Monday, May 28, 2018

L es Enfants de Melchisédech


« C’étaient des enfants de Melchisédech, dont on ne connaissait ni le pays ni la famille, ni probablement le vrai nom. Ils étaient jansénistes, et passaient pour des prêtres déguisés, peut-être à cause de leur façon ridicule de porter les rapières auxquelles ils étaient attachés. Le mystère prodigieux qu’ils mettaient à toutes leurs allures leur donnait un air de chefs de parti et je n’ai jamais douté qu’ils ne fissent la Gazette ecclésiastique. L’un, grand, bénin, patelin, s’appelait M. Ferrand ; l’autre, petit, trapu, ricaneur, pointilleux, s’appelait M. Minard. Ils se traitaient de cousins. Ils logeaient à Paris avec d’Alembert, chez sa nourrice, appelée Mme Rousseau, et ils avaient pris à Montmorency un petit appartement pour y passer les étés. Ils faisaient leur ménage eux-mêmes, sans domestique et sans commissionnaire. Ils avaient alternativement chacun sa semaine pour aller aux provisions, faire la cuisine et balayer la maison. D’ailleurs ils se tenaient assez bien ; nous mangions quelquefois les uns chez les autres. Je ne sais pas pourquoi ils se souciaient de moi ; pour moi, je ne me souciais d’eux que parce qu’ils jouaient aux échecs ; et, pour obtenir une pauvre petite partie, j’endurais quatre heures d’ennui. Comme ils se fourraient partout et voulaient se mêler de tout, Thérèse les appelait les Commères, et ce nom leur est demeuré à Montmorency. » 


Pour « enfant de Melchisédech », Littré donne la définition suivante : « personne de laquelle on ne sait ce qu'elle est ». Le Folio ajoute : « qui n'a ni père ni mère ni ascendance connue ». « La Gazette ecclésiastique » est un journal clandestin (dont parle Voltaire) : « Elle était, dit-on, comme les crapauds, qui ne peuvent s’enfler que de venin ».

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