Tuesday, August 30, 2016

S tage de septembre (rêverie du 15 août) (rerun)


« Nous étions jeunes, toujours gais, souvent riches… Mais je viens de faire vibrer la corde sombre : notre palais est rasé. J’en ai foulé les débris l’automne passé. »
Dans le stage de septembre, on va travailler sur l’élan retenu, la déclosion, l’Unverbogenheit, l’apparaître du retrait, vous voyez ce que je veux dire ?
On évoquera les 3 chronothèses, c’est-à-dire l’image du temps en puissance (infinitif), en devenir (subjonctif) et en être (indicatif).
Et, en plus, ça devra être sexy et douloureux comme l’amour !
Dans le stage de septembre, on va travailler sur les figures de la princesse, de l’animal et de l’esclave, c’est-à-dire de l’exil ou de l’extranéité au monde, qqch de grave et d’irréparable…

« Balzac dit que la foi est indispensable dans la vie religieuse mais qu'elle l'est tout autant dans la vie sociale. Je crois en une ferveur de la relation avec le monde sensible. Pour les symbolistes, le monde n'est pas seulement celui qu'on voit, il y a une réalité cachée derrière. L'ordre matériel et social est habité par des forces poétiques. Si l'on parvient à établir un lien avec cet ordre supérieur, il peut exaucer des désirs très profonds. Je crois aux épiphanies, aux états extatiques, à la recherche de la beauté qui entraîne des moments incroyables relevant du miracle. »
JOUER DIEU, du 8 au 28 septembre, renseignements au 04 77 50 60 61 ou sur le site de l’Hostellerie de Pontempeyrat.

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R erun


C’est exactement ça : « Le talent, c'est la politesse à l'égard de la matière, il consiste à donner un chant à ce qui était muet. » C’est une phrase de Jean Genet, je crois. On est dans une société bien peu talentueuse, où pourtant encore la matière survit, brillance phosphorescente, très menacée, mais la menace aussi est très menacée car, comme le dit  Friedrich Hölderlin, « Là où croît le péril, croît aussi ce qui sauve. » Nous nous emploierons à découvrir, au stage-film de Pontempeyrat, ce qui sauve. Je cherche des Jedi les plus doués possible (capables de jouer les héros de l’entreprise « divine »), mais qui ne soient pas trop des « solitaires », pour aller vite, car les autres n’existent pas — c’est connu — et c’est donc une communauté dont il s’agit. Une troupe shakespearienne — ou congolaise — ou humaine… sur ce bout de caillou qui tourne et nous transporte… Partout où il y a la guerre, il y a la communauté et... il y a toujours la guerre, toujours la peste comme chez Œdipe à Thèbes ou à Londres quand William Shakespeare se réfugie à la campagne parce que les théâtres ont fermés… C’est toujours dans un champ clos, à travers la cité, et les autres n’existent pas. Je cherche encore quelques garçons bankable (« certain to bring profit and success »), des Christs et des Hercules, des génies.

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Tuesday, May 19, 2015

R ouen


David Bobée et Philppe Chamaux me proposent de travailler, à Rouen, sur Pierre Corneille, sa ville de naissance ! Rien ne me ferait plus plaisir ! Un auteur d'une telle virtuosité. Je me souviens que Laurence Mayor, lors d'un des fameux stages intitulé Jouer Dieu (il y en a eu quatre) m'avait ébloui avec le personnage de Matamore sorti de L'Illusion comique. Mais il y aura tant de choses pour moi à découvrir ! Il me faudrait un dramaturge (virtuose aussi car je ne le suis pas, je suis juste metteur en scène, c'est-à-dire : presque rien). Mon dernier stage (en avril dernier, avec les Chantiers Nomades) s'est intitulé Leçon de liberté et avait été conçu en direction des chanteurs lyriques. Il mélangeait les œuvres. Ce qu'il y a de bien avec les chanteurs, c'est qu'ils viennent avec leur répertoire. Il n'est bien entendu pas question que je fasse travailler la Reine de la Nuit ou Didon ou Carmen ! Quand Laurence Mayor m'a présenté Matamore, c'était aussi un personnage qu'elle portait avec elle depuis des siècles. Quand Audrey Bonnet a voulu travailler sur Ophélie pour le spectacle certes intitulé Hamlet donné dans sa troisième version à Vanves, elle m'a dit qu'elle lisait depuis toujours tout ce qui se rapportait à Ophélie. Voilà la vérité : ce ne sont pas les metteurs en scène qui font l'essentiel des spectacles. En tout cas, je ne me considère ni comme un dramaturge (je l'ai déjà dit) ni comme un directeur d'acteurs. Ça ne sert à rien. Il y a des choses beaucoup plus importantes à tenter (pour un metteur en scène), comme : effacer le théâtre. Je considère donc que le rapport personnel d'un interprète avec un rôle, c'est ce qui fait la splendeur et l'émotion et tout l'intérêt du spectacle. Je vous encourage pendant l'année qui nous sépare à réviser vos Corneille, à vous approprier la matière. A vos études !
Yves-Noël Genod

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Tuesday, April 28, 2015

U n peu de tendresse bordel de merde !

     
Julian me dit : « Tu es tout à fait mon genre de metteur en scène, mais tu n’es pas mon genre de plan cul ». Je suis forcé d’admettre la pertinence de sa formulation. Julian est adorable. D’une gentillesse à chaque seconde bouleversante. Il est venu ce matin me dire au revoir, quelqu’un l’emmenait à la gare. Il s’est allongé sur moi alors que j’étais dans un profond sommeil où j’étais enfin moi-même (ma libido et mon amour). J’ai eu la force de le serrer dans mes bras, cet adorable petit ourson (il s’habille en douze ans — fille — ou alors sur-mesure), mais je n’ai pas eu la force de le retenir, mon sommeil était si bon, si sensuel. Je l’aurais accepté sans frein, mais je ne pouvais pas le forcer — et il avait son train, il était dans mes bras à la dernière seconde (la fameuse). Mais cette fois qui m'en rappelait une autre à Berlin, c’est moi qui bandais (puisque c’est moi qui dormais) et, après son départ, j’ai vécu entre deux eaux, la bite longtemps douloureusement tendue avec le rêve que je la lui avais mise, dans son petit q de noisette.

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J’entends les chants géorgiens que Thomas fait répéter sur la pelouse devant ma chambre. Puis il y a la pause, les rires… Beaucoup de nouveaux aujourd’hui, c’est la deuxième semaine. Avec les anciens, il a dû se passer quelque chose car nous avons l’impression de nous connaître depuis dix ans… Il y a une île, ici, dans ce château, il fait si beau, et le monde « all right » est si rapide. Les arbres déploient à vue d’œil ; le soleil brûle la vie par les deux bouts. Les lézards, l’écureuil, le concert des oiseaux, les détails… Toutes les fenêtres ouvertes, tous les chants. Pas de réseau téléphonique. Internet marche dans certains coins.

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Friday, April 17, 2015


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R éussite


Maria Casarès  a réussi son coup en léguant son domaine « à la France » pour la remercier d’avoir été pour elle une terre d’asile : l’endroit est une île et y travailler est un charme. Île protectrice, réserve, écosystème… Le groupe nullement constitué au départ, personne n’ayant été « choisi » faute d’un nombre suffisant de candidats, patchwork d’absences et de présences s’est métamorphosé avec une énergie folle — égale, peut-être, à l’éclosion des feuilles et des fleurs, au concert des grenouilles jour et nuit, au miracle des oiseaux… — en la plus merveilleuse des troupes. A vouloir toujours le miracle, on fini par savoir y faire. C’est la méthode : le miracle, sinon rien. La mienne et celle que j’enseigne à mes étudiants. Dans chaque stage, il y en a tout un lot avec qui j’aimerais poursuivre le travail, possiblement tous (comme ici). Pourquoi cela se fait-il si peu ? Par manque de moyens. C’est la seule raison. Il me faudrait rencontrer un financier, quelqu’un qui sache ramasser l’argent. Je ne le sais pas. Pour moi, je m’en fiche complètement. Mais j’aimerais travailler plus souvent et faire travailler des escadrilles… Nous transformerions le théâtre en un havre de paix, une écologie de la non-violence (de la délicatesse). Maintenant (je me suis retiré pour écrire ces lignes), il y a une grande fête d’été (et c’est l’anniversaire de Catherine, aussi) pour oublier que vivre ensemble est encore une utopie...

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L a Parade



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N omade


Aujourd’hui en me réveillant dans la chambre encore adorée qui donne sur le verger — j’ai tout vu ! c’était les quinze jours où les feuilles se sont ouvertes, plein soleil et toutes les bêtes dans un ultime effort de toute la vie une fois encore sur cette terre fragile, près de la Charente adorée où, le soir, après la répétition de l’après-midi, je me promène en barque avec quelques amis et où je me baigne (je prends une douche après, elle doit être ultra-polluée, mais je m’y baigne) — et les nuits où on ne veut pas dormir tellement que les étoiles brillent et que les oiseaux chantent —, aujourd’hui, donc, FB m’annonce qu’il y a quatre ans, je postais cette photo de Marc Domage, du premier 1er Avril, celui de Bruxelles, avec Felix Ott et Philippe Tlokinski, et me demande si je veux savoir ce qu’il s’est passé le 17 avril il y a quatre ans — non, je ne veux pas savoir, mais comme le temps passe ! Felix et Philippe, rares splendeurs (comme on peut voir) auraient donc quatre ans de plus... Aujourd’hui, c’est aussi l’anniversaire de Catherine Fornal. Elle est arrivée au petit-déjeuner : « Je vous préviens, je vais pleurer toute la journée » et elle s’est mise à pleurer à gros bouillon parce qu’elle était touchée que des gens qu’elle n’avait « pas vus certains depuis des années » lui envoient des « messages si gentils... » Une star. A propos, je débarque à Lyon dimanche pour donner des auditions (jusqu’à vendredi 24), mais je ne sais pas encore où loger — quelqu’un peut-il m’accueillir ? (Non fumeur, svp.)

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Thursday, April 16, 2015

C eux qui sont dans le coin


Actualité pour ceux qui sont dans le coin — à part les grenouilles, les écureuils, les lézards, les couleuvres de Montpellier, tous les petits insectes, les grands arbres, les herbes et la rivière (la Charente) —, on donne une représentation de fin de ce stage-ci, LEÇON DE LIBERTE, demain (vendredi) à 20h30, maison de Maria Casarès...

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Quelques fragments du Stage sur l'Amour (Bruxelles), par Baptiste Conte

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Wednesday, April 15, 2015

T homas à la campagne



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Monday, April 13, 2015

J’entends les chants géorgiens que Thomas fait répéter sur la pelouse devant ma chambre. Puis il y a la pause, les rires… Beaucoup de nouveaux aujourd’hui, c’est la deuxième semaine. Avec les anciens, il a dû se passer quelque chose car nous avons l’impression de nous connaître depuis dix ans… Il y a une île, ici, dans ce château, il fait si beau, et le monde « all right » est si rapide... Les arbres déploient à vue d’œil ; le soleil brûle la vie par les deux bouts. Les lézards, l’écureuil, le concert des oiseaux, l'harmonie des détails… Toutes les fenêtres ouvertes, tous les chants. Pas de réseau téléphonique. Internet dans certains coins…

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L e Fantôme de Maria Casarès



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Sunday, April 12, 2015

L a Barque



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Saturday, April 11, 2015

C erisaie



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Ce soir nous avons vu le premier épisode de P’tit Quinquin de Bruno Dumont, avec le vidéoproj dans la salle de travail. Depuis tant d’années qu’on me parle de Bruno Dumont, que je sais que c’est exceptionnel, je n’avais encore rien vu, figurez-vous. J’avais demandé qui pouvait apporter ses films au stage. Il y a les étoiles par-dessus la salle de cinéma. La salle est chauffée, mais quand nous sommes dehors sous les étoiles très pures, il fait très froid, c’est un plaisir, le noir sous les étoiles.

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Friday, April 10, 2015


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Thursday, April 09, 2015

V ous saviez que Rosa


Un livre merveilleux. C'est l'un des stagiaires qui écrit ça. Ces histoires-là. Et qui les raconte et les dessine de son crayon ou de ses gestes. Vous saviez que Rosa Luxemburg, tout en voulant mourir au combat (ce qui lui est arrivé), se savait plus proche — en son for intérieur — de l’espèce des mésanges charbonnières que de l’espèce humaine ? Il y a plusieurs espèces humaines. Il y a une espèce humaine qui nous empoisonne à longueur de journal (il paraît que Marine Le Pen s'est encore disputée avec son père). Et il y en a une autre qui est l'espèce du futur, celle qui ne tient pas plus que cela à « appartenir » à l'espèce humaine, qui préfère, de loin, l'animal à l'homme... c'est mon cas. Les massacres humains sont terribles, mais plus effrayantes encore, pour moi, les destructions industrielles des élevages en batterie et les génocides des espèces. Je pense qu'un jour les hommes seront jugés par les dieux pour ce genre de crime et qu'il n'y aura pas de pitié pour les marionnettes Manuel Valls, Ségolène Royal ou Nicolas Sarkozy... Je vous dis cela en apercevant un écureuil dans le parc de la maison de Maria Casarès. Je hais l’espèce humaine, je préférerais, de loin, être une abeille, de celles qui meurent. Le livre que je viens de lire au soleil parle de deux choses qui existent dans le monde : la malveillance, la bienveillance. Quand j'étais petit, un téléfilm m’avait marqué qui racontait en montage parallèle un homme et une femme qui pratiquaient l’un le mal, l’autre le bien et qui, le soir, se retrouvent à la maison, tu as passé une bonne journée mon chéri ? — oui, ma chérie — et le lendemain inversent les rôles… La bienveillance il est possible d’y arriver, celle qui ne ferait pas de mal à une mouche. Voici la fin d’une histoire intitulée : Perdu fourmi rue Mouffetard. « En revanche nous sommes devenus amis, et nous faisons régulièrement de longues promenades rue Mouffetard, à la recherche d’insectes égarés. » Une autre histoire se termine par : « Je restais un peu coi, mais je me dis que ce jour-là, au moins, j’avais fait quelque chose de bien ». Mais ça ne sert à rien de recopier une phrase ou deux, c’est l’ensemble qui forme une cosmogonie...

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