Friday, June 25, 2021

Sommes-nous responsables ?


Oh, comme cela m’enrichit, toujours, de vous lire ! Et quel dommage que je parte sans vous à Lausanne (pour un stand-up les 6 et 7) ; à nous deux on aurait fait péter la banque ! Je n’ai lu que deux lignes de votre lettre que déjà je réagis. 

1) Quelle belle première phrase ! Duras, L’Homme Atlantique :  «  Je suis allée dans cette salle du rez-de-chaussée qui donne sur le parc, là où je me tiens toujours dans ce mois tragique de juin, ce mois qui ouvre l’hiver ». (Elle s’adresse à Yann, la pauvre.) 
2) Sommes-nous responsables de l’avenir ? Quel beau sujet ! J’aurais répondu que non (mais, bien sûr, je sais bien que ce n’est pas une question à oui ou merde) et, ça, à cause encore de Duras : « Mais parler des problèmes de l’humanité, cela ne veut rien dire : la bataille incessante, jour après jour, on la mène avec soi, par la tentative de résoudre son irrésolubilité ». (Ce que vous appelez sans doute le « gouffre de l’existence ».)
3) C’est bien aussi, les deux sujets que vous passez ce matin, dites-donc !
Je continue.
4) Mais bien sûr que j’ai fini votre livre (d’un coup). Mais je ne veux surtout pas entrer dans le détail. C’est compliqué pour moi. J’ai un rapport totalitaire à la lecture : j’aime / j’aime pas. Et puis je m’en veux de ne pas avoir le cerveau suffisamment grand pour m’en mettre plein la panse. J’ai fait partie d’un jury (l’école d’écriture à La Cambre, à Bruxelles) lundi dernier, ça a été l’horreur. J’avais cinq romans à lire, j’en ai adoré trois et haï deux. J’ai fait pleurer une fille et assombri un garçon, et vous savez pour quoi ? SANS RAISON. Leur livre sont aussi bien que les autres, en fait. Bref, ce que je voulais dire à propos du vôtre, c’est que je n’ai aucune idée de sa publication possible — en l'état — ou pas. Ce n’est pas mon métier de le savoir. En général, je trouve les livres qui paraissent trop édités, ça se sent — et, en même temps, pousser les livres dans l’art Brut n’est sans doute pas la solution. C’est très difficile. D’autant plus que votre livre se pose toutes ces questions : veux-je être famous, veux-je être maudit… Bref, je vous ai parfaitement retrouvé dans ce livre, mais pas plus que dans vos lettres. Il est vrai que pour certains auteurs que je qualifie de « mineurs » la correspondance et le journal m’apparaissent comme bien supérieurs (je veux dire : par rapport à Flaubert ou à Proust). Par exemple, les lettres de Colette à telle ou telle personne constituent des romans pour moi beaucoup plus inoubliables que ses officiels. (J’aurais d’autres exemples.)
4) Ne me dites pas que vous allez devoir vous prostituer pour payer votre loyer à Paris… Nom de nom, le XIXème siècle !  Non, non, il y a encore assez de patriarcat dans l’air pour ne pas vous obliger à ça. Il y en a bien, des petits ambitieux, au XIXème siècle, qui sont montés à Paris sans avoir à se prostituer. Des rigolos, des gigolos. Dans les romans, ça ne se termine jamais bien, mais, enfin… Voilà pourquoi j’aimerais être plus riche : aider ! Ou alors je deviens votre mac, ça me plairait aussi. Mais ne risque-t-on pas la prison ? Il faut que je me renseigne (que je consulte mes conseils juridiques).
5) Une amie à moi entre à l’Académie française (section des Beaux-arts) : Dominique Issermann. Depuis qu’elle me l’a annoncé (hier), je suis devenu très snob, je ne dis plus bonjour à personne (par exemple, au cours de danse : même pas à Claire Chazal) — mais, vous, ce n’est pas pareil, vous êtes si jeune que ça m’a ému (pour reprendre encore éternellement du Duras *), 

Yves-Noël

* Citation d’une vraie lettre de Duras qu’avait reçue mon ami d’adolescence en réponse à une lettre qu'il lui avait adressée en commençant : « J’ai dix-sept ans » (un vieillard par rapport à moi). Et, hop ! réception d'une lettre de trois pages pleines de merveilles qui se terminait par : « Je ne réponds à personne, mais vous êtes si jeune que ça m’a ému, Marguerite Duras ». Elle aura dragué jusqu’au bout, la vieille ! 

Zut, crotte de bique, pas le temps de visionner jusqu’à la fin 95, rue Jardinière, je dois partir (au cours de danse). Le début est parfait ! 


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