Friday, January 17, 2014

P oème du grand échec


« Conte

Un Prince était vexé de ne s'être employé jamais qu'à la perfection des générosités vulgaires. Il prévoyait d'étonnantes révolutions de l'amour, et soupçonnait ses femmes de pouvoir mieux que cette complaisance agrémentée de ciel et de luxe. Il voulait voir la vérité, l'heure du désir et de la satisfaction essentiels. Que ce fût ou non une aberration de piété, il voulut. Il possédait au moins un assez large pouvoir humain.
Toutes les femmes qui l'avaient connu furent assassinées. Quel saccage du jardin de la beauté ! Sous le sabre, elles le bénirent. Il n'en commanda point de nouvelles. — Les femmes réapparurent.
Il tua tous ceux qui le suivaient, après la chasse ou les libations. — Tous le suivaient.
Il s'amusa à égorger les bêtes de luxe. Il fit flamber les palais. Il se ruait sur les gens et les taillait en pièces. — La foule, les toits d'or, les belles bêtes existaient encore.
Peut-on s'extasier dans la destruction, se rajeunir par la cruauté ! Le peuple ne murmura pas. Personne n'offrit le concours de ses vues.
Un soir il galopait fièrement. Un Génie apparut, d'une beauté ineffable, inavouable même. De sa physionomie et de son maintien ressortait la promesse d'un amour multiple et complexe ! d'un bonheur indicible, insupportable même ! Le Prince et le Génie s'anéantirent probablement dans la santé essentielle. Comment n'auraient-ils pas pu en mourir ? Ensemble donc ils moururent.
Mais ce Prince décéda, dans son palais, à un âge ordinaire. Le prince était le Génie. Le Génie était le Prince.
La musique savante manque à notre désir. »



« Cuento

Un príncipe estaba molesto porque sólo se había dedicado a la perfección de generosidades vulgares. Preveía asombrosas revoluciones del amor y sospechaba que sus mujeres podían dar algo más que esa complaciencia adornada de cielo y de lujo. Quería ver la verdad, la hora del deseo y de la satisfacción esenciales. Fuese o no una aberración de la piedad, lo quiso. Al menos poseía un poder humano bastante amplio.
Todas las mujeres que lo conocieron fueron asesinadas. ¡Qué expolio del jardín de la belleza! Bajo el sable, lo bendijeron. No pidió mujeres nuevas. Ellas reaparecieron.
Mató a cuantos le seguían, después de la caza o de las libaciones. Todos le siguieron.
Se entretuvo degollando animales de lujo. Ordenó incendiar palacios. Arrollaba a las personas y las descuartizaba. La multitud, las techumbres doradas, los bellos animales, seguían existiendo.
¡Cómo puede nadie extasiarse ante la destrucción, rejuvenecerse mediante la crueldad! El pueblo no rechistó. Nadie presentó su opinión.
Una noche el príncipe galopaba, altanero. Apareció un Genio, de una belleza inefable, casi inconfesable. ¡Su fisonomía y su porte emanaban la promesa de un amor múltiple y complejo! ¡Una felicidad inexpresable, incluso insoportable! El Príncipe y el Genio se aniquilaron probablemente en salud esencial. ¿Cómo impedir que eso los matara? Juntos, murieron.
Pero el Príncipe falleció en su palacio, a una edad normal. El Príncipe era el Genio. El Genio era el Príncipe.
La música sabia falta a nuestro deseo. »

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