ou n’existent pas, mais, si elles
existent, elles font leur chemin en secret et par affinité, capillarité...
Comme ce chemin, on voudrait quand même le vivre avant sa mort (surtout pour un
artiste de spectacles vivants !), on est amené à accepter le jeu cruel,
scolaire de la compétition — jeu qui n’est, au fond, que l’antithèse de la
démarche artistique telle que je la conçois : basée sur le non vouloir,
tout au moins sur le non vouloir dominer le monde. C’est absolument antinomique. J’ai
conscience de cette difficulté, du paradoxe qu’il y a donc à m’adresser à vous,
et je sais aussi que, vous-mêmes, en avez aussi pleinement conscience et que
chacun fait ce qu’il peut au mieux (dans des règles qui, de plus, s’ajustent chaque année). Un
malentendu s’est produit à l’entretien. On a cru que je m’étais détaché de ce
projet parce que je le minimisais et que je me minimisais — signes, au
contraire, que mon adhérence à ce projet se précisait — les choses ne se font
que dans des « zones » de poésie que l’on n’ « atteint » pas,
que l’on invoque tout au plus, mais pas du tout à la surface publicitaire ou
même de l’échange avec un jury parfaitement bien intentionné. Bref, j’ai cru
que la chose était acquise et j’étais déjà au travail (c’est-à-dire : absent). Je serais ravi que vous me proposiez
un entretien bis et je ferai un réel effort de « présence ». Le
projet est le même que celui déposé l’année dernière, il me tient toujours à
cœur et il est resté d’actualité. Depuis un an, j’ai continué à apprendre
l’espagnol, je ne suis pas retourné au Mexique, j’ai crée deux spectacle à
Paris, Un petit peu de Zelda, à la Ménagerie de Verre, et 1er Avril, aux Bouffes du Nord, ainsi qu’un
spectacle à Marseille, au festival Actoral (et qui a été repris à Toulouse, au
Théâtre Garonne), L’invention de la course à pied (et autres trucs). J’ai également donné un stage du
Studio-Théâtre de Vitry intitulé « Casser une noix ». Ci-dessous
des liens de vidéos courtes très belles pour ceux qui ne connaissent pas mon
travail chorégraphique (ou, mieux dit, de « théâtre chorégraphique »)
Merci pour votre attention,
Yves-Noël Genod
Labels: correspondance, mexique
Sunday, May 18, 2014
L ’Expérience mexicaine
Je ne peux (pas mieux) expliquer mon rapport au monde que
par le poème. Tout mon théâtre est d’ordre poétique ; c’est même la raison pour
laquelle il est accueilli par la danse. C’est le poème qu’il danse, celui des
lieux, celui des peuplements, celui de la présence au monde et de son absence.
Quand on me demande sur quel thème je travaille, j’ai l’habitude de dire qu’il
n’y a, au théâtre, qu’un seul thème qui est l’amour — de même que le poète (Stéphane Bouquet) dira que la poésie
et le désir sont pour lui exactement la même chose. « La poésie est comme le
désir, l’espérance d’une circulation universelle, d’un abouchement généralisé.
Dans le désir, comme dans la poésie, on est appartenus autant, et même plus,
qu’on s’appartient. Le mot grec éros vient d’un verbe qui voulait dire « verser ». Par le
désir, on se verse dans le monde ou le monde nous verse dessus ; par la poésie
aussi. C’est pourquoi, sans doute, la fluidité rythmique a autant d’importance
pour moi : elle est l’équivalent langagier de ce geste de verser. » Cette
fluidité : faire comprendre, c’est-à-dire sentir, ce que moi-même je ne
comprends pas. Mon intérêt pour le Mexique est que je suis placé là, dans un lieu vaste, tragique, sacrificiel qui me verse
comme je le verse aussi. Je suis le « descubridor ». Je ne sais pas. Je n'aperçois qu'intuitivement. Je suis face au poème, avec le poème.
Poème Mexique. C’est entièrement revigorant. Bouleversement d’être là.
Lorsque je suis allé au Mexique pour la première fois, fin
2011, à l'invitation de François Olislaeger, j'avais en tête le cliché de
l'extermination des Indiens par les Espagnols et je m'attendais donc à
rencontrer des Espagnols. Or, ce qui m'a d'emblée frappé, c'est à quel point
les Mexicains étaient « typés » et à quel point aussi rien n'avait été effacé
et tout se lisait — au moins pour moi qui débarquais — à livre
ouvert. Visiblement l'« autre » n'avait pas disparu. Le Mexique a été pour moi la découverte de l'« autre ». Une autre
histoire, une autre vision, une autre mémoire et un autre oubli. Le métissage,
ce mélange qui exalte — comme les saveurs — les différences, n’avait pas eu
lieu. Il y avait les Européens — riches — et les Indiens — pauvres. Très vite, on me conseille ce livre : La Vision des vaincus, de Nathan Wachtel.
J’ai saisi le potentiel ou le « possible » qu’il y avait pour moi dans ce pays. J’ai saisi une zone d’intensité, un climat. J’ai compris qu’il n’y avait pas une raison précise, mais toutes les raisons du monde d’y aller précisément. Le Mexique s'est imposé comme le lieu « de tous les possibles ».
Je suis allé deux fois au Mexique, sans encore parler la langue, l'espagnol que j'apprends maintenant. François Olislaeger s’y est installé, marié. Dessinateur, entre autres, des vingt-cinq affiches du spectacle d’Avignon Le Parc intérieur (2010). J’ai côtoyé le milieu du cinéma mexicain. J’ai logé chez Eva Sangiorgi qui dirige le festival international de film — FICUNAM — à Mexico. J’y ai retrouvé le vidéaste, ingénieur du son et producteur Cristian Manzutto (Estudio de Producción) ; j’ai rencontré Carlos Reygadas et découvert ses films qui ont été le choc que j’attendais : le poème du pays même où je me trouvais. Poèmes de lumières sensuelles que j’ai goûtés de manière purement cinématographique, puisque je n’avais pas accès aux dialogues. J’ai rencontré l'architecte-décorateur Emmanuel Picault à qui j’ai emprunté le nom de sa société pour mon spectacle à la Ménagerie de verre, à Paris (mars 2012), Chic by Accident (classé par « Les Inrocks » dans les cinq meilleurs spectacles de l’année).
Cristian Manzutto et Carlos Reygadas me montrent et m’expliquent qu’au Mexique, on peut encore filmer le flux de la vie sans contraintes. A New York ou Paris, on ne peut plus filmer dans la rue, des lois l’interdisent et pas seulement : un climat de méfiance s’est installé autour de l’image (il faut flouter les visages). Au Mexique où l’accès au réel est encore libre, il est possible de filmer le flux de la vie. La population participe sans acrimonie à la prise d’images. Dans le champ de la caméra, la communauté est intacte. L’individu non enfermé dans sa tour d’ivoire n'a pas cette névrose vis-à-vis de l’image parce que l’être vit en trois dimensions, c’est-à-dire pas en deux (imaginairement). Du côté de l'être (réel) et pas de l'avoir (imaginaire publicitaire). C’est la raison pour laquelle, sans doute, je n’ai pas cherché, jusqu’à présent, à rencontrer des gens de danse et de théâtre — je le ferai —, ce rapport avec le monde du cinéma. Je me suis senti en revanche immédiatement à l’aise avec l’idée de filmer des non professionnels, à l’instar de Carlos Reygadas qui travaille toujours avec des non acteurs. Que le théâtre soit monde réel ! Pays réel !
C’est dans ce contexte, ce milieu, ce climat et pas ailleurs. Je ne souhaite pas ici analyser la raison. Ce n’est pas comme cela que je travaille. J’entretiens, je cultive ce qui n’a pas encore de nom. Je fraie (jusqu’à maintenant) avec le hasard, avec l’idée de capter au vol l’oiseau du vif ou le poisson de l’eau. Il y a, à Mexico, comme une source de connivence, des conditions, un champ de complicité étrangère (le cinéma m’est une réalité nouvelle), un champ magnétique qui me permettraient de réactiver, sur un autre plan, ce sur quoi je travaille déjà. Lieux, couleurs, sur lesquels mon désir s’accroche, branchements nouveaux. Ce que je voudrais trouver au Mexique, c'est, ce serait des fulgurances.
Je suis allé deux fois au Mexique, sans encore parler la langue, l'espagnol que j'apprends maintenant. François Olislaeger s’y est installé, marié. Dessinateur, entre autres, des vingt-cinq affiches du spectacle d’Avignon Le Parc intérieur (2010). J’ai côtoyé le milieu du cinéma mexicain. J’ai logé chez Eva Sangiorgi qui dirige le festival international de film — FICUNAM — à Mexico. J’y ai retrouvé le vidéaste, ingénieur du son et producteur Cristian Manzutto (Estudio de Producción) ; j’ai rencontré Carlos Reygadas et découvert ses films qui ont été le choc que j’attendais : le poème du pays même où je me trouvais. Poèmes de lumières sensuelles que j’ai goûtés de manière purement cinématographique, puisque je n’avais pas accès aux dialogues. J’ai rencontré l'architecte-décorateur Emmanuel Picault à qui j’ai emprunté le nom de sa société pour mon spectacle à la Ménagerie de verre, à Paris (mars 2012), Chic by Accident (classé par « Les Inrocks » dans les cinq meilleurs spectacles de l’année).
Cristian Manzutto et Carlos Reygadas me montrent et m’expliquent qu’au Mexique, on peut encore filmer le flux de la vie sans contraintes. A New York ou Paris, on ne peut plus filmer dans la rue, des lois l’interdisent et pas seulement : un climat de méfiance s’est installé autour de l’image (il faut flouter les visages). Au Mexique où l’accès au réel est encore libre, il est possible de filmer le flux de la vie. La population participe sans acrimonie à la prise d’images. Dans le champ de la caméra, la communauté est intacte. L’individu non enfermé dans sa tour d’ivoire n'a pas cette névrose vis-à-vis de l’image parce que l’être vit en trois dimensions, c’est-à-dire pas en deux (imaginairement). Du côté de l'être (réel) et pas de l'avoir (imaginaire publicitaire). C’est la raison pour laquelle, sans doute, je n’ai pas cherché, jusqu’à présent, à rencontrer des gens de danse et de théâtre — je le ferai —, ce rapport avec le monde du cinéma. Je me suis senti en revanche immédiatement à l’aise avec l’idée de filmer des non professionnels, à l’instar de Carlos Reygadas qui travaille toujours avec des non acteurs. Que le théâtre soit monde réel ! Pays réel !
C’est dans ce contexte, ce milieu, ce climat et pas ailleurs. Je ne souhaite pas ici analyser la raison. Ce n’est pas comme cela que je travaille. J’entretiens, je cultive ce qui n’a pas encore de nom. Je fraie (jusqu’à maintenant) avec le hasard, avec l’idée de capter au vol l’oiseau du vif ou le poisson de l’eau. Il y a, à Mexico, comme une source de connivence, des conditions, un champ de complicité étrangère (le cinéma m’est une réalité nouvelle), un champ magnétique qui me permettraient de réactiver, sur un autre plan, ce sur quoi je travaille déjà. Lieux, couleurs, sur lesquels mon désir s’accroche, branchements nouveaux. Ce que je voudrais trouver au Mexique, c'est, ce serait des fulgurances.
Revenons aux Indiens : le Mexique, même si une classe
moyenne est en train de se développer, est un pays profondément inégalitaire.
Il y a les très riches européens et les très pauvres, les Indiens qui les
servent. Si on ne montre pas cette opposition de situations hétérogènes qui, en
même temps, fonctionne dans un espace très intime, domestique, si on ne montre
pas cet antagonisme maîtres-esclaves et la coexistence qui en résulte, on ne
montre rien. C’est ce réel-là —
tragique, éclairé de soleil — qui, au Mexique, m’a sauté à la gorge, chien
errant. Cet hétérogène provoque des surcharges électriques, des éclairs de
foudre. C’est l’effet surréaliste du pays même. Zébrures, violence, altérité,
hétérogénéité : c’est de cela dont le Mexique est le jardin et c’est de cela
dont mon travail est le jardin. Surréalisme du réel, amoralité du sens. Ma
rencontre, dans le pays, avec le cinéma ultra réaliste de Carlos Reygadas : épiphanie, donc.
Il serait aussi intéressant, pour comprendre peut-être un
peu l’attrait de la situation du Mexique, de la comparer avec un autre pays :
le Brésil. Au Brésil, le métissage est entier, tout le pays est métissé et
s’est défini, « légendé » ainsi. La violente colonisation espagnole du Mexique
n’a pas été du tout de la même nature que la colonisation portugaise qui s’est
faite dans un désir d’utopie. Selon le grand récit de l’anthropologue brésilien
Darcy Ribeiro, la secte portugaise qui a débarqué au Brésil avait aussi des
désirs d’amour et d’émancipation, et n’a rencontré que des chasseurs et des
cueilleurs. Ce fut, raconte-t-il, « une grande baise » (dans sa série de
films-entretiens, O Povo Brasileiro). La mythologie fondatrice du métissage au Brésil a en
quelque sorte masqué le fondement inégalitaire de la société. Au Mexique, de
part l’extrême violence de la conquête des Espagnols qui n’ont d’ailleurs fait
que perpétrer, sur le territoire, des siècles d’une même extrême violence où
des civilisations grandioses, les villes fabuleuses, apparaissaient et
disparaissaient comme des bulles dans un bain de sang, le métissage, cette
utopie, ne s’est pas fait. La violence du rapport social est
toujours intacte.
Mes projets sont liés à l'apparition-disparition de l'art dans la société. J'ai toujours voulu abolir les
frontières factices de représentation, de piédestal. J'ai ouvert les portes des
théâtres, j'ai offert du champagne au public, j'ai donné des représentations
gratuites. Je me suis amusé à descendre dans l'arène du Off d'Avignon et à
jouer dans la rue (par les parades). J'ai joué hors des théâtres, dans des
hôtels, des ruines, des décors rêvés de cinéma. Rêves (et réalités) de plain-pieds.
Ce serait peut-être ce que je recherche : réinventer un
récit des origines à partir de cette confrontation violente. C’est le réel, le
but. Secret, faiblesse. Pour nous, Européens de gauche imbus de désir
d’égalité, il est difficile de penser ce tragique de l’enfer et du paradis
coude à coude. Le Mexique laisse chevaucher comme à cru — cette réalité nu et pure.
Cette confrontation de l’hétérogène, je l’ai approchée
(peut-être déjà sous l’influence de ces deux minis séjours mexicains), dans des
spectacles que je nomme « de partage », qui sont cinq grandes pièces de
groupe créées à Bruxelles et Paris : 1er Avril (la Raffinerie, avril 2011) ; —
je peux / — oui
(théâtre de la Cité internationale,
décembre 2011) ; Chic by Accident (Ménagerie de verre, mars 2012) ; Je m’occupe
de vous personnellement (théâtre du Rond-Point, juin 2012) et, tout récemment, 1er Avril, recréation pour les Bouffes du Nord, en avril.
Tragique, oui, au sens où l’entend Clément Rosset (La
Philosophie tragique
; Le Principe de Cruauté...) On dit souvent que le Brésil, c’est la vie et que le Mexique, c’est la
mort. ll y a une
mélancolie brésilienne, certes, mais il y a un tragique mexicain. Ça grince. C’est une
recherche : retrouver les traces de mes intuitions françaises, les prolonger en
miroir et renouveler mes horizons et le tour de force de mes joies. Le travail a été incroyablement dense pendant onze ans
(cinquante spectacles et un nombre non calculé de performances) et il devrait, au
retour dans les théâtres, se reprogrammer sur ces thèmes du rapport à
l’hétérogène — et la « danse de vie » en sera réactivée. Lucidité, joie, alliance ?
J’alimente un blog depuis quelques années où je tente de montrer d’une manière mouvante et empirique, un jour le jour qui s'accumule, ce que serait, en fait, la matière même de la perception. Manière d’être en vie. Je perçois le monde, le spectacle, l’amour, l’amitié, l'ennui : pas de hiérarchie. Le sujet est la perception. « Ce n’est pas que ce « moi » m’intéresse particulièrement, mais c’est le meilleur instrument que j’ai trouvé pour sentir, enregistrer, les vibrations du monde. »
Je vous demande de subventionner ce voyage de recherche et
d’approfondissement, pour que l’œuvre résultante, charnière, filmique,
photographique, de rencontre, matière de mes spectacles, soit la pierre d’angle
qui replace, je l’espère, le monde à sa place de monde. Je voudrais me mettre, oui, au service du monde. La poésie surréaliste a été
manière de faire apparaître ce surréel cru, bain de sang et de soleil.
Séparation, extase. Effacement où tout affleure. « Il n’y a probablement de pensée solide — comme
d’ailleurs d’œuvre solide, quel qu’en soit le genre, s’agit-il de comédie ou
d’opéra-bouffe — que dans le registre de l’impitoyable et du désespoir
(désespoir par quoi je n’entends pas une disposition d’esprit portée à la
mélancolie, tant s’en faut, mais une disposition réfractaire absolument à tout
ce qui ressemble à de l’espoir ou de l’attente). Tout ce qui vise à atténuer la
cruauté de la vérité, à atténuer les aspérités du réel, a pour conséquence
immanquable de discréditer la plus géniale des entreprises comme la plus
estimables des causes — témoin, par exemple, le cinéma de Charlie Chaplin. »
(Clément Rosset.)
L’idée est de travailler sur place et de décider avec une caméra de la « danse » de vie qui n’a pas nom.
Yves-Noël
Genod — mai 2014
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Sunday, October 20, 2013
Tuesday, June 11, 2013
Sunday, June 09, 2013
Résumé en moins de 1000 signes
Mon travail est lié à la perception. On dit que les comédiens ont cette particularité de pouvoir s’imaginer dans le regard de l’autre. Mes chorégraphies se placent à l’endroit de la perception, l’étymologie du mot « théâtre » : « endroit d’où l’on regarde ». J’explique pourquoi le Mexique renouvelle pour moi les images, mais pas seulement, ma perception même des images — André Breton : « Le Mexique est le pays le plus surréaliste dans le monde » —, pourquoi le Mexique déploie pour moi une expérience crue du monde, une expérience nouvelle — que je reconnais comme mienne. Je travaille en mélangeant les genres, en mélangeant les niveaux, l’actrice la plus acclamée avec l’enfant ou le vieillard sans pratique, le professionnel avec l’amateur ou même l’animal. La pratique que je voudrais développer au Mexique concerne spécifiquement les non professionnels. C’est là où je voudrais aller. Dans le monde. Quitter les théâtres (pour y revenir...), avancer vers l’origine.
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Saturday, June 08, 2013
Note d'intention (Mexique)
« Mes spectacles sont comme je les aime, fabriqués avec des fragments de réalité, des choses dites, des gestes, des vêtements, des tristesses, des misères, des sourires... »
Tout mon travail est lié à la perception. On dit que les comédiens ont cette particularité dans le cerveau de pouvoir s’imaginer dans le regard de l’autre (ce que tout le monde n’a pas). Mes mises en scènes (ou chorégraphies) se placent, elles-aussi, à l’endroit de la perception, à l’étymologie du mot « théâtre » : « l’endroit d’où l’on regarde ». Je tente d’expliquer dans un texte plus long (le texte du projet) pourquoi le Mexique renouvelle pour moi les images, mais pas seulement, ma perception même des images — André Breton ne disait-il pas : « Le Mexique est le pays le plus surréaliste dans le monde » ? —, pourquoi le Mexique (que j’ai découvert il y a deux ans) a déployé immédiatement pour moi une expérience crue du monde, une expérience nouvelle — que j’ai reconnue comme mienne. La rencontre d’artistes qui travaillent dans ce pays, principalement du cinéaste Carlos Reygadas, m’a ouvert des perspectives enthousiasmantes dont j’aimerais creuser les intuitions, approfondir comme ma maison. « Plein de mérites, mais en poète, / L’homme habite sur cette terre », écrit le poète Friedrich Hölderlin. Ma maison sur-réelle est le Mexique et j’aurais besoin d’y passer du temps. Mon champ de création en sortirait régénéré, plus fort, plus « réaliste ». J’ai toujours travaillé en mélangeant les genres, en mélangeant les niveaux, l’actrice la plus acclamée avec l’enfant ou le vieillard sans pratique, le professionnel avec l’amateur ou même l’animal (certains individus de certaines espèces ont aussi ce sens de s’imaginer dans le regard de l’autre). La pratique que je voudrais développer au Mexique et à partir de l’expérience mexicaine concerne spécifiquement les non professionnels. C’est là où je voudrais aller désormais. Je voudrais sortir de mon milieu, aller dans le monde, quitter les théâtres (pour y revenir...), avancer vers le futur ou le passé — l’origine ? — dans ce Mexique du tout-déployé, du rien-effacé, pays sans peur et sans reproche. Dans cette période que je traverse, de retour sur moi, repli et déplacement secret, je ressens, d’une manière vitale, qu’un déplacement physique dans ce pays-là, México, un long temps, m’aiderait à la métamorphose...
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