Thursday, March 21, 2013

Boëdic


« J'étais avec mon copain Philippe Harel. On tournait Journal intime des affaires en cours. C'était en 1997. On était dans le bureau d'Olivier Metzner qui avait pris la défense des patrons mis en examen dans les affaires de corruption. Il avait rédigé un contre-appel de Genève. Il était déjà l'avocat le mieux payé de Paris. Homo, fumeur de cigares, amoureux de la Bretagne et de Boëdic (déjà), l'esprit aussi acéré que la lame d'un couteau de marin. On parlait. La caméra tournait. Je lui disais que c'était sans doute usant de défendre des causes aussi indéfendables que les siennes. On parlait du bien et du mal. Il me disait que le « bien » n'existait pas. Je lui répondais que ce devait être parfois dur de rentrer le soir chez lui après ces journées de travail à répéter des choses auxquelles il en croyait pas. J'étais dans la défense d'un idéal. Il était dans le pragmatisme et la perte des illusions. Tout roulait. Chacun était dans son rôle. C'était une très bonne interview. Et puis, sans prévenir, une larme a coulé. Puis deux, puis un flot de larmes. Il a demandé de couper la caméra. Il pleurait comme un bébé en s'excusant. Il nous a alors expliqué qu'il avait raté sa vie. Son vrai bonheur eut été d'être marin et de partir en mer. Le boulot d'avocat le minait. C'est exactement ce qu'Olivier Metzner nous a dit. J'étais abasourdi par ce moment de vérité. Quelques semaines plus tard, il me demandait de ne jamais faire état, ni de diffuser ce passage. J'ai évidemment respecté ce souhait. Ce moment si particulier est resté gravé entre nous. On s'en est souvenu pendant le procès Clearstream où il défendait (en s'ennuyant comme un rat mort) Villepin. Et je lis ce matin qu'Olivier s'est suicidé. » 

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