Saturday, January 03, 2026

L es Isolés par leur bonheur de vivre

 
La mer que je ne vois pas (nous allions vérifier),
La ville que je ne vois pas

Un temps détraqué (d’averses et de soleil) toute la journée, zones d’ombre et de lumière, le zèbre comme modèle
(où avait-elle lu ça ?)

Oui, parfois (et cela lui arrivait souvent), elle pouvait être au bord des larmes à cause de sa situation à elle, cette compassion à son égard pour sa faiblesse ; être si faible et en même temps si méritante de cette faiblesse-même. De faire si peu : ce qu’elle pouvait — et encore moins que ce qu’elle pouvait —, en fait, pouvait lui tirer les larmes

Ces larmes venaient aussi de la douceur ou de la douleur d’être contenue par la vie, par une soirée, par un calme, par un silence, pas submergée

Je suis dans une rue de l’Europe. Une nuit de l’Europe. Je suis à Bruxelles dans un territoire vaste en plein ciel. Quelle est cette population qui dort ?
Les villes sont vides de mes suspens

La bienveillance qui nous tombe parfois dessus, parfois dessus dans la vie

(On souffre de vivre en « pas assez », jamais en « trop »)

Peut-être pouvais-je espérer « tomber gai » comme on dit « tomber triste »



Je suis dans une ruelle d’Europe, l’air est liquide

Le vent s’est levé, cette ville dont je ne sais rien

Maintenant, un voyage : un voyage sentimental



Les isolés par leur bonheur de vivre

« Et les chagrins lourds, les peines qu’on bricole »
 
 

***


Dans une maison froide comme un château



Legrand parle de concentration quand il veut corriger des copies : « On fait un peu de concentration pendant 1h1/2… »

On a promené le chien de Betty. La sœur s’était trompée de clé, elle n’ouvrait pas la maison. C’était le 25 décembre, il faisait un froid de canard, tout le monde était en famille, aucun des voisins n’était là. Aucun bistrot non plus et personne sur les routes. On errait sur la lande pour passer le temps, pour y mourir peut-être (moi, je voulais m’y laissée tomber). Et puis la mère n’avait pas eu Betty au téléphone, mais — une chance — l’une de ses filles (Daphnée) qui nous avait guidés pour entrer dans la maison fermée : par une fenêtre, en fait, qu’on pouvait ouvrir de l’extérieur ; moi, j’étais restée dehors, Legrand n’avait pas mis 30 secondes pour trouver,
bien rangée dans le tiroir d’un vaisselier, l’enveloppe blanche qui contenait les clés, les nôtres et d’autres. Le chien enfermé n’avait pas bronché, du tout, semblant trouver tout naturel qu’on entre par la fenêtre, seulement déçu de ne pas ressortir avec nous, un très mauvais chien de garde, aussi ami avec l’inconnu qu’avec le connu, le contraire du chien de Suzanne. Le lendemain, quand on était revenus remercier Betty, lui offrir une jacinthe violette, on avait proposé de sortir son chien qui sauta de joie dans sa langue muette : « Quelle bonne idée ! » C’était une chienne d’ailleurs : Aika. La chienne était aux anges de la promenade, courses, vent, poursuites, baignades réitérées dans l’eau glacée, vivre…

Je me demandais si j’avais fait une photo potable du chien car j’aimais beaucoup les chiens — sans doute pas, mais j’aimais aussi beaucoup Legrand et je m’étais longtemps demandée si j’allais pouvoir faire un jour des photos potables de Legrand, mais je considérais maintenant que j’y étais arrivée, à faire des photos de Legrand qui me plaisait


J’étais persuadée de ma fureur, de mon intérieur, de ma paresse, de mon retrait, oui, cet amour me retirait du monde. Je m’en enrobais comme d’un suc, je me décorais avec, je me pendais avec le fil qui me servait à tapisser ma toile
Je me laissais mourir
« Finir mes jours tranquille », avait dit Betty. J’étais comme elle, dans l’absolue déglingue de ma vie entière, ses souvenirs et cet oubli qui la constituait plus solidement (les souvenirs n’étant que des images aux murs) qui représentait aussi, cet oubli, mon amour, ma manière d’être, ma frayeur, ma peste, ma sécurité, mon océan, ma perte et, j’y reviens, ma paresse
Le grand amour. Il me semble que, quand j’étais plus jeune, j’avais dû employer cette expression…

Ma langue étrangère


Bobo aimait tellement les femmes qu’il détestait les hommes. D’un côté, la beauté, de l’autre, la laideur — et puis : des rivaux. Bobo était le gardien de toutes les femmes. Fantasmatiquement, Bobo honorait toutes les femmes pour les extraire, les sauver de leur commerce avec la laideur des hommes ; Bobo se définissait comme « lesbien »

« Je m’accroche à ma colère », avait écrit France, mais Legrand effaçait le plus souvent l’immense littérature qu'elle lui envoyait au fil des jours et des nuits de souffrance, le plus souvent, mais certaines formulations, quand il m’en faisait lire, me prenant à témoin, me demandant ce qu’il pouvait leur répondre étaient très belles
Certainement il y avait là toute la matière d’un livre, mais France l’écrirait-elle ? l’oubliait-elle ?

Legrand avait beaucoup aimé France, il avait beaucoup souffert, ils avaient beaucoup souffert ensemble
Ils auraient pu être heureux, ils l’avaient été, beaucoup, trop peu, ils pouvaient l’être encore. Ils pouvaient. Se fuir, ils pouvaient se retrouver. Ç’avait été si sexuel, si instinctif (mais Legrand ne croyait pas à cette distinction inné / acquis)
Ils étaient comme frère et sœur, chien et chat

Mes chaussures au bas de l’escalier : je croyais toujours que c’était un chat noir

Nous avions fait une promenade. Il y avait des « Fata Morgana » sur la mer. Des villes, des immeubles au-dessus de l’eau, des villes. Ou des falaises qui remplaçaient les plages. Toute promenade ici était magique. Les mer des deux côtés.
C’était la plus belle journée du monde. J’étais avec Legrand. J’étais seule avec lui. Betty m’avait appelée « Madame ». C’était le 26 décembre, une date extraordinaire. La mer était tellement à l’extérieur, elle était à l’extérieur des deux côtés de la maison et la maison était transparente. Il y avait des bêtes qui la traversaient du regard — et, comme l’on sait, seules les bêtes ont un regard

La maison était vendue, ce qui l’a rendait plus belle encore. Ce n’était déjà plus une possession

« Descartes se sert de l'argument du rêve dans les Méditations métaphysiques pour montrer le caractère incertain des informations données par les sens. L'argument prend ainsi place dans une suite d'expériences de pensée : les illusions d'optique, puis la folie et le malin génie. Descartes met l'accent sur le caractère réaliste du rêve, et la difficulté de le discerner de la sensation à l'état de veille : « Combien de fois m’est-il arrivé de songer, la nuit, que j’étais en ce lieu, que j’étais habillé, que j’étais auprès du feu, quoique je fusse tout nu dedans mon lit ? » »

Dans la maison pure, la maison certaine

Le 27, je m’étais baignée

Perdez-moi le livre que je lis

La maison, passage de l’eau, comme une grande baignoire

Cette vie, ce visage vont trop vite

A peine la journée commencée, à peine la nuit va s’achever…
Sortirai-je au crépuscule ?

« ténébreuses lectures de Pierre Loti »



Souvent je pense à cette remarque de MD. On était dans une voiture, j’étais à l’arrière et on allait descendre la Seine jusqu’à son embouchure, je ne sais plus à quelle occasion. Je crois que Claude Régy conduisait. Et tout de suite — on était encore à la hauteur du Louvre — Marguerite s’était tournée vers moi et avait dit, scandé : « Je voudrais que Marie-Noëlle se rende compte que c’est la Seine ! » Une injonction. J’essayais de toutes mes forces de me rendre compte que c’était la Seine.
Et, maintenant, je suis à la mer. Dans l’isthme de Quiberon. Il y a de l’eau de chaque côté. La maison est transparente. Côté baie et côté large. C’est l’océan. « « Je voudrais que Marie-Noëlle se rende compte que c’est l’océan ! »

Legrand m’avait montré le bord, ce bord qui l’émouvait, là où la vague vient lécher — et l’infini. L’infini qui vient au bord, qui a un bord
et l’on peut se tenir là, comme on l’était, vraiment au bord


Legrand m’avait lu du Descartes aujourd’hui. On était au soleil, derrière la vitre triangle, à l’étage, on se touchait comme des enfants ou des amants que nous n’étions pas (mais, alors, pourquoi ce naturel suranné de l’affectivité ou pourquoi pas ?) et Legrand m’avait lu le texte de Descartes, une méditation, la plus célèbre ou l’une des plus célèbres, fameuses, il m’avait dit : « Je lis seulement le texte, je ne commente pas », mais il avait commenté, en fait ; ainsi tout était cadeau ; nos corps qui se touchaient comme ceux d’enfants ou d’amants que nous n’étions pas, le soleil qui nous chauffait derrière la vitre triangle et nous, allongés sur des coussins au niveau de cette vitre triangle, ce coin du bonheur, l’un de ses préférés de cette maison du bonheur des années 70, si délicate maison d’architecte…
« Amour, hélas ! des formes vagues, des teintes roses et bleues, des fantômes métaphysiques ! » (Nerval)
« Le navire se balançait lentement sur place, en rendant toujours sa même plainte, monotone comme une chanson de Bretagne répétée en rêve par un homme endormi. » (Loti)



Bobo a une très belle bite, ce qui explique les jalousies qui l’entourent et qui explique aussi ses vantardises

Il a, en ce moment, cinq ou six maîtresses « en pied », mais je ne suis plus autorisée à en parler ici car cet imbécile leur vante — à chacune — mes écrits publics, ce qui les amène forcément à se surveiller entre elles. Je ne ferai même plus allusion à leurs nationalités, les femmes — les femmes de Bobo —, au fond, sont toutes les mêmes, bien qu’exotiques, toutes des femmes — et Bobo a la tête qui tourne

L’air était sec, on voyait la nuit avec toutes ses étoiles bien rangées parmi leurs constellations et parfois un peu en désordre (tout du moins pour moi qui ne les reconnaissais pas assez) comme encore en chantier…
La maison était à pleurer, de jour comme de nuit, elle était silencieuse, parfaite, pure. L’escalier, magiquement, ne craquait pas…

L’air était sec, on voyait les étoiles, c’était rare ; les constellations, voulez-vous que je vous les dessine ? Il n’y a pas de sottes explorations

Titre : Aimer les moches

« car Bobo aimait la plaisanterie, et il l’aimait même un peu risquée »

« puis le jour déclinant nous versa son silence dans son crépuscule » (d’Aurevilly)

Je suis la communauté de moi-même et des livres que j’y lis (je lis dans moi-même) jusqu’à la mort



Dans l’épaisseur du demi-jour
Legrand est parti courir
Je vois les traces de doigts qu’il a laissé sur le sel de la vitre de ma fenêtre, s’étonnant de ce sel à l’intérieur
comme une griffe, comme une griffe
Il a mimé aussi, me rejoignant, une saillie animale, bestiale me laissant un sourire d’ange essayant de vivre au maximum la situation fantasmée (son excitation à mon égard, les « derniers outrages », etc.)
Le passage de ses doigts révèle l’éclat du soleil d’or ; on dirait aussi traces glacées dans de la neige, comme trois ornières d’un chemin
Ô l’hiver ! ô l’amour ! ô la neige comme la mer
comme le père,
comme le froid
comme le sel
Je ne me suis pas baignée aujourd’hui
Il faut de temps en temps avoir peur
Pourtant le temps était parfait, plus pur encore, plus sec (plus sex, j’avais tapé) que les autres jours
On a vu une fille se baigner, ce matin, on l’a cru nue quand elle est entrée dans l’eau, malgré ses chaussures, ses gants, son bonnet, comme une tenue de ski de film porno (ou dont l’essentiel manquait), mais, quand elle en est sortie — nous étions plus prêts —, elle avait un maillot de bain rose



Mon monde prisonnier placé à l’endroit de l’infini, à l’endroit du bord de mer

La chienne tout à l’heure ne comprenait pas pourquoi Legrand lui lançait des cailloux dans l’eau qu’elle ne pouvait pas aller chercher. Elle ne pouvait pas parce que je ne voulais pas, moi, entrer dans l’eau toute habillée avec elle, la laisse rétractable atteignant vite sa limite (injonction contradictoire)
J’avais dit à Betty que la chienne adorait entrer dans l’eau, ressortir, se sécher et y retourner… « Ah, c’est une fille de la côte », m’avait-elle répondu avec un parfait sourire édenté, une expression que j’avais donc prise un peu pour moi ; moi aussi, j’étais une « fille de la côte »

Il y avait un invraisemblable couchant. Comme toujours quand les couleurs arrivaient, le si moderne des couleurs, je me demandais comment les hommes anciens, les hommes préhistoriques les voyaient…
Tout ce qui était si kitsch, si « carte postale », si 70… comment, qu’en faisaient-ils, de ces couleurs ? (certainement pas du papier-peint)

« Par terre on se dispute, mais au lit on s’explique et sur l’oreiller, on se comprend ! » (Hôtel du Nord)

Ce qui est la plaie, c’est de croire que le monde est fait à partir de soi, de son époque. Par exemple, aujourd’hui, BB est morte et tout s’explique par la mort de BB
Non, le monde est fait à partir du plus lointain — et nous n’y sommes pour rien, justement nous, les vivants
Il est fait par les morts, de si loin
Et les morts ont cru plus loin que nous
Ils ont cru aux couchers de soleil, probablement
Ils ont cru aux maisons sur la plage, probablement
Ils ont cru
Ils ont chanté Ramona
Ils ont cru aux bêtes, probablement

Le silence (il n’y a pas d’autre luxe), entourée d’eau, d’air, entourée d’eau
Legrand est en bas, qui coupe du bois

Je suis dans l’extrême liberté (parfois ça fait peur)

Je ne savais pas que la vie était si profonde
Avec toi, je le sais

Tout ce qui vient du présent empêche le temps



L’éthique : être au plus prêt du plus faible ; le plus faible : le vivant qui nous entoure
L’ambivalence sexuelle

« Les cafés où l’on noie tant de nostalgies »

Legrand me montre une scène sur laquelle il s’est beaucoup branlé. C’est dans le Nom de la Rose, une scène de cul, le moment où la petite sauvageonne (qui vient voler je ne sais quoi) se jette sur le novice à l’air très niais et qu’elle dépucelle
C’est vrai que pour un jeune tempérament comme Legrand, ça devait être qqch…
Il me parle aussi d’un film érotique enregistré par erreur par sa grand-mère après la fin de la Cité des enfants perdus et qu’il regardait chaque été avec ses cousines
Il y avait aussi — mais, là, j’ai moins écouté — une chose qu’il regardait à la télé qui était dans la chambre de sa mère, la zapette à la main et en action si quelqu’un approchait (et que faisait l’autre main ?)

Il me dit que cousin Achille aime beaucoup Barbara ; il me demande de lui choisir des chansons. Je choisis Parce que, Cet enfant-là, Monsieur Victor, Hop là !, Regarde

Legrand me raconte des histoires de cul. On est allongés sur son lit. Des passants passent et nous voient. Par exemple, cette scène avec cette fille et Emmanuel. Je propose qu’on fasse pareil avec une fille imaginaire. Ça le fait rire

Je ne regarde pas le ciel, aujourd’hui, la mer. C’est gris. Legrand se plaint. Je dis que c’est très bien, qu’on aura moins la nostalgie de partir, il dit qu’on n’en est pas encore là, à partir
Pour moi, je lui réponds que j’en suis toujours là, à partir, et, ce qu’il y a à gérer, c’est la tristesse — qu’un ciel gris atténue ou qu’un soleil bleu amplifie

On a eu un si beau temps, c’est du passé. Mais toute ma vie, pour moi, c’est irrémédiablement du passé. Tout le bonheur

On était seul ici, lui et moi. Il savait que ça me faisait plaisir et il était heureux que ça me fasse plaisir. Son plaisir, il en était plutôt peu disert, assez discret. Il n’en était pas comme moi à toujours le clamer ou m’en plaindre, à en faire le récit, de son bonheur. Il le vivait sans les mots pour le dire
Pas besoin de l’aide des mots

Il fait très bien la cuisine. Je ne comprends pas qu’une fille n’ait pas réussi déjà à mettre son grappin. Il a tout pour lui, tout pour faire le bonheur, mais, lui, ce qu’il préfère, c’est la conquête. La conquête sexuelle est aussi la conquête de la liberté. Il n’est opposé à rien, mais la liberté, l’anarchie

Pour lui, l’amitié occupe la place de l’amour. Je ne veux pas qu’il aille voir un psy parce qu’il s’apercevrait peut-être de ça : l’amitié occupe la place de l’amour
A la place où je suis et n’ayant droit qu’à l’amitié, je suis consciente de mon privilège…

On vit dans l’indifférenciation du commencement du monde. On est aujourd’hui le 29 décembre

« Y a du soleil ! » prévient Legrand du fin fond lointain de la maison. Mais je m’en étais moi-même aperçue (de ma mansarde de lecture)
Je crie : « Ouais ! »
Il dit encore qqch que je ne comprends pas



Je voudrais rester toujours, je voudrais n’avoir aucune obligation jamais ni même celle de lire…

Je n’existe pas ; c’est là que je veux le mieux être heureux

J’entends son silence
Il entend le mien
On lit chacun dans un coin de la maison
Il n’y a pas de sexe entre nous

Ma vie, mes vies sont comme toutes possibles, ici

Il y a des jeunesses et des jeunesses disposées, disponibles là ou ailleurs

Chantal, de « L’Annexe » m’a fait la bise et a demandé à Legrand s’il pensait qu’il allait neiger
Legrand, gentiment, a regardé sur son téléphone

J’ai dit que la neige n’avait pas lieu en-dessous de zéro, mais Legrand a pensé que je disais une stupidité
Je n’en sais rien après tout
Mais bien sûr qu’il ne neigera pas

« Oh, j’avais oublié que j’avais fait l’amour ici avec Valentine… », voilà ce qu’il me dit soudain d’en bas. Et moi : « J’entends pas ! »

On aimerait bien aller à Royan
Dans une des belles maisons de Royan



Le besoin incroyable de ce garçon
 
« La raison, comme un tabouret » (Rabelais)

Ce matin du 30 décembre, Legrand m’a proposé le mariage. Je le note ici parce que c’est pas fait (Legrand, souvent, lance des projets en l’air), mais, tout de même, ça m’a fait bien plaisir, vous pouvez imaginer, je ne touchais plus terre
Me marier avec Legrand !
Du coup, j’ai écrit à Bobo que je ne le retrouverai pas à Lannion, que je venais de passer une semaine magnifique avec Legrand, qu’en plus il m’avait proposé le mariage, que je l’aimais toujours, mais que je ne voulais pas mélanger les torchons et les serviettes comme une vulgaire traînée qui passe d’un corps à l’autre

A l’attente des crêpes-saucisse, le petit vieux qui était devant moi et qui venait pour une commande a donné son nom comme suit : « Legrand, en un seul mot ». Je lui ai dit que mon ami qui était à la poissonnerie s’appelait aussi Legrand : « En combien de mots ? », m’a-t-il demandé

Lorient comme Dubaï
Carré blanc ensoleillé
La maison / le dehors
« Ah, j’aime bien quand la mer est comme ça », me dit Legrand
La mer, sue par cœur !
Legrand dit que le poissonnier lui a dit du merlu : « Plus c’est petit, plus c’est bon… » Mais il ajoute : « Contrairement à autre chose… »

(Maintenant Legrand me dit que, s’il m’a proposé le mariage, c’est parce qu’il y avait la Marche Nuptiale à la radio)

Je suis presque heureuse avec Legrand, presque heureuse en totalité

Legrand m’a demandé de lui lire Le Rideau cramoisi, la première nouvelle des Diaboliques, très érotique, mais il s’est endormi. C’était sur la petite mezzanine de la fenêtre triangle orientée Sud. La coiffeuse aussi (c’est un autre point commun) me demandait de lire à voix haute pour l’endormir

Demain sera fini
C’est quand le livre est presque proche du désespoir que j’arrive à le lire — et de la mer

Les portes sont restées ouvertes de toutes les chambres où j’ai été dans cette maison — chambres du haut, chaudes, chambres du bas, froides. La porte de la chambre de Legrand est restée fermée
Le bien et le mal que me fait Legrand, je l’aime

France, après avoir bloqué Legrand sur WhatsApp pendant plusieurs jours, a fini par lever son interdiction. Il lui a dit : « Tu me manques » et elle a répondu : « Moi aussi »

Je relis Un barrage contre le Pacifique. Je suis frappée : c’est de 1950 et c’est exactement ce qu’elle a écrit à la fin de sa vie
C’est Duras absolue, libre, obsédée

Tout ce que fait Legrand me console

Ce gag de l’IA
Ce gag de tuer toutes les espèces

Qu’est-ce que je pouvais bien comprendre, adolescente, de ce que je lisais. C’est drôle que Marguerite Duras m’ait prise en amitié
Comment même est-ce possible ?

La maison est de l’architecte Bernard Guillouët

On reste finalement. On devait partir demain, le 31, Legrand a pris des billets pour le 2. On passera le réveillon ensemble
c’est étrange,
ensemble et peut-être seuls

J’ai dû dire à Bobo que je ne le rejoignais pas. Il m’a répondu : « Je ne t’en veux pas, mais je suis un peu triste. » Bien sûr, le bonheur des uns fait la tristesse des autres

Dans ma nuit, dans ma chambre, je caresse la peau de mes couilles et je pense que ça doit être comme ça, la sensation, de caresser la peau des couilles de Legrand, pas plus, pas moins
Il me donne tout, Legrand, un peu en vrac, mais il me donne tout, je peux tout prendre — et, ce qui manque, je peux le styliser
dans mon demi-sommeil

« Ma question, c’est : pourquoi tout le temps des rôles des femmes on les donne aux femmes et les rôles des hommes on les donne aux hommes ? » (Gad Elmaleh, à la télé dans le personnage de Chouchou)

Ses yeux très clairs, gris ou bleu, ses yeux d’aveugle
Avoir faim, avoir soif, avoir envie d’une femme

Je suis heureuse
dans ma petite chambre
sous la lune extraordinaire
sur la mer


Aujourd’hui, c’est moi qui me suis levée la première
C’est moi qui ai eu la première vision immémoriale de la couleur
bleue sur la mer

Sur France culture on passait une émission sur la Guerre du Feu (le film immonde qui a servi aussi les premiers émois sexuels de Legrand). L’imaginaire de la préhistoire. « L’environnement, il n’était pas plus — ou moins — hostile à la préhistoire que maintenant »

Ce matin, Legrand a besoin d’être seul ; je l’ai à peine serré dans mes bras ; il est parti avec son tas de copies, une banane, avec l’idée de rapporter des langoustines, d’aller à la piscine, « de ramener une fille », j’ai rajouté
Qu’est-ce qu’il va devenir tout seul avec moi ?
Parce que c’est comme ça qu’on va vivre. On va vivre tous les deux au bord de la mer — et comme on sera seuls au monde, il finira par me niquer
Il finira même par me faire un enfant, qui sait ? à force — et on recommencera la race humaine. On retournera dans la préhistoire en couleur

On entend maintenant la voix de Robert Badinter : « Il n’est pas d’homme sur cette terre dont la culpabilité soit totale »

J’envoie à Legrand une phrase pour lui : « Dès qu’on a été dans l’auto, sous le bungalow, je l’ai basculée sur le siège arrière et je l’ai baisée. »
Je suis très émue par ce roman (le Barrage) parce qu’il y a tout Duras, pas plus, pas moins, dedans ; tout ce qu’elle pensait est dans le roman 1950

Virilité / vérité

Legrand me tient captive comme un oiseau

J’avais envie de l’appeler par son faux prénom aujourd’hui. Le patron de L’Annexe l’avait appelé ainsi, Legrand avait dit qu’on l’avait souvent appelé ainsi, qu’on s’était trompé souvent



C’est lui qui fait la cuisine. J’ai voulu faire quelque chose, j’ai voulu faire une mayonnaise, mais la moutarde était au frigo, j’ai dit que ça ne marcherait pas. Il a voulu la faire lui et, malgré tous ses outils, le fouet électrique je veux dire (que, moi, je n’ai jamais utilisé), il a raté la mayonnaise
Auparavant je lui avais dit de faire attention à ne pas trop cuire les langoustines. Ça ne lui avait pas plu. « Ça fait quarante ans que je fais des langoustines… » C’est marrant qu’il ait dit quarante ans, puisque il ne les a pas (il a trente-cinq). Il m’ a dit : « Si tu râles… » Il m’a dit que France râlait aussi alors qu’il la nourrissait pareil
Mais, moi, je veux bien qu’il fasse la cuisine et je ne râle pas
Pendant qu’il corrigeait ses copies, tout à l’heure, je lui ai massé les pieds. Je pense que j’ai contribué à hausser un peu les notes. Il me lit les perles : « Dès le Moyen-âge, les croyances étaient déjà d’actualité »
Les pieds à masser, c’est un beau cadeau qu’il me fait, je ne sais pas s’il le sait. Aux bout d’un moment, je finis par donner quelques mimi, ça, ça va, mais si je me mets à les lécher, là, ça ne passe pas. Faut rien exagérer.
Sur France Culture tout à l’heure pendant que je revenais des courses, une femme parlait d’un homme qui avait un don d’hypnose et qui volait les diamants par cette méthode, ça lui était arrivé, en Belgique, alors qu’elle était une jeune employée de 25 ans…
Je lui fais enlever son pantalon. Ses jambes ne me plaisent pas, presque glabres. C’est là que je lui parle de l’hypnose. Il fait le sévère : « Il s’agirait d’un viol »
« Qui parle de viol ? Il s’agirait plutôt d’un accès de tendresse… »

C’est le 31. A un moment, Legrand va grogner, il aura faim. Moi aussi, j’ai faim
J’ai déjà faim

« Que dans l’amour les différences puissent s’annuler à ce point, elle ne l’oublierait plus. »

Marie Plantin m’a appelée tout à l’heure, elle veut faire un portrait de moi. C’était pendant que j’étais avec Legrand sur la mezzanine. J’ai demandé à Legrand la permission de répondre, c’est très rare qu’on m’appelle
Et je parlais avec Marie Plantin (qui m’admire, qui me flatte), mais pour Legrand aussi : je me faisais mousser

La lune a beaucoup grossi depuis notre arrivée. Cette nuit encore, on la verra sur la mer. Je me suis demandé les nuits passées comment décrire l’effet qu’on a en face, à le toucher… reprenons les mots de Nietzsche (que Legrand vient de me lire) : « pâle, scintillant, muet, monstrueux, reposant en soi-même »
« Le grand silence de la mort », me dit encore Legrand



Aujourd’hui, 1er janvier, Legrand ne se lève pas ; je n’ai pas frappé, je le laisse dans son tombeau de cette grande maison vide

Je tremble de froid, toute habillée dans mon lit et après une douche brûlante qui a vidé le ballon, mais c’est normal
Il y avait du givre sur le sable
Cette nuit, lorsque nous avons rejoint L’Annexe (Philippe et Chantal) à Portivy, les reflets de la lune sur les toits d’ardoise faisaient de la neige
Lorsque nous sommes rentrés, nous titubions (surtout Legrand qui s’était attaqué au rhum, moi au whisky, c’est tout de même mieux, ça s’attaque au foie, pas au cerveau). Legrand était si démuni, si amical, mais ce matin nous nous sommes disputés. Sa famille arrive tout à l’heure

Le paysage est comme un miroir, symboliquement, le 1er janvier, mais tous les paysages sont des miroirs
Les paysages avec l’eau bleue, la neige blanche

A minuit, Legrand m’a embrassé sur la bouche, son maximum

« D’un jour, elle en faisait deux » (à propos de Françoise Sagan)

« Je sais que nous voir était quelque chose de magique
Je sais qu’être ensemble était quelque chose de magique » (Juliette Gréco à propos de son amitié avec Françoise Sagan)

Le gâchis de ce premier jour de l’année, quand même

« Nous estimons que la Vie, dans son œuvre, est trop excessive, qu’elle est trop erratique, que son génie est trop brouillon.  »

Beaucoup de gens (de femmes) se demande qu’elle est la nature de notre relation à Legrand et moi. Mais elles ont raison de n’y rien comprendre ; est-ce que j’y comprends quelque chose, moi ? Je le disais l’autre jour (je ne sais plus trop quand, il y avait des bords de mer, du sable, un sentier)
Elles ont tort d’utiliser ce mot à la mode : une relation « toxique », mais, sinon, c’est vrai que c’est étrange
Legrand me donne tout ce qu’il peut me donner, mais il est une porte fermée
Et, moi, qui suis-je, plaintive écrivaine ?

Maintenant sa famille est là et, moi, qu’est-ce que je fais ? j’écris ma relation à Legrand. J’entends leur vie heureuse, peureuses, leurs rires comme s’ils étaient nombreux

Dernière promenade avec la chienne, mais la chienne préfère Legrand, c’est indéniable. Tout le monde préfère Legrand… On accepte les soirées, que les soirées viennent tôt ici. Betty, quand je suis allée chercher la chienne et que je lui ai souhaité une bonne année a dit : « Surtout une bonne santé ! C’est la santé qui compte, le reste, on s’en fout »
Legrand n’a pas compris comment on pouvait renoncer à tout sauf la santé, mais, moi qui suis déjà du côté de la descente, je comprends très bien. A un moment, on n’a plus besoin que de santé…

J’ai dit à Legrand qu’il fallait qu’on fasse une photo où l’on était tout les deux. J’ai attendu que la dernière personne sur la plage viennent jusqu’à nous et je lui ai demandé. Elle a dit : « Je me demandais ce que vous attendiez)



Dans la nuit du retour à Paris, dans le froid, j’ai fini le Maigret que j’avais commencé dans le train. Maigret et l’homme seul. On s’était disputé encore dans le train. On avait eu honte que le ton monte, les insultes, les menaces, mais on s’était rendu compte (tous les deux, mais chacun pour soi) que tout le monde avait des écouteurs aux oreilles, on aurait pu tout déballer (on l’a fait) en toute intimité. Impunité. Personne n’entendait. Ça nous avait calmé, je crois
Mais je crois que Legrand me méprise . Il faudrait que je lui demande (si je le revoyais) s’il a l’impression que je le méprise…

On se dispute toujours pour la même chose, ç’aurait été pourtant facile d’éviter le sujet

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Je ne suis pas malade, je vais me le dire, maintenant, c’est trop facile, la maladie — ou trop grave…
Le chien aboie dans le village, c’est un village imaginaire — et un chien — et c’était si peu, un bref jappement parmi la ville
La ville est morte ou comme une mer ; l’arbre est à-moitié brûlé. Elle est silencieusement tout un monde
Elle semble végétarienne ; il n’y a presque plus rien, un désert, mais il y a déjà eu tant de déserts…

Je lis un roman où il y a une fille et deux garçons. Bien sûr, les deux garçons sont Bobo et Legrand



Je retrouve dans des vieilles photos sur mon tél où je veux faire de la place l’arrière-petit-fils de Charlie Chaplin que j’ai perdu de vue, je me demande ce qu’il est devenu… A vrai dire, je ne me souviens plus non plus si nous avons été amants — ou seulement la passion brève et brutale d’une amitié. Je me souviens de peu. Les photos, parfois, ne me rappellent rien. Ni même les noms

Proche et lointaine silhouette, autorité des maisons… il y a le grand immeuble au sommet de la colline, cette tour… Altitude 100

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Tuesday, December 23, 2025

L’homme, « copeau du progrès technique », dit Soljenitsyne
Tant d’oiseaux, le soir, dans ce parc aux arbres rares
Je suis restée jusqu’à la tombée de la nuit avérée dans le parc du jour le plus court de l’année
Du jour le plus court
Je suis rentrée au Bar du Matin qui allait fermer pour travaux, il restait 3/4 d’h
Comme on ne me demandait rien, je n’ai rien commandé (et quand je l’ai voulu, moi aussi, tremper mes lèvres dans le goût de la bière, il était trop tard)
Il y a parfois dans la ville la possibilité — parfois à haute intensité — d’être fantôme : vous attendez  comme une pierre, un bout de bois, un pigeon dans les églises, les libraires, dans les endroits où on vous le permet, sur un banc… jusqu’à ce qu’on vous demande enfin de sortir : « Madame, nous fermons. » Oui, je suis l’une de ces femmes-fantômes. Mais puis-je agir sur le monde comme cela ? Pas assez. Oui, j’ai la nostalgie d’une action sur le monde, d’une action qui changerait le cœur des choses
Bien sûr, je me projette sur Bobo & Legrand. Je leur prête des aventures que j’aimerais bien vivre dans un rôle ou dans l’autre, des épisodes d’emprises sexuelles, et j’y crois tellement que je raconte dans les salons, en femme mondaine, ces aventures (les leurs) pour dégoûter ou appâter — comme si elles m’étaient arrivées, comme si je les avais vécues

Les maisons innocentes du souvenir avec les oiseaux



On m’a demandé de raconter ma « première fois »
Le lendemain, j’étais effarée de la faiblesse de mon récit, de mes images, tout était invraisemblable, retouché, ravalé à la va-comme-je-te-pousse
Mon Dieu ! s’il s’agissait de raconter sa vie, il y aurait du boulot… (Comment font-elles ?)

Le monde parti, la lumière était si belle, je ne savais quoi choisir, descendre au parc ou rester dans l’appart très perché
Il y avait des chemins dans le ciel
Le monde parti, comme s’il allait revenir, combien d’histoires étaient ensemble ?

Dans un coin très anglais, de beaux manoirs en briques, la route qui entoure le parc est sinueuse…
Les vitres des bow-windows boivent jusqu’à la dernière goutte de la lumière distillée par le soir ; avides, poreuses, sont les vitres de la transparence, vibrantes de la lumière… Les réverbères (au sodium) hésitent à s’allumer, eux, bégayent… Quand ils y parviennent : jaune d’or comme des boutons d’or

C’est en deçà du savoir qu’une ville m’intéresse, du savoir humain, ou de mon savoir humain
J’aime m’y perdre, m’y reconnaître à peine, y souffrir (convenez que Bruxelles est dépressive)
 
Toucher le second état du second degré comme dans un état pré-Alzheimer : quelle est cette ville ?

J’étais dans un train, j’avais peu dormi, ça allait vers le Nord, tout droit, tout plat. Le train était « classique », il allait lentement
C'était de plus en plus le Nord

C’est difficile d’« écrire mineur », je m’aperçois que c’est ce que je recherche et je n’y arrive pas

Beaucoup de gens font des dépressions au moment des fêtes, j’en fais partie

Il semblerait qu’il n’y ait que le choix d’être dépressive ou militante

J’avais dit, ça avait amusé la cantonade, « les dernières années de ma vie » au lieu des « dernières années de ma mère »

Je ne veux rien faire, comme si c’était déjà Noël maintenant
Dans le lifting, l’âme est prisonnière
(L’âme est voyageuse, en vrai)

Le venin de la belle lumière
Je voulais constater de mon fait
de mon fait…

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L e silence et la tourterelle


Je me réveille — dans quelle ville ? — peu m’importe, il y a le silence et la tourterelle (c’est une ville, on s’en désole, mais — le silence et la tourterelle)
Puisque tout a déjà été écrit, c’est une chance d’écrire — le silence et la tourterelle
Nous sommes dans l’Europe-rivière, le passage du temps, le silence et la tourterelle
Le temps brûlé, l’herbe chaude, le silence et la tourterelle

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Sunday, April 16, 2023

A ccipit ut det


En ce moment, je lis Umberto Eco. Déjà lu 500 pages, il m’en reste 400, du Pendule de Foucault. Je vais y arriver. Je le veux. Alors, aussi, je suis tombé sur un débat qui m’a fait penser à ce que vous aviez fait lors de notre première rencontre.


Ce qui me permet de souligner ici ce que je pourrais apprécier dans ce que vous me montrerez mercredi, les qualités d’humour (« on peut rire de tout », devise indispensable), de détachement, de culture et donc d’humilité (savoir dans la durée d’une vie humaine, c’est savoir qu’on ne sait rien — jouez donc aux vieillards plutôt qu'aux jeunes — ou en même temps), d’implication et d’éloignement, de digression, de confiance, d’improvisation, de « moment présent » (le kairos), de plénitude, de rapport avec le public, de jeu, d’ironie, de tendresse, l’idée que la vie est un bon moment à passer ensemble, d’absolu personnel, d’envers-et-contre-tous, l’excellence, le courage (pas l’autruche, mais le chevalier Bayard qui reçoit pour donner), l’invisibilité — ou la porosité (laisser, à travers soi, passer les regards comme Proust explique qu'il faut lire par transparence (un autre livre que celui qui est écrit) et regarder aussi le monde en transparence), etc.

ce qui peut tout à fait bien s'ajouter aux qualités (ou thématiques), mon Dieu, obligatoires, auxquelles nous ne couperons pas, même si nous en avions l’envie (c’est l’air du temps), les thématiques d’identité, d’autofiction, de vengeance, de retournement de situation, d'affirmation de soi, de revendication, de plainte, de peur, etc.

Une citation merveilleuse : « I used to be perplexed, but, now, I am no longer sure of it ». C’est Umberto Eco qui la cite dans l’interview, en expliquant qu’il n'en a jamais trouvé vraiment la source…

Prenez confiance dans vos capacités de maturité : c’est fait, c’est déjà fait, l’effort pour y parvenir ne se montre pas. De toute façon, ce sera réel. Un moment — de réel (c’est-à-dire qu’on doit n’y rien comprendre) dont vos textes tenteront le bref récit (à la Tchekhov), le poème… 

Cela peut-être aussi, trouvé sur Wikipédia, sur la notion de « lecteur implicite » (ou spectateur) : « Eco avance alors la notion de texte en tant qu’espace « paresseux ». Par ce concept, il entend faire comprendre au lecteur que la lecture est une activité créatrice, qu’il est un agent actif du texte. Ce lecteur impliqué dans le texte est ce qu'Eco nomme un « lecteur modèle », c'est-à-dire un agent capable d'actualiser les propositions du texte afin de saisir le plein potentiel du texte. »

YNG



Tu peux y ajouter cette méthode un petit peu poussée, un petit peu exigeante (il faudrait plus d’une journée, nous n’atteindrons sans doute pas le dernier stade mercredi, tout au moins nous ne pourrons pas le vérifier), mais qui peut peut-être leur donner la mesure d’une ambition au moins théâtrale (c’est extrait du Pendule de Foucault) : 

« Au premier stade, tu devrais réussir à communiquer avec d’autres esprits, puis projeter en d’autres êtres des pensées et des images, charger les lieux avec des états émotifs, acquérir de l’autorité sur le règne animal. Dans un troisième temps, tu essayes de projeter un double de toi dans n’importe quel point de l’espace : bilocation, comme les yogis, tu devrais apparaître simultanément en plusieurs formes distinctes. Après, il s’agit de passer à la connaissance suprasensible des essences végétales. Enfin, tu essayes la dissociation, il s’agit d’investir l’assemblage tellurique du corps, de se dissoudre en un lieu et réapparaître en un autre, intégralement — je dis — et non pas dans son seul double. Dernier stade, la prolongation de la vie physique…
— Pas l’immortalité…
— Pas dans l’immédiat. »

Bises,
YN


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Saturday, March 11, 2023


Salut Gilles ! 


Malheureusement je ne suis pas libre le 23 mars. Ce que je peux conseiller, c’est de délaisser la subtilité (que Virginia Woolf proposait, par exemple), pour y aller franco — un peu à la Boris Charmatz, mais aussi à la manière du génial Tino Sehgal dont il n’est pas facile de parler parce qu’il interdit toute reproduction de ses œuvres (films, photos, enregistrements sonores). Il avait envahi le Palais de Tokyo à Paris par un ensemble de plusieurs pièces de danse qui, occupant chacune un espace vide, pouvait n'en former qu'une seule immense. Ces pièces étaient activées par des dizaines de performers qui se relayaient pendant toute la durée de l’exposition, des groupes et des groupes. C’était paraît-il fatiguant (des amis y ont participé), mais enthousiasmant collectivement (et pour moi comme spectateur : extraordinaire). C’est ici (d’après les photos que tu as montrées) un espace immense, très beau, avec une très mauvaise acoustique, donc c’est une donnée — une contrainte — qui ne peut être qu'enthousiasmante et il faut y aller très physiquement, très « performers ». Qu’on entende ou pas, il faut accrocher sonorement « de l’écrit » C’est physique, c’est pour un effet immédiat, c’est un ensemble, ça montre que la diversité (des écritures) peut être portée collectivement. Je pense que ce n’est pas la meilleure idée de faire des choses individuellement chacun dans son coin avec les problèmes techniques qui vont occuper le temps ou l’énergie pour un résultat sans doute globalement faible (ni fait ni à faire), mais j’avoue que je parle là en spectateur qui s’ennuie souvent avec ce genre de petits stands de vendeurs à la sauvette. Je pense qu’il vaudrait mieux arriver à réinventer la force du collectif, le fil à couper le beurre. Le groupe que j’ai rencontré est potentiellement fort (groupe uniquement de ceux qui veulent, évidemment *). J’ai pensé, en me réveillant, je me suis demandé si ça ne serait pas possible que tout le monde apprenne un morceau des textes des autres et de donner cet ensemble d'extraits fort, à l’unisson, presque politiquement, comme des manifestes. A haute voix, ensemble, volontairement, regroupés comme un essaim (et ça démarre au milieu des gens) ou parfois dilatés sur plus d’espace (entourant les gens, donc), mais toujours à l’unisson. C’est peut-être très difficile, il y faut de l’enthousiasme et des répétitions, mais ce serait aussi l’avantage, si on a bien répété, d'arriver le soir même de la performance avec tout dans la tête et rien dans les poches. Evidemment, idéalement, il faudrait quand même un chorégraphe pour aider à structurer (ou l’un du groupe fait « œil exérieur » ?) Ça doit être court (et, au besoin, se donner plusieurs fois dans la soirée) et la difficulté, ce sont les cuts. Il faut trouver le moyen d’accentuer les différences, les écarts entre les extraits, peut-être parfois quelques suspensions de silence (comptées pour recommencer tous ensemble) et d'autres fois, très enchaîné au contraire, cadavre exquis. il faut qu’on ait l’impression d’écritures très opposées (dans les styles, etc.). Evidemment, plus les extraits semblent passer du coq à l’âne, plus l’unisson est impressionnant. Il faut une grande confiance, une grande jeunesse : on a raison. Enfin, voilà, il faudrait sans doute plus de temps. En tout cas, y aller au bluff comme d’habitude. Une fois les extraits choisis, les apprendre et les réciter ensemble tout le temps, tous les jours, pour les avoir bien en bouche et pouvoir ensuite les parler dans la circonstance improvisée (le soir-même)… 

Voilà, c’était une suggestion. Il y en aurait sans doute beaucoup d’autres… 

Bisous,

Yves-No


* Je viens de visionner un bout de vidéo où Françoise Sagan parle de la définition de Sartre de la liberté : Etre libre, ce n’est pas faire ce que l’on veut, comme les gens disent, mais c’est, plus subtil, vouloir ce que l’on peut (faire). J’ai envie de faire les choses que je PEUX faire. C’est à ce moment-là, selon Sartre, que je suis libre

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Monday, June 29, 2020

B ram et Sofie à Bruxelles



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Sunday, February 04, 2018

L e Chauffeur approuva


Nous passions devant le Palais Royal, je demandai s'ils y résidaient. Non, me dit le chauffeur, ils sont dans un autre palais, à vingt minutes d'ici, ce palais est comme le bureau du roi, il y vient tous les jours, c'est là qu'il reçoit les ministres, etc. Puis il ajouta : « L'autre jour, j'étais avec une femme qui m'a dit : Combien de SDF on pourrait mettre là-dedans, toutes ces pièces inutilisées... » Je répondis : « C'est sûr que ce serait un beau geste pour le roi d'ouvrir son palais aux SDF, mais, voilà, ce n'est pas l'idée... » J’ajoutai un peu plus tard sans doute pour nous mettre d’accord : « L'idée, pour lui, c’est d'essayer de faire tenir ensemble les Flamands et les Wallons, et ce n’est déjà pas une mince affaire... »

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V ille d'art


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Tuesday, April 28, 2015


Titres : Les Chevaux, Les Arbres, Dédié aux oiseaux...

J'habite à l'autre bout de la ville, chez un philosophe, bon, ça me fait voir du pays ! C'est avenue des Cerisiers et, en effet c'est une assez longue rue bordée de cerisiers ! Pour être plus littéral encore il faudrait dire : avenue des Cerisiers en fleurs car c'est le cas et les cerisiers ne sont-ils pas cerisiers seulement quand il sont en fleurs (titre pour Lyon d'ailleurs)

Lyon. Je veux laisser ouvert le plus possible... Mais il y a quand même des choses à organiser... Logements, par ex, c'est un point noir, pour l'instant, mais je vais trouver

J'ai plein d'amis qui baisent tout azimut surtout au printemps

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L 'Affiche



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Sunday, April 26, 2015

A venue des Cerisiers en fleurs


Ce soir à la Raffinerie, à Bruxelles, rue de Manchester (molenbeek), nous présentons MASSACRE du PRINTEMPS, à 20h et à 22h

Photo Philippe Gladieux

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Monday, February 16, 2015

M erci Bruxelles



Grégory Carnoli

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Friday, February 13, 2015

« J'ai en moi des capacités d'amour, mais c'est comme si elles étaient enfouies dans une pièce close. »

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Tuesday, February 10, 2015

E merveillé devant le spectacle des Bas Nylon



Photos Jan Lietaert

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Saturday, February 07, 2015

S cène de la partouze


On lui demande ce qu'il veut pour son anniversaire et il répond :
« Råb og knald »
Rob (o fermé) o (entre 'e' et 'o ouvert') knèl.
« Cri et baise »
Voilà voilà...
Jean

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S oirée mémorable


Vous savez que je pète la forme ? oui, vous le savez. Mais on peut péter plus haut que son cul, vous savez, on peut toujours plus. Eh bien, moi qui pète la forme, il y a un truc qui m’a quasiment envoyé au ciel (le septième). Dans mon bonheur, il m’a fait (encore) monter un échelon. C’est la soirée « Bas Nylon » à l’anniversaire du Beurs, à Bruxelles. Heureux les Bruxellois ! Ils ont « Bas Nylon » à domicile, ils peuvent sortir plus ou moins tous les mois... « Bas Nylon » se reproduit comme le phénix.  Mais, moi, écoutez mon témoignage : la soirée mémorable a été, je dirais, aussi éreintante qu’une saison théâtrale parisienne toute entière, je dirais, ou qu’un festival d’Avignon tout entier : c’était tout en un. Je ne peux pas décrire. Justement, ça n’est pas descriptible. Ça dépasse tout. Ces petits sont les génies du siècle. Peut-être, en art plastique, les Gelitin, Ryan Trecartin m’ont donné des joies similaires… C’est comme si cette soirée renversait tout de l’invraisemblable « réel » que l’homme s’est inventé, tout du désespoir, sur cette planète, cette mort. On peut tout foutre en l’air et d'une dignité sauvage. Dignité sauvage, transparence, finesse… Il faut bien sortir, je ressors ce soir voir le pouvoir des folies théâtrales, mais rien ne vaut, aucune programmation, je le sais, ne peut atteindre la joie de feu que j’ai ressentie, debout comme au stade, face à ces clowns de cabaret inouïs ! La vie, l’amour, le monde existent nom de Dieu, pas comme on nous le dit ! voilà le message. En sortant de la maison, c’était l’hiver, ma saison préférée, en rentrant à la maison, je sautillais, c’était le printemps (ma saison préférée) ; un merle chantait, c’est vrai, dans la nuit fraîche et familière. Si vous voyez n’importe quoi avec « Bas Nylon » dedans, allez-y (de ma part) et prosternez-vous. Voilà au moins une chose que les Rothschild n’auront pas : un art anticulturel. Si vous voulez retrouvez la génialissime Jessica Battut dans un tout autre genre (mais toujours aussi géniale), venez à la Saint-Valentin, à 15h, aux Brigittines (église-théâtre sublime), près de la gare Bruxelles-Chapelle et du skatepark Grand Sablon.

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Thursday, February 05, 2015

D ans l'étreinte du monde (citation pour le stage)


« Je viens de toi à toi
Pauvre et nu comme il se doit
Une poignée de sel dans la bouche. »

Abdellatif Laâbi

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Monday, January 19, 2015

C huichô


Chers amis, je suis à Bruxelles, pour 4 semaines, j’ai une garçonnière très bien, bien plus vaste que ma chambre de bonne à Paris avec, m’a dit mon logeur en me faisant visiter, une salle de bain « de partage ». « Partage », ça veut dire en belge « partouze », j’ai appris, et c’est vrai qu’on peut bien y tenir à plusieurs dans cette salle de bain ! Je ferais bien une période de sexe à gogo, moi, c’est vrai c’était sympa, le sexe, mon premier spectacle, ça parlait de ça, j’étais en plein dedans à cette époque, En attendant Genod, en 2003, J’avais une moustache, un gros baiseur, à l’époque... comme le temps passe... comme j’aimais baiser à l’époque ! En tout cas, là, c’est tout équipé, c’est bien, c’est parfait ! Puis j’ai fait du poulet rôti. Oui, je me disais que pour le « partage », ça ferait plaisir à tout le monde à un moment de tomber comme ça sur un poulet rôti. Vers minuit-3-4 heures du mat. Il y avait cette phrase de Michel Houllebecq aussi qui m'excitait : « L’homme, anéanti par cette assomption, ne prononçait que de faibles paroles ; épouvantablement faibles chez les Français (« Oh putain ! », « Oh putain je jouis ! », voilà à peu près ce qu'on pouvait attendre d'un peuple régicide), plus belles et plus intenses chez les Américains (« Oh my God ! », « Oh Jesus-Christ ! »), témoins exigeants, chez qui elles semblaient une injonction à ne pas négliger les dons de Dieu (les fellations, le poulet rôti), quoi qu'il en soit je bandais, moi aussi, derrière mon écran iMac 27 pouces, tout allait donc pour le mieux. » Bon, j’ai déclenché l'alarme incendie chez le gardien en ouvrant le four, il est monté, maudits détecteurs de fumée partout maintenant même dans les bordels ! Après, j’ai dû aérer, j’avais froid (j’ai dû me rhabiller), mais, moi, j’étais content quand même car, oui, c’était la première fois que j’utilisais un four ! Eh, oui ! Je n’en ai jamais eu, de four, dans une autre vie peut-être. J’ai tâtonné, j’ai demandé à Antoine Truchi que j’avais en Skype de me conseiller pour les boutons (il veut faire mon assistant pour le Stage sur l’Amour, c’était un test) et je m’en suis bien sorti, je trouve. Je n’ai mangé que ça, du poulet, le poulet en entier, pas la salade, j’avais une belle laitue toute fraîche pourtant, non, rien, rien de rien que le poulet, que ça, trop content, trop content parce qu’il m’était arrivé encore une première fois. Seule la peau avait cramé, il était délicieux le poulet ! Oh, contactez-moi vite en mp pour le « partage » !

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Thursday, January 15, 2015

Bonjour, je suis Charlie (en fait, plutôt le Grand Duduche) et je vais donner un stage avec des étudiants de l’Académie royale des Beaux-arts pendant deux semaines dans la salle des Machines de la Raffinerie à Bruxelles. J’ai proposé in extremis un thème aux étudiants :  le nouveau livre de Michel Houellebecq paru le jour de l’attentat, Soumission. Il constituera notre socle, nos questions, notre diversité, notre communauté, notre ambition…
Yves-Noël Genod

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