Saturday, May 24, 2025

E rotisme

 
Mon (h)éros, Legrand, je commence à en avoir marre. Un peu comme Arthur Conan Doyle avec Sherlock Holmes, je ne serais pas opposée à le faire mourir ou disparaître par un moyen ou un autre (le dénoncer ? l’enfermer dans le château d’If ?) Mais on m’en redemande ! Hier soir, j’étais chez DI pour un peu de saké, il y avait Anne et Jérôme aussi, et Legrand était un sujet de conversation qui plaisait, qui revenait : « Où en es-tu avec Legrand ? » Eh bien, je ne l’ai pas beaucoup vu parce qu’il y a eu Bobo… On se met à comparer pour moi Bobo et Legrand. Je les aime d’un amour équivalent, j’aime l’un et l’autre, mais DI arrive à me faire reconnaître que Legrand est plus « déstabilisant ». C’est vrai, Legrand, en tant que personnage, est plus fort et ce que j’invente avec lui plus violent, plus souffrant. Bobo panse mes plaies quand il me reprend (car je suis — vous l'ai-je déjà dit ? — en garde alternée)

Bobo et Legrand ont à peu près le même âge, mais l’un est prof et l’autre est étudiant. C’est vrai, l’autre est plus jaloux de l’un plus indifférent. L’un a de beaux yeux bleus d’amoureux (armés pour la chasse), l’autre ne peut décemment pas compter sur ses sales yeux verts de vipère. Alors l’un laisse venir sa proie à lui, presque immobile, sans bouger (jouant cette indifférence qui me rend folle), tandis que l’autre est plus expansif, mobile, tourbillonne et énerve sa proie de mille promesses, de mille liens

Je lis dans l’Evangile selon Matthieu : « Personne ne peut se soumettre à 2 maîtres, ou alors il haïra l'un et aimera l'autre, ou à un seul il tiendra et à l'autre il ne pensera pas. » Bon, une phrase à méditer… Mais, dans mes rêves, mes boys sont à mes côtés, à mes pieds, dans mon dos... Ils m’adorent comme une prêtresse dominatrice. Ce sont mes esclaves, en fait. Ils sont nus et je compare leur corps, leurs odeurs. Je me traîne et mendie des miettes de leur libido terrible, sauvage
 
Mais eux me rafraîchissent le front avec des palmes. J’ai écrit à Legrand : « Quand est-ce qu’on recouche ensemble ? Tu me manques un peu… »

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Monday, May 12, 2025


Philip Roth disait (dans sa vieillesse) qu’il avait remplacé l’écriture par la lecture et le sex par la sieste. Mais, moi, je voudrais commencer par la lecture et par la sieste
Je laisse le sex à Legrand et à Bobo. Elles ont des besoins, mes bêtes, ma petite écurie
Moi, beaucoup moins
Legrand que je n’avais pas vu depuis un certain temps — retrouvailles au soleil du soir, son apparte dans la cour orienté à l’Ouest — s’était recoupé les cheveux. Alors après pelotages et reniflages (il me renifle, mais, moi, je suis anosmique), il me demande si, à l’arrière, ça va. Il m’explique (inutilement, comme une tendre excuse) qu’il ne peut pas voir son dos. Je lui propose de lui faire une rapid’foto pour qu’il s’en rende compte. Il dit encore : « Oh, en même temps, les gens me voient de face… c’est seulement si je me faisais prendre qu’on regarderait mon dos… » Voilà. Voilà comment il me parle. A moi. Alors. « Eh bien, mon chéri, c’est bien dommage que tu ne te fasses pas prendre parce que, de dos, on voit que tu as de belles oreilles oranges… »

On va écouter de l’orgue. Et, là, dans l’église baroque, Legrand dit : « Je pèche, mais ne prêche pas »
Une phrase comme celle-ci suffirait pour que j’aime Legrand, mais il y a bien plus que cette phrase. Il est très joli, en ce moment. C’est le printemps et il m’a écouté quand j’ai râlé en Bretagne : il avait des seins ! J’ai jeté des dizaines de photos parce qu’il avait des seins. Les seins, Dieu sait si j’aime les seins, mais sur les filles ! (Très tradi sur ce point : les seins aux sisters, les pecs aux mecs.) Alors, il a repris l’entraînement. Il a repris l’entraînement et perdu son ventre et ses faux seins, il s’est fitté, quoi. Spring body. Primavera. C’est allé vite. Il est tout à fait présentable, maintenant.
Il est même esthétique.
On le mettrait sur la cheminée.
On le promènerait comme un caniche.
J’ai failli (pour dire comme j’en suis fière) l’amener au goûter chez DI. Sud de Paris, roses en nuées, lumière en cascade (qui passe les saisons), silhouettes de quelques uns (happy few). Mais il en avait un autre aux Buttes-Chaumont. Miniature de Paris ; il y en a tellement de Paris en un. Toute cette place à Paris, toute cette place parce que les choses y sont très petites, infiniment contenues jusqu’à l’infiniment petit, jusqu’au cœur…

J’ai croisé bien du monde

Il y a encore l’espace-temps

Il y a ce matin la possibilité

D’écrire « l’espace temps »


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Saturday, April 12, 2025

DI nous montrait une pub qu’elle avait faite avec Lætitia Casta en 2011, je crois, et qui n’était pas sortie, qui n’avait pas été acceptée. C’était un clip publicitaire très malin, beau-vulgaire (comme c’était encore possible de le faire à l’époque), mais surtout très second degré : on s’y moque de tout, du produit, du fait de tourner un clip, de Lætitia Casta… on aperçoit même DI avec ses longs cheveux qui se moque d’elle-même en train de tourner. C’est ça qui n’est pas passé — et qui ne passerait pas plus à notre époque où l’on ne comprend plus du tout le second degré. Je pensais qu’avec Legrand nous ne nous parlions qu’en second degré. C’était ça, l’amitié : ne pas avoir peur de ce qu’on dit, tout est second degré. La police des mœurs. (J’avais envie d’écrire cette expression à ce moment-ci.) Tout est second degré parce que rien n’est figé dans le marbre. Avec DI aussi nous parlions en second degré, mais pas quand elle réunissait ses amis, nous étions trop différents. Nous faisions référence à des facettes trop différentes de la personnalité DI. Mystérieux lien chacun. Nous restions au niveau superficiel, mondain, le niveau des opinions du moment et ce n’était pas forcément joli-joli. Mais chacun avait pourtant, je pouvais l’imaginer, une relation profonde avec DI, vraie. Ce que nous avions en commun, c’était que nous étions tous tournés vers elle, en faisceau.

Les mystérieuses erreurs de la souffrance. Ça, c’est dit. Quelqu’un (je crois que c’était Eve) avait dit qu’il avait mal au ventre. Quelqu’un d’autre (il se peut que c’eut été moi) avait dit : « Oh, comme nous saurions être heureux s’il n’y avait pas la souffrance… » Je crois que Nathalie avait approuvé. Nous étions tous des gens souffrants puisque nous n’avions plus vingt ans. A vingt ans, j’étais, pour ma part, beaucoup plus psychiquement souffrant que maintenant. Mais, voilà, la souffrance physique m’avait rattrapée, moi aussi. Je comprenais qu'Eve quitte la fête à cause de ce mal de ventre et que Nathalie la ramène. Nathalie était son ancienne amie. Elles étaient séparées, mais encore amies.

Un chapelet d’églises, un chapelet de retables dorés. Nous avions une auto et la montagne pour les découvrir, les creux, les bosses. Nous allions de l’une à l’autre dans un territoire ancien (même si renouvelé de soleil). Il n’y avait personne à part nous, notre amour inventé, réinventé. A Commana, une pensée pour la coiffeuse (notre ancienne)

L’expo de l’art de David Hockney évoquait violemment la mort, la destruction car il ne nous proposait qu’« hypothèse de survie », selon l’expression de Stéphane Bouquet…

En t’offrant mon désir, je t’offre ce que j’ai de mieux, même si tu n’en veux pas (ce serait trop beau). Tant que tu es mon ami, tu sais que c’est ce que je t’offre de mieux. Parfois une phrase peut signer notre séparation. Une phrase au soleil et c’est la déchirure… Le réel — qui n’était qu’une illusion — se déchire pour laisser passer un autre réel plus réel (ou plus illusoire, allez savoir). Il n’y a pas de sens, mais, parfois, le bonheur se déchire… Et puis le second degré reprend son cours et, puisque tu me réponds au second degré, je sais que tu m’aimes. Toi comme poème reviens, promesse, consolation, sauvetage moi


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