Saturday, January 31, 2026

D es personnages romanesques


J’ai conscience de l’horreur de vivre, c’est-à-dire pas tellement de vivre, mais de vivre au-dessus, partout, en deçà du gouffre du néant (c’est peut-être le sens du nouveau titre de Bertrand Scheffer : Néant Bonheur…) Mais, vivre, je le voudrais ! sans penser à demain, demain la mort. On n’y pense pas, on s’endort et puis c’est tout. Mais le fait est que j’y pense
Mais que la foule est douce, dernier état ou presque qu’il nous reste de la nature…

Je pensais que Maxence avait rencontré un collègue dans cette gare matinale où les trains avaient du retard, mais, non, l’acteur supposé était l’essayiste Pablo Servigne (dont Maxence me dit ensuite que son meilleur livre était L’Entraide, l’autre loi de la jungle)

Maxence, pour parler, abordait la non rationalité écologique des tournées à la française — sur le modèle de celles de Jean-Baptiste Poquelin — et Pablo disait que les fourmis savaient toujours quel était le plus court trajet. Elles vont partout, les fourmis, mais elles déposent sur leur passage des phéromones qui s’évaporent peu à peu : là où ils restent le plus présents, c’est le chemin parfait, le plus efficace. Pablo Servigne disait qu’on avait inventé « une fourmi informatique » pour résoudre comme ça des histoires de rationalité des trajets

Il y avait des gens très beaux dans le TGV d’un presque printemps. Je pensais à la phrase de Marguerite Duras « Aucune existence n’est enviable », mais pourtant… ce garçon très beau avait forcément une femme très belle… Il y avait un enfant déjà, un autre dans le ventre, les yeux très beaux, les corps en volume. (L’homme feuilletait Les 5 piliers de la Sagesse de Frédéric Lenoir) 
 
J’avais décidé de me prendre en main... — combien de fois l’avais-je écrite, cette phrase, dans ma vie ? Si j’étais fourmi, je saurais combien de fois j’étais déjà repassée là


*

J’avais entendu à la radio qu’on pouvait perdre du poids non pas en mangeant moins, mais en mangeant plus

J’avais entendu ensuite, c’était dit par cette actrice, Charlotte Rampling : « au risque de l’amitié cachée, folle-éperdue-infinie, pire qu’un amour » et ça m’avait ramenée, presque de force, à ces histoires que j’avais inventées avec Bobo ou Legrand, des histoires à sens unique dont j’avais fait les questions et les réponses. De temps en temps, Legrand m’écrivait des messages qui commençaient toujours par « Alors, tu m’oublies ? » C’était vrai, je profitais de ce travail qui m’éloignait pour essayer de ne plus y penser (ni à lui ni à notre histoire), une sorte de « Dry January »

Toute homosexualité me dégoûtait et Legrand était trop pédé pour moi (Bobo moins bégueule…)
Mais la réflexion n’était pas la vie et j’étais vouée à réfléchir, hélas, hélas…

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Saturday, January 03, 2026

L es Isolés par leur bonheur de vivre

 
La mer que je ne vois pas (nous allions vérifier),
La ville que je ne vois pas

Un temps détraqué (d’averses et de soleil) toute la journée, zones d’ombre et de lumière, le zèbre comme modèle
(où avait-elle lu ça ?)

Oui, parfois (et cela lui arrivait souvent), elle pouvait être au bord des larmes à cause de sa situation à elle, cette compassion à son égard pour sa faiblesse ; être si faible et en même temps si méritante de cette faiblesse-même. De faire si peu : ce qu’elle pouvait — et encore moins que ce qu’elle pouvait —, en fait, pouvait lui tirer les larmes

Ces larmes venaient aussi de la douceur ou de la douleur d’être contenue par la vie, par une soirée, par un calme, par un silence, pas submergée

Je suis dans une rue de l’Europe. Une nuit de l’Europe. Je suis à Bruxelles dans un territoire vaste en plein ciel. Quelle est cette population qui dort ?
Les villes sont vides de mes suspens

La bienveillance qui nous tombe parfois dessus, parfois dessus dans la vie

(On souffre de vivre en « pas assez », jamais en « trop »)

Peut-être pouvais-je espérer « tomber gai » comme on dit « tomber triste »



Je suis dans une ruelle d’Europe, l’air est liquide

Le vent s’est levé, cette ville dont je ne sais rien

Maintenant, un voyage : un voyage sentimental



Les isolés par leur bonheur de vivre

« Et les chagrins lourds, les peines qu’on bricole »
 
 

***


Dans une maison froide comme un château



Legrand parle de concentration quand il veut corriger des copies : « On fait un peu de concentration pendant 1h1/2… »

On a promené le chien de Betty. La sœur s’était trompée de clé, elle n’ouvrait pas la maison. C’était le 25 décembre, il faisait un froid de canard, tout le monde était en famille, aucun des voisins n’était là. Aucun bistrot non plus et personne sur les routes. On errait sur la lande pour passer le temps, pour y mourir peut-être (moi, je voulais m’y laissée tomber). Et puis la mère n’avait pas eu Betty au téléphone, mais — une chance — l’une de ses filles (Daphnée) qui nous avait guidés pour entrer dans la maison fermée : par une fenêtre, en fait, qu’on pouvait ouvrir de l’extérieur ; moi, j’étais restée dehors, Legrand n’avait pas mis 30 secondes pour trouver,
bien rangée dans le tiroir d’un vaisselier, l’enveloppe blanche qui contenait les clés, les nôtres et d’autres. Le chien enfermé n’avait pas bronché, du tout, semblant trouver tout naturel qu’on entre par la fenêtre, seulement déçu de ne pas ressortir avec nous, un très mauvais chien de garde, aussi ami avec l’inconnu qu’avec le connu, le contraire du chien de Suzanne. Le lendemain, quand on était revenus remercier Betty, lui offrir une jacinthe violette, on avait proposé de sortir son chien qui sauta de joie dans sa langue muette : « Quelle bonne idée ! » C’était une chienne d’ailleurs : Aika. La chienne était aux anges de la promenade, courses, vent, poursuites, baignades réitérées dans l’eau glacée, vivre…

Je me demandais si j’avais fait une photo potable du chien car j’aimais beaucoup les chiens — sans doute pas, mais j’aimais aussi beaucoup Legrand et je m’étais longtemps demandée si j’allais pouvoir faire un jour des photos potables de Legrand, mais je considérais maintenant que j’y étais arrivée, à faire des photos de Legrand qui me plaisait


J’étais persuadée de ma fureur, de mon intérieur, de ma paresse, de mon retrait, oui, cet amour me retirait du monde. Je m’en enrobais comme d’un suc, je me décorais avec, je me pendais avec le fil qui me servait à tapisser ma toile
Je me laissais mourir
« Finir mes jours tranquille », avait dit Betty. J’étais comme elle, dans l’absolue déglingue de ma vie entière, ses souvenirs et cet oubli qui la constituait plus solidement (les souvenirs n’étant que des images aux murs) qui représentait aussi, cet oubli, mon amour, ma manière d’être, ma frayeur, ma peste, ma sécurité, mon océan, ma perte et, j’y reviens, ma paresse
Le grand amour. Il me semble que, quand j’étais plus jeune, j’avais dû employer cette expression…

Ma langue étrangère


Bobo aimait tellement les femmes qu’il détestait les hommes. D’un côté, la beauté, de l’autre, la laideur — et puis : des rivaux. Bobo était le gardien de toutes les femmes. Fantasmatiquement, Bobo honorait toutes les femmes pour les extraire, les sauver de leur commerce avec la laideur des hommes ; Bobo se définissait comme « lesbien »

« Je m’accroche à ma colère », avait écrit France, mais Legrand effaçait le plus souvent l’immense littérature qu'elle lui envoyait au fil des jours et des nuits de souffrance, le plus souvent, mais certaines formulations, quand il m’en faisait lire, me prenant à témoin, me demandant ce qu’il pouvait leur répondre étaient très belles
Certainement il y avait là toute la matière d’un livre, mais France l’écrirait-elle ? l’oubliait-elle ?

Legrand avait beaucoup aimé France, il avait beaucoup souffert, ils avaient beaucoup souffert ensemble
Ils auraient pu être heureux, ils l’avaient été, beaucoup, trop peu, ils pouvaient l’être encore. Ils pouvaient. Se fuir, ils pouvaient se retrouver. Ç’avait été si sexuel, si instinctif (mais Legrand ne croyait pas à cette distinction inné / acquis)
Ils étaient comme frère et sœur, chien et chat

Mes chaussures au bas de l’escalier : je croyais toujours que c’était un chat noir

Nous avions fait une promenade. Il y avait des « Fata Morgana » sur la mer. Des villes, des immeubles au-dessus de l’eau, des villes. Ou des falaises qui remplaçaient les plages. Toute promenade ici était magique. Les mer des deux côtés.
C’était la plus belle journée du monde. J’étais avec Legrand. J’étais seule avec lui. Betty m’avait appelée « Madame ». C’était le 26 décembre, une date extraordinaire. La mer était tellement à l’extérieur, elle était à l’extérieur des deux côtés de la maison et la maison était transparente. Il y avait des bêtes qui la traversaient du regard — et, comme l’on sait, seules les bêtes ont un regard

La maison était vendue, ce qui l’a rendait plus belle encore. Ce n’était déjà plus une possession

« Descartes se sert de l'argument du rêve dans les Méditations métaphysiques pour montrer le caractère incertain des informations données par les sens. L'argument prend ainsi place dans une suite d'expériences de pensée : les illusions d'optique, puis la folie et le malin génie. Descartes met l'accent sur le caractère réaliste du rêve, et la difficulté de le discerner de la sensation à l'état de veille : « Combien de fois m’est-il arrivé de songer, la nuit, que j’étais en ce lieu, que j’étais habillé, que j’étais auprès du feu, quoique je fusse tout nu dedans mon lit ? » »

Dans la maison pure, la maison certaine

Le 27, je m’étais baignée

Perdez-moi le livre que je lis

La maison, passage de l’eau, comme une grande baignoire

Cette vie, ce visage vont trop vite

A peine la journée commencée, à peine la nuit va s’achever…
Sortirai-je au crépuscule ?

« ténébreuses lectures de Pierre Loti »



Souvent je pense à cette remarque de MD. On était dans une voiture, j’étais à l’arrière et on allait descendre la Seine jusqu’à son embouchure, je ne sais plus à quelle occasion. Je crois que Claude Régy conduisait. Et tout de suite — on était encore à la hauteur du Louvre — Marguerite s’était tournée vers moi et avait dit, scandé : « Je voudrais que Marie-Noëlle se rende compte que c’est la Seine ! » Une injonction. J’essayais de toutes mes forces de me rendre compte que c’était la Seine.
Et, maintenant, je suis à la mer. Dans l’isthme de Quiberon. Il y a de l’eau de chaque côté. La maison est transparente. Côté baie et côté large. C’est l’océan. « « Je voudrais que Marie-Noëlle se rende compte que c’est l’océan ! »

Legrand m’avait montré le bord, ce bord qui l’émouvait, là où la vague vient lécher — et l’infini. L’infini qui vient au bord, qui a un bord
et l’on peut se tenir là, comme on l’était, vraiment au bord


Legrand m’avait lu du Descartes aujourd’hui. On était au soleil, derrière la vitre triangle, à l’étage, on se touchait comme des enfants ou des amants que nous n’étions pas (mais, alors, pourquoi ce naturel suranné de l’affectivité ou pourquoi pas ?) et Legrand m’avait lu le texte de Descartes, une méditation, la plus célèbre ou l’une des plus célèbres, fameuses, il m’avait dit : « Je lis seulement le texte, je ne commente pas », mais il avait commenté, en fait ; ainsi tout était cadeau ; nos corps qui se touchaient comme ceux d’enfants ou d’amants que nous n’étions pas, le soleil qui nous chauffait derrière la vitre triangle et nous, allongés sur des coussins au niveau de cette vitre triangle, ce coin du bonheur, l’un de ses préférés de cette maison du bonheur des années 70, si délicate maison d’architecte…
« Amour, hélas ! des formes vagues, des teintes roses et bleues, des fantômes métaphysiques ! » (Nerval)
« Le navire se balançait lentement sur place, en rendant toujours sa même plainte, monotone comme une chanson de Bretagne répétée en rêve par un homme endormi. » (Loti)



Bobo a une très belle bite, ce qui explique les jalousies qui l’entourent et qui explique aussi ses vantardises

Il a, en ce moment, cinq ou six maîtresses « en pied », mais je ne suis plus autorisée à en parler ici car cet imbécile leur vante — à chacune — mes écrits publics, ce qui les amène forcément à se surveiller entre elles. Je ne ferai même plus allusion à leurs nationalités, les femmes — les femmes de Bobo —, au fond, sont toutes les mêmes, bien qu’exotiques, toutes des femmes — et Bobo a la tête qui tourne

L’air était sec, on voyait la nuit avec toutes ses étoiles bien rangées parmi leurs constellations et parfois un peu en désordre (tout du moins pour moi qui ne les reconnaissais pas assez) comme encore en chantier…
La maison était à pleurer, de jour comme de nuit, elle était silencieuse, parfaite, pure. L’escalier, magiquement, ne craquait pas…

L’air était sec, on voyait les étoiles, c’était rare ; les constellations, voulez-vous que je vous les dessine ? Il n’y a pas de sottes explorations

Titre : Aimer les moches

« car Bobo aimait la plaisanterie, et il l’aimait même un peu risquée »

« puis le jour déclinant nous versa son silence dans son crépuscule » (d’Aurevilly)

Je suis la communauté de moi-même et des livres que j’y lis (je lis dans moi-même) jusqu’à la mort



Dans l’épaisseur du demi-jour
Legrand est parti courir
Je vois les traces de doigts qu’il a laissé sur le sel de la vitre de ma fenêtre, s’étonnant de ce sel à l’intérieur
comme une griffe, comme une griffe
Il a mimé aussi, me rejoignant, une saillie animale, bestiale me laissant un sourire d’ange essayant de vivre au maximum la situation fantasmée (son excitation à mon égard, les « derniers outrages », etc.)
Le passage de ses doigts révèle l’éclat du soleil d’or ; on dirait aussi traces glacées dans de la neige, comme trois ornières d’un chemin
Ô l’hiver ! ô l’amour ! ô la neige comme la mer
comme le père,
comme le froid
comme le sel
Je ne me suis pas baignée aujourd’hui
Il faut de temps en temps avoir peur
Pourtant le temps était parfait, plus pur encore, plus sec (plus sex, j’avais tapé) que les autres jours
On a vu une fille se baigner, ce matin, on l’a cru nue quand elle est entrée dans l’eau, malgré ses chaussures, ses gants, son bonnet, comme une tenue de ski de film porno (ou dont l’essentiel manquait), mais, quand elle en est sortie — nous étions plus prêts —, elle avait un maillot de bain rose



Mon monde prisonnier placé à l’endroit de l’infini, à l’endroit du bord de mer

La chienne tout à l’heure ne comprenait pas pourquoi Legrand lui lançait des cailloux dans l’eau qu’elle ne pouvait pas aller chercher. Elle ne pouvait pas parce que je ne voulais pas, moi, entrer dans l’eau toute habillée avec elle, la laisse rétractable atteignant vite sa limite (injonction contradictoire)
J’avais dit à Betty que la chienne adorait entrer dans l’eau, ressortir, se sécher et y retourner… « Ah, c’est une fille de la côte », m’avait-elle répondu avec un parfait sourire édenté, une expression que j’avais donc prise un peu pour moi ; moi aussi, j’étais une « fille de la côte »

Il y avait un invraisemblable couchant. Comme toujours quand les couleurs arrivaient, le si moderne des couleurs, je me demandais comment les hommes anciens, les hommes préhistoriques les voyaient…
Tout ce qui était si kitsch, si « carte postale », si 70… comment, qu’en faisaient-ils, de ces couleurs ? (certainement pas du papier-peint)

« Par terre on se dispute, mais au lit on s’explique et sur l’oreiller, on se comprend ! » (Hôtel du Nord)

Ce qui est la plaie, c’est de croire que le monde est fait à partir de soi, de son époque. Par exemple, aujourd’hui, BB est morte et tout s’explique par la mort de BB
Non, le monde est fait à partir du plus lointain — et nous n’y sommes pour rien, justement nous, les vivants
Il est fait par les morts, de si loin
Et les morts ont cru plus loin que nous
Ils ont cru aux couchers de soleil, probablement
Ils ont cru aux maisons sur la plage, probablement
Ils ont cru
Ils ont chanté Ramona
Ils ont cru aux bêtes, probablement

Le silence (il n’y a pas d’autre luxe), entourée d’eau, d’air, entourée d’eau
Legrand est en bas, qui coupe du bois

Je suis dans l’extrême liberté (parfois ça fait peur)

Je ne savais pas que la vie était si profonde
Avec toi, je le sais

Tout ce qui vient du présent empêche le temps



L’éthique : être au plus prêt du plus faible ; le plus faible : le vivant qui nous entoure
L’ambivalence sexuelle

« Les cafés où l’on noie tant de nostalgies »

Legrand me montre une scène sur laquelle il s’est beaucoup branlé. C’est dans le Nom de la Rose, une scène de cul, le moment où la petite sauvageonne (qui vient voler je ne sais quoi) se jette sur le novice à l’air très niais et qu’elle dépucelle
C’est vrai que pour un jeune tempérament comme Legrand, ça devait être qqch…
Il me parle aussi d’un film érotique enregistré par erreur par sa grand-mère après la fin de la Cité des enfants perdus et qu’il regardait chaque été avec ses cousines
Il y avait aussi — mais, là, j’ai moins écouté — une chose qu’il regardait à la télé qui était dans la chambre de sa mère, la zapette à la main et en action si quelqu’un approchait (et que faisait l’autre main ?)

Il me dit que cousin Achille aime beaucoup Barbara ; il me demande de lui choisir des chansons. Je choisis Parce que, Cet enfant-là, Monsieur Victor, Hop là !, Regarde

Legrand me raconte des histoires de cul. On est allongés sur son lit. Des passants passent et nous voient. Par exemple, cette scène avec cette fille et Emmanuel. Je propose qu’on fasse pareil avec une fille imaginaire. Ça le fait rire

Je ne regarde pas le ciel, aujourd’hui, la mer. C’est gris. Legrand se plaint. Je dis que c’est très bien, qu’on aura moins la nostalgie de partir, il dit qu’on n’en est pas encore là, à partir
Pour moi, je lui réponds que j’en suis toujours là, à partir, et, ce qu’il y a à gérer, c’est la tristesse — qu’un ciel gris atténue ou qu’un soleil bleu amplifie

On a eu un si beau temps, c’est du passé. Mais toute ma vie, pour moi, c’est irrémédiablement du passé. Tout le bonheur

On était seul ici, lui et moi. Il savait que ça me faisait plaisir et il était heureux que ça me fasse plaisir. Son plaisir, il en était plutôt peu disert, assez discret. Il n’en était pas comme moi à toujours le clamer ou m’en plaindre, à en faire le récit, de son bonheur. Il le vivait sans les mots pour le dire
Pas besoin de l’aide des mots

Il fait très bien la cuisine. Je ne comprends pas qu’une fille n’ait pas réussi déjà à mettre son grappin. Il a tout pour lui, tout pour faire le bonheur, mais, lui, ce qu’il préfère, c’est la conquête. La conquête sexuelle est aussi la conquête de la liberté. Il n’est opposé à rien, mais la liberté, l’anarchie

Pour lui, l’amitié occupe la place de l’amour. Je ne veux pas qu’il aille voir un psy parce qu’il s’apercevrait peut-être de ça : l’amitié occupe la place de l’amour
A la place où je suis et n’ayant droit qu’à l’amitié, je suis consciente de mon privilège…

On vit dans l’indifférenciation du commencement du monde. On est aujourd’hui le 29 décembre

« Y a du soleil ! » prévient Legrand du fin fond lointain de la maison. Mais je m’en étais moi-même aperçue (de ma mansarde de lecture)
Je crie : « Ouais ! »
Il dit encore qqch que je ne comprends pas



Je voudrais rester toujours, je voudrais n’avoir aucune obligation jamais ni même celle de lire…

Je n’existe pas ; c’est là que je veux le mieux être heureux

J’entends son silence
Il entend le mien
On lit chacun dans un coin de la maison
Il n’y a pas de sexe entre nous

Ma vie, mes vies sont comme toutes possibles, ici

Il y a des jeunesses et des jeunesses disposées, disponibles là ou ailleurs

Chantal, de « L’Annexe » m’a fait la bise et a demandé à Legrand s’il pensait qu’il allait neiger
Legrand, gentiment, a regardé sur son téléphone

J’ai dit que la neige n’avait pas lieu en-dessous de zéro, mais Legrand a pensé que je disais une stupidité
Je n’en sais rien après tout
Mais bien sûr qu’il ne neigera pas

« Oh, j’avais oublié que j’avais fait l’amour ici avec Valentine… », voilà ce qu’il me dit soudain d’en bas. Et moi : « J’entends pas ! »

On aimerait bien aller à Royan
Dans une des belles maisons de Royan



Le besoin incroyable de ce garçon
 
« La raison, comme un tabouret » (Rabelais)

Ce matin du 30 décembre, Legrand m’a proposé le mariage. Je le note ici parce que c’est pas fait (Legrand, souvent, lance des projets en l’air), mais, tout de même, ça m’a fait bien plaisir, vous pouvez imaginer, je ne touchais plus terre
Me marier avec Legrand !
Du coup, j’ai écrit à Bobo que je ne le retrouverai pas à Lannion, que je venais de passer une semaine magnifique avec Legrand, qu’en plus il m’avait proposé le mariage, que je l’aimais toujours, mais que je ne voulais pas mélanger les torchons et les serviettes comme une vulgaire traînée qui passe d’un corps à l’autre

A l’attente des crêpes-saucisse, le petit vieux qui était devant moi et qui venait pour une commande a donné son nom comme suit : « Legrand, en un seul mot ». Je lui ai dit que mon ami qui était à la poissonnerie s’appelait aussi Legrand : « En combien de mots ? », m’a-t-il demandé

Lorient comme Dubaï
Carré blanc ensoleillé
La maison / le dehors
« Ah, j’aime bien quand la mer est comme ça », me dit Legrand
La mer, sue par cœur !
Legrand dit que le poissonnier lui a dit du merlu : « Plus c’est petit, plus c’est bon… » Mais il ajoute : « Contrairement à autre chose… »

(Maintenant Legrand me dit que, s’il m’a proposé le mariage, c’est parce qu’il y avait la Marche Nuptiale à la radio)

Je suis presque heureuse avec Legrand, presque heureuse en totalité

Legrand m’a demandé de lui lire Le Rideau cramoisi, la première nouvelle des Diaboliques, très érotique, mais il s’est endormi. C’était sur la petite mezzanine de la fenêtre triangle orientée Sud. La coiffeuse aussi (c’est un autre point commun) me demandait de lire à voix haute pour l’endormir

Demain sera fini
C’est quand le livre est presque proche du désespoir que j’arrive à le lire — et de la mer

Les portes sont restées ouvertes de toutes les chambres où j’ai été dans cette maison — chambres du haut, chaudes, chambres du bas, froides. La porte de la chambre de Legrand est restée fermée
Le bien et le mal que me fait Legrand, je l’aime

France, après avoir bloqué Legrand sur WhatsApp pendant plusieurs jours, a fini par lever son interdiction. Il lui a dit : « Tu me manques » et elle a répondu : « Moi aussi »

Je relis Un barrage contre le Pacifique. Je suis frappée : c’est de 1950 et c’est exactement ce qu’elle a écrit à la fin de sa vie
C’est Duras absolue, libre, obsédée

Tout ce que fait Legrand me console

Ce gag de l’IA
Ce gag de tuer toutes les espèces

Qu’est-ce que je pouvais bien comprendre, adolescente, de ce que je lisais. C’est drôle que Marguerite Duras m’ait prise en amitié
Comment même est-ce possible ?

La maison est de l’architecte Bernard Guillouët

On reste finalement. On devait partir demain, le 31, Legrand a pris des billets pour le 2. On passera le réveillon ensemble
c’est étrange,
ensemble et peut-être seuls

J’ai dû dire à Bobo que je ne le rejoignais pas. Il m’a répondu : « Je ne t’en veux pas, mais je suis un peu triste. » Bien sûr, le bonheur des uns fait la tristesse des autres

Dans ma nuit, dans ma chambre, je caresse la peau de mes couilles et je pense que ça doit être comme ça, la sensation, de caresser la peau des couilles de Legrand, pas plus, pas moins
Il me donne tout, Legrand, un peu en vrac, mais il me donne tout, je peux tout prendre — et, ce qui manque, je peux le styliser
dans mon demi-sommeil

« Ma question, c’est : pourquoi tout le temps des rôles des femmes on les donne aux femmes et les rôles des hommes on les donne aux hommes ? » (Gad Elmaleh, à la télé dans le personnage de Chouchou)

Ses yeux très clairs, gris ou bleu, ses yeux d’aveugle
Avoir faim, avoir soif, avoir envie d’une femme

Je suis heureuse
dans ma petite chambre
sous la lune extraordinaire
sur la mer


Aujourd’hui, c’est moi qui me suis levée la première
C’est moi qui ai eu la première vision immémoriale de la couleur
bleue sur la mer

Sur France culture on passait une émission sur la Guerre du Feu (le film immonde qui a servi aussi les premiers émois sexuels de Legrand). L’imaginaire de la préhistoire. « L’environnement, il n’était pas plus — ou moins — hostile à la préhistoire que maintenant »

Ce matin, Legrand a besoin d’être seul ; je l’ai à peine serré dans mes bras ; il est parti avec son tas de copies, une banane, avec l’idée de rapporter des langoustines, d’aller à la piscine, « de ramener une fille », j’ai rajouté
Qu’est-ce qu’il va devenir tout seul avec moi ?
Parce que c’est comme ça qu’on va vivre. On va vivre tous les deux au bord de la mer — et comme on sera seuls au monde, il finira par me niquer
Il finira même par me faire un enfant, qui sait ? à force — et on recommencera la race humaine. On retournera dans la préhistoire en couleur

On entend maintenant la voix de Robert Badinter : « Il n’est pas d’homme sur cette terre dont la culpabilité soit totale »

J’envoie à Legrand une phrase pour lui : « Dès qu’on a été dans l’auto, sous le bungalow, je l’ai basculée sur le siège arrière et je l’ai baisée. »
Je suis très émue par ce roman (le Barrage) parce qu’il y a tout Duras, pas plus, pas moins, dedans ; tout ce qu’elle pensait est dans le roman 1950

Virilité / vérité

Legrand me tient captive comme un oiseau

J’avais envie de l’appeler par son faux prénom aujourd’hui. Le patron de L’Annexe l’avait appelé ainsi, Legrand avait dit qu’on l’avait souvent appelé ainsi, qu’on s’était trompé souvent



C’est lui qui fait la cuisine. J’ai voulu faire quelque chose, j’ai voulu faire une mayonnaise, mais la moutarde était au frigo, j’ai dit que ça ne marcherait pas. Il a voulu la faire lui et, malgré tous ses outils, le fouet électrique je veux dire (que, moi, je n’ai jamais utilisé), il a raté la mayonnaise
Auparavant je lui avais dit de faire attention à ne pas trop cuire les langoustines. Ça ne lui avait pas plu. « Ça fait quarante ans que je fais des langoustines… » C’est marrant qu’il ait dit quarante ans, puisque il ne les a pas (il a trente-cinq). Il m’ a dit : « Si tu râles… » Il m’a dit que France râlait aussi alors qu’il la nourrissait pareil
Mais, moi, je veux bien qu’il fasse la cuisine et je ne râle pas
Pendant qu’il corrigeait ses copies, tout à l’heure, je lui ai massé les pieds. Je pense que j’ai contribué à hausser un peu les notes. Il me lit les perles : « Dès le Moyen-âge, les croyances étaient déjà d’actualité »
Les pieds à masser, c’est un beau cadeau qu’il me fait, je ne sais pas s’il le sait. Aux bout d’un moment, je finis par donner quelques mimi, ça, ça va, mais si je me mets à les lécher, là, ça ne passe pas. Faut rien exagérer.
Sur France Culture tout à l’heure pendant que je revenais des courses, une femme parlait d’un homme qui avait un don d’hypnose et qui volait les diamants par cette méthode, ça lui était arrivé, en Belgique, alors qu’elle était une jeune employée de 25 ans…
Je lui fais enlever son pantalon. Ses jambes ne me plaisent pas, presque glabres. C’est là que je lui parle de l’hypnose. Il fait le sévère : « Il s’agirait d’un viol »
« Qui parle de viol ? Il s’agirait plutôt d’un accès de tendresse… »

C’est le 31. A un moment, Legrand va grogner, il aura faim. Moi aussi, j’ai faim
J’ai déjà faim

« Que dans l’amour les différences puissent s’annuler à ce point, elle ne l’oublierait plus. »

Marie Plantin m’a appelée tout à l’heure, elle veut faire un portrait de moi. C’était pendant que j’étais avec Legrand sur la mezzanine. J’ai demandé à Legrand la permission de répondre, c’est très rare qu’on m’appelle
Et je parlais avec Marie Plantin (qui m’admire, qui me flatte), mais pour Legrand aussi : je me faisais mousser

La lune a beaucoup grossi depuis notre arrivée. Cette nuit encore, on la verra sur la mer. Je me suis demandé les nuits passées comment décrire l’effet qu’on a en face, à le toucher… reprenons les mots de Nietzsche (que Legrand vient de me lire) : « pâle, scintillant, muet, monstrueux, reposant en soi-même »
« Le grand silence de la mort », me dit encore Legrand



Aujourd’hui, 1er janvier, Legrand ne se lève pas ; je n’ai pas frappé, je le laisse dans son tombeau de cette grande maison vide

Je tremble de froid, toute habillée dans mon lit et après une douche brûlante qui a vidé le ballon, mais c’est normal
Il y avait du givre sur le sable
Cette nuit, lorsque nous avons rejoint L’Annexe (Philippe et Chantal) à Portivy, les reflets de la lune sur les toits d’ardoise faisaient de la neige
Lorsque nous sommes rentrés, nous titubions (surtout Legrand qui s’était attaqué au rhum, moi au whisky, c’est tout de même mieux, ça s’attaque au foie, pas au cerveau). Legrand était si démuni, si amical, mais ce matin nous nous sommes disputés. Sa famille arrive tout à l’heure

Le paysage est comme un miroir, symboliquement, le 1er janvier, mais tous les paysages sont des miroirs
Les paysages avec l’eau bleue, la neige blanche

A minuit, Legrand m’a embrassé sur la bouche, son maximum

« D’un jour, elle en faisait deux » (à propos de Françoise Sagan)

« Je sais que nous voir était quelque chose de magique
Je sais qu’être ensemble était quelque chose de magique » (Juliette Gréco à propos de son amitié avec Françoise Sagan)

Le gâchis de ce premier jour de l’année, quand même

« Nous estimons que la Vie, dans son œuvre, est trop excessive, qu’elle est trop erratique, que son génie est trop brouillon.  »

Beaucoup de gens (de femmes) se demande qu’elle est la nature de notre relation à Legrand et moi. Mais elles ont raison de n’y rien comprendre ; est-ce que j’y comprends quelque chose, moi ? Je le disais l’autre jour (je ne sais plus trop quand, il y avait des bords de mer, du sable, un sentier)
Elles ont tort d’utiliser ce mot à la mode : une relation « toxique », mais, sinon, c’est vrai que c’est étrange
Legrand me donne tout ce qu’il peut me donner, mais il est une porte fermée
Et, moi, qui suis-je, plaintive écrivaine ?

Maintenant sa famille est là et, moi, qu’est-ce que je fais ? j’écris ma relation à Legrand. J’entends leur vie heureuse, peureuses, leurs rires comme s’ils étaient nombreux

Dernière promenade avec la chienne, mais la chienne préfère Legrand, c’est indéniable. Tout le monde préfère Legrand… On accepte les soirées, que les soirées viennent tôt ici. Betty, quand je suis allée chercher la chienne et que je lui ai souhaité une bonne année a dit : « Surtout une bonne santé ! C’est la santé qui compte, le reste, on s’en fout »
Legrand n’a pas compris comment on pouvait renoncer à tout sauf la santé, mais, moi qui suis déjà du côté de la descente, je comprends très bien. A un moment, on n’a plus besoin que de santé…

J’ai dit à Legrand qu’il fallait qu’on fasse une photo où l’on était tout les deux. J’ai attendu que la dernière personne sur la plage viennent jusqu’à nous et je lui ai demandé. Elle a dit : « Je me demandais ce que vous attendiez)



Dans la nuit du retour à Paris, dans le froid, j’ai fini le Maigret que j’avais commencé dans le train. Maigret et l’homme seul. On s’était disputé encore dans le train. On avait eu honte que le ton monte, les insultes, les menaces, mais on s’était rendu compte (tous les deux, mais chacun pour soi) que tout le monde avait des écouteurs aux oreilles, on aurait pu tout déballer (on l’a fait) en toute intimité. Impunité. Personne n’entendait. Ça nous avait calmé, je crois
Mais je crois que Legrand me méprise . Il faudrait que je lui demande (si je le revoyais) s’il a l’impression que je le méprise…

On se dispute toujours pour la même chose, ç’aurait été pourtant facile d’éviter le sujet

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Je ne suis pas malade, je vais me le dire, maintenant, c’est trop facile, la maladie — ou trop grave…
Le chien aboie dans le village, c’est un village imaginaire — et un chien — et c’était si peu, un bref jappement parmi la ville
La ville est morte ou comme une mer ; l’arbre est à-moitié brûlé. Elle est silencieusement tout un monde
Elle semble végétarienne ; il n’y a presque plus rien, un désert, mais il y a déjà eu tant de déserts…

Je lis un roman où il y a une fille et deux garçons. Bien sûr, les deux garçons sont Bobo et Legrand



Je retrouve dans des vieilles photos sur mon tél où je veux faire de la place l’arrière-petit-fils de Charlie Chaplin que j’ai perdu de vue, je me demande ce qu’il est devenu… A vrai dire, je ne me souviens plus non plus si nous avons été amants — ou seulement la passion brève et brutale d’une amitié. Je me souviens de peu. Les photos, parfois, ne me rappellent rien. Ni même les noms

Proche et lointaine silhouette, autorité des maisons… il y a le grand immeuble au sommet de la colline, cette tour… Altitude 100

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Monday, December 22, 2025

U ne affection d'enfant, un amour de femme

 
Bobo&Legrand a ce soir des yeux marrons, si mâles, si enfantins, des yeux d’animal, en fait
Demain au réveil de la nuit d’amour, il aura, j'en suis certaine, des yeux bleus d’amoureux (les plus dangereux)

Bobo&Legrand est un homme à femmes. Cette expression désuète. Roman de Sagan. Ça veut dire : désir effréné des femmes — attitude désuète — les femmes, à notre époque, désirent qu’on les laisse tranquilles (mais pas toutes) (certaines : femmes à hommes, désir effréné des hommes)

Moi, tout simplement, je m’identifie aux deux. C’est ma jonglerie. Je suis la femme et l’homme qui aime la femme. Bobo se définit comme « lesbien ». Legrand ne se définit que comme lui-même

Bobo&Legrand est le double des femmes qu’il aime, sœurs, filles, maîtresses, amours, mères…

Bobo et Legrand ne s’aimaient pas entre eux : des rivaux. Mais Legrand couchait occasionnellement avec des garçons. Bobo était plus pur

« Entortillée dans mes draps, je crois me souvenir de toi 
Lorsque tu disais tout bas que tu n’aimais que moi ! »

Maintenant, je serai seule comme au bord de la mer, de la rivière ou du lac, maintenant je serai seule à la piscine, même

Bobo&Legrand est un beau, mais aussi un bon, garçon

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Saturday, May 24, 2025

E rotisme

 
Mon (h)éros, Legrand, je commence à en avoir marre. Un peu comme Arthur Conan Doyle avec Sherlock Holmes, je ne serais pas opposée à le faire mourir ou disparaître par un moyen ou un autre (le dénoncer ? l’enfermer dans le château d’If ?) Mais on m’en redemande ! Hier soir, j’étais chez DI pour un peu de saké, il y avait Anne et Jérôme aussi, et Legrand était un sujet de conversation qui plaisait, qui revenait : « Où en es-tu avec Legrand ? » Eh bien, je ne l’ai pas beaucoup vu parce qu’il y a eu Bobo… On se met à comparer pour moi Bobo et Legrand. Je les aime d’un amour équivalent, j’aime l’un et l’autre, mais DI arrive à me faire reconnaître que Legrand est plus « déstabilisant ». C’est vrai, Legrand, en tant que personnage, est plus fort et ce que j’invente avec lui plus violent, plus souffrant. Bobo panse mes plaies quand il me reprend (car je suis — vous l'ai-je déjà dit ? — en garde alternée)

Bobo et Legrand ont à peu près le même âge, mais l’un est prof et l’autre est étudiant. C’est vrai, l’autre est plus jaloux de l’un plus indifférent. L’un a de beaux yeux bleus d’amoureux (armés pour la chasse), l’autre ne peut décemment pas compter sur ses sales yeux verts de vipère. Alors l’un laisse venir sa proie à lui, presque immobile, sans bouger (jouant cette indifférence qui me rend folle), tandis que l’autre est plus expansif, mobile, tourbillonne et énerve sa proie de mille promesses, de mille liens

Je lis dans l’Evangile selon Matthieu : « Personne ne peut se soumettre à 2 maîtres, ou alors il haïra l'un et aimera l'autre, ou à un seul il tiendra et à l'autre il ne pensera pas. » Bon, une phrase à méditer… Mais, dans mes rêves, mes boys sont à mes côtés, à mes pieds, dans mon dos... Ils m’adorent comme une prêtresse dominatrice. Ce sont mes esclaves, en fait. Ils sont nus et je compare leur corps, leurs odeurs. Je me traîne et mendie des miettes de leur libido terrible, sauvage
 
Mais eux me rafraîchissent le front avec des palmes. J’ai écrit à Legrand : « Quand est-ce qu’on recouche ensemble ? Tu me manques un peu… »

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Tuesday, May 20, 2025

Ils nous ont fait désirer les objets

Je suis grosse. Je suis obligée de donner mes pantalons à Bobo. Remarquez, ça me fait de la place. J’ai trop de choses. Je vis dans une chambre de bonne. Une chose que j’aime bien dans ma vie, c’est que, toute ma vie, j’ai habité ce petit logement loué par mon père quand j’étais encore mineure. Et, voyez, je ne suis pas plus malheureuse qu’une autre
Et mon père est mort
C’est dommage car la vie continue
Je cherchais une communauté dans tes yeux
Tout est secret
On ne peut même pas le partager avec un ami
On peut partager les lieux, les bords de mer…



Ça aboie dans les médias
Il faut que tout aboie dans les médias
(L’immédiat)
Et le journal du jour
« Journal de terre »

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Monday, May 19, 2025

Je soulignais des mots… « crainte obsédante »… « sentiment d’une écrasante responsabilité ». Il y avait la résonance du monde qui parfois me mettait à bas. La veille, une journée merveilleuse…
Ils émergèrent sur une route baveuse
Il fallait me traîner dans la vie, mais la formule, l’incantation recopiée de Caspar David Friedrich me revenait soudain pour me sauver :
« Je dois m’abandonner à ce qui m’entoure, je dois me confondre avec mes nuages et mes rochers pour être ce que je suis »
En effet, CDF ne savait pas peindre la figure humaine
Le matin, je ne ferme pas les volets, je me réveille dans la lumière qui est mon creux
Quand Legrand n’est pas là, Bobo prend sa place dans mon cœur
Et réciproquement
J’aurais aimé que l’un fut mon mari et l’autre mon amant. Ils l’étaient, les rôles jamais vraiment définis
Bobo et Legrand étaient 2 entités
Si j’en étais privée, est-ce que j’en mourrais ?
J’avais écrit sur la dernier page d’un livre effrayant :
« Le calme seulement long seulement loin »
 
Je relisais les Evangiles
Je pouvais vous parler comme ça pendant des heures

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Sunday, May 18, 2025

La vie est un cadeau

 
A l’expo sur l’IA, au Jeu de Paume, où Bobo m’avait traînée (quand Bobo est là, je n’y suis pour personne, pas même pour Legrand qui me proposait, lui, d’aller voir le plancher de Jeannot au musée d’art et d’histoire de l’hôpital Sainte-Anne (les connaisseurs verront)), il y avait un jeu, il fallait se tenir à la vue d’une caméra et un algorithme d’IA cherchait dans ses milliards de données à reconnaître une identité probable à mon aspect plein d’espoir (je veux dire comme les Juifs en avaient dans les camps, le raconte Primo Levy dans une page rouverte de la nouvelle édition de Si c’est un homme). Eh bien, moi, aux bout de qq interminables (surtout minables) secondes, s’est affiché pour moi : « female millionairess ». Voilà ce que j’étais. Ce que la machine à laver avait compris que j’étais. Parfait ! je ne désirais pas mieux que d’être reconnue à ma juste valeur : une grande actrice (car si je suis reconnue comme une « female millionairess », c’est que je suis une grande actrice) — ou alors c'est que je le suis « en essence », «  en idée » et alors où sont mes châteaux, mes valeurs, mes amis ? — dans mon cœur !
Ça m’a rappelé quand nous revenions de Singapour, François Chaignaud et moi (d’une pièce de Boris Charmatz), et qu’à l’aéroport il m’avait aspergée de « Lady Million », « Tiens, ça te portera chance… » Si j’avais l’argent, qu’est-ce que je ferais ? Je vivrais un peu partout dans le monde pour me rendre compte de son état ; les grands hôtels, ça me plairait un moment — ou peut-être que je m’y habituerais et que ça me plairait alors jusqu’à la fin du monde…
 
« Nous ne pouvons pas prédire l’avenir, faire preuve d’optimisme ou de pessimisme serait présomptueux. Je préfère évoquer Maïmonide, ce philosophe du XIIe siècle, qui définit l’espoir comme un sentiment réaliste, contrairement à l’optimisme qui ne l’est pas. C’est la croyance dans la plausibilité du possible, en opposition à la nécessité du probable. Il est toujours probable que Goliath gagne, mais, parfois, c’est David qui l’emporte. Même si c’était improbable. Comme était improbable de voir un homme noir, Barack Obama, élu président en 2007 et c’est pourtant ce qui s‘est passé. »

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Monday, May 12, 2025

L es Confessions d’un ami (titre)


Je m’arrête sur la pelouse pour boire de l’eau minérale. Je ne veux pas écrire, cela me détourne de la seule chose qui est importante, c’est de lire. C’est la seule chose qui nous assure que nous ne savons rien, que nous n’y comprenons « goutte », comme disait Anton Tchekhov (en tout cas, dans la traduction que j’ai lue). C’est vital car nous sommes entourés de gueulards surreprésentés dans les médias qui clament qu’ils ont tout compris, de militants, de révoltés. Paul Valéry : « Même le plus sage exécute le mouvement très humain de cogner sur ce qu’il ne comprend pas ». Et, bien sûr, nous-mêmes aussi, nous avons l’âme militante, sur un sujet ou sur un autre, une cause ou l’autre, mais nous savons que c’est l'une de nos tristes facettes. Nous ne voulons pas voler le monde à d'autres, nous ne voulons pas faire la leçon à personne car nous croyons à Dieu, ou plutôt au divin, et à son fils Jésus, celui qui disait que si l’on se prend une gifle il faut tendre l’autre joue pour en avoir encore ou, par exemple aussi, à Thérèse d’Avila : « Il y a plus de larmes versées sur les prières exaucées que sur celles qui ne le sont pas ». Une phrase que Truman Capote a mise en exergue de son livre inachevé, Prières exaucées. On vit les plus beaux jours de l’année, on est en ville, mais la beauté du vert printemps, elle est indescriptible, on fond de bonheur, on attend son heure : maintenant. On est proche de tout, du dernier insecte, de l’oiseau dont on n’a plus que l’appeau et proche du néant aussi…

 
 
« Personne ne peut se soumettre à 2 maîtres, ou alors il haïra l'un et aimera l'autre, ou à un seul il tiendra et à l'autre il ne pensera pas. »
(Evangile selon Matthieu)
 
Bobo et Legrand ont à peu près le même âge, mais l’un est prof et l’autre est étudiant. L’un est jaloux de l’autre, l’autre est indifférent. L’un a de beaux yeux bleus d’amoureux (armés pour la chasse), l’autre ne peut compter sur ses sales yeux verts de serpent. L’un laisse venir sa proie à lui, presque immobile, sans bouger (jouant cette indifférence qui me rend folle), l’autre est expansif, mobile, tourbillonnant et il énerve sa proie de mille promesses, l’entoure de mille liens. L’un est trop propre, mais l’autre est un peu négligé (paraît que « les filles aiment ») et me dégoûte parfois. Les deux me dégoûtent parfois un peu, mais, l’un, c’est physiquement et, l’autre, mentalement. L’un est trop sérieux, mais l’autre papillonne. Ce n’est que l’apparence. A la vérité, les deux sont sérieux et papillonnent. L’un est très sociable, l’autre est plus fidèle. Mais l’un est pudique, l’autre plus exhib…

Je fais la maligne, mais je dois moi aussi les dégoûter, ils aiment tellement les filles, mes désirables amis, qu’est-ce qu’ils peuvent bien avoir à faire d’une fastidieuse vieille trans non-binaire ? Mais, ça, du dégoût que je leur inspire, ne m’en suis-je pas déjà beaucoup expliquée ? Faire avec...
 
D'ailleurs, ils ne sont pas gentils de la même façon, si bien que souvent quand je suis avec l’un, j’oublie la gentillesse de l’autre et, qu’avec l’autre, j’oublie la gentillesse de l’un… Tous les deux sont, mais vous connaissez cette expression, des « bêtes de sexe »

J’avais dit, j’avais dit à l’autre que la décision qu’il attendait (de moi) et que j’attendais aussi (de moi) était tous les jours repoussée au lendemain (« Ça s’appelle la procrastination », j’avais même prononcé correctement le mot, comme une petite illettrée qui voulait prouver qu’elle ne l’était pas), mais qu’en même temps, je la prenais chaque matin, cette décision de me décider, à la fois chaque matin et à la fois repoussée au lendemain, de telle façon que je n’étais pas sûre d’arriver à rien tellement que le temps (le temps n’est pas coupable), tellement que le temps… que voulais-je ?

C’est-à-dire que, quand on lit un livre contemporain et que l’on reconnaît un classique, oui, c’est l’émerveillement. Un livre qui écrit vraiment, pas gentiment, mais vraiment, quoi, alors, là… Ce matin, j’avais eu un vélo, j’avais arpenté la ville de long en large (en vélo), j’étais, de la Seine, de la Seine, j’étais montée sur les collines, j’avais vu toute la ville, presque toute la ville, assez de la ville pour en avoir l’impression d’un tout. J’étais passée Bourse du commerce où j’avais eu l’intention d’entrer, mais, non, trop de queue, trop de ce troupeau de vaches auquel il aurait fallu moi aussi appartenir, passer les portiques, etc. Et puis elle avait le vélo, elle, celle que j’avais été le matin, elle avait de la batterie, reine du monde. Elle avait acheté un sandwich qu’elle avait mangé avec un ristretto et hop ! C’était impressionnant, il n’y avait presque personne en ville, est-ce que c’était trop tôt pour les touristes ? Beaucoup de chantiers. Est-ce que les autres étaient partis en RTT ? C’était le 9 mai, tous les arbres, toutes les herbes étaient verts-verts, c’était fou comme c’était vert, plus l'hiver...

J’étais parfois dans des états de résurrection, des états de croyance, je veux dire : de prière. La prière peut-être pas pour demander, je ne sais pas demander, mais pour remercier, il y avait quand même quelques détails dans la journée qui étaient comme ça. Il y avait quelques présences. Il y avait l’état même du monde qui était ouvert, vibrant, oui

De toute façon, remercier, c’est demander, c’est entendu comme ça, vous demandez : rien d'autre


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Philip Roth disait (dans sa vieillesse) qu’il avait remplacé l’écriture par la lecture et le sex par la sieste. Mais, moi, je voudrais commencer par la lecture et par la sieste
Je laisse le sex à Legrand et à Bobo. Elles ont des besoins, mes bêtes, ma petite écurie
Moi, beaucoup moins
Legrand que je n’avais pas vu depuis un certain temps — retrouvailles au soleil du soir, son apparte dans la cour orienté à l’Ouest — s’était recoupé les cheveux. Alors après pelotages et reniflages (il me renifle, mais, moi, je suis anosmique), il me demande si, à l’arrière, ça va. Il m’explique (inutilement, comme une tendre excuse) qu’il ne peut pas voir son dos. Je lui propose de lui faire une rapid’foto pour qu’il s’en rende compte. Il dit encore : « Oh, en même temps, les gens me voient de face… c’est seulement si je me faisais prendre qu’on regarderait mon dos… » Voilà. Voilà comment il me parle. A moi. Alors. « Eh bien, mon chéri, c’est bien dommage que tu ne te fasses pas prendre parce que, de dos, on voit que tu as de belles oreilles oranges… »

On va écouter de l’orgue. Et, là, dans l’église baroque, Legrand dit : « Je pèche, mais ne prêche pas »
Une phrase comme celle-ci suffirait pour que j’aime Legrand, mais il y a bien plus que cette phrase. Il est très joli, en ce moment. C’est le printemps et il m’a écouté quand j’ai râlé en Bretagne : il avait des seins ! J’ai jeté des dizaines de photos parce qu’il avait des seins. Les seins, Dieu sait si j’aime les seins, mais sur les filles ! (Très tradi sur ce point : les seins aux sisters, les pecs aux mecs.) Alors, il a repris l’entraînement. Il a repris l’entraînement et perdu son ventre et ses faux seins, il s’est fitté, quoi. Spring body. Primavera. C’est allé vite. Il est tout à fait présentable, maintenant.
Il est même esthétique.
On le mettrait sur la cheminée.
On le promènerait comme un caniche.
J’ai failli (pour dire comme j’en suis fière) l’amener au goûter chez DI. Sud de Paris, roses en nuées, lumière en cascade (qui passe les saisons), silhouettes de quelques uns (happy few). Mais il en avait un autre aux Buttes-Chaumont. Miniature de Paris ; il y en a tellement de Paris en un. Toute cette place à Paris, toute cette place parce que les choses y sont très petites, infiniment contenues jusqu’à l’infiniment petit, jusqu’au cœur…

J’ai croisé bien du monde

Il y a encore l’espace-temps

Il y a ce matin la possibilité

D’écrire « l’espace temps »


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Thursday, May 08, 2025

Je laissais mon attention flotter pour écouter ce que me disaient les gens. Peut-être n’étais-je plus capable de faire autrement. Mais c’était ma manière — un peu risquée — d’en retenir qqch. Ce qqch s’en allait très vite, cela dit. Mais il fallait recycler les choses et je recyclais les choses au moment-même où l’on m’en informait. J’avais retenu quoi ? Qu’un type qui s’appelait Wilhem avait augmenté le pigeonnier qu’il avait dans le jardin, pigeonnier au sommet duquel j’admirais la vue immense sur Marseille jusqu’à la mer. J’ai ouvert la fenêtre et j’écoute de la musique selon John Cage et c’est vrai qu’il a raison, John Cage, il a raison sur bien des points. Il y avait Max Ernst dans le coup, Max Ernst qui n’avait même jamais vu le pigeonnier (mais comment savoir ?) et qui avait redécouvert ce Wilhem dont le nom m’échappe, ce Prussien qui s’était pris d’amitié pour les étoiles. Bobo m’avait dit que je-ne-sais-plus-qui avait fait remarquer, Barthes peut-être, il lisait Fragments d’un discours amoureux, que, quand on regarde qqn dans les yeux on ne voit pas ses yeux, mais son regard. Et, en effet, je n’avais aucune idée des yeux de Bobo. Je me mis à les regarder et ça m’avait presque fait peur : il avait les yeux d’un mélange de verts qui, comme ça, au soleil du soir, en face, à Malmousque, évoquaient des yeux de serpent.
Serpent, serpent, serpente au soleil
J’aimais boire, c’était un fait
J’attendais les alcools forts (l’occasion des alcools forts) ; le nom des alcools forts étaient des poèmes complets pour moi, les plus beaux poèmes ; j’attendais aussi l’heure du pastis, l’occasion du pastis qui, à Marseille, était biquotidienne ; j’attendais aussi ce petit banc où, le premier soir, nous avions consommé ces vins blancs naturels qui m’avaient bien pétée en attendant les pizzas du café de l’Avenir à côté.
Les jours enfuis, les jours glorieux

Chaque vague traînait sur le sable

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Wednesday, April 09, 2025

Je n’ai pas assez d’amis. Je m’aperçois que je charge la mule Legrand. Trop. Il a trop à tirer, Legrand. Bobo bien sûr, mais Bobo est lui aussi arrivé à saturation. Parce que c’est ça, le problème, Legrand s’attire, non, pas ça tire, SATURE ! Bobo fait son film (je n’ose même pas lui demander comment ça va de peur qu’il le prenne comme une intrusion). Moi, j’en peux plus de moi-même, pourquoi Legrand arriverait-il à me supporter, je veux dire ce que je ne supporte même pas de moi. Ni Bobo. Il en faudrait d’autres moins usés. Des que je pourrais encore embobiner, des naïfs, des clairs, des lumineux… mais je ne trouve pas, je ne cherche pas non plus, mais ça pourrait apparaître, des anges…

Mon isolement avance la guerre

Je suis dehors. Je vais à la bibliothèque. La bibliothèque a fermé. Le chemin de chez moi à la bibliothèque est un sentier. Le sentier, le fréquenterai-je encore ? Non. L’habitude en est prise. Mais la bibliothèque a fermé. Quelles lignes dans la cité, quelles vignes ? C’est la nuit, c’est le sentier. Je suis dehors comme Pasiphaé, comme Mrs Dalloway…

J’étais pris dans son rêve
Dans les années où j’ai commencé mon isolement
Il était pris dans mon rêve
Les rêves s’enchâssaient
Il et elle et moi

« like the flap of a wave; the kiss of a wave »

Je veux qu’on me respecte, je veux qu’un écrivain (comme on le disait, sans distinction de genre) me respecte, dans le sens qu’il me croit, qu’il m’imagine capable de le lire, qu’il me sente capable de me concentrer. L’autre soir, j’ai vu un film documentaire de plus de 4h sur une petite ville de la côte Est des Etats-Unis. Bon. Ça a été dur au début, parce que qu’est-ce que j’en ai à foutre de tous ces gens de cette petite ville de la fin des années 90, mais au fur et à mesure que le temps s’installait, je sentais le cinéaste comme me faire confiance, préparer pour moi son film, même pas son film peut-être : qqch, qqch qu’il était précieux de partager, de découvrir ensemble. Même si lui avait quelques longueurs d’avance, il revenait à ma hauteur car il voulait connaître la sensation avec moi de voir pour la première fois ce film, de lire pour la première fois ce livre, de découvrir. J’étais coincée dans la salle de cinéma, je l’avais accepté (assez peu de gens partaient) et je me disais : Mon Dieu, si j’étais capable de passer 4h à lire un livre sans distractions, je serais sauvée, nous serions sauvés… Dans le cinéma du film ennuyeux, pas de smartphone, pas de réseau a-sociaux, un sevrage… 4 h ! Merveilleuses heures pas perdues

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