Sunday, January 18, 2015


C'est très bien. Parfait ! Pendant un moment, c'est un peu difficile à lire (pour moi) parce qu'on sent que tu as une idée en tête — a priori — (« Je suis Charlie », c'est nul) que tu essayes de faire passer, mais, à la fin, on comprend le chemin — et ça se tient, surtout en relecture. Ceci dit, je pense, au fond, et même en surface, que l'Autre, ça n'existe pas. Enfin, ce n'est pas, au fond, très intéressant, parce que ce qu'on appelle l'autre, ce qui sépare, c'est l'idéologie (et l'idéologie, tu sais ce que j'en pense), c'est ça qui sépare de l'empathie. L'empathie s'arrête où commence l'idéologie. En fait, les autres n'existent pas, je ne sais pas si c'est ce que je pense, mais c'est, en tout cas, ce que je dis aux acteurs pour qu'ils jouent ensemble, je leur dis : les autres, c'est pas les autres, c'est des alter ego, comme des parties de soi-même... (Sinon on est dans la formule de Sartre, « l'enfer, c'est les autres » qui n'est stupide que parce que justement les autres n'existent pas.) C'est vrai que c'est mystérieux, l'apparition de ce slogan, « Je suis Charlie », je me demandais aussi, et aussi qu'il soit apparu si vite, si vite... Y a un mystère sur lequel on peut se pencher. Moi, je ne l'ai pas employé, ce slogan, t'auras remarqué, il me gênait (sans doute dans le sens que tu expliques) et je ne voulais pas aller non plus à la manif d'unité nationale de dimanche, mais pourtant j'ai été content quand j'ai appris que cette manif avait été si grandiose et, tout à l'heure, je me suis promené dans Paris dans la belle lumière, dans le centre de Paris avec la foule et j'ai senti cette unité, cet apaisement, cet ensemble : oui, c'était beau comme une ville étrangère, nous étions unis par ces fragments de langage, le parler français qui s'échangeait dans la foule... Sur la façade du Centre Georges Pompidou, il y a cette photo imitant La Liberté guidant le peuple d'Eugène Delacroix, avec la date du 11 janvier et le mot : « UNIS » — et j'ai trouvé ça assez juste, oui... Sinon, personnellement, je pense que la conception anglo-saxonne du peuple est plus réelle, enfin, plus réelle, c'est plus compliqué, ça permet de comprendre ça et pas ça, Jorge Luis Borges en parle très bien, à propos du rossignol de John Keats, il paraît que les Anglais, à cause de leur tel sens de l'individualité, ne comprenne pas quand Keats dit que le rossignol qu'il entend est le même que celui qui dans la Bible, etc. L'espèce. L'Espèce humaine.
Bref, ton texte est très bien. Ne change rien.
(Ce n'est pas tout à fait vrai que le Charlie de la formule ne dit que la sidération devant le massacre et la communion morbide avec les victimes, il dit d’abord une idée : la défense de la liberté d'expression — qui n'est peut-être pas une idée, après tout, mais seulement un sentiment vif. Mais c'est vrai, le côté « schtroumpf »...) (Ce que je ne comprends pas, c'est la déresponsabilité face aux événements : de quoi serions-nous responsables ? On ne parle que des musulmans ou des religions tout le temps...)
« Je pense donc je ne suis pas Charlie » : très bon !

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