Wednesday, February 11, 2026

C harles parlait bas

 
Charles parlait bas et souvent en se cachant la bouche avec la main sans que je saisisse pour quelle raison parce qu’il parlait aussi souvent sans se cacher la bouche (mais toujours bas). Ça me rappelait la manière — telle que racontée par Cocteau — que Proust avait de lire ce qu'il avait écrit en riant, en s’interrompant en disant « C’est idiot, c’est idiot… » et en se cachant la bouche. Mais Charles disait ainsi des choses essentielles et rapides que je faisais répéter, je ne me privais pas de montrer ma surdité, je faisais tout répéter, parfois plusieurs fois — et, parfois, je prenais note ; il me le fit remarquer une fois qu'il avait l’impression d’une interview. Ça faisait deux ans qu’on ne s’était pas vus, me dit-il (je pensais même plus). La dernière fois, je crois, qu’on s’était parlés au téléphone, il était à l’hôpital : cinq mois. Il me dit qu’il avait ensuite passé un an à travailler dans une association d’épicerie solidaire dans le Nord de Paris et, maintenant, il était pensionnaire de la Comédie Française, excusez du peu. J’étais enchantée comme on est enchanté, parfois, que la vie réussisse. Il prenait un médicament qui fonctionnait, me dit-il, du lithium. On en trouve dans les batteries de SmartPhone. « Terre rare ». Il allait bien. J’avais oublié qu’il était acteur, dans mon souvenir il était metteur en scène, mais j’avais faux. Il était acteur et il lisait. Et il écrivait des poèmes, encore parfois. C’était sa grande disponibilité — mais disponibilité à tout : il lisait et il n’oubliait pas ce qu’il avait lu et le monde s’ouvrait. Ainsi, il était très vaste. Je ne me souviens plus de ce dont on parlait — après le déjeuner au Deux Gares, on avait marché et on s’était rassis au Mistral Gagnant — parce que je parlais aussi beaucoup. Je m’en étonnais : quand il y a à entendre, il y a aussi beaucoup à parler comme si je devais apporter mon eau au moulin, mais peut-être aussi comme si j’éloignais, retardais la « révélation » qui ne pourrait pas ne pas survenir dans l’écoute et la parole — et qui, peut-être, bien sûr, ne manque pas d’advenir car elle est déjà là...
 
Je notais de lire Henry Corbin, Histoire de la philosophie musulmane. Et puis comme je faisais allusion à Legrand (je pense qu'il avait lu des posts) : « C’était quasiment des techniques de rencontre de Dieu ; c’était de tomber amoureux de quelqu’un ». Et puis, peut-être Al-Fârâbî, il n’en était pas sûr (ou raconté par lui), l’histoire d’un musicien qui, à la fin de sa vie, « n’avait plus besoin de jouer, il entendait la musique de Dieu tout le temps ». Sa musique, le fait de faire de la musique n’avait été qu’une « préparation » à la vraie musique, celle du monde, celle de Dieu. Je lui avais dit que je n’allais plus beaucoup au spectacle, jamais au ciné, mais que le spectacle était pourtant partout dans ma vie, je trouvais, qu’il suffisait pour moi d’être dans l’état de voir, qu’il suffisait pour moi d’être spectatrice. Je lui racontais aussi un dernier post que je voulais écrire sur Legrand, un tout dernier, ça le fit rire. Je l’écris, ce post, le voici :

« Legrand est passé pour moi du statut d’ami à celui d’ennemi. Mais comme Jésus a dit qu’il faut aimer son ennemi, ça ne change pas grand chose à mon amour pour lui. Simplement, cet amour est passé dans la nuit. Legrand est un fantôme que j’aime toujours avec la même intensité douloureuse car, comme dans un roman d’Antonio Moresco, notre amour survit dans la mort ; le roman ne s’arrête pas, mais se poursuit, bien au contraire, et Legrand et moi ne sommes certes plus jamais vivants, mais plus jamais mourants non plus — puisque nous en sommes là : enfin, déjà, morts !
»
 
Le mot « fantôme » m’avait été confirmé par un camarade à lui dans cette ville de coquilles vides que j’avais visitée la semaine passée : Laon. Léo qui tenait la permanence à la librairie anarchiste L’Etoile Noire m’avait dit, alors que je repartais, déjà sur le seuil : « Et tu fais la bise au fantôme ! » Et comme je m'étonnais : « Ici on appelle Legrand « le fantôme » parce qu’ici — on ne le voit jamais »

Charles me dit qu’il était croyant (je lui posais la question à brûle-pourpoint sans savoir pourquoi je la lui posais et il me dit que oui, étonné de cette question, mais oui). Il me dit que le trouble bipolaire qu'il avait traversé est un tel débordement d’émotions qu’on imagine qu’elles viennent de Dieu
 
 
 
« J'ai abandonné ma musique. Dans le service de Dieu l'on doit sacrifier ce qui vous est le plus cher et c'est ce que j'ai fait. J'ai composé des chants, j'ai chanté et j'ai joué de la vîna, jusqu'à ce qu'enfin j'ai touché, grâce à cela, la musique des sphères. Alors chaque âme est devenue pour moi une note de musique, et la totalité de la vie est devenue musique. J'ai parlé et les cœurs ont été attirés par mes paroles au lieu de l'être par mes chants.
Maintenant je suis occupé à accorder les âmes, au lieu d'accorder les notes. J'avais joué de la vîna jusqu'à ce que mon cœur devint un instrument que j'ai donné au divin Musicien, l'Être Unique. Depuis lors, je suis devenu Sa flûte, de laquelle Il joue lorsqu'Il le désire. »  (Pîr-o-Murshid Inayat Khan)

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Saturday, January 31, 2026

D es personnages romanesques


J’ai conscience de l’horreur de vivre, c’est-à-dire pas tellement de vivre, mais de vivre au-dessus, partout, en deçà du gouffre du néant (c’est peut-être le sens du nouveau titre de Bertrand Scheffer : Néant Bonheur…) Mais, vivre, je le voudrais ! sans penser à demain, demain la mort. On n’y pense pas, on s’endort et puis c’est tout. Mais le fait est que j’y pense
Mais que la foule est douce, dernier état ou presque qu’il nous reste de la nature…

Je pensais que Maxence avait rencontré un collègue dans cette gare matinale où les trains avaient du retard, mais, non, l’acteur supposé était l’essayiste Pablo Servigne (dont Maxence me dit ensuite que son meilleur livre était L’Entraide, l’autre loi de la jungle)

Maxence, pour parler, abordait la non rationalité écologique des tournées à la française — sur le modèle de celles de Jean-Baptiste Poquelin — et Pablo disait que les fourmis savaient toujours quel était le plus court trajet. Elles vont partout, les fourmis, mais elles déposent sur leur passage des phéromones qui s’évaporent peu à peu : là où ils restent le plus présents, c’est le chemin parfait, le plus efficace. Pablo Servigne disait qu’on avait inventé « une fourmi informatique » pour résoudre comme ça des histoires de rationalité des trajets

Il y avait des gens très beaux dans le TGV d’un presque printemps. Je pensais à la phrase de Marguerite Duras « Aucune existence n’est enviable », mais pourtant… ce garçon très beau avait forcément une femme très belle… Il y avait un enfant déjà, un autre dans le ventre, les yeux très beaux, les corps en volume. (L’homme feuilletait Les 5 piliers de la Sagesse de Frédéric Lenoir) 
 
J’avais décidé de me prendre en main... — combien de fois l’avais-je écrite, cette phrase, dans ma vie ? Si j’étais fourmi, je saurais combien de fois j’étais déjà repassée là


*

J’avais entendu à la radio qu’on pouvait perdre du poids non pas en mangeant moins, mais en mangeant plus

J’avais entendu ensuite, c’était dit par cette actrice, Charlotte Rampling : « au risque de l’amitié cachée, folle-éperdue-infinie, pire qu’un amour » et ça m’avait ramenée, presque de force, à ces histoires que j’avais inventées avec Bobo ou Legrand, des histoires à sens unique dont j’avais fait les questions et les réponses. De temps en temps, Legrand m’écrivait des messages qui commençaient toujours par « Alors, tu m’oublies ? » C’était vrai, je profitais de ce travail qui m’éloignait pour essayer de ne plus y penser (ni à lui ni à notre histoire), une sorte de « Dry January »

Toute homosexualité me dégoûtait et Legrand était trop pédé pour moi (Bobo moins bégueule…)
Mais la réflexion n’était pas la vie et j’étais vouée à réfléchir, hélas, hélas…

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Sunday, January 11, 2026

P iscine pour un vieillard

 

Piscine pour un vieillard (titre)


J’aime les journées, les nuits, parfois, me font peur, le cinéma, le malheur, son récit nocturne. Mais j’aime les journées. Paris n’a plus rien à m’offrir. Je le dis. Les hétéroflics. Le soir, ils se retrouvent près de l’Opéra ou à Saint-Germain-des-Près. Comme si c’était y a pas longtemps. Legrand, pendant que nous étions seuls à la mer, m’a transmis les quelques derniers messages de France qui l’avait ghosté comme elle en a l’habitude pendant quelques jours, mais, cette fois-ci, ou peut-être comme les autres fois, pas sans l’inquiéter car les messages étaient si désespérés, si beaux, après tout, même si ça s’était déjà répété de nombreuses fois… 

 

J’ai dit à Legrand de conseiller à France d’en écrire un livre. Enfin, pourquoi toujours vouloir écrire un livre ? Les créneaux sont étroits, dans la littérature, pour trouver des lecteurs. On va lire le nouveau livre de Théo Casciani, bien sûr, on sent qu’il fait tout, lui, pour qu’on le lise (mais faut mettre le paquet !) Lire, c’est croire. Mais, simplement, les messages de France étaient si beaux, si vulnérables, si touchant… bien plus beaux que… ce que je pourrais jamais écrire dans mes parodies ! France semblait tomber dans une souffrance-connaissance, peut-être pas littéralement vraie (on le lui souhaite), mais littérairement vraie. J’ai lu quelque part — mais où ? — une question qui disait (de mémoire) : Que vaut-il mieux, un bonheur bon marché ou une souffrance de prix ? Mais où ai-je donc pu lire ça ? Maintenant Legrand tourne du porno sans moi avec une alcoolique. Ils mangent des huîtres au soleil. Elle est adorable. Ils sont heureux, c’est indéniable. Il s’occupe d’elle. J’aime voir Legrand sérieux (avec moi, il ne l’est jamais)

 

Bien sûr, mieux vaut le bonheur bon marché, me dis-je à l’instant. Ou le rêve. On rêve le rêve. J’ai vu comme Paris était un village. Le village de Paris-village. Et qu’on pouvait en profiter. Profiter de Paris-village. J’ai marché dans le Louvre, c’était si grand, le grand magasin du Louvre avec Legrand — et puis, de là, tout a décliné, dérivé… Chaque jour le nouveau bleu. Le nouveau dimanche. Z est passé et m’a montré des photos si touchantes de Brigitte Fontaine qui habite désormais au couvent des Récollets, près d’ici… Voilà une phrase de Insula  : « Quelqu’un qui doute de cette drôle d’époque qui est la sienne. » Legrand traîne avec l’épais volume des œuvres complètes de Charles Baudelaire qu’il a trouvé chez sa grand-mère et qui, m’apprend-il, était le premier volume publié dans cette collection créée par Jacques Schiffrin en 1931 (viré comme juif par Gaston Gallimard en 1940, j’apprends par Wikipédia). Legrand ne m’aime pas. Je me demande pourquoi je me suis fixé sur lui comme ça. Comme une bernique. Pourquoi j’ai perdu mon temps. Il ne m’aime pas et il ne m’a jamais aimée !

 

Et puis, voilà, de temps en temps un petit bisou sur les lèvres, de temps en temps une petite caresse (que j’en ai quand même à raconter), mais jamais ce qu’il fait avec Etienne, son véritable « ange-gardien », dit-il, avec qui il partage à l’occasion l’aventure sexuelle et surtout le sommeil. Le sommeil ! Comme je le désire ! « Il fait déjà trop nuit. » Seulement, voilà, il ne m'aime pas comme une femme, ça, je peux le comprendre, je n'ai pas le matos, mais je le dégoûte même comme garçonne !

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Monday, January 05, 2026

Les doubles vitrages


« Tu sais, les doubles vitrages ? Y a une espèce de sas entre les deux où il n’y a aucun air qui rentre, eh ben, ça, c’est tout en moi, je pense. Ce qui fait que, même quand il se passe des trucs de ouf, ben, je suis derrière une espèce de double vitrage, ce qui fait que je ne dépends pas des très mauvais ou des très bons moments non plus » (Miki chez Mouloud Achour)


J’avais fini par découvrir ce qui me allait me fâcher avec Legrand. Nous n’étions pas d’accord politiquement. C’est de là que surgissaient les disputes qui, au début, me surprirent beaucoup. Moi, je croyais ne pas être politique, lui l’était. Ainsi, il me regardait de cette région totalitaire : la politique. Il me disait que, moi aussi, j’avais une idéologie. Ce qui est faux. Il ne pouvait pas concevoir que l’idéologie n’était pas obligatoire pour vivre. Ça le rendait furieux. C’était le dialogue de sourd.
Parfois un argument faisait mouche, ne serait-ce que quelques secondes. Il avait semblé réagir plus aimablement quand j’avais cité Georges Brassens : « Mourir pour des idées, d’accord, mais de mort lente »

Lire jusqu’à ce que le livre devienne tous les livres — et il y a un temps, dans la fatigue du lecteur, où il le devient, où le lecteur rejoint le savoir commun de tous les livres exprimé par lui, par sa voix, par sa bouche

par son être sur terre

Mais Legrand me rabrouait le concept d’« être »

J’étais chrétienne ; je croyais au caractère sacré de chaque vie humaine. C’est vrai, j’avais cette mémoire-là. Peut-être que Legrand ne supportait pas ça, au fond. Je suis chrétienne, mais je m’en fous un peu



La Suisse imaginaire qui se déployait là. (Quel beau voyage contenu !)

Maintenant je n’ai pas si froid dans ma maison. (Mais il ne faut pas en sortir)

« Je veux dire le Moteur, la machine, l’esprit, l’élan vital ; enfin, le nom que lui donne les chrétiens. » (L’Espion qui venait du froid)

Nous, masse imbécile

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Saturday, January 03, 2026

L es Isolés par leur bonheur de vivre

 
La mer que je ne vois pas (nous allions vérifier),
La ville que je ne vois pas

Un temps détraqué (d’averses et de soleil) toute la journée, zones d’ombre et de lumière, le zèbre comme modèle
(où avait-elle lu ça ?)

Oui, parfois (et cela lui arrivait souvent), elle pouvait être au bord des larmes à cause de sa situation à elle, cette compassion à son égard pour sa faiblesse ; être si faible et en même temps si méritante de cette faiblesse-même. De faire si peu : ce qu’elle pouvait — et encore moins que ce qu’elle pouvait —, en fait, pouvait lui tirer les larmes

Ces larmes venaient aussi de la douceur ou de la douleur d’être contenue par la vie, par une soirée, par un calme, par un silence, pas submergée

Je suis dans une rue de l’Europe. Une nuit de l’Europe. Je suis à Bruxelles dans un territoire vaste en plein ciel. Quelle est cette population qui dort ?
Les villes sont vides de mes suspens

La bienveillance qui nous tombe parfois dessus, parfois dessus dans la vie

(On souffre de vivre en « pas assez », jamais en « trop »)

Peut-être pouvais-je espérer « tomber gai » comme on dit « tomber triste »



Je suis dans une ruelle d’Europe, l’air est liquide

Le vent s’est levé, cette ville dont je ne sais rien

Maintenant, un voyage : un voyage sentimental



Les isolés par leur bonheur de vivre

« Et les chagrins lourds, les peines qu’on bricole »
 
 

***


Dans une maison froide comme un château



Legrand parle de concentration quand il veut corriger des copies : « On fait un peu de concentration pendant 1h1/2… »

On a promené le chien de Betty. La sœur s’était trompée de clé, elle n’ouvrait pas la maison. C’était le 25 décembre, il faisait un froid de canard, tout le monde était en famille, aucun des voisins n’était là. Aucun bistrot non plus et personne sur les routes. On errait sur la lande pour passer le temps, pour y mourir peut-être (moi, je voulais m’y laissée tomber). Et puis la mère n’avait pas eu Betty au téléphone, mais — une chance — l’une de ses filles (Daphnée) qui nous avait guidés pour entrer dans la maison fermée : par une fenêtre, en fait, qu’on pouvait ouvrir de l’extérieur ; moi, j’étais restée dehors, Legrand n’avait pas mis 30 secondes pour trouver,
bien rangée dans le tiroir d’un vaisselier, l’enveloppe blanche qui contenait les clés, les nôtres et d’autres. Le chien enfermé n’avait pas bronché, du tout, semblant trouver tout naturel qu’on entre par la fenêtre, seulement déçu de ne pas ressortir avec nous, un très mauvais chien de garde, aussi ami avec l’inconnu qu’avec le connu, le contraire du chien de Suzanne. Le lendemain, quand on était revenus remercier Betty, lui offrir une jacinthe violette, on avait proposé de sortir son chien qui sauta de joie dans sa langue muette : « Quelle bonne idée ! » C’était une chienne d’ailleurs : Aika. La chienne était aux anges de la promenade, courses, vent, poursuites, baignades réitérées dans l’eau glacée, vivre…

Je me demandais si j’avais fait une photo potable du chien car j’aimais beaucoup les chiens — sans doute pas, mais j’aimais aussi beaucoup Legrand et je m’étais longtemps demandée si j’allais pouvoir faire un jour des photos potables de Legrand, mais je considérais maintenant que j’y étais arrivée, à faire des photos de Legrand qui me plaisait


J’étais persuadée de ma fureur, de mon intérieur, de ma paresse, de mon retrait, oui, cet amour me retirait du monde. Je m’en enrobais comme d’un suc, je me décorais avec, je me pendais avec le fil qui me servait à tapisser ma toile
Je me laissais mourir
« Finir mes jours tranquille », avait dit Betty. J’étais comme elle, dans l’absolue déglingue de ma vie entière, ses souvenirs et cet oubli qui la constituait plus solidement (les souvenirs n’étant que des images aux murs) qui représentait aussi, cet oubli, mon amour, ma manière d’être, ma frayeur, ma peste, ma sécurité, mon océan, ma perte et, j’y reviens, ma paresse
Le grand amour. Il me semble que, quand j’étais plus jeune, j’avais dû employer cette expression…

Ma langue étrangère


Bobo aimait tellement les femmes qu’il détestait les hommes. D’un côté, la beauté, de l’autre, la laideur — et puis : des rivaux. Bobo était le gardien de toutes les femmes. Fantasmatiquement, Bobo honorait toutes les femmes pour les extraire, les sauver de leur commerce avec la laideur des hommes ; Bobo se définissait comme « lesbien »

« Je m’accroche à ma colère », avait écrit France, mais Legrand effaçait le plus souvent l’immense littérature qu'elle lui envoyait au fil des jours et des nuits de souffrance, le plus souvent, mais certaines formulations, quand il m’en faisait lire, me prenant à témoin, me demandant ce qu’il pouvait leur répondre étaient très belles
Certainement il y avait là toute la matière d’un livre, mais France l’écrirait-elle ? l’oubliait-elle ?

Legrand avait beaucoup aimé France, il avait beaucoup souffert, ils avaient beaucoup souffert ensemble
Ils auraient pu être heureux, ils l’avaient été, beaucoup, trop peu, ils pouvaient l’être encore. Ils pouvaient. Se fuir, ils pouvaient se retrouver. Ç’avait été si sexuel, si instinctif (mais Legrand ne croyait pas à cette distinction inné / acquis)
Ils étaient comme frère et sœur, chien et chat

Mes chaussures au bas de l’escalier : je croyais toujours que c’était un chat noir

Nous avions fait une promenade. Il y avait des « Fata Morgana » sur la mer. Des villes, des immeubles au-dessus de l’eau, des villes. Ou des falaises qui remplaçaient les plages. Toute promenade ici était magique. Les mer des deux côtés.
C’était la plus belle journée du monde. J’étais avec Legrand. J’étais seule avec lui. Betty m’avait appelée « Madame ». C’était le 26 décembre, une date extraordinaire. La mer était tellement à l’extérieur, elle était à l’extérieur des deux côtés de la maison et la maison était transparente. Il y avait des bêtes qui la traversaient du regard — et, comme l’on sait, seules les bêtes ont un regard

La maison était vendue, ce qui l’a rendait plus belle encore. Ce n’était déjà plus une possession

« Descartes se sert de l'argument du rêve dans les Méditations métaphysiques pour montrer le caractère incertain des informations données par les sens. L'argument prend ainsi place dans une suite d'expériences de pensée : les illusions d'optique, puis la folie et le malin génie. Descartes met l'accent sur le caractère réaliste du rêve, et la difficulté de le discerner de la sensation à l'état de veille : « Combien de fois m’est-il arrivé de songer, la nuit, que j’étais en ce lieu, que j’étais habillé, que j’étais auprès du feu, quoique je fusse tout nu dedans mon lit ? » »

Dans la maison pure, la maison certaine

Le 27, je m’étais baignée

Perdez-moi le livre que je lis

La maison, passage de l’eau, comme une grande baignoire

Cette vie, ce visage vont trop vite

A peine la journée commencée, à peine la nuit va s’achever…
Sortirai-je au crépuscule ?

« ténébreuses lectures de Pierre Loti »



Souvent je pense à cette remarque de MD. On était dans une voiture, j’étais à l’arrière et on allait descendre la Seine jusqu’à son embouchure, je ne sais plus à quelle occasion. Je crois que Claude Régy conduisait. Et tout de suite — on était encore à la hauteur du Louvre — Marguerite s’était tournée vers moi et avait dit, scandé : « Je voudrais que Marie-Noëlle se rende compte que c’est la Seine ! » Une injonction. J’essayais de toutes mes forces de me rendre compte que c’était la Seine.
Et, maintenant, je suis à la mer. Dans l’isthme de Quiberon. Il y a de l’eau de chaque côté. La maison est transparente. Côté baie et côté large. C’est l’océan. « « Je voudrais que Marie-Noëlle se rende compte que c’est l’océan ! »

Legrand m’avait montré le bord, ce bord qui l’émouvait, là où la vague vient lécher — et l’infini. L’infini qui vient au bord, qui a un bord
et l’on peut se tenir là, comme on l’était, vraiment au bord


Legrand m’avait lu du Descartes aujourd’hui. On était au soleil, derrière la vitre triangle, à l’étage, on se touchait comme des enfants ou des amants que nous n’étions pas (mais, alors, pourquoi ce naturel suranné de l’affectivité ou pourquoi pas ?) et Legrand m’avait lu le texte de Descartes, une méditation, la plus célèbre ou l’une des plus célèbres, fameuses, il m’avait dit : « Je lis seulement le texte, je ne commente pas », mais il avait commenté, en fait ; ainsi tout était cadeau ; nos corps qui se touchaient comme ceux d’enfants ou d’amants que nous n’étions pas, le soleil qui nous chauffait derrière la vitre triangle et nous, allongés sur des coussins au niveau de cette vitre triangle, ce coin du bonheur, l’un de ses préférés de cette maison du bonheur des années 70, si délicate maison d’architecte…
« Amour, hélas ! des formes vagues, des teintes roses et bleues, des fantômes métaphysiques ! » (Nerval)
« Le navire se balançait lentement sur place, en rendant toujours sa même plainte, monotone comme une chanson de Bretagne répétée en rêve par un homme endormi. » (Loti)



Bobo a une très belle bite, ce qui explique les jalousies qui l’entourent et qui explique aussi ses vantardises

Il a, en ce moment, cinq ou six maîtresses « en pied », mais je ne suis plus autorisée à en parler ici car cet imbécile leur vante — à chacune — mes écrits publics, ce qui les amène forcément à se surveiller entre elles. Je ne ferai même plus allusion à leurs nationalités, les femmes — les femmes de Bobo —, au fond, sont toutes les mêmes, bien qu’exotiques, toutes des femmes — et Bobo a la tête qui tourne

L’air était sec, on voyait la nuit avec toutes ses étoiles bien rangées parmi leurs constellations et parfois un peu en désordre (tout du moins pour moi qui ne les reconnaissais pas assez) comme encore en chantier…
La maison était à pleurer, de jour comme de nuit, elle était silencieuse, parfaite, pure. L’escalier, magiquement, ne craquait pas…

L’air était sec, on voyait les étoiles, c’était rare ; les constellations, voulez-vous que je vous les dessine ? Il n’y a pas de sottes explorations

Titre : Aimer les moches

« car Bobo aimait la plaisanterie, et il l’aimait même un peu risquée »

« puis le jour déclinant nous versa son silence dans son crépuscule » (d’Aurevilly)

Je suis la communauté de moi-même et des livres que j’y lis (je lis dans moi-même) jusqu’à la mort



Dans l’épaisseur du demi-jour
Legrand est parti courir
Je vois les traces de doigts qu’il a laissé sur le sel de la vitre de ma fenêtre, s’étonnant de ce sel à l’intérieur
comme une griffe, comme une griffe
Il a mimé aussi, me rejoignant, une saillie animale, bestiale me laissant un sourire d’ange essayant de vivre au maximum la situation fantasmée (son excitation à mon égard, les « derniers outrages », etc.)
Le passage de ses doigts révèle l’éclat du soleil d’or ; on dirait aussi traces glacées dans de la neige, comme trois ornières d’un chemin
Ô l’hiver ! ô l’amour ! ô la neige comme la mer
comme le père,
comme le froid
comme le sel
Je ne me suis pas baignée aujourd’hui
Il faut de temps en temps avoir peur
Pourtant le temps était parfait, plus pur encore, plus sec (plus sex, j’avais tapé) que les autres jours
On a vu une fille se baigner, ce matin, on l’a cru nue quand elle est entrée dans l’eau, malgré ses chaussures, ses gants, son bonnet, comme une tenue de ski de film porno (ou dont l’essentiel manquait), mais, quand elle en est sortie — nous étions plus prêts —, elle avait un maillot de bain rose



Mon monde prisonnier placé à l’endroit de l’infini, à l’endroit du bord de mer

La chienne tout à l’heure ne comprenait pas pourquoi Legrand lui lançait des cailloux dans l’eau qu’elle ne pouvait pas aller chercher. Elle ne pouvait pas parce que je ne voulais pas, moi, entrer dans l’eau toute habillée avec elle, la laisse rétractable atteignant vite sa limite (injonction contradictoire)
J’avais dit à Betty que la chienne adorait entrer dans l’eau, ressortir, se sécher et y retourner… « Ah, c’est une fille de la côte », m’avait-elle répondu avec un parfait sourire édenté, une expression que j’avais donc prise un peu pour moi ; moi aussi, j’étais une « fille de la côte »

Il y avait un invraisemblable couchant. Comme toujours quand les couleurs arrivaient, le si moderne des couleurs, je me demandais comment les hommes anciens, les hommes préhistoriques les voyaient…
Tout ce qui était si kitsch, si « carte postale », si 70… comment, qu’en faisaient-ils, de ces couleurs ? (certainement pas du papier-peint)

« Par terre on se dispute, mais au lit on s’explique et sur l’oreiller, on se comprend ! » (Hôtel du Nord)

Ce qui est la plaie, c’est de croire que le monde est fait à partir de soi, de son époque. Par exemple, aujourd’hui, BB est morte et tout s’explique par la mort de BB
Non, le monde est fait à partir du plus lointain — et nous n’y sommes pour rien, justement nous, les vivants
Il est fait par les morts, de si loin
Et les morts ont cru plus loin que nous
Ils ont cru aux couchers de soleil, probablement
Ils ont cru aux maisons sur la plage, probablement
Ils ont cru
Ils ont chanté Ramona
Ils ont cru aux bêtes, probablement

Le silence (il n’y a pas d’autre luxe), entourée d’eau, d’air, entourée d’eau
Legrand est en bas, qui coupe du bois

Je suis dans l’extrême liberté (parfois ça fait peur)

Je ne savais pas que la vie était si profonde
Avec toi, je le sais

Tout ce qui vient du présent empêche le temps



L’éthique : être au plus prêt du plus faible ; le plus faible : le vivant qui nous entoure
L’ambivalence sexuelle

« Les cafés où l’on noie tant de nostalgies »

Legrand me montre une scène sur laquelle il s’est beaucoup branlé. C’est dans le Nom de la Rose, une scène de cul, le moment où la petite sauvageonne (qui vient voler je ne sais quoi) se jette sur le novice à l’air très niais et qu’elle dépucelle
C’est vrai que pour un jeune tempérament comme Legrand, ça devait être qqch…
Il me parle aussi d’un film érotique enregistré par erreur par sa grand-mère après la fin de la Cité des enfants perdus et qu’il regardait chaque été avec ses cousines
Il y avait aussi — mais, là, j’ai moins écouté — une chose qu’il regardait à la télé qui était dans la chambre de sa mère, la zapette à la main et en action si quelqu’un approchait (et que faisait l’autre main ?)

Il me dit que cousin Achille aime beaucoup Barbara ; il me demande de lui choisir des chansons. Je choisis Parce que, Cet enfant-là, Monsieur Victor, Hop là !, Regarde

Legrand me raconte des histoires de cul. On est allongés sur son lit. Des passants passent et nous voient. Par exemple, cette scène avec cette fille et Emmanuel. Je propose qu’on fasse pareil avec une fille imaginaire. Ça le fait rire

Je ne regarde pas le ciel, aujourd’hui, la mer. C’est gris. Legrand se plaint. Je dis que c’est très bien, qu’on aura moins la nostalgie de partir, il dit qu’on n’en est pas encore là, à partir
Pour moi, je lui réponds que j’en suis toujours là, à partir, et, ce qu’il y a à gérer, c’est la tristesse — qu’un ciel gris atténue ou qu’un soleil bleu amplifie

On a eu un si beau temps, c’est du passé. Mais toute ma vie, pour moi, c’est irrémédiablement du passé. Tout le bonheur

On était seul ici, lui et moi. Il savait que ça me faisait plaisir et il était heureux que ça me fasse plaisir. Son plaisir, il en était plutôt peu disert, assez discret. Il n’en était pas comme moi à toujours le clamer ou m’en plaindre, à en faire le récit, de son bonheur. Il le vivait sans les mots pour le dire
Pas besoin de l’aide des mots

Il fait très bien la cuisine. Je ne comprends pas qu’une fille n’ait pas réussi déjà à mettre son grappin. Il a tout pour lui, tout pour faire le bonheur, mais, lui, ce qu’il préfère, c’est la conquête. La conquête sexuelle est aussi la conquête de la liberté. Il n’est opposé à rien, mais la liberté, l’anarchie

Pour lui, l’amitié occupe la place de l’amour. Je ne veux pas qu’il aille voir un psy parce qu’il s’apercevrait peut-être de ça : l’amitié occupe la place de l’amour
A la place où je suis et n’ayant droit qu’à l’amitié, je suis consciente de mon privilège…

On vit dans l’indifférenciation du commencement du monde. On est aujourd’hui le 29 décembre

« Y a du soleil ! » prévient Legrand du fin fond lointain de la maison. Mais je m’en étais moi-même aperçue (de ma mansarde de lecture)
Je crie : « Ouais ! »
Il dit encore qqch que je ne comprends pas



Je voudrais rester toujours, je voudrais n’avoir aucune obligation jamais ni même celle de lire…

Je n’existe pas ; c’est là que je veux le mieux être heureux

J’entends son silence
Il entend le mien
On lit chacun dans un coin de la maison
Il n’y a pas de sexe entre nous

Ma vie, mes vies sont comme toutes possibles, ici

Il y a des jeunesses et des jeunesses disposées, disponibles là ou ailleurs

Chantal, de « L’Annexe » m’a fait la bise et a demandé à Legrand s’il pensait qu’il allait neiger
Legrand, gentiment, a regardé sur son téléphone

J’ai dit que la neige n’avait pas lieu en-dessous de zéro, mais Legrand a pensé que je disais une stupidité
Je n’en sais rien après tout
Mais bien sûr qu’il ne neigera pas

« Oh, j’avais oublié que j’avais fait l’amour ici avec Valentine… », voilà ce qu’il me dit soudain d’en bas. Et moi : « J’entends pas ! »

On aimerait bien aller à Royan
Dans une des belles maisons de Royan



Le besoin incroyable de ce garçon
 
« La raison, comme un tabouret » (Rabelais)

Ce matin du 30 décembre, Legrand m’a proposé le mariage. Je le note ici parce que c’est pas fait (Legrand, souvent, lance des projets en l’air), mais, tout de même, ça m’a fait bien plaisir, vous pouvez imaginer, je ne touchais plus terre
Me marier avec Legrand !
Du coup, j’ai écrit à Bobo que je ne le retrouverai pas à Lannion, que je venais de passer une semaine magnifique avec Legrand, qu’en plus il m’avait proposé le mariage, que je l’aimais toujours, mais que je ne voulais pas mélanger les torchons et les serviettes comme une vulgaire traînée qui passe d’un corps à l’autre

A l’attente des crêpes-saucisse, le petit vieux qui était devant moi et qui venait pour une commande a donné son nom comme suit : « Legrand, en un seul mot ». Je lui ai dit que mon ami qui était à la poissonnerie s’appelait aussi Legrand : « En combien de mots ? », m’a-t-il demandé

Lorient comme Dubaï
Carré blanc ensoleillé
La maison / le dehors
« Ah, j’aime bien quand la mer est comme ça », me dit Legrand
La mer, sue par cœur !
Legrand dit que le poissonnier lui a dit du merlu : « Plus c’est petit, plus c’est bon… » Mais il ajoute : « Contrairement à autre chose… »

(Maintenant Legrand me dit que, s’il m’a proposé le mariage, c’est parce qu’il y avait la Marche Nuptiale à la radio)

Je suis presque heureuse avec Legrand, presque heureuse en totalité

Legrand m’a demandé de lui lire Le Rideau cramoisi, la première nouvelle des Diaboliques, très érotique, mais il s’est endormi. C’était sur la petite mezzanine de la fenêtre triangle orientée Sud. La coiffeuse aussi (c’est un autre point commun) me demandait de lire à voix haute pour l’endormir

Demain sera fini
C’est quand le livre est presque proche du désespoir que j’arrive à le lire — et de la mer

Les portes sont restées ouvertes de toutes les chambres où j’ai été dans cette maison — chambres du haut, chaudes, chambres du bas, froides. La porte de la chambre de Legrand est restée fermée
Le bien et le mal que me fait Legrand, je l’aime

France, après avoir bloqué Legrand sur WhatsApp pendant plusieurs jours, a fini par lever son interdiction. Il lui a dit : « Tu me manques » et elle a répondu : « Moi aussi »

Je relis Un barrage contre le Pacifique. Je suis frappée : c’est de 1950 et c’est exactement ce qu’elle a écrit à la fin de sa vie
C’est Duras absolue, libre, obsédée

Tout ce que fait Legrand me console

Ce gag de l’IA
Ce gag de tuer toutes les espèces

Qu’est-ce que je pouvais bien comprendre, adolescente, de ce que je lisais. C’est drôle que Marguerite Duras m’ait prise en amitié
Comment même est-ce possible ?

La maison est de l’architecte Bernard Guillouët

On reste finalement. On devait partir demain, le 31, Legrand a pris des billets pour le 2. On passera le réveillon ensemble
c’est étrange,
ensemble et peut-être seuls

J’ai dû dire à Bobo que je ne le rejoignais pas. Il m’a répondu : « Je ne t’en veux pas, mais je suis un peu triste. » Bien sûr, le bonheur des uns fait la tristesse des autres

Dans ma nuit, dans ma chambre, je caresse la peau de mes couilles et je pense que ça doit être comme ça, la sensation, de caresser la peau des couilles de Legrand, pas plus, pas moins
Il me donne tout, Legrand, un peu en vrac, mais il me donne tout, je peux tout prendre — et, ce qui manque, je peux le styliser
dans mon demi-sommeil

« Ma question, c’est : pourquoi tout le temps des rôles des femmes on les donne aux femmes et les rôles des hommes on les donne aux hommes ? » (Gad Elmaleh, à la télé dans le personnage de Chouchou)

Ses yeux très clairs, gris ou bleu, ses yeux d’aveugle
Avoir faim, avoir soif, avoir envie d’une femme

Je suis heureuse
dans ma petite chambre
sous la lune extraordinaire
sur la mer


Aujourd’hui, c’est moi qui me suis levée la première
C’est moi qui ai eu la première vision immémoriale de la couleur
bleue sur la mer

Sur France culture on passait une émission sur la Guerre du Feu (le film immonde qui a servi aussi les premiers émois sexuels de Legrand). L’imaginaire de la préhistoire. « L’environnement, il n’était pas plus — ou moins — hostile à la préhistoire que maintenant »

Ce matin, Legrand a besoin d’être seul ; je l’ai à peine serré dans mes bras ; il est parti avec son tas de copies, une banane, avec l’idée de rapporter des langoustines, d’aller à la piscine, « de ramener une fille », j’ai rajouté
Qu’est-ce qu’il va devenir tout seul avec moi ?
Parce que c’est comme ça qu’on va vivre. On va vivre tous les deux au bord de la mer — et comme on sera seuls au monde, il finira par me niquer
Il finira même par me faire un enfant, qui sait ? à force — et on recommencera la race humaine. On retournera dans la préhistoire en couleur

On entend maintenant la voix de Robert Badinter : « Il n’est pas d’homme sur cette terre dont la culpabilité soit totale »

J’envoie à Legrand une phrase pour lui : « Dès qu’on a été dans l’auto, sous le bungalow, je l’ai basculée sur le siège arrière et je l’ai baisée. »
Je suis très émue par ce roman (le Barrage) parce qu’il y a tout Duras, pas plus, pas moins, dedans ; tout ce qu’elle pensait est dans le roman 1950

Virilité / vérité

Legrand me tient captive comme un oiseau

J’avais envie de l’appeler par son faux prénom aujourd’hui. Le patron de L’Annexe l’avait appelé ainsi, Legrand avait dit qu’on l’avait souvent appelé ainsi, qu’on s’était trompé souvent



C’est lui qui fait la cuisine. J’ai voulu faire quelque chose, j’ai voulu faire une mayonnaise, mais la moutarde était au frigo, j’ai dit que ça ne marcherait pas. Il a voulu la faire lui et, malgré tous ses outils, le fouet électrique je veux dire (que, moi, je n’ai jamais utilisé), il a raté la mayonnaise
Auparavant je lui avais dit de faire attention à ne pas trop cuire les langoustines. Ça ne lui avait pas plu. « Ça fait quarante ans que je fais des langoustines… » C’est marrant qu’il ait dit quarante ans, puisque il ne les a pas (il a trente-cinq). Il m’ a dit : « Si tu râles… » Il m’a dit que France râlait aussi alors qu’il la nourrissait pareil
Mais, moi, je veux bien qu’il fasse la cuisine et je ne râle pas
Pendant qu’il corrigeait ses copies, tout à l’heure, je lui ai massé les pieds. Je pense que j’ai contribué à hausser un peu les notes. Il me lit les perles : « Dès le Moyen-âge, les croyances étaient déjà d’actualité »
Les pieds à masser, c’est un beau cadeau qu’il me fait, je ne sais pas s’il le sait. Aux bout d’un moment, je finis par donner quelques mimi, ça, ça va, mais si je me mets à les lécher, là, ça ne passe pas. Faut rien exagérer.
Sur France Culture tout à l’heure pendant que je revenais des courses, une femme parlait d’un homme qui avait un don d’hypnose et qui volait les diamants par cette méthode, ça lui était arrivé, en Belgique, alors qu’elle était une jeune employée de 25 ans…
Je lui fais enlever son pantalon. Ses jambes ne me plaisent pas, presque glabres. C’est là que je lui parle de l’hypnose. Il fait le sévère : « Il s’agirait d’un viol »
« Qui parle de viol ? Il s’agirait plutôt d’un accès de tendresse… »

C’est le 31. A un moment, Legrand va grogner, il aura faim. Moi aussi, j’ai faim
J’ai déjà faim

« Que dans l’amour les différences puissent s’annuler à ce point, elle ne l’oublierait plus. »

Marie Plantin m’a appelée tout à l’heure, elle veut faire un portrait de moi. C’était pendant que j’étais avec Legrand sur la mezzanine. J’ai demandé à Legrand la permission de répondre, c’est très rare qu’on m’appelle
Et je parlais avec Marie Plantin (qui m’admire, qui me flatte), mais pour Legrand aussi : je me faisais mousser

La lune a beaucoup grossi depuis notre arrivée. Cette nuit encore, on la verra sur la mer. Je me suis demandé les nuits passées comment décrire l’effet qu’on a en face, à le toucher… reprenons les mots de Nietzsche (que Legrand vient de me lire) : « pâle, scintillant, muet, monstrueux, reposant en soi-même »
« Le grand silence de la mort », me dit encore Legrand



Aujourd’hui, 1er janvier, Legrand ne se lève pas ; je n’ai pas frappé, je le laisse dans son tombeau de cette grande maison vide

Je tremble de froid, toute habillée dans mon lit et après une douche brûlante qui a vidé le ballon, mais c’est normal
Il y avait du givre sur le sable
Cette nuit, lorsque nous avons rejoint L’Annexe (Philippe et Chantal) à Portivy, les reflets de la lune sur les toits d’ardoise faisaient de la neige
Lorsque nous sommes rentrés, nous titubions (surtout Legrand qui s’était attaqué au rhum, moi au whisky, c’est tout de même mieux, ça s’attaque au foie, pas au cerveau). Legrand était si démuni, si amical, mais ce matin nous nous sommes disputés. Sa famille arrive tout à l’heure

Le paysage est comme un miroir, symboliquement, le 1er janvier, mais tous les paysages sont des miroirs
Les paysages avec l’eau bleue, la neige blanche

A minuit, Legrand m’a embrassé sur la bouche, son maximum

« D’un jour, elle en faisait deux » (à propos de Françoise Sagan)

« Je sais que nous voir était quelque chose de magique
Je sais qu’être ensemble était quelque chose de magique » (Juliette Gréco à propos de son amitié avec Françoise Sagan)

Le gâchis de ce premier jour de l’année, quand même

« Nous estimons que la Vie, dans son œuvre, est trop excessive, qu’elle est trop erratique, que son génie est trop brouillon.  »

Beaucoup de gens (de femmes) se demande qu’elle est la nature de notre relation à Legrand et moi. Mais elles ont raison de n’y rien comprendre ; est-ce que j’y comprends quelque chose, moi ? Je le disais l’autre jour (je ne sais plus trop quand, il y avait des bords de mer, du sable, un sentier)
Elles ont tort d’utiliser ce mot à la mode : une relation « toxique », mais, sinon, c’est vrai que c’est étrange
Legrand me donne tout ce qu’il peut me donner, mais il est une porte fermée
Et, moi, qui suis-je, plaintive écrivaine ?

Maintenant sa famille est là et, moi, qu’est-ce que je fais ? j’écris ma relation à Legrand. J’entends leur vie heureuse, peureuses, leurs rires comme s’ils étaient nombreux

Dernière promenade avec la chienne, mais la chienne préfère Legrand, c’est indéniable. Tout le monde préfère Legrand… On accepte les soirées, que les soirées viennent tôt ici. Betty, quand je suis allée chercher la chienne et que je lui ai souhaité une bonne année a dit : « Surtout une bonne santé ! C’est la santé qui compte, le reste, on s’en fout »
Legrand n’a pas compris comment on pouvait renoncer à tout sauf la santé, mais, moi qui suis déjà du côté de la descente, je comprends très bien. A un moment, on n’a plus besoin que de santé…

J’ai dit à Legrand qu’il fallait qu’on fasse une photo où l’on était tout les deux. J’ai attendu que la dernière personne sur la plage viennent jusqu’à nous et je lui ai demandé. Elle a dit : « Je me demandais ce que vous attendiez)



Dans la nuit du retour à Paris, dans le froid, j’ai fini le Maigret que j’avais commencé dans le train. Maigret et l’homme seul. On s’était disputé encore dans le train. On avait eu honte que le ton monte, les insultes, les menaces, mais on s’était rendu compte (tous les deux, mais chacun pour soi) que tout le monde avait des écouteurs aux oreilles, on aurait pu tout déballer (on l’a fait) en toute intimité. Impunité. Personne n’entendait. Ça nous avait calmé, je crois
Mais je crois que Legrand me méprise . Il faudrait que je lui demande (si je le revoyais) s’il a l’impression que je le méprise…

On se dispute toujours pour la même chose, ç’aurait été pourtant facile d’éviter le sujet

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Je ne suis pas malade, je vais me le dire, maintenant, c’est trop facile, la maladie — ou trop grave…
Le chien aboie dans le village, c’est un village imaginaire — et un chien — et c’était si peu, un bref jappement parmi la ville
La ville est morte ou comme une mer ; l’arbre est à-moitié brûlé. Elle est silencieusement tout un monde
Elle semble végétarienne ; il n’y a presque plus rien, un désert, mais il y a déjà eu tant de déserts…

Je lis un roman où il y a une fille et deux garçons. Bien sûr, les deux garçons sont Bobo et Legrand



Je retrouve dans des vieilles photos sur mon tél où je veux faire de la place l’arrière-petit-fils de Charlie Chaplin que j’ai perdu de vue, je me demande ce qu’il est devenu… A vrai dire, je ne me souviens plus non plus si nous avons été amants — ou seulement la passion brève et brutale d’une amitié. Je me souviens de peu. Les photos, parfois, ne me rappellent rien. Ni même les noms

Proche et lointaine silhouette, autorité des maisons… il y a le grand immeuble au sommet de la colline, cette tour… Altitude 100

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Friday, December 26, 2025

L e pur feu du désir


J’avais passé un sale moment, nous nous étions disputés, avec Legrand, je n’avais pas compris, il me refusait le droit de parler d’« instinct sexuel », de « pulsion », c’était XIXème siècle, c’était psychanalyse, c’était naturalisme, c’était ré-enclencher encore l’opposition nature/culture, c’était con — j’étais conne —, mais le prof de philo ne me disait pas par quoi remplacer cette notion… 
 
On avait failli se foutre sur la gueule. Le concert commençait par une mini conférence dont je n’entendais pas un mot, enchaînait par du Schubert qui eut bien du mal à me parvenir, séparée de Legrand par un mur, un drame, mentale, choquée, puis, tout d’un coup, je passai mon bras autour de son long cou de cygne et, lui, immédiatement, répondit à mon contact, à ma demande d'apaisement, par sa main qui chercha sa place chaude sur ma cuisse, sur mon genou, partout sur ma jambe. A la fin du concert — découverte de la puissance d’Ernest Chausson inconnue pour moi jusqu’alors —, je lui demandai poliment si je pouvais — ou non — parler d’« envie », de « puissance » (sexuelle), de « désir », de « feu », d’« attirance », etc. Il acquiesça et le sujet fut clos

Plus tard, s’il y avait eu un plus tard (mais les conversations sont toujours interrompues), je lui aurais demandé si je pouvais — ou pas — parler comme Françoise Sagan (dont je lisais le roman De guerre lasse et dont, un temps, j’avais imité la coiffure puisque je me souviens bien que DI se fichait de moi en m’appelant Françoise) de l’« animal de l’amour, cet animal jamais rassasié »

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Monday, December 22, 2025

U ne affection d'enfant, un amour de femme

 
Bobo&Legrand a ce soir des yeux marrons, si mâles, si enfantins, des yeux d’animal, en fait
Demain au réveil de la nuit d’amour, il aura, j'en suis certaine, des yeux bleus d’amoureux (les plus dangereux)

Bobo&Legrand est un homme à femmes. Cette expression désuète. Roman de Sagan. Ça veut dire : désir effréné des femmes — attitude désuète — les femmes, à notre époque, désirent qu’on les laisse tranquilles (mais pas toutes) (certaines : femmes à hommes, désir effréné des hommes)

Moi, tout simplement, je m’identifie aux deux. C’est ma jonglerie. Je suis la femme et l’homme qui aime la femme. Bobo se définit comme « lesbien ». Legrand ne se définit que comme lui-même

Bobo&Legrand est le double des femmes qu’il aime, sœurs, filles, maîtresses, amours, mères…

Bobo et Legrand ne s’aimaient pas entre eux : des rivaux. Mais Legrand couchait occasionnellement avec des garçons. Bobo était plus pur

« Entortillée dans mes draps, je crois me souvenir de toi 
Lorsque tu disais tout bas que tu n’aimais que moi ! »

Maintenant, je serai seule comme au bord de la mer, de la rivière ou du lac, maintenant je serai seule à la piscine, même

Bobo&Legrand est un beau, mais aussi un bon, garçon

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Monday, December 01, 2025

L e Coup de blues

 
Tout est de courte durée, Legrand a rencontré une fille. Au café. En terrasse. Il faisait beau, le soleil brillait, l’eau brillait, près du canal. Appelons-la Nadja. C’est une fille qui embrasse les garçons dans la rue. Elle demande la permission. Elle demande toujours la permission maintenant, même quand c’est évident dans l’échange des yeux. Tu penses bien qu’ils doivent être contents, les mecs ! Dans l’autre sens, ça ne marche pas. Un homme ne peut pas le faire. Agression. Pilori. Théâtre du Soleil...
 
Mais, bon, ne ternissons pas la rêverie. Tout est ensoleillé, je disais, théâtre du soleil, il fait froid, c’est l’hiver, c’est dimanche, mais il fait beau, tout brille, les boucles d’oreilles… Il y a des cormorans

Et, moi, je suis triste, désespérée, abattue sur une chaise. Bobo n’est pas là. Il est venu et n’a pas attendu. C’est un week-end très plein pour Bobo ; il est rarement là, à Paris, alors, quand il est là, il enchaîne les rendez-vous. « Elles me veulent toutes. » Il arrive très en retard à celui du matin (il vient chercher des livres). Raison : « Elle ne voulait pas que je parte… — Eh bien, tu ne lui as pas dit que tu la retrouvais tout à l’heure ? — Non, parce que tout à l’heure, j’en vois une autre... » Et une autre, et une autre, on enchaîne… Bobo est en pleine forme. Il plaît. Mais Bobo n’est pas là pour moi. Alors (dans un sursaut), je me souviens que j’ai encore un atout. Legrand ! Quand y a pas Bobo, y a Legrand, et réciproquement lycée de Versailles
 
Je lui envoie : « Qu’est-ce que tu fais ? J’ai un coup de blues. » Il me répond instantanément : « Oh ! Je suis chez moi (avec une fille). » Oh, c’est gentil, il est avec une fille, la vie continue, je lui dis que ça me remonte le moral. Un peu plus tard (je suis dans le train), il me propose : « Tu veux passer ? » 
 
On est presque voisin, oui, ça me ferait du bien de faire un détour, malgré la fatigue sans fond, mais, quand j’ouvre sa porte après avoir frappé une seconde (Legrand ne ferme jamais, on peut rentrer chez lui comme dans Nicolas Moulin), je ne les trouve pas dans la première pièce, mais dans la deuxième et au lit, nus comme des vers parmi les draps. Bon. Comment analyser la situation ? Legrand m’a dit de passer, il m’a dit qu’il était avec une fille, il veut que je participe ou quoi ? Ils sont au lit au début ou à la fin du process ? À la fin, il s’avère. Il viennent d’y passer deux heures, le plus gros est fait. Ils ont envie de se lever, laver, de venir discuter avec moi, de boire, de fumer, d’écouter de la musique. Nadja dit : « Ça pue pas trop la bite ? »

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Wednesday, July 16, 2025

Je voudrais aimer Legrand toute ma vie. Et il n’y a pas de raison pour que ça n’arrive pas, d’abord parce que la vie est courte, nous sommes comme en vacances ici, la durée d’un été ; ensuite parce que Legrand est une figure, une forme très ouverte, presque vide, qui peut tout contenir, pas tout sans doute, mais pas mal. (La stupidité idéologique de tout se tient en dehors de la forme Legrand.)
Legrand, mon seigneur, mon haut seigneur, pangolin… un jour je l’appellerai Dubois… est un sytème, un appareillage de respiration (comme cette formule est moche, mais rien n’est beau, vous le savez ?) (En relisant, je m’aperçois que l’appareillage de respiration est ce que portait mon père souffrant d’emphysème et de fibrose à la fin de sa vie.)
Je suis en marge. Quand vous êtes en marge, il n’y a qu’une chose à faire : contempler la beauté du monde des autres, le ciné permanent. Seulement c’est trop vaste, la vie des autres, trop immense. Legrand me permet de canaliser : je ne vois que Legrand. Ou encore, autrement dit : mon « je » est vagabond, mais Legrand est mon ancre

Une femme, il me semble qu’elle s’appelait Evelyne Pieiller, qu’elle avait écrit des romans (au moins un que j’avais lu), elle avait dit à Claude Régy que je ressemblais au personnage des Enfants Tanner, « Un beau matin, un jeune homme ayant plutôt l’air d’un adolescent entra chez un libraire et demanda qu’on voulût bien le présenter au patron. » C’est un jeune donc qui change de métier toutes les 5 mn. Il ne tient pas longtemps dans le job qu’il désire pourtant, il passe à autre chose. « De tous les endroits où j’ai été, poursuivit le jeune homme, je suis parti très vite » (et il en donne les raisons, ce qui l’attirait le rebute très vite). Il papillonne. Je crois me souvenir que j’étais assez fière d’avoir été reconnue comme personnage littéraire. Il faut que je relise le roman (l’ai-je jamais lu ?) Robert Walser est l’un de mes écrivains préférés. (Maintenant je m’identifie non à ce personnage, mais à lui.)

« Cela dit, on ne m’a encore jamais chassé de nulle part, c’est toujours moi qui suis parti, par pur plaisir de partir, en quittant des emplois et des postes où l’on pouvait faire carrière et le diable sait quoi, mais qui m’auraient tué si j’étais resté. »

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Tuesday, July 15, 2025

T arzan

 
J’avais entendu dans un dîner en ville que Christophe Lambert avait un tout petit kiki. Pour faire mon intéressante, j’ai voulu le répéter dans un autre dîner en ville. Mais j’ai dit : « Lambert Wilson ». Tout le monde était certain que Lambert Wilson avait un tout petit kiki, mais moins sûr pour Christophe Lambert. Je ne connais pas assez mon monde, je dis n’importe quoi. Christophe Lambert, c’est celui qui a joué dans Le Grand Bleu ? Non, lui, c’est Jean-Marc Barr. Ah, bon, oui…

Comme on s’ennuyait un peu au Bois, à l’espace naturiste, Legrand avait décidé de me faire la lecture à haute voix. Il s’agissait de la Buveuse de larmes, un recueil de petits textes, de chroniques de Robert Walser. Il me lisait des textes que j’avais déjà lus (à Quiberon), mais que j’avais voulu apprendre par cœur quand je les avais lus. Les gens qui me flattent en disant que j’écris bien ne savent pas que j’ai, irrémissible, inatteignable, le critérium de l’écriture gracieuse de Robert Walser…

Je m’aime bien, je suis très complaisante avec moi-même, je m’en fiche

Comme des films, des bouts de films, des films mal joués (pléonasme)

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Hier, j’ai diné en ville et, dans l’escalier, j’ai demandé à mes amis qui m’y avaient amenée ce que faisait dans la vie l’un des convives qui m’était resté mystérieux (alors que tout le monde semblait le connaître). Mes amis m’ont dit que c’était un très célèbre ghost@writter (on ne dit plus « nègre »). C’est lui qui a écrit le livre de telle ou telle vedette, presque toutes, il gagne beaucoup à ça. Il est si fameux qu’il obtient maintenant un pourcentage sur les ventes. C’est sans doute lui qui a écrit le livre de Claire Chazal que tu as trouvé. J’aime beaucoup Claire Chazal. Je la croise au cours de danse, parfois le soir quand je sors, je la surprends, elle, comme un poisson dans l’eau aux entractes de l’opéra, etc. J’avais trouvé son livre, A quoi bon souffrir ?, un roman sorti chez Plon en 2000, dans une boîte à livres lors d’une balade avec Legrand. Jardin Rachmaninov, dans le Nord de Paris

« Le bonheur ne fait pas partie du programme de la Création », a dit Sigmund Freud

« Le bonheur est un idéal non de la raison, mais de l’imagination », a dit Emmanuel Kant. Il a dit aussi : « Le bonheur est un concept indéterminé : chaque personne le définit selon ses préférences et ses goûts »

« Le bonheur, c’est simplement le contraire du malheur », dit un philosophe dont le nom n’est pas mentionné dans la vidéo

Avec Legrand, ce qui est bien, c’est que j’ai tout. J’ai le bonheur et le malheur. Je peux choisir

Je surveille mon téléphone qui me surveille

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C e n’est pas vous, c’est l’idole


J’aime souffrir de Legrand. J’aime ne pas dormir. J’aime me retourner dans mon lit, le maudissant. J’aime geindre que ma vie serait plus supportable si je ne le connaissais pas. S’il me dit : « Je pars lundi en Bretagne », je tremble, j’en frémis, mais aussi, en secret, de soulagement : enfin, des vacances… Que c’est beau, le soleil, que c’est beau le nocturne avec le soleil inventé… Il y a des rêves dont je me délaisse. Ce matin, j’en commençais un qui me paraissait si compliqué, si « gros budget » que je me réveillais, c’était plus simple…

J’aime écrire sur Legrand parce que ça n’intéresse personne, le ressassement. On me fiche la paix, de cette manière. Jour après jour, on me fiche la paix. Pour moi, ça a du sens, mais pour personne d’autre

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Sunday, July 13, 2025

C’est une ville comme brûlée, comme passée au four et la chaleur se confond avec le temps et la destruction. Une ville comme incendiée, couleur pain grillé, roussie, carbonisée, comme africaine, fauve, savane, marginale, sanglante, bronzée, café au lait, cramoisie, vieil or, or vieilli, or bruni, sable, flamme, or noir, vermeil, argent noirci, blond, blond vénitien, marbre chaud, croûte de soleil, croûte de pain, torche, bois marqueté… J’ai eu une expérience à Naples, j’en ai eu quelques-unes

Naples avait été un voyage inventé

Et, tout d’un coup, dans le musée, la déferlante Perramant. Dans le musée de Capodimonte, mais de loin, Bruno m’envoyait (sur IG) des séries de nouveaux tableaux et, tout d’un coup, tout le musée appartenait comme moi à la peinture fraîche de Bruno Perramant, à la lisibilité de BP, la clé baroque, le palais construit et dévasté de la mémoire, le mouvant, le sable, l’ombre, absence de contour, couleur, l’extrême couleur-douleur, le mouvement infini et indéfini du monde-la-civilisation, la fine pellicule terrestre, l'équilibre, l’épiphénomène planétaire…

Je lisais : « Il n’y a pas d’amour mais seulement « des rêves d’amour » tandis que l’amitié est tangible. » C’était dans le journal (un article sur… ?) et ça me ramenait à Legrand. Legrand me prenait pour son amie et, moi, j’avais toujours rêvé aimer mes amis, j’en tombais amoureuse


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Monday, June 23, 2025

P ont 9

 
J’ai vu des choses si belles aujourd’hui. J’étais au bord de l’obélisque. L'obélisque de Louxor. J’ai dû prendre une photo, je ne sais pas ce qu’elle vaut

Pas la raison, mais la résonance



Adam et Eve, formes primitives
Adam et Eve sont des détails perdus dans le monde
Imagine-les tout seuls, ces amoureux
Ils n’ont pas de vêtements. Personne n’a de vêtements
Encore une belle phrase : « Le rôle de la lumière véritable créatrice des corps »
Caravage, « ce roman noir que fut sa vie »

Legrand m’avait fait faire une carte pour la BNF où il est tout le temps fourré. « C’est le paradis ici », me disait-il à voix presque inaudible (mon oreille contre sa bouche) en me faisant visiter les sublimes rayonnages métalliques. Le silence était beaucoup plus profond qu’à la BPI qui ressemblait à un centre commercial par comparaison. Ici, c’était happy few. « C’est le paradis ici » fait référence à la fois à l’infini de l’étude et à la beauté des filles, 2 choses assez concomitantes et simultanées chez lui, 2 faces de la même médaille. Disons, « C’est le paradis ici » fait allusion à la beauté des filles et à l’épanouissement vertigineux de la vie au milieu des livres (d’art)
Des livres où l’on peut lire des phrases comme (puisque je l’ai sous les yeux) : « Titien se livre au bonheur d’animer de joie et de lumière les corps et les arbres. »
La vie est comme une croisière — pardonnez-moi cette comparaison bateau — et elle ne dure pas. L’été, fragile, s’arrête au bout d’un moment.
Voilà, c’est tout pour aujourd’hui. Dans l’absence de livres, il y aura encore des livres
 
 
 
Et tous ces carnets où j’ai écrit ma vie ?… J’aime rester quand le resto est vide, à 14h, voir les employés travailler. Je suis extrêmement émue de voir les gens travailler, les gens qui me servent, dans les restos, les avions, les ouvriers, les vendeurs, les éboueurs, je voudrais les embrasser. Depuis que je suis rentier, je regarde le monde du travail comme une contrée douloureuse, bienheureuse, une mort désirable, une métamorphose désirable ; je croirais comprendre le monde avec mes faibles moyens. Il y a. Les ventilateurs qui tournent, tournent l’air de la chaleur du présent. J’aime mes amis, surtout ceux que je ne vois pas souvent. Je m’exerce à penser à eux.
Legrand, voulez-vous que je vous parle de Legrand ? J’ai déjà tout dit, mais, hier, nous étions au ciné et Legrand avait posé sa tête sur mon épaule. Soudain, sans bruit, c’est lui qui demandait mon support. J’avais retenu ma respiration. Profiter du mouvement, ne pas extrapoler (laisser le film vivre sa vie)
France est jalouse de ce que j’écris sur Legrand, je sais aussi qu’elle essaye de s’en défendre, mais, si j’écris que Legrand a passé la matinée avec une blonde, l'après-midi avec une rousse et le soir avec une brune et qu’en plus, à la BNF, il a bandé dans l’intervalle, comme ça, me disait-il, sans raison, l’air tiède, le goût du monde... ce qui l’avait coincé à sa table pendant un bon moment et l’avait retenu à se concentrer sur ses copies, lui faisant aussi louper un r-v, mais il ne pouvait décemment pas se dégager dans cet état — de même que Rocco Sifredi, ado, raconte qu'il ne pouvait pas sortir de l’eau jusqu'à la taille de toute la journée quand il allait à la plage…
Je ne veux pas mimer que j’ai du travail, que je suis pressée, qu’il ne faut pas que je tarde… alors je traîne au resto frais et vide d’après déjeuner, je suis si heureuse. Tout ce silence entre moi et ces serveuses, ces garçons de cuisine, et avec le chef si beau et taciturne qu’il ne croise jamais mon regard ni sans doute le regard de personne de sa clientèle alors que sa cuisine est pourtant à découvert, exposée sans même une vitre... J’admire maintenant la serveuse nettoyer la machine à café qui m’a donné un si bon ristretto (car tous les restos sont italiens depuis que je suis allée à Naples) (car j’ai vécu plusieurs vies à Naples, car j’ai été heureuse à Naples) (Néapollis) (ville nouvelle, vie nouvelle)
 


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Sunday, June 22, 2025

Le lendemain du solstice, j’avais revu Nicolas Moulin. Il y avait des années (il était venus à mon spectacle d'Adieu à la Seine sur la péniche Pop et m'avait rappelé qu'on s'était vus aussi chez Marian Goodman lors de la sortie du livre de François Jonquet). Ils avaient quitté Berlin il y avait 6 ans, les loyers avaient doublés, mais au lieu, comme beaucoup d’autres de rejoindre Athènes, ils étaient, Marie et lui et leur gosse, Malik, maintenant 11 ans, silhouette identique à celle de son père, longiligne, cheveux longs sous casquette, dégingandée, sans qu’on comprenne si c’était l’enfant qui mimait le père ou le père l’enfant (un arrangement, un peu des 2 sans doute), eh bien, ils étaient venus s’installer dans le village d’enfance (de Nicolas), à Valmondois, dans le Val-d’Oise, à qqs kms d’Auvers-sur-Oise où Vincent Van Gogh avait fourni les 2 plus belles années de sa vie avant d’y mourir et dont on reconnaissait le regard, la présence, même dans les champs maintenant infestés de pesticides, d’engrais et de la destruction violente de l’agro-alimentaire (parler d’agriculture paraît trop beau)
 
Une des magies de Paris (qui en regorge), c’était aussi de pouvoir monter dans un RER, à la Gare du Nord (c’est-à-dire chez moi) et, comme un voyage dans le temps, de se retrouver, après 3 1/4 d’h, dans un village nervalien. Gérard de Nerval pour qui c’était déjà un voyage dans le temps que de revenir dans le Valois (un peu plus loin, en fait), en fiacre, après une représentation théâtrale dans laquelle il admirait une actrice, comme il en est fait le récit dans SYLVIE, l’une de ses meilleures nouvelles, écrite à la fin de sa vie (tirée de l’ensemble LES FILLES DU FEU). « Le narrateur est un jeune homme originaire du Valois monté vivre à Paris. Il y vit un amour chimérique pour une actrice de théâtre, Aurélie. Un soir, il décide de retourner sur les terres de son enfance. En chemin, il se remémore certains souvenirs de son passé : les femmes qu'il a côtoyées, le bonheur qu'il aurait pu saisir mais qu'il a laissé filer. En quelques heures, il revivra des scènes semblables à celles de sa jeunesse. Au cours du récit, les frontières entre le monde réel et un monde fantasmatique seront brouillées. »

Ça m’avait ému de voir le corps de Nicolas (que j’avais très bien connu) couvert des dessins de son enfant. Lui qui n’en voulait pas, d’enfant (ça lui avait été imposé par Marie), il en était immédiatement tombé amoureux. Il avait demandé à son fils de dessiner au feutre directement sur son corps et la taoueuse, ensuite, n’avait eu qu’à fixer les dessins ; l’enfant avait 4 ans quand il avait dessiné pour la première fois, il avait maintenant 11 ans. Nicolas aurait bien continué — il voulait un côté plein de tatouages et l’autre vide, mais la tatoueuse de toute confiance (une amie) avait bel et bien disparue

Nicolas Moulin avait répondu au sujet du bac philo dont Legrand corrigeait les copies : « Notre avenir dépend-il de la technologie ? » en disant : « Toute nouvelle technologie qu’on invente est forcément néfaste parce qu’elle nous dépasse. » C’était une très belle phrase, je l’avais notée. Il parlait d’un probable « plafond de verre », d’une régression énorme philosophiquement, de destruction, il disait : « On n’est pas mûrs pour les outils qu’on invente. »
Comme je lui demandais s’il était anar, il répondait : « Je ne crois pas assez au genre humain pour me définir comme anar. » « Je suis un peu anar, mais sans plus. » Il me parlait des peintres qu’il aimait, Félix Vallotton, le Suisse normand, et Walter Leistikow qui peignait des espèces de « coucher de soleil sur un lac », entre le sublime et le morbide

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Tuesday, June 10, 2025

L 'Intermittence

 

Il ne tenait qu’à moi et en lisant Dominique Fourcade, son dernier livre, Voilà c’est tout, je retrouvais cette jeunesse. Cette jeunesse de mon essence, immémoriale, ce temps devant

A Legrand, je n’ose pas lui dire la seule chose finalement que je n’ose pas : « Je t’aime », alors je le lui dis par mille manières, d’en faire un personnage, une ironie, je tourne autour, je l’entourloupe

Je l’astuce. Ça semble un jeu. Ça l’est. Mais le jeu profond du jeu, c’est « Je t’aime ». Et, là, on ne peut rien
On ne peut rien, je ne sais pas, mais on ne peut rien dire, oui, je sais

Legrand est la partie sociable de moi-même, la partie non-maudite. Nicolas Moulin, à son époque
(maintenant il semblerait plus sauvage)

« et moi, qui suis là mais suis-je là, je n’ai pas progressé, je continue de demander à la vie un cheek to cheek qui est indépendant du malheur, du bonheur, et se trouve être le grand intermittent du spectacle »

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Saturday, June 07, 2025

 
Hier en rentrant tard (les derniers clients) du café de la Gare, Legrand a trouvé par terre rue Pajol une chaine en or. Je la découvre aujourd’hui, à la lumière du jour. Il m’a proposé de me l’attacher. Ses mains autour de ma nuque à la fois malhabiles et habiles, cherchant, trouvant... mon amour ! En début de soirée, à la librairie Les Mots à la Bouche, j’étais allé écouter Julien Thèves qui a écrit une nouvelle érotique pour une petite collection qui s’appelle Pédale, pédale ! Il raconte une histoire réelle qui lui est arrivée, donc au passé, à l’imparfait, le désir qui perdure dans des corps qui s’usent, disait-il, et, inclut au conditionnel les fantasmes de ce qui aurait pu avoir lieu si… (si on l’avait bien voulu) (ou ce qui n’aurait jamais pu avoir lieu car ce ne sont que des fantasmes), enfin, les 2 entremêlés, le conditionnel et l’imparfait… J’aurais dû acheter le livre (4€) car c’est comme ça, me disais-je, que je pourrais écrire sur Legrand : à la fois sur ce qui est et sur ce qui pourrait être si… Ç’en était suivi un long palot sous le réverbère aux moustiques… avant qu’on se dise « à demain », après la pose du bijou… (La suite au prochain épisode.)

Mais Legrand m’a entraînée d’une chaîne dorée qu’il venait de trouver pour moi. Dans quelle catégorie l’écrire, ça, fantasme ou réalité ? Ça marche bien dans les 2 catégories…

Avant, au café de la Gare, comme j’avais sorti mon vernis à ongle, il m’avait proposé, il avait exigé, je dirais, oui, qu'il l’a exigé, de me le passer, lui. Il avait dit : « Quand j’étais gosse je peignais des maquettes… » Ça m’avait fait penser au dernier film de James Benning, Little Boy, mais je ne l’avais pas dit : il ne le connaissait pas. Les occasions de faire mon cuistre (le féminin n'existe pas) ne sont que trop nombreuses…

Lointaines cloches, à Paris, comme dans mon village
J’attends la pluie.
Elle vient.
Elle est là.
Je suis à l’abri.  
Route bleue...

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On vit dans un monde de réputations détruites

J’ai cherché un film porno. Ainsi donc, c’est vrai, tous les sites ont disparu. J’ai trouvé encore un film dans ma collection qui n’était pas tombé dans « le noir extérieur » comme il est écrit dans l’Evangile selon Matthieu. Un film sublime. Revu avec ferveur. J’ai pensé — devinez qui — à Legrand. J’ai failli lui envoyer le lien. Puis je me suis dit que c’était quand même intime de s’envoyer des liens de films porno qui nous plaisent, c’est presque comme baiser, non ?
Il y a des choses que je n’ose pas avec Legrand. Je suis pudique. Par exemple aussi, quand, à Brest, il m’avait proposé de jouer au confessionnal, lui se proposait de faire le prêtre et, moi, je devais me confier, lui raconter des salades. Je m’étais agenouillée et relevée aussitôt. Non, il y a des choses que je ne peux pas faire.
L’expression « raconter des salades », je l’ai déjà employée hier au café de la Gare (notre désormais célèbre spot) pour raconter l’histoire à Etienne. Ça m’en rappelle une autre qui a plu à Etienne, j’avais dit : « Ils sont sympa chez Apple [j’y avais passé l’après-midi], mais ils nous tondent ! » Ça lui a plu. Je lui ai dit qu’elle n’était pas de moi, que c’était un client comme moi chez Apple et que je l'avais notée, on avait échangé quelques phrases…  
Le café de la Gare, on y va pour revoir apparaître Chloé. Ce café au bord de la ville, au bord de la jupe de la ville, the outskirts of the city, those border places... avec Chloé qui justement était sans jupe. La jupe arrachée, les bas filés et elle pleurait, des fleurs devant elle et le rimmel fatigué… Chloé… On en sait un peu plus maintenant sur Chloé ; Legrand, avec les quelques indications qu’on avait, l’a retrouvée sur Wikipédia. Elle chante ce soir au Truc (près du Père-Lachaise), une sorte de cabaret « féministe ensauvagé » où son groupe, je mélange un peu, s’appelle « Ivresse Vaginale », ah, non, ça, c’est la sœur de Legrand qui s’appelle aussi Chloé, je ne sais plus…



« Aujourd’hui, nous sommes des cyborgs ; demain, j’espère que nous redeviendrons des bêtes. Et j’ai l’impression que c’est un peu là que tu nous amènes… »

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