P iscine pour un vieillard
Piscine pour un vieillard (titre)
J’aime les journées, les nuits, parfois, me font peur, le cinéma, le malheur, son récit nocturne. Mais j’aime les journées. Paris n’a plus rien à m’offrir. Je le dis. Les hétéroflics. Le soir, ils se retrouvent près de l’Opéra ou à Saint-Germain-des-Près. Comme si c’était y a pas longtemps. Legrand, pendant que nous étions seuls à la mer, m’a transmis les quelques derniers messages de France qui l’avait ghosté comme elle en a l’habitude pendant quelques jours, mais, cette fois-ci, ou peut-être comme les autres fois, pas sans l’inquiéter car les messages étaient si désespérés, si beaux, après tout, même si ça s’était déjà répété de nombreuses fois…
J’ai dit à Legrand de conseiller à France d’en écrire un livre. Enfin, pourquoi toujours vouloir écrire un livre ? Les créneaux sont étroits, dans la littérature, pour trouver des lecteurs. On va lire le nouveau livre de Théo Casciani, bien sûr, on sent qu’il fait tout, lui, pour qu’on le lise (mais faut mettre le paquet !) Lire, c’est croire. Mais, simplement, les messages de France étaient si beaux, si vulnérables, si touchant… bien plus beaux que… ce que je pourrais jamais écrire dans mes parodies ! France semblait tomber dans une souffrance-connaissance, peut-être pas littéralement vraie (on le lui souhaite), mais littérairement vraie. J’ai lu quelque part — mais où ? — une question qui disait (de mémoire) : Que vaut-il mieux, un bonheur bon marché ou une souffrance de prix ? Mais où ai-je donc pu lire ça ? Maintenant Legrand tourne du porno sans moi avec une alcoolique. Ils mangent des huîtres au soleil. Elle est adorable. Ils sont heureux, c’est indéniable. Il s’occupe d’elle. J’aime voir Legrand sérieux (avec moi, il ne l’est jamais)
Bien sûr, mieux vaut le bonheur bon marché, me dis-je à l’instant. Ou le rêve. On rêve le rêve. J’ai vu comme Paris était un village. Le village de Paris-village. Et qu’on pouvait en profiter. Profiter de Paris-village. J’ai marché dans le Louvre, c’était si grand, le grand magasin du Louvre avec Legrand — et puis, de là, tout a décliné, dérivé… Chaque jour le nouveau bleu. Le nouveau dimanche. Z est passé et m’a montré des photos si touchantes de Brigitte Fontaine qui habite désormais au couvent des Récollets, près d’ici… Voilà une phrase de Insula : « Quelqu’un qui doute de cette drôle d’époque qui est la sienne. » Legrand traîne avec l’épais volume des œuvres complètes de Charles Baudelaire qu’il a trouvé chez sa grand-mère et qui, m’apprend-il, était le premier volume publié dans cette collection créée par Jacques Schiffrin en 1931 (viré comme juif par Gaston Gallimard en 1940, j’apprends par Wikipédia). Legrand ne m’aime pas. Je me demande pourquoi je me suis fixé sur lui comme ça. Comme une bernique. Pourquoi j’ai perdu mon temps. Il ne m’aime pas et il ne m’a jamais aimée !
Et puis, voilà, de temps en temps un petit bisou sur les lèvres, de temps en temps une petite caresse (que j’en ai quand même à raconter), mais jamais ce qu’il fait avec Etienne, son véritable « ange-gardien », dit-il, avec qui il partage à l’occasion l’aventure sexuelle et surtout le sommeil. Le sommeil ! Comme je le désire ! « Il fait déjà trop nuit. » Seulement, voilà, il ne m'aime pas comme une femme, ça, je peux le comprendre, je n'ai pas le matos, mais je le dégoûte même comme garçonne !

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