Sunday, December 22, 2013
Wednesday, December 21, 2011
Bonne nouvelle, ce matin, le stage de Pontempeyrat (déjà donné deux années consécutives) : Jouer Dieu est reconduit cette année. Période : 27 août / 16 septembre. Je suis très heureux. La bactérie Borélia n'a qu'à bien se tenir ! On va l'E-RA-DI-QUER par une guerre sans merci !
Labels: pontempeyrat
Sunday, June 19, 2011
J'ai quitté sans regret chacun des stagiaires, tous plus cons les uns que les autres, plus cons et plus moches aussi...
Vincent Dedienne (stagiaire dans le stage) se fout de ma gueule. Mon Dieu, j’adore les pastiches ! Celui-ci me fait beaucoup rire.
A Pontempeyrat
Cher Journal,
Ici, il fait si froid et je me sens si seul.
J'écrivais, il y a peu : « Pontempeyrat, c'est ma maison », quel imbécile ! Pontempeyrat, c'est ma geôle, oui, c'est mon Rikers Island à moi !
Il pleut, nous avons froid, je ne te l'ai pas dit, mais ils m'ont refilé la caravane la plus pourrie, elle brinquebale et fuit. Que c'est moche, une caravane qui fuit ! Ma caravane n'est pas la seule à souffrir de déficience esthétique : tous les stagiaires (tous, sans exception) sont moches comme des poux. Des poux très moches. Comble de malheur, il s'avère qu'ils sont tous très tactiles et adoooorent me toucher, tout partout, en permanence. Je me sens glué !
Il n'y a plus de pudeur, cher Journal, plus d'intimité, et tu sais comme ce sont des notions qui comptent pour moi. Comme disait Duras, ou bien était-ce Borges ? Ou bien Lonsdale en répétition, non, peut-être que je l'ai lu sur le blog d'un ami, ou alors c'est Duras, ou un ami de Duras, ou Flaubert dans sa correspondance, ou Artaud, ou – oh, je ne sais plus, je ne sais plus ce que je voulais te dire, cher Journal..
Tu vois, je suis fatigué, je suis épuisé de faire semblant d'être heureux quand ils sont là (voilà que je cite du Dalida maintenant, ou bien est-ce une strophe de Lady Gaga que j'aurai traduite pendant mon sommeil ?...)
Oh, je ne sais plus, je voudrais des vacances, sur l'île d'Elbe ou bien à Avignon. Je voudrais de l'espace, du temps rallongé, des après-midi lentes passées dans les livres. Paris me manque, ma Chapelle, ma garde-robe…
Soi-disant je serais un individu solaire au bois duquel il fait bon se chauffer. Un stagiaire m'a dit ça (ou peut-être l'a-t-il seulement pensé ?) Toujours est-il que leurs mains baladeuses sur mon grand corps me tachent et m'épuisent. Alors je prends une demi-douzaine de douches par jour pour me laver de leurs empreintes.
Je n'en peux plus, je sens que je craque, cher Journal : ce soir, j'ai demandé à Laurence de me vernir les ongles pendant le film du soir (encore un Blier !) Je rate ma bouche quand je bois mon café le matin, et mes cheveux tombent en désuétude. Si tu n'étais pas que du papier cher journal, je t'appellerais à l'aide.
Heureusement il y a toi. Et Yann Barthes.
Bonne nuit, cher Journal, heureusement que tu es là, pour me consoler de cet exil AFFREUX.
Ton YNG
Cher Journal,
Voilà. Le stage à Pontempeyrat est enfin fini. Je n'en pouvais plus. Je vais pouvoir reprendre une vie normale, me refaire une beauté et couler des jours heureux loin de l'Anse, des prairies débiles et des caravanes insalubres. O mes théâtres, ô mes dîners en ville, ô mes métros !
J'ai quitté sans regret chacun des stagiaires, tous plus cons les uns que les autres, plus cons et plus moches aussi. Dieu qu'ils étaient moches, pauvres enfants.
Je dois confesser, cher Journal, que je leur ai fait faire n'importe quoi : se lever en pleine nuit pour écouter du Rachmaninov saturé dans un volcan, imiter Michel Berger, porter des tenues ridicules. Et ils le faisaient !
Ils écoutaient tout, ne s'inquiétaient de rien. Je pouvais dire « Gifle-le », « Embrasse-la », « Pleurs ! » ou même « Suce-le », ils le faisaient.
J'espère, cher Journal (et je te demande de croiser les doigts avec moi) qu'aucun de leurs parents n'engagera de poursuites pénales contre moi.
Cher Journal, je te quitte en te donnant un dernier conseil : n'écoute jamais parler de la Haute-Loire, ne vois jamais les films de Blier et ne bosses jamais avec des acteurs non pudiques.
Bonne nuit, cher Journal
YNG
A Pontempeyrat
Cher Journal,
Ici, il fait si froid et je me sens si seul.
J'écrivais, il y a peu : « Pontempeyrat, c'est ma maison », quel imbécile ! Pontempeyrat, c'est ma geôle, oui, c'est mon Rikers Island à moi !
Il pleut, nous avons froid, je ne te l'ai pas dit, mais ils m'ont refilé la caravane la plus pourrie, elle brinquebale et fuit. Que c'est moche, une caravane qui fuit ! Ma caravane n'est pas la seule à souffrir de déficience esthétique : tous les stagiaires (tous, sans exception) sont moches comme des poux. Des poux très moches. Comble de malheur, il s'avère qu'ils sont tous très tactiles et adoooorent me toucher, tout partout, en permanence. Je me sens glué !
Il n'y a plus de pudeur, cher Journal, plus d'intimité, et tu sais comme ce sont des notions qui comptent pour moi. Comme disait Duras, ou bien était-ce Borges ? Ou bien Lonsdale en répétition, non, peut-être que je l'ai lu sur le blog d'un ami, ou alors c'est Duras, ou un ami de Duras, ou Flaubert dans sa correspondance, ou Artaud, ou – oh, je ne sais plus, je ne sais plus ce que je voulais te dire, cher Journal..
Tu vois, je suis fatigué, je suis épuisé de faire semblant d'être heureux quand ils sont là (voilà que je cite du Dalida maintenant, ou bien est-ce une strophe de Lady Gaga que j'aurai traduite pendant mon sommeil ?...)
Oh, je ne sais plus, je voudrais des vacances, sur l'île d'Elbe ou bien à Avignon. Je voudrais de l'espace, du temps rallongé, des après-midi lentes passées dans les livres. Paris me manque, ma Chapelle, ma garde-robe…
Soi-disant je serais un individu solaire au bois duquel il fait bon se chauffer. Un stagiaire m'a dit ça (ou peut-être l'a-t-il seulement pensé ?) Toujours est-il que leurs mains baladeuses sur mon grand corps me tachent et m'épuisent. Alors je prends une demi-douzaine de douches par jour pour me laver de leurs empreintes.
Je n'en peux plus, je sens que je craque, cher Journal : ce soir, j'ai demandé à Laurence de me vernir les ongles pendant le film du soir (encore un Blier !) Je rate ma bouche quand je bois mon café le matin, et mes cheveux tombent en désuétude. Si tu n'étais pas que du papier cher journal, je t'appellerais à l'aide.
Heureusement il y a toi. Et Yann Barthes.
Bonne nuit, cher Journal, heureusement que tu es là, pour me consoler de cet exil AFFREUX.
Ton YNG
Cher Journal,
Voilà. Le stage à Pontempeyrat est enfin fini. Je n'en pouvais plus. Je vais pouvoir reprendre une vie normale, me refaire une beauté et couler des jours heureux loin de l'Anse, des prairies débiles et des caravanes insalubres. O mes théâtres, ô mes dîners en ville, ô mes métros !
J'ai quitté sans regret chacun des stagiaires, tous plus cons les uns que les autres, plus cons et plus moches aussi. Dieu qu'ils étaient moches, pauvres enfants.
Je dois confesser, cher Journal, que je leur ai fait faire n'importe quoi : se lever en pleine nuit pour écouter du Rachmaninov saturé dans un volcan, imiter Michel Berger, porter des tenues ridicules. Et ils le faisaient !
Ils écoutaient tout, ne s'inquiétaient de rien. Je pouvais dire « Gifle-le », « Embrasse-la », « Pleurs ! » ou même « Suce-le », ils le faisaient.
J'espère, cher Journal (et je te demande de croiser les doigts avec moi) qu'aucun de leurs parents n'engagera de poursuites pénales contre moi.
Cher Journal, je te quitte en te donnant un dernier conseil : n'écoute jamais parler de la Haute-Loire, ne vois jamais les films de Blier et ne bosses jamais avec des acteurs non pudiques.
Bonne nuit, cher Journal
YNG
Labels: pontempeyrat
Laisser les gosses
« What’s the Gaga’s secret ? – I like to live halfway between reality and fantasy, so my life is theater. »
C’est étrange, on a laissé les gosses. On a laissé les gosses. J’ai mal dormi cette nuit, j’ai eu froid, j’avais laissé ouverte l’aération de la caravane, le chauffage chauffait les étoiles. Et les oiseaux qui se taisaient. J’ai entendu les derniers fêtards rentrer vers trois heures et demie. J’ai pissé dans le ciel étrange. Plein de « Chateaubriand », d’effets Chateaubriand, enfin, vous comprenez, des effets décrits par Chateaubriand, la lune, les nuages, la vie là-haut, partout, loin, la terre… J’ai pensé ça parce que je voulais dire que le château était resté éclairé, comme la nuit précédente. Allons, concentrons-nous. Peut toujours s’arrêter d’écrire. C’est un miracle apparent, d'écrire. L’un des miracles apparents. Donc je me suis rhabillé, j’ai dormi tout habillé, avec le bonnet, doubles chaussettes, j’ai quand même attrapé froid, l’aération de la caravane était ouverte, le chauffage chauffait les étoiles, les pensées, les rêves. La dissolution dans la nature. Ce que nous avions voulu faire, essayer de, mourir, disparaître, vivre aussi bien, pas de formes, pas de recueillements, disparaître et dissoudre… Aimer.
C’est étrange, on a laissé les gosses. On a laissé les gosses. J’ai mal dormi cette nuit, j’ai eu froid, j’avais laissé ouverte l’aération de la caravane, le chauffage chauffait les étoiles. Et les oiseaux qui se taisaient. J’ai entendu les derniers fêtards rentrer vers trois heures et demie. J’ai pissé dans le ciel étrange. Plein de « Chateaubriand », d’effets Chateaubriand, enfin, vous comprenez, des effets décrits par Chateaubriand, la lune, les nuages, la vie là-haut, partout, loin, la terre… J’ai pensé ça parce que je voulais dire que le château était resté éclairé, comme la nuit précédente. Allons, concentrons-nous. Peut toujours s’arrêter d’écrire. C’est un miracle apparent, d'écrire. L’un des miracles apparents. Donc je me suis rhabillé, j’ai dormi tout habillé, avec le bonnet, doubles chaussettes, j’ai quand même attrapé froid, l’aération de la caravane était ouverte, le chauffage chauffait les étoiles, les pensées, les rêves. La dissolution dans la nature. Ce que nous avions voulu faire, essayer de, mourir, disparaître, vivre aussi bien, pas de formes, pas de recueillements, disparaître et dissoudre… Aimer.
Labels: pontempeyrat
Saturday, June 18, 2011
« Don’t play real until it gets real. »
Ce vide incroyable du départ – où tout est beau, lumière, vêtements, air (poésie). La fin des pièces de Tchekhov (sans le pathos). On gueule du théâtre dans la cour. C’est au-dehors. Tout le monde s’en fout ou regarde – par les vitres, protection du soleil.
Labels: pontempeyrat
Compte-rendu de stage
On me demande un compte-rendu de stage. Je l'écris volontiers. Quinze lignes. Mais je sais ce qu'il va se passer, ça me revient en le faisant. Il va se passer comme l'année dernière qu'on va me dire (gentiment) : c'est très beau, mais, pour l'Afdass, ça ne conviendra pas (ils n'y comprendront rien) : ça ne te gêne pas qu'on le réécrive ? Non, ou, oui, ça me gênerait, mais, pour l'Afdass, non, ça ne me gêne pas, faites au mieux, ce qui vous arrange et surtout ce qui les arrange, eux. Ne pas les déranger. Ils veulent du jargon. Sérieux.
La reconduction du stage « Jouer Dieu » (déjà formulé l’an dernier), à Pontempeyrat, n’a pas, bien sûr, donné lieu à la répétition du même. Cette année, aucune « forme » n’a été créée. Aucune présentation publique n’a semblé nécessaire. En revanche, a été exploré une sorte de décadrage, d’approfondissement de l’informe, comme un « stage en pays réel ». Une vision plus « cinéma », si on veut, pour se rapprocher de la vie même ou de l’écoulement du fleuve (comme en parlent, en ces termes, Nietzsche, Renoir, le peintre ou Renoir, le cinéaste). Si le théâtre est laboratoire, le théâtre peut aussi, bien sûr, être ambulant. Nous avons joué dans un théâtre de plein air construit sur le lac d’une ancienne carrière d’orgues basaltiques (volcan du Montpeloux), dans l’église claire d’un village haut perché du Forez (Montarcher), au bistrot (intitulé Liberté) d’un gros bourg presque urbain, Saint-Bonnet-le-Château, dans la prairie d’une rivière (pour Flaubert, Madame Bovary, Büchner, Léonce et Léna, Botho Strauss, Le Temps et la Chambre), dans une pente déboisée, sur un chemin moyenâgeux du XIIème siècle conduisant du pont du Diable au village de Chalancon (pour Antigone, d’Hölderlin), etc. Finalement l’intérieur de la vaste salle de l’hostellerie de Pontempeyrat ne s’est imposé que pour la pièce La Chevauchée sur le lac de Constance, de Peter Handke. Dans tous les cas et de la manière la plus précise possible, nous avons favorisé non pas l’errance, mais, au contraire, la volatilité de l’art, l’art de la vie. Nous avons voulu recueillir plus grand que l’art, plus humble, nous avons voyagé même immobiles. Nous avons poursuivi autant que faire se peut l’aphorisme de Lie Tseu : « Le parfait voyageur ne sait où il va. » Au soir, ciné-club pour nous encourager dans nos retrouvailles. Kurosawa, Pasolini, Lynch, Herzog ou Blier.
Yves-Noël Genod
La reconduction du stage « Jouer Dieu » (déjà formulé l’an dernier), à Pontempeyrat, n’a pas, bien sûr, donné lieu à la répétition du même. Cette année, aucune « forme » n’a été créée. Aucune présentation publique n’a semblé nécessaire. En revanche, a été exploré une sorte de décadrage, d’approfondissement de l’informe, comme un « stage en pays réel ». Une vision plus « cinéma », si on veut, pour se rapprocher de la vie même ou de l’écoulement du fleuve (comme en parlent, en ces termes, Nietzsche, Renoir, le peintre ou Renoir, le cinéaste). Si le théâtre est laboratoire, le théâtre peut aussi, bien sûr, être ambulant. Nous avons joué dans un théâtre de plein air construit sur le lac d’une ancienne carrière d’orgues basaltiques (volcan du Montpeloux), dans l’église claire d’un village haut perché du Forez (Montarcher), au bistrot (intitulé Liberté) d’un gros bourg presque urbain, Saint-Bonnet-le-Château, dans la prairie d’une rivière (pour Flaubert, Madame Bovary, Büchner, Léonce et Léna, Botho Strauss, Le Temps et la Chambre), dans une pente déboisée, sur un chemin moyenâgeux du XIIème siècle conduisant du pont du Diable au village de Chalancon (pour Antigone, d’Hölderlin), etc. Finalement l’intérieur de la vaste salle de l’hostellerie de Pontempeyrat ne s’est imposé que pour la pièce La Chevauchée sur le lac de Constance, de Peter Handke. Dans tous les cas et de la manière la plus précise possible, nous avons favorisé non pas l’errance, mais, au contraire, la volatilité de l’art, l’art de la vie. Nous avons voulu recueillir plus grand que l’art, plus humble, nous avons voyagé même immobiles. Nous avons poursuivi autant que faire se peut l’aphorisme de Lie Tseu : « Le parfait voyageur ne sait où il va. » Au soir, ciné-club pour nous encourager dans nos retrouvailles. Kurosawa, Pasolini, Lynch, Herzog ou Blier.
Yves-Noël Genod
Labels: pontempeyrat
Gaga
L’immense conque aux oiseaux comme aux étoiles : on connaît tout le ciel – possible – il est infini. Vous flottez dans une caravane, vous êtes ému. La caravane-bateau, quelqu’un a parlé de la caravane-bateau… Il s’agissait d’aller sur l’eau du volcan en kayak, en bateau… Vous n’habitez pas le lieu. Pas assez. Le lieu doit être bienfaisant. Car le public aussi habite le lieu. Il n’y a rien de magique. C’est nécessaire. C’est obligatoire. Vous pouvez pleurer.
Hier, donc. Les enfants ont insulté Armelle. J’ai eu du mal à m’endormir. On a revu Mulholland Drive. On a pensé qu’on aurait du mal à s’endormir. Ensuite, il y avait des tout petits bruits dans une caravane – ou plusieurs. Ça vivait. La nuit était muette (à part ça). Le château dans le lointain. Tout éclairé. (Parce que Babette et Sébastien travaillaient dans la nuit ; j’étais passé les voir.)
Et j’avais insulté les enfants. Ça m’a fait peur. Le pouvoir des enfants. Ou des nains. (Babette avait passé un film.) Dans l’église. On a joué dans l’église, à Montarcher. On a joué dans le café, à Saint-Bonnet-le-Château. Le café – il y a déjà du monde debout – on est à Venise – le café s’appelle le bistrot Liberté. « Quelque part un endroit de Liberté ». On a joué Thelma et Louise, la scène où Thelma a baisé avec Brave Bite. Je ne connais pas le film, mais les filles ont joué, l’une après l’autre, chacune, la scène où Thelma a baisé avec Brave Bite (c’est son nom d’Indien). C’était très bien, très choquant. Je veux dire : très instructif. Il y aurait un pays où il n’y aurait plus les films. On jouerait les films. Les Maître-fous. On aurait l’impression de les avoir vus, de les connaître. On aurait joué les films, pareil, au lieu de les raconter. Boutaïna était remarquable. C’était elle qui donnait la réplique. Elle disait des choses comme : « Ne m’dis pas qu’t’as mal au cul… » ou : « Il t’a enculé de tous les trous, mais j’m’en fous, ok ? » ou : « Et t’as avalé ta langue ? tu l’as laissée dans son cul ? » Bénédicte Le Lamer avait fait du Nijinski dans l’église. Poésie indéfinie. On la perd, on la poursuit, on fait œuvre humaine. Le journal de Nijinski. Il faut leur donner tant d’espoir, aux stagiaires, je me demande si ce n’est pas un jeu. Ils sont tous doués, mais le temps qu’ils s’ouvrent, tant de temps… Ils s’imaginent qu’il faut être « bon acteur ». Mais ce n’est pas du tout la question. On leur a foutu ça dans la tête. (Même problème à l’école du TNB.) Bon acteur, c’est une donnée, c’est un don ; donc ce n’est pas du tout la question. La question, c’est l’espace. Vous êtes dans l’espace, vous jouez : c’est tout simple. Si vous êtes malin, vous choisissez votre espace et vous vous mettez dedans (votre costume). C’est ce que j’ai fait en Avignon. Puis vous ne forcez pas le sens pour que le lieu continue d’agir comme s’il était vide, c’est le plus difficile. Non, pas le plus difficile, mais il faut être vigilant. Vigilant. Oui. Le sens veut toujours se forcer, l’irruption du sens qui n’a rien à faire. Faites comme Lady Gaga. Elle l’exprimait bien, hier, sur le plateau de Canal plus. Elle capte – son rôle se limite à – capter ce que les fans – ses fans – attendent d’elle. Il faudrait retrouver les mots. Elle disait aussi : « Il n’y a pas de limite à l’art, à la mode – et à l’amour. »
Hier, donc. Les enfants ont insulté Armelle. J’ai eu du mal à m’endormir. On a revu Mulholland Drive. On a pensé qu’on aurait du mal à s’endormir. Ensuite, il y avait des tout petits bruits dans une caravane – ou plusieurs. Ça vivait. La nuit était muette (à part ça). Le château dans le lointain. Tout éclairé. (Parce que Babette et Sébastien travaillaient dans la nuit ; j’étais passé les voir.)
Et j’avais insulté les enfants. Ça m’a fait peur. Le pouvoir des enfants. Ou des nains. (Babette avait passé un film.) Dans l’église. On a joué dans l’église, à Montarcher. On a joué dans le café, à Saint-Bonnet-le-Château. Le café – il y a déjà du monde debout – on est à Venise – le café s’appelle le bistrot Liberté. « Quelque part un endroit de Liberté ». On a joué Thelma et Louise, la scène où Thelma a baisé avec Brave Bite. Je ne connais pas le film, mais les filles ont joué, l’une après l’autre, chacune, la scène où Thelma a baisé avec Brave Bite (c’est son nom d’Indien). C’était très bien, très choquant. Je veux dire : très instructif. Il y aurait un pays où il n’y aurait plus les films. On jouerait les films. Les Maître-fous. On aurait l’impression de les avoir vus, de les connaître. On aurait joué les films, pareil, au lieu de les raconter. Boutaïna était remarquable. C’était elle qui donnait la réplique. Elle disait des choses comme : « Ne m’dis pas qu’t’as mal au cul… » ou : « Il t’a enculé de tous les trous, mais j’m’en fous, ok ? » ou : « Et t’as avalé ta langue ? tu l’as laissée dans son cul ? » Bénédicte Le Lamer avait fait du Nijinski dans l’église. Poésie indéfinie. On la perd, on la poursuit, on fait œuvre humaine. Le journal de Nijinski. Il faut leur donner tant d’espoir, aux stagiaires, je me demande si ce n’est pas un jeu. Ils sont tous doués, mais le temps qu’ils s’ouvrent, tant de temps… Ils s’imaginent qu’il faut être « bon acteur ». Mais ce n’est pas du tout la question. On leur a foutu ça dans la tête. (Même problème à l’école du TNB.) Bon acteur, c’est une donnée, c’est un don ; donc ce n’est pas du tout la question. La question, c’est l’espace. Vous êtes dans l’espace, vous jouez : c’est tout simple. Si vous êtes malin, vous choisissez votre espace et vous vous mettez dedans (votre costume). C’est ce que j’ai fait en Avignon. Puis vous ne forcez pas le sens pour que le lieu continue d’agir comme s’il était vide, c’est le plus difficile. Non, pas le plus difficile, mais il faut être vigilant. Vigilant. Oui. Le sens veut toujours se forcer, l’irruption du sens qui n’a rien à faire. Faites comme Lady Gaga. Elle l’exprimait bien, hier, sur le plateau de Canal plus. Elle capte – son rôle se limite à – capter ce que les fans – ses fans – attendent d’elle. Il faudrait retrouver les mots. Elle disait aussi : « Il n’y a pas de limite à l’art, à la mode – et à l’amour. »
Labels: pontempeyrat
Friday, June 17, 2011
Labels: pontempeyrat
Le papillon ne voulait plus me quitter. Je l’ai porté en bague tout le long du chemin. Je l’avais déjà chassé près de la rivière (son pays). Mais il était revenu (immédiatement). Le papillon ne voulait plus me quitter. Son pays est le paradis. Je l’ai porté en bague jusqu’à la voiture. Le monde moderne. Là, j’ai été ferme. Que connaissait-il du monde moderne ? J’ai refusé qu’il monte dans la voiture. J’ai refusé. Je sais ce qu’il voulait. Il voulait que je reste avec lui, effectivement, au paradis. Mais le paradis n’a qu’un jour, ce qui lui convient, effectivement. Mais je vis plus longtemps. J’ai cessé mes relations avec le papillon en l’embrassant du mieux que j’ai pu. Nous étions loin de la rivière, saurait-il retrouvé le chemin ? Le papillon vit dans le bonheur. Ici ou là…
Labels: pontempeyrat
Labels: pontempeyrat
Thursday, June 16, 2011
Wednesday, June 15, 2011
Labels: pontempeyrat
Anaïs Nin et la faiblesse de l’idée de blog (en regard)
De nouveau, la pluie, simple crachin ou torrent du ciel. La journée passe qu’on voudrait effacer. Elle s’efface. C’est si rapide, si vite, une région est effacée. Hier, la journée était la belle journée. Puis il y a eu l’éclipse de lune (c’est la terre qui fait de l’ombre, qui s’interpose entre le soleil et la lune). Si belle que, tout à l’heure, à déjeuner, j’ai pu demander sans invraisemblance si nous l’avions vécue, cette journée (les autres aussi) ou si ça n’avait été qu’un simple rêve (des autres aussi). Hier, multiplication des spectacles, journée de papillon, réunion des scènes infinie, boulevart du Régent. Il y avait par exemple, le soir, la veille, à la fois le film Vivre de Akira Kurosawa et le groupe qui jouait au badminton (comme dans un film de Woody Allen). Nous pouvions suivre l’un et l’autre, l’œil (l’un des yeux ?) glissait de l’écran aux vitres. Par la porte du bar, sur le côté, nous parvenaient des rires, bande-son d’un autre film (de Jean-Luc Godard ?) Dans quelques jours, je suis en vacances. Quelle merveille ! Le temps va s’ouvrir infini… Il était temps ! J’ai grossi, c’est moche à voir. Il va falloir me refaire beau. Les animaux sont indulgents (le papillon se colle aux doigts et la tique aux testicules), mais les hommes ? (Je veux dire les femmes…) J’ai donné congé à toute l’équipe pendant deux heures : allez travailler à la maison. La Chevauché n’avançait pas (que fastidieusement), mais je sais que c’est sans doute aussi de ma faute : je me suis levé du mauvais pied – à cause de la journée effacée. C’est affligeant d’être sensible comme ça aux intempéries. Que veut Dieu ? Mais que veut Dieu ? S’il existe. On va me répondre qu’il ne veut rien. Je sens. Rien n’est moins sûr…
Labels: pontempeyrat
Labels: pontempeyrat
Emma
Deux filles formidables sont arrivées, Alix et Armelle, donner des forces à la dernière semaine. Armelle, tout à l’heure, nous a lu du Anaïs Nin, on peut dire, à la perfection. J’ai demandé à tous, tout à l’heure, comment allaient se passer les derniers jours, pour ne pas dire les dernières heures, pour ne pas dire les dernières minutes, pour ne pas dire les dernières secondes – bref : ça va passer vite. J’étais content de mon effet. Le travail sur La Chevauchée nous éblouit. Bénédicte dit : « Toutes les informations de l’humanité sont décalées. Ce qui fait l’esprit – ou l’âme – de quelqu’un est décalé. Comme si ça circulait. Comme si y avait une âme et qu’elle bougeait d’un corps à l’autre. Parce qu’on croit toujours qu’on est fixe. Et si on imagine qu’on n’est pas si fixe que ça… Du coup, il essaie de piéger ça dans plein de principes (sociaux…), de trouver les pièges à ça pour que ça apparaisse (dans l’imitation, la gémellité, faire faire ou imiter… même un état… Il quête ça. L’affect… » Donc la journée a été belle. On a réussi à éviter (contourner) les plaintes. Il faut dire aussi – ça n’y est certainement pas pour rien – que le temps est meilleur. On a moins froid. On arrive à travailler (je veux dire : sans les plaintes, éternelles plaintes qui abattent). On arrive même à jouer la scène difficile des sœurs Kessler, dans La Chevauchée, la scène qu’avait ratée Claude Régy. Alix a le costume et le corps parfaits : elle joue les deux, Alice et … Kessler, ça marche bien. Armelle joue la femme au fichu et joue aussi la poupée-enfant qu’elle tient devant elle, ça marche aussi… Il y a des scènes de couples qui marchent entre Aurélie et Vincent, Aurélie et Guillaume, Pauline et Vincent. Il faudrait que ça marche aussi entre Guillaume et Laurence et entre Guillaume et Alix… Boutaïna est Bovary de nouveau. On a longé la rivière, l’Ance et on est allé dans une prairie qu’on a inventée (en remontant la rivière). Tout le monde, je crois, a été heureux de ce voyage en pays intérieur : une prairie, au mois de juin, au moment des plus longues soirées de l’année… Vivants ! C’est la nuit, j’ai rejoint la caravane, c’est la pleine lune, on se lève à trois heures pour partir au volcan à trois heures et demie pour arriver vers quatre heures, jouer pendant une heure dans la nuit, puis l’aurore, puis l’aube et on verra jusqu’où on ira dans la matinée – voilà le projet. Tout le monde a l’air partant, enthousiaste. Sauf Aurélie, peut-être, qui, bien sûr, veut venir, mais qui insiste beaucoup pour savoir à quelle heure elle pourra se recoucher après. Nous sommes heureux. Comme souvent, la sensation d’une parenthèse. Qqch s’ouvre : une parenthèse. Dans la dépression générale. Mais l’eau coule, l’eau coule, vivante et les petits animaux aussi se posent les questions du monde. Nous ne sommes pas les seuls. Pas les seuls. Les herbes tendres, les herbes folles et l’acoustique de la soirée d’été, tout parle, tout rêve, tout vit. Nous étions dans le champ d’œillets de Nelken… Et Anaïs Nin rencontrait Antonin Artaud, revenait baiser Henry Miller, se regardait dans le miroir, songeait qu’elle était une tigresse… Et madame Bovary succombait à Rodolphe…
Labels: pontempeyrat
Tuesday, June 14, 2011
Quelle drôle de chose que l'amour...
Guillaume Barbot
« Quelle curieuse chose que l’amour. On passe toute une année au lit dans un demi-sommeil et, un beau matin, on s’éveille, on boit un verre d’eau, on s’habille, on se passe la main sur le front et on se met à penser – on se met à penser – Mon Dieu, combien de femmes faut-il pour monter et descendre toute la gamme de l’amour ? Quand une seule suffit à peine à faire une note. Pourquoi la brume au-dessus de notre terre est-elle un prisme qui brise le rayon incandescent de l’amour pour en faire un arc-en-ciel ? – (Il boit.) Où est la bouteille de vin qui doit m’enivrer aujourd’hui ? Même ça je n’y arriverais plus ? Je suis assis là comme sous une pompe à air. L’air est si coupant et si raréfié que j’ai froid, comme s’il fallait que je fasse du patin à glace en pantalon de nankin. – Messieurs, messieurs, savez-vous bien ce qu’étaient Caligula et Néron ? Moi, je le sais. – Viens, Léonce, dis-moi un monologue, je vais t’écouter. Ma vie me bâille au visage comme une grande feuille de papier blanc qu’il me faudrait couvrir de mots, mais rien ne me vient, pas une seule lettre. Ma tête est une salle de bal vide, par terre quelques fleurs fanées et des rubans froissés, dans un coin des violons éventrés, les derniers danseurs ont ôté leurs masques et se regardent avec des yeux morts de fatigue. Je me retourne moi-même vingt-quatre fois par jour comme un gant. Oh, je me connais, je sais ce que je vais penser et rêver dans un quart d’heure, dans huit jours, dans un an. Dieu, mais qu’ai-je donc fait pour que tu me fasses réciter ma leçon si souvent comme à un écolier ? – Bravo, Léonce ! Bravo ! (Il applaudit.) Ça me fait beaucoup de bien de m’interpeller comme ça. Hé ? Léonce ! Léonce ! »
« Quelle curieuse chose que l’amour. On passe toute une année au lit dans un demi-sommeil et, un beau matin, on s’éveille, on boit un verre d’eau, on s’habille, on se passe la main sur le front et on se met à penser – on se met à penser – Mon Dieu, combien de femmes faut-il pour monter et descendre toute la gamme de l’amour ? Quand une seule suffit à peine à faire une note. Pourquoi la brume au-dessus de notre terre est-elle un prisme qui brise le rayon incandescent de l’amour pour en faire un arc-en-ciel ? – (Il boit.) Où est la bouteille de vin qui doit m’enivrer aujourd’hui ? Même ça je n’y arriverais plus ? Je suis assis là comme sous une pompe à air. L’air est si coupant et si raréfié que j’ai froid, comme s’il fallait que je fasse du patin à glace en pantalon de nankin. – Messieurs, messieurs, savez-vous bien ce qu’étaient Caligula et Néron ? Moi, je le sais. – Viens, Léonce, dis-moi un monologue, je vais t’écouter. Ma vie me bâille au visage comme une grande feuille de papier blanc qu’il me faudrait couvrir de mots, mais rien ne me vient, pas une seule lettre. Ma tête est une salle de bal vide, par terre quelques fleurs fanées et des rubans froissés, dans un coin des violons éventrés, les derniers danseurs ont ôté leurs masques et se regardent avec des yeux morts de fatigue. Je me retourne moi-même vingt-quatre fois par jour comme un gant. Oh, je me connais, je sais ce que je vais penser et rêver dans un quart d’heure, dans huit jours, dans un an. Dieu, mais qu’ai-je donc fait pour que tu me fasses réciter ma leçon si souvent comme à un écolier ? – Bravo, Léonce ! Bravo ! (Il applaudit.) Ça me fait beaucoup de bien de m’interpeller comme ça. Hé ? Léonce ! Léonce ! »
Labels: pontempeyrat
