Saturday, June 18, 2011

Gaga

L’immense conque aux oiseaux comme aux étoiles : on connaît tout le ciel – possible – il est infini. Vous flottez dans une caravane, vous êtes ému. La caravane-bateau, quelqu’un a parlé de la caravane-bateau… Il s’agissait d’aller sur l’eau du volcan en kayak, en bateau… Vous n’habitez pas le lieu. Pas assez. Le lieu doit être bienfaisant. Car le public aussi habite le lieu. Il n’y a rien de magique. C’est nécessaire. C’est obligatoire. Vous pouvez pleurer.

Hier, donc. Les enfants ont insulté Armelle. J’ai eu du mal à m’endormir. On a revu Mulholland Drive. On a pensé qu’on aurait du mal à s’endormir. Ensuite, il y avait des tout petits bruits dans une caravane – ou plusieurs. Ça vivait. La nuit était muette (à part ça). Le château dans le lointain. Tout éclairé. (Parce que Babette et Sébastien travaillaient dans la nuit ; j’étais passé les voir.)

Et j’avais insulté les enfants. Ça m’a fait peur. Le pouvoir des enfants. Ou des nains. (Babette avait passé un film.) Dans l’église. On a joué dans l’église, à Montarcher. On a joué dans le café, à Saint-Bonnet-le-Château. Le café – il y a déjà du monde debout – on est à Venise – le café s’appelle le bistrot Liberté. « Quelque part un endroit de Liberté ». On a joué Thelma et Louise, la scène où Thelma a baisé avec Brave Bite. Je ne connais pas le film, mais les filles ont joué, l’une après l’autre, chacune, la scène où Thelma a baisé avec Brave Bite (c’est son nom d’Indien). C’était très bien, très choquant. Je veux dire : très instructif. Il y aurait un pays où il n’y aurait plus les films. On jouerait les films. Les Maître-fous. On aurait l’impression de les avoir vus, de les connaître. On aurait joué les films, pareil, au lieu de les raconter. Boutaïna était remarquable. C’était elle qui donnait la réplique. Elle disait des choses comme : « Ne m’dis pas qu’t’as mal au cul… » ou : « Il t’a enculé de tous les trous, mais j’m’en fous, ok ? » ou : « Et t’as avalé ta langue ? tu l’as laissée dans son cul ? » Bénédicte Le Lamer avait fait du Nijinski dans l’église. Poésie indéfinie. On la perd, on la poursuit, on fait œuvre humaine. Le journal de Nijinski. Il faut leur donner tant d’espoir, aux stagiaires, je me demande si ce n’est pas un jeu. Ils sont tous doués, mais le temps qu’ils s’ouvrent, tant de temps… Ils s’imaginent qu’il faut être « bon acteur ». Mais ce n’est pas du tout la question. On leur a foutu ça dans la tête. (Même problème à l’école du TNB.) Bon acteur, c’est une donnée, c’est un don ; donc ce n’est pas du tout la question. La question, c’est l’espace. Vous êtes dans l’espace, vous jouez : c’est tout simple. Si vous êtes malin, vous choisissez votre espace et vous vous mettez dedans (votre costume). C’est ce que j’ai fait en Avignon. Puis vous ne forcez pas le sens pour que le lieu continue d’agir comme s’il était vide, c’est le plus difficile. Non, pas le plus difficile, mais il faut être vigilant. Vigilant. Oui. Le sens veut toujours se forcer, l’irruption du sens qui n’a rien à faire. Faites comme Lady Gaga. Elle l’exprimait bien, hier, sur le plateau de Canal plus. Elle capte – son rôle se limite à – capter ce que les fans – ses fans – attendent d’elle. Il faudrait retrouver les mots. Elle disait aussi : « Il n’y a pas de limite à l’art, à la mode – et à l’amour. »

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