Friday, February 27, 2026

« Et cette vieillesse, même lointaine »
La vie que tel poète invente pour moi

Je suis certes différente, absente (et il se peut que j’ai déjà dit ça)
J’étais triste de ne pas vivre plus

Qu’allions-nous faire, vous et moi ?
Si j’imite ma mère, je suis insuffisante
Mais, si je ne l’imite pas, je pourrai
sortir et rencontrer du…

Et alors, vous et moi, qui serons-nous ?

J’aimais bien qu’il pleuve beaucoup

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Oui, dans un désespoir encore personnel (mêlé de souvenirs et d’embellissements), un oiseau me parle… Je me tourne vers Dieu ou vers le faible pour être sauvée (Dieu étant, sur le modèle de Jésus, le plus faible, le plus dilué)

Le jardin craintif et plein de temps, sous la chaleur commune, caresse ses palmes. Dans le bonheur, il était si dur de rester vivant. Je n’ai pas de protection, personne et aucune

Bleu, lance d’été
Tout y pique



Je reste dans mes ornières, les souvenirs accumulés du bonheur, du bonheur, du bonheur…

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Une journée que je ne passerai pas ici
se propose à ma fenêtre

C’était toujours mon malheur que je lisais dans les livres et leurs épaisseurs. Il y a à vivre dans les livres ; je vivais dans le chagrin permanent. Je pensais que personne ne pouvait me suivre, me comprendre, alors j’écrivais comme une sorte de journal intime que j’aurais écrit en prison, de carnet du sous-sol
Tiens, c’était curieux, je trouvais, ce que je pensais (et, de plus, ça me semblait vrai), je devais l’écrire. Je devais écrire, pensais-je, des choses comme ça, un peu paradoxales

Tout l’amour même pour des fantômes


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Dans le château, une porte au loin, mais très au loin, remue un peu
Il y a ce silence dans l’air — mais comme sorti de la terre — et cette porte qui remue un peu très loin, très loin, peut-être pas si loin que je ne puisse aller vers elle en exploration (mais elle se taira sûrement)

Des livres, un château de papier
Finalement il n’y a pas de maison

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J’avais ces portes ouvertes
— ou, peut-être, étaient-elles fermées ? —

Elles étaient, étaient…

Elles étaient comme
elles étaient

et, maintenant, elles
ont changé d’état
Il n’y aurait donc pas de vacances ?



Il n’y aurait que les livres
Les livres qui creuseraient jusqu’à
ton nom
Celui-ci s’appelle « Silence »

C’est le nom du poète, du poète oublié
près de
Dieu
 


En fait, je ne pouvais plus parler qu’en
écrivant
— et dans la nuit

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On croit ressentir
des choses, une confusion
une destinée
et puis l’on ouvre
des recueils de poèmes

Dieu ou les vacances

J’ai tenu la lune en respect
les volets intérieurs m’ont
aidé, sinon j’aurais
baigné
de lune

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Maintenant je dormais
Vue sur le lac sombre
— vue sur le lac clair —
« Prisonnière de la secte de l’amour »
Tarin des aulnes
Chardonneret élégant

Quand nous nous battions
il y avait toujours l’astuce
d’attraper les cheveux

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C’est un film que l’on raconte ou c’est une vie ?
Aujourd’hui l’univers, le long de « j’attends », la
matière qui n’est pas solide, dit-on, mais convaincante
On ne peut pas se plaindre en quantité, c’est c
omme une mer
Be yourself, avec ton chapeau
Les déplacements de l’année

D’un jour à l’autre on pouvait apprendre, d’une seconde à l’autre la mort
La nuit invertébrée
De nouveau la pluie, lourde et lente
et pleine de vie vigueur, poisson serpent, mermaid

« Power stays in the shadows »

On n’a pas le choix, on baigne dans l’information

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Il y avait trop de vie dans le jardin d’Eden

Tous les soirs l’espoir

Se réveiller encore une fois dans le chaud froid

le jeu de vouloir jouer avec les autres
et la profondeur, pleine d’eau



Visage formé de tous les visages
Le temps du vent



C’était comme si l’invitée chantait
la tragique puissance de la mort
le modèle des livres

Tant d’écrivains ont embelli la vie

J’aime les gens qui ne trouvent pas leurs mots pour exprimer leur admiration, etc.

Les amis, leur charme immatériel


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J’avais envie de forêts, de vrais films, de films nouveaux (qu’on ne m’avait pas donné à voir avant) ; j’avais envie de recommencer ce que je voulais dans des soirées « grand été », longues soirées à l’infini, étonnantes soirées…
Grandes soirées amoureuses, rien que ça, par la fenêtre… la nuit pour dormir

« La nuit dans une maison inconnue, quand tout dort — et que j’arrive »
 
Le beau temps, ici, est si rare qu’on attrape des coups de soleil
Ce n’est pas que je n’avais pas d’idées, mais je voulais voir les spectacles auxquels je n’avais pas pensé
Je ne suis pas seule à bouger ; quand je bouge il y a une maladresse qui est certes celle de ma mère, parfois de mon père, mais tout cela est imaginaire
 
Il y a cette mer devant moi, des baigneurs encore. Il fait beau
(du coup, j’ai renoncé à « la plage » et je suis allée près des rochers chercher l’ombre comme les vieux, comme les chiens). Elle monte, je crois, je ne suis pas encore totalement sûre
Elle est loin encore

Dès qu’il fait beau, c’est l’éternité ici, le pays, le paysage immuable, protégé
D’où je suis, je vois Landévennec
C’est la partie Nord de la presqu’île de Crozon ; curieusement, que de la forêt
Une fois, on avait accostés dans ces forêts : que des serpents

Se sortir de la honte
Ici, c’est exposer sa honte. Je connais tout. Alors je reste là
Les silhouettes sont fausses sur cette grève
Un chalutier traverse l’image avec son bruit de moteur

On a atteint un nouveau temps où tout est effacé apparemment, mais ce n’est peut-être pas grave

Oui, lecture en continu, plus rien de ma vie que ça — ou bien le contraire, adhérer à la vie

Arrêter d’être malheureuse quelle histoire

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Le grand message

J’étais toute heureuse, toute peureuse indiscernablement
J’étais le crime et le cri
Bilan de la fatigue légendaire

J’étais à Paris, organisée par la vie parisienne
Je voyais qui, je voyais truc…



C’était comme si j’avais les capacité d’en parler
mais je n’avais rien à en parler

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J’étais perdue, je n’étais que poète
Je voyais la journée de demain inquiétante comme jamais : elle s’ouvrait sur rien, quelque chose de prévu, mais quelque chose de rien

« Je vous dis qu’il était tyran »

Parfois la promesse d’un livre est plus importante que le livre lu
On croit qu’on n’a pas lu le livre dont la lecture n’avait sans doute provoqué qu’un vague ennui
alors que l’envie de le lire est restée

Les grands espaces de la solitude, il fallait que je les accepte
C’était l’automne, c’était l’hiver



Tout va bien comme les tout-va-bien
 


La nuit-lune à quatre heures, profondément

Le réel de signification

Je les dépèce, les films, ils deviennent des documentaires

The shortest road is entre les deux montagnes

C’est comme si je me battais
 


« continuum magico-religieux »

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J’étais dans une sorte de prison, j’imaginais à l’intérieur de la ville, une sorte de prison de la Santé
Pour lire
tranquille

« m’observer moi-même me transformer en un paysage »


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Le froid est personnel
Je vis comme une sauvage, au fond
Quelle solitude… comme une nonne, comme j’aime ma vie

Je suis la forme que je présente au monde

S’aimer ! Mon Dieu
ce serait possible ?

Quel bonheur de vivre !

Capable ou coupable ?
Mon masque imparfait
Mon existence étrange (d’être hors du monde), parfois, me laisse des visions magnifiques

J’ai une grande chance : je ne suis pas obligée de vivre ma vie



Il faut des espaces de nuit intelligente

Mon état de secours

Être pauvre et lire, c’est
le rêve de toute ma vie
(être sans histoire ou bête de foire)

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Paranormal

Personne ne sait où je suis cachée. Mais je vais quand même le dire. Je me trahis en disant cela



Je venais de lire le mot « miracle »

J’étais comme une fleur



Des raisons adultes pour toutes choses

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Thursday, February 26, 2026

Dans un tunnel qui s’appelle la grippe
Tout est en fragments, en morceaux de fragments
« Elle se baignait dans du lait d’ânesse »
Je me dépêche de noter le sort des pauvres

« I’m not afraid of death. I’m an old physicist
I’m afraid of time »

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Une fois je suis allée en Californie
J’ai fait les sites de Mulholland Drive
Sunset Boulevard, etc.
Je roulais, je roulais, c’était si long
Il paraît que tout est parti en fumée



Dehors, dans la lumière derrière
mes paupières et mes vitres
le raclement d’une pelle dans la neige
mais je sais que ce n’est pas ça, hélas, car le sable trompe

Ce n’est pas la mort qui…
Je ne serai pas là pour la vivre



Grand calme après la terreur
Tout se met en place dans les poches de la nuit et de la vie

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Toute cette musique classique…

« la énième dispute de mes parents »

L’effondrement de la personnalité

Je m’émerveille dans mon état de loque
L’amour est contenu comme une boîte

Le vieillissement : effet de réel ; toutes les fictions m’attristent

C’est le jour en pleine nuit

C’est comme s’il fallait réinventer la beauté tous les ans, tous les dix ans

Et tous nos amis ont tort

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Tout le monde est parti, je suis seule rendue à ma solitude infiniment noyée. Je laisse
la porte ouverte à cause des morts — qu’ils reviennent !
Qu’est-ce que vous dites ? Cassée cabossée handicapée, je trouve mon plaisir à me plaindre
Je retrouve mon plaisir à me plaindre
Il y a quand même aussi du soleil gratuit par la fenêtre. J’ai vécu ici, j’ai déjà vécu ici…

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Quand j’écris sur ma mère, j’intéresse les gens
Quand je lis des choses sur les mères des autres, ça m’intéresse aussi
On peut écrire de beaux paragraphes sur sa mère
Ça fait partie de la beauté de sa vie d’écrire sur sa mère
Vraiment, oui
Une des plus belles beautés de la vie
Une des choses qui valent la peine d’être vécues
Tout vaut la peine d’être vécu, mais, ça, c’est théorique
Au final, au quotidien, tout n’est pas rose
Mais écrire sur sa mère est un idéal, est une rose

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Au fond, ce que je préférais en amour, c’était le secret — et les souvenirs secrets — et bientôt tout deviendra secret comme la vieille dame, morceaux d’un rhinocéros parti…

J’ai fait tout ce que j’avais à faire avant la tombée (de la nuit)… mais je rêvais d’amour et le ciel était bleu

Quand on lit de la poésie d’outre-monde, on tombe dans (des connaissances oubliées) des océans derrière…

Et les histoires extraordinaires, prolifiques, à l’eau de rose…
« Everybody needs everybody, don’t they ? »

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Les Œuvres du minuscule



Maintenant je n’aurai rien à dire
Maintenant je serai jeune
Je ne commenterai pas ce que je vois, le monde, je n’aurai pas de mémoire
J’aurai de la chance
Je serai recueilli, parfois
J’aimerai ma solitude, par ailleurs
J’aurai l’impression d’avoir à mourir jeune
Du moins on me le dira
Il y aura 40 ans entre nous

Je voulais
maintenant, peu à peu, recouvrer des forces

Toujours à trimballer le si lourd le personnage

Je suis comme à la rue

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« Pas de violence, c’est les vacances »

Une montagne se précipite

« the soft-dying day »

« We do not know how big the crowd is »



« regard ouvert sur le monde »

Silence de la chambre d’hôtel au milieu de la ville
La ville près du lac
Nous n’irons pas au lac
Pourquoi le lac ? nous sommes autour
Autour la ville meurt et monte

« une « capacité de ne pas » »

Un bout de paradis, ô le silence



Le saccage des cloches

Dans la chaleur instable

Je ne broie pas du noir, je broie du gris



Ô journée d’hiver vue de la baie vitrée

« toute la misère de Paris »

Mais ma vie va changer
Je vais écouter la radio et je m’intéresserai à tout



La beauté est inventée

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Au fond, ce que je préférais en amour, c’était le secret — et les souvenirs secrets — et bientôt tout deviendra secret comme la vieille dame, morceaux d’un rhinocéros parti…

J’ai fait tout ce que j’avais à faire avant la tombée (de la nuit)… mais je rêvais d’amour et le ciel était bleu

Quand on lit de la poésie d’outre-monde, on tombe dans (des connaissances oubliées) des océans derrière…

Et les histoires extraordinaires, prolifiques, à l’eau de rose…
« Everybody needs everybody, don’t they ? »

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(L’amitié nous submerge…)

J’achetais beaucoup de livres dont je lisais les préfaces (je trouvais que c’était peu cher payé, même si je n’en lisais que quelques pages)
C’était comme un investissement
Le sexe libre et affirmé
Couvert d’un costume gri-gri

Vous étiez venu au monde, vous étiez dans Paris, vous marchiez Quartier latin, vous pensiez à la Sorbonne, à Cohn-Bendit, à elle. Vous pensiez (toujours) à l’accident de Roland Barthes
Vous aviez admiré l’hôtel des abbés de Cluny
Vous étiez encore à Paris

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Germes de l’abandon, du désespoir et de la timidité…

Tu rigoles, dit l’enfant, rien n’est faux, rien n’est vrai
Et vous irez au Collège de France ce soir, donc vous n’écrirez pas
Mais vous n’êtes pas faux, vous n’êtes pas faux — beau regard

(« Des yeux qui font baisser les miens
Un rire qui se perd sur sa bouche
Voilà le portrait sans retouche
De l’homme auquel j’appartiens »)

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J’étais seule, j’étais de nouveau seule dans une aube naissante
Tout le jour, tout le jour clair comme de l’eau de roche
— et finalement je ne connaissais personne —
Jules m’avait demandé mes livres préférés, de lui faire une liste de cinq titres. Il les avait pris en note

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Wednesday, February 25, 2026

 
J’ai vu les choses sans les voir, il faisait nuit et il y avait du brouillard
mais le peu que j’ai vu surgir dans la nuit et le brouillard, je l’ai vu (c’était étrange, c’était imaginaire)
On se présente aussi gracieuse qu’on peut, du moins à ses amis

Défaire, défaire, toute cette énergie pour rien, pour défaire
Jeunesse pragmatique
« corps inanimés par le manque d’amour »

Tout le monde veut être tout le monde

« walk down the streets of every city »


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J’avais tout à raconter pour épargner ma peur. Les mots étaient lus (sur le papier) et racontaient ma peur
et racontaient ma vie et mes souvenirs. Dans tout cette angoisse, maintenant, une tasse à café. (Dans la nuit, les tasses à café.) On avait quand même toute la vie. Mon père était là, ma mère… mais mon père était là

Je voulais être heureuse au moins deux jours… Maudits souvenirs…
Au moins deux jours neufs

Tous mes souvenirs sont même parfois assez récents
et solitaires
Contente-z-en toi ! Ecrire, c’est souvent faussement écrire
J’avais encore des envies, aller à Brest demain, errer à Brest plutôt que rester ici. Je voudrais n’avoir pas forme humaine


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C’était le soir, la lumière
« marécage de ma conscience »
Les oiseaux petits petits

Je regarde des gens rire

Je vivais comme malade et alors ? C’était une journée grise que je vivais de l’intérieur
Parfois un vague oiseau m’accompagnait
Mais le vent ne perçait pas les fenêtres à double-vitrage (et la pluie faisait seulement un bruit de machine)

Souvent un merle au bec jaune

Il y avait toutes les raisons de se plaindre et d’être malade, après tout
Et l’imaginaire, si on pouvait en peupler une journée

allons, mon Dieu

comme tout est oublié, commencez par la fin

Je donne et j’ai encore tout

« un dernier Moyen Âge »

La vie me donne, la vie me donne ; bibliothèque de livres faux. « Dieu peut changer l’avenir ; il ne peut pas même modifier le passé »

Oui, présent, par la lecture, à l’heure du village
C’est beau de travailler le soir quand les chiens aboient là-bas dans la vallée

Dimanche, lu jusqu’à midi

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Il fallait entrer dans une liberté (loin de l’autofiction). Je ne suis que ma surface. Pourquoi faut-il lire autre chose que soi-même ?
Un garçon se perdait au milieu de la foule bariolée, la toute petite économie ; même en Amérique, j’étudiais ; je créais des insomnies pour lire de gros livres faciles, des histoires (de je ne sais quoi) qui remplissaient — et je délaissais la littérature, le goût mystérieux des champignons, « verdures effervescentes »,
« Le lendemain fut un beau jour »
presque la mer



Je voulais être dans un creux
mais sans la télé
avec ma maman

J’étais dans le lit de fin des temps (un livre m’accompagnait)

L’amitié était rêvée

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Monday, February 16, 2026

L ’Amour buissonnier



Parfois, oui, parfois, après beaucoup de perdition et de peur et d’angoisse et de recroquevillement, et, la veille, surmontant la honte, on a enfin avoué à quelques amies qu’on allait mal, on se réveille un matin, on a fait un rêve érotique — c’est déjà ça ! — et il y a, en plus de la lumière fraîche, c’est la cerise sur le gâteau, Fanny Ardant la parfaite qui chante une chanson bien écrite : « A quoi sert de vivre libre quand on vit sans amour » qu’on repasse plusieurs fois pour être sûre — on le veut — que ce soit l’humeur du jour : « Arrêter mon cinéma »
On a lu les journaux au réveil (ce qu’on sait qu’il ne faut pas faire), on a vu que, comme tous les jours, la société, c’est de la merde. Années 30. Mais, certains matins, certains instants, on n’est pas sans amour et, finalement, c’est ça, la liberté. Puis on reprend (mais plus tard, un peu plus tard, quand on aura colmaté la brèche par où passe la lumière) les « projets au singulier ».
Ah, j’oubliais, je vais mettre un 💟 à Fanny…

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Sunday, February 15, 2026

P our mon père qui lisait ce blog

 

« Kafka me coupa la parole : « Les fabriques ne sont que des organes servant à accroître le profit de l'argent. Nous ne jouons tous dans cette affaire qu'un rôle subordonné. Le plus important, c'est l'argent et la machine. L'être humain n'est plus qu'un instrument démodé servant à l'augmentation du capital, un reliquat de l'histoire, dont très bientôt les capacités insuffisantes au regard de la science seront remplacées par des automates qui penseront impeccablement. »

J'eus un soupir méprisant : « Oh, oui, c'est un rêve qu'affectionne H. G. Wells. »

« Non, dit alors Kafka d'une voix dure, ce n'est pas une utopie : c'est simplement l'avenir, qui croît déjà sous nos yeux. »

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Friday, February 13, 2026

D egré de séparation

 
« The stars turn
And the time present itself » (Twin Peaks)

La pluie magnifique
Et la chance
Le bal de la chance

Asking the way
Interroger l’avenir

(On se trompe sur l’avenir, il existe)

Ici, tout sonne comme un adieu
Résonne

Bien sûr, il aime les femmes et je ne suis qu’une caricature

Le temps et le feu

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Wednesday, February 11, 2026

C harles parlait bas

 
Charles parlait bas et souvent en se cachant la bouche avec la main sans que je saisisse pour quelle raison parce qu’il parlait aussi souvent sans se cacher la bouche (mais toujours bas). Ça me rappelait la manière — telle que racontée par Cocteau — que Proust avait de lire ce qu'il avait écrit en riant, en s’interrompant en disant « C’est idiot, c’est idiot… » et en se cachant la bouche. Mais Charles disait ainsi des choses essentielles et rapides que je faisais répéter, je ne me privais pas de montrer ma surdité, je faisais tout répéter, parfois plusieurs fois — et, parfois, je prenais note ; il me le fit remarquer une fois qu'il avait l’impression d’une interview. Ça faisait deux ans qu’on ne s’était pas vus, me dit-il (je pensais même plus). La dernière fois, je crois, qu’on s’était parlés au téléphone, il était à l’hôpital : cinq mois. Il me dit qu’il avait ensuite passé un an à travailler dans une association d’épicerie solidaire dans le Nord de Paris et, maintenant, il était pensionnaire de la Comédie Française, excusez du peu. J’étais enchantée comme on est enchanté, parfois, que la vie réussisse. Il prenait un médicament qui fonctionnait, me dit-il, du lithium. On en trouve dans les batteries de SmartPhone. « Terre rare ». Il allait bien. J’avais oublié qu’il était acteur, dans mon souvenir il était metteur en scène, mais j’avais faux. Il était acteur et il lisait. Et il écrivait des poèmes, encore parfois. C’était sa grande disponibilité — mais disponibilité à tout : il lisait et il n’oubliait pas ce qu’il avait lu et le monde s’ouvrait. Ainsi, il était très vaste. Je ne me souviens plus de ce dont on parlait — après le déjeuner au Deux Gares, on avait marché et on s’était rassis au Mistral Gagnant — parce que je parlais aussi beaucoup. Je m’en étonnais : quand il y a à entendre, il y a aussi beaucoup à parler comme si je devais apporter mon eau au moulin, mais peut-être aussi comme si j’éloignais, retardais la « révélation » qui ne pourrait pas ne pas survenir dans l’écoute et la parole — et qui, peut-être, bien sûr, ne manque pas d’advenir car elle est déjà là...
 
Je notais de lire Henry Corbin, Histoire de la philosophie musulmane. Et puis comme je faisais allusion à Legrand (je pense qu'il avait lu des posts) : « C’était quasiment des techniques de rencontre de Dieu ; c’était de tomber amoureux de quelqu’un ». Et puis, peut-être Al-Fârâbî, il n’en était pas sûr (ou raconté par lui), l’histoire d’un musicien qui, à la fin de sa vie, « n’avait plus besoin de jouer, il entendait la musique de Dieu tout le temps ». Sa musique, le fait de faire de la musique n’avait été qu’une « préparation » à la vraie musique, celle du monde, celle de Dieu. Je lui avais dit que je n’allais plus beaucoup au spectacle, jamais au ciné, mais que le spectacle était pourtant partout dans ma vie, je trouvais, qu’il suffisait pour moi d’être dans l’état de voir, qu’il suffisait pour moi d’être spectatrice. Je lui racontais aussi un dernier post que je voulais écrire sur Legrand, un tout dernier, ça le fit rire. Je l’écris, ce post, le voici :

« Legrand est passé pour moi du statut d’ami à celui d’ennemi. Mais comme Jésus a dit qu’il faut aimer son ennemi, ça ne change pas grand chose à mon amour pour lui. Simplement, cet amour est passé dans la nuit. Legrand est un fantôme que j’aime toujours avec la même intensité douloureuse car, comme dans un roman d’Antonio Moresco, notre amour survit dans la mort ; le roman ne s’arrête pas, mais se poursuit, bien au contraire, et Legrand et moi ne sommes certes plus jamais vivants, mais plus jamais mourants non plus — puisque nous en sommes là : enfin, déjà, morts !
»
 
Le mot « fantôme » m’avait été confirmé par un camarade à lui dans cette ville de coquilles vides que j’avais visitée la semaine passée : Laon. Léo qui tenait la permanence à la librairie anarchiste L’Etoile Noire m’avait dit, alors que je repartais, déjà sur le seuil : « Et tu fais la bise au fantôme ! » Et comme je m'étonnais : « Ici on appelle Legrand « le fantôme » parce qu’ici — on ne le voit jamais »

Charles me dit qu’il était croyant (je lui posais la question à brûle-pourpoint sans savoir pourquoi je la lui posais et il me dit que oui, étonné de cette question, mais oui). Il me dit que le trouble bipolaire qu'il avait traversé est un tel débordement d’émotions qu’on imagine qu’elles viennent de Dieu
 
 
 
« J'ai abandonné ma musique. Dans le service de Dieu l'on doit sacrifier ce qui vous est le plus cher et c'est ce que j'ai fait. J'ai composé des chants, j'ai chanté et j'ai joué de la vîna, jusqu'à ce qu'enfin j'ai touché, grâce à cela, la musique des sphères. Alors chaque âme est devenue pour moi une note de musique, et la totalité de la vie est devenue musique. J'ai parlé et les cœurs ont été attirés par mes paroles au lieu de l'être par mes chants.
Maintenant je suis occupé à accorder les âmes, au lieu d'accorder les notes. J'avais joué de la vîna jusqu'à ce que mon cœur devint un instrument que j'ai donné au divin Musicien, l'Être Unique. Depuis lors, je suis devenu Sa flûte, de laquelle Il joue lorsqu'Il le désire. »  (Pîr-o-Murshid Inayat Khan)

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V ive le ciné !

 
J’aime beaucoup les films de Claude Schmitz (moi qui ne supporte pas le ciné), ce sont des films d’atmosphère inoubliables, de personnages, aussi inoubliables que la célèbre réplique (« Atmosphère, est-ce que j’ai une gueule d’atmosphère ? »). Le nouveau, qui s’appelle SAINTE-MARIE-AUX-MINES, je l’ai vu hier en avant-première au MK2 Beaubourg où il est programmé à partir d’aujourd’hui — donc au moins pour une semaine —, j’avais un peu peur parce qu’on a peur quand on a déjà aimé et parce que la bande-annonce me rappelait Bruno Dumont ou Alain Guiraudie, certes des références de derrière les fagots, mais, enfin… Le film peut rappeler TWIN PEAKS (dont j’ai commencé à revoir la troisième saison sur Arte) et surtout Jacques Rozier, maître de tous, un Rozier en accéléré, très cut, mais, foin des références, ce n’est pas ce qui compte, mais ce qui compte est assez indéfinissable (et c’est pour ça que je traîne) ; moi, ce qui fait que je suis comme un poisson dans l’eau, c’est que Schmitz filme l’air. Voyez, je ne sais pas dire mieux que cette bêtise, c’est comme s’il filmait l’air, il y a de l’air, l’air est vrai, je ne sais pas par quelle alchimie, quel génie de l’IA, l’air dans l’image semble vrai, dans l’image donc dans le ciné. L’air est aussi vrai que dans un docu (seuls films que je supporte : cinéma du Réel, de la bobine, sinon rien). Et, là, peut-être la référence peut revenir (j’y ai pensé, en tout cas) : James Benning (mon cinéaste préféré). Dans ce film de divertissement, ce buddy movie, mais pas autoritaire, on y respire. Je crois qu’au fond, Schmitz filme un regard, le sien, son âme à lui et c’est aussi mon regard, mon âme. Il y a beaucoup d’avantages à ne rien faire, on devient spectatrice. Et, spectatrice, hiérarchiquement, c’est mieux qu’actrice. En tout cas, c’est de ça dont on manque. Il y a une phrase qui le dit beaucoup mieux que moi : « Tant de mains pour changer le monde, et si peu de regards pour le contempler » (Julien Gracq).