Sunday, February 01, 2026

U ne horreur


Je me suis réveillée avec un rêve si triste, l’arrestation d’un couple de Chinois si bons, si classes, si nécessaires, cette femme surtout, certainement à ma vie, mais certainement à d’autres aussi, que savais-je d’eux ? arrêté en sortant de chez moi et, pour toujours, passé dans l’autre vie des horreurs ; je les ai accompagnés tant que j’ai pu jusqu’à là où je ne les reverrai plus ni personne, la limite (la limite n’avait pas l’air de la limite, c’était la ruse suprême)
J’avais aussi l’idée que ce chapitre intitulé « Une horreur » devait clore le texte infini de ces posts IG

Hier, Z. avait failli être arrêté par les soldats de la RATP armés et protégés comme les soldats de ICE 
et puis, au dernier moment, il avait été protégé par une chance, le cul bordé de nouilles, exactement celle qu’il avait dans la pièce qu’il venait de jouer où, par deux fois, on le croit mort, perdu, on l’annonce mort, et où il réapparaît jeune vainqueur

Après la pièce, Marc s’était présenté en me disant : « Tu te souviens de moi ? » Oui, pour une fois, je me souvenais très bien, je le reconnaissais (mais je ne l’avais pas reconnu dans la pièce). J’avais commencé à prendre en note dans le noir un très beau passage et, comme c’est lui qui le prononce, ce passage, très bien, d’ailleurs, je le félicitais, j’osais lui demander de me dicter ce qui me manquait, ce qu’il fit volontiers car Marc est gentil, sans doute à ça que je l’avais reconnu, le signe distinctif (extérieur) de sa gentillesse lui faisait son identité
 
« Mourir est chose aussi commune que de vivre. On préfère l’une et on pourchasse l’autre — car, dès le premier instant de notre vie, nous poursuivons et traquons l’heure de notre mort — d’abord en bouton puis en fleur, enfin donnant notre graine pour choir bientôt. Et comme l’ombre suit le corps nous suivons la mort. Si donc nous traquons la mort, pourquoi la craindre ? Aucun effort délibéré de notre part ne peut changer le cours de notre destin car, mûrs ou déjà blets, nous tomberons quand nous tirerons le lot de notre dernier jour »

J’avais repensé à cette phrase d’Antoine Vitez (que je cite de mémoire) : « Qui résoudra ce mystère, les acteurs disent et jouent les plus beaux textes de l’humanité, mais leur vie n’en est pas changée… »
 
Venait souvent assez vite après cette phrase le souvenir d'une autre de Marguerite Duras qui nous avait demandés un soir chez elle (nous étions plusieurs) : « C'est quand même bien foutu, ce que j'écris ? » Et comme nous nous récrions tous : « Alors pourquoi, ma vie, c'est n'importe quoi ? »
 
Dans le livre que  j'avais dans ma poche, ce soir-là, je tombais toujours sur la même idée, la phrase définitive de Marguerite Yourcenar :  « La même distance incommensurable sépare les œuvres de Racine de la vie de Racine, et le peu que nous savons de Shakespeare des pièces de Shakespeare »
 
 

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