F abuleuses contrées de l’amitié
Bientôt calée avec un gros livre et avec mes yeux faibles (le JOURNAL de Virginia Woolf). Et le bonheur de lire phrase par phrase, mot par mot de la vraie littérature (comme sortie de la Bible). Tous ce qui est fabriqué par l’homme peut être « écrit » par l’IA, mais pas ce qui est écrit par Dieu, c’est aussi simple que ça. Seulement Dieu est mort, ok, ok. L’IA veut être Dieu. Il y a une masse de faiseurs dans la littérature ; pour eux, l’IA est une aubaine. J’ai écrit un spectacle, il y a très longtemps, pour Actoral, qui s’intitulait : DOMAINE DE LA JALOUSIE (titre piqué quelque part), je ne sais plus comment était « fabriqué » ce texte tendu de citations, de chansons, joué par Guillaume Allardi. Jean-Jacques Viton et Liliane Giraudon était venus le voir et m’en avaient parlé. À un moment dans la conversation, j’avais dit : « Et puis alors le titre, aucun rapport avec le propos… » Et JJ Viton avait dit : « Ce sont les meilleurs titres… » Et Liliane avait dit : « Mais si, ça a un rapport. C’est sur la littérature ton texte et, la littérature, c’est ça, on se vole, on se jalouse, on se hait... » Arthur Dreyfus dans un entretien récent : « Nous vivons à une époque où la littérature est dominée par le divertissement, par la recherche du plaisir. Or, ma conviction, c’est qu’écrire, c’est visiter le pays de la mort. Pas uniquement, bien sûr, mais la littérature garde à mes yeux ce « devoir » d’explorer ce qu’il y a de plus difficile dans le fait d’exister, de plus irrésolu, de plus inadmissible. » Bobo disait qu’il allait trouver la femme de sa vie dans la foule. Je lui rétorquais : « Il te faudrait mille bites ! » À Bobo, une fois, une fille avait dit : « On va arrêter là parce que tu es trop efféminé. » Bobo : « Je m’étais retenu de lui dire : « Mais, tu sais, dans le caleçon, ça déménage… », JE M’ETAIS RETENU ! » De quelle solitude on parlait ? J’étais dans une solitude sombre, maladive, mais Bobo me sortait. Il y avait une foule immense, mais Bobo lisait des livres. C’était pour ça que ce bo gosse me plaisait : il lisait. Par exemple, il avait posé sur la rambarde en ciment du bar du Louxor HURLEVENT que je lui avais conseillé cet été. Je disais : « Voilà un livre qui ne risque pas d’avoir été écrit par l’IA… » Mais écrit par qui, alors ? Les extraterrestres ? Ce livre était si insensé, si mystérieux, si maléfique. Comment une jeune femme avait-elle pu en prendre connaissance ? Une foule très diverse, sublime, dont la communauté, ça me frappait, était la langue française (une fête sans le tourisme de masse) où Bobo allait rencontrer la femme de sa vie, où j’étais sûre de ne pas la rencontrer (la femme de ma vie, je la connaissais, hélas, c’était ma mère), deux manières de voir le monde, mes aïeuls ! Abrutie d’information, j’étais entrée dans la librairie engagée (que j’aimais bien) avec l’intention de n’y rien acheter, mais j’avais trouvé quand même les POÈMES À LOU abandonné comme ça sur les livres nouveaux. J’allais attendre pour les livres pondus par la machine. Les marxistes étaient tellement pour le Progrès qu’ils criaient de joie à leur perspective (mais, moi, non)
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