Sunday, March 22, 2026
Friday, March 20, 2026
Le froid, le merveilleux froid quand on serre sa veste
(foin des écharpes)
On tient pas debout
Un mur qui nous sépare simplement de la mort
Tous ces précieux apôtres…
Une table infinie sur un balcon
Une lumière dorée se reflétait sur le balcon
Tout est arraché à la mort même la vie
Photo photographiée
Oui, la vie se découpe en stridence
en splendeur
(sale métier !)
Labels: poésie
Sunday, March 15, 2026
J’étais tellement heureuse. J’aurais pu dire : j’étais tellement malheureuse. En fait, j’étais une chose friable et c’était parfois une qualité — si on m’aimait — ou…
Tournée vers l’Ouest, j’avais toujours, le soir, eu le sentiment de l’existence (archi-longues soirées d’été à l’extrémité de la Bretagne)
J’étais insatisfaite et les nuages parlaient comme une mère
Je voulais lire avec des gens que je ne connaissais pas. J’arrivais plus tôt ce jour-là, la plage était encore comble, charmante, enjouée, fille-garçon
« Aurai-je su toucher les gens
Autant que ceux qui m’ont touché ? »
Je mange dans une cantine en bas de chez moi tous les jours maintenant, une cantine de faux pauvres. Des travailleurs, mais pas des misérables. Pour 13€, tu as une entrée et un plat carné (pour 11€, si tu ne prends pas de viande).
C’est ensoleillé, on voit le temps qu’il fait, les ondées, les bourrasques, les nuages à travers de vastes baies. La cantine est située à la prou d’un bloc d’immeubles, au carrefour de six rues calmes
C’est vrai, la terre est comme une chaude église. Comment dit-il, Paul Claudel ? dans sa Connaissance de l’Est : « Le soleil de la Pentecôte illumine la Terre nette et parée et profonde comme une église. » Il y a aussi, je voulais l’écrire, la phrase de Marguerite Yourcenar, mais, alors…
Aujourd’hui, c’est merveilleux, il y a pluie et soleil, comment ça s’appelait, oui, les « giboulées de mars ». Nous sommes en avril, le printemps est vert comme de l’or. Oui, l’église est la connaissance du monde
Un jour je m’attellerai à écrire un livre et ce sera aujourd’hui et ce sera le livre que je lis
Je mange l’entrée après et le plat d’abord puisqu’il est chaud
J’y vais depuis très longtemps maintenant, mais, aujourd’hui, la serveuse qui m’a à la bonne m’a donné une carte de fidélité (qu’elle a rempli presque entièrement). Maintenant je suis une habituée. La carte de fidélité me donnera droit à un dessert quand elle sera pleine. Un dessert de temps en temps, c’est très bien : je ne suis pas très dessert. Elle a tamponnée presque entièrement et comme sur un mouvement d’humeur. C’est l’« Allemande », comme elle se présente, en tout cas blonde et tatouée (mais sans accent). Folle donc (puisqu’elle s’intéresse à moi), je suis habituée
Mais je n’aime que les Jeanne ou les Hélène
La carte qu’on avait omis de me donner jusqu’à maintenant, de fidélité, elle me la donne
Labels: poésie
Une main, un visage, se rencontrer. C’était encore moi qui passais mon temps avec moi
Comme si l’œuvre existait depuis toujours, comme si je ne l’avais pas créée, comme si je l’avais trouvée dans une malle, à la cave
Avoir des chaussettes
« Il y avait, à l’époque, une sorte de désespoir d’être un artiste »
Je voulais réduire le monde
Il y a une séparation dans le livre que je lis :
« La vie continue.
La vie continue toujours, à sa façon »
Depuis ma transition, j’ai d’abord cru que tout allait bien, les gens étaient gentils, surtout les jeunes… Puis ma mère est morte puis je me suis jetée sous une voiture puis ma copine m’a quittée. Je me suis demandé si c’était ça, le « réel » et si changer de genre était un oracle ou quoi
En fait, c’était assez simple, la vie, c’est une prière en permanence
« La chaleur, par ces journées, était immense, puissante, comme une créature vivante »
« la neige phosphorescente »
Tous ces arbres exploités
Réactiver la sagesse. Comme un nouveau mariage
Je suis aussi malheureuse que Christine Angoisse ; vous allez voir quand je vais faire le film de mon malheur…
Je lisais un article dans « Le Monde » sur Taylor Swift, la chanteuse qui vendait le plus de disques dans le monde. Un nouvel album allait bientôt sortir (et il y avait un article dans « Le Monde »). Le titre de l’une des chansons annoncée, I Can Fix Him (No Really I Can), me rappelait cette femme, mon amie, qui n’avait pas réussi à me changer, m’avait-elle dit. Tout est souffrance, dans la vie. Même ce qui est beau l’est déjà parce qu’il ne le restera pas. Alors il y avait les livres à lire, les romans, pour bien pleurer, qui parfois soulageaient
Nous sommes tous à parler de la mort, de la maladie… Nous trions les feuilles de sécurité sociale
Ben, tu pourrais me parler autrement… Heureusement qu’il y a des gens dans la rue qui ont plus d’affection…
Labels: poésie
Personne ne savait rien, ça se voyait dans les rendez-vous médicaux ; c’était surtout que tout le monde ne croyait qu’au malentendu — et, cela, bien sûr, avec raison — ; personne ne faisait plus confiance à personne pour comprendre. En fait, on se plaignait dans la vie de n’arriver à rien, je me plaignais et, en ce sens, je n’étais pas une autre, mais il n’y avait peut-être qu’une solution, qu’une voie directe, c’était d’être une sainte, juste se dire (et je n’étais pas loin de me le dire) : voilà, la sainteté, c’est le direct !
Cela dit, j’étais influencée par des paroles du père Chevrier (1826-1879) que quelqu’un avait prononcées quelque part dans la pièce où je vivais en ce moment (où quelques livres étaient ouverts et pas toujours finis)
« Leur amitié ne se basait pas sur un échange égalitaire d’informations »
Je suis toujours tournée vers ma mère, toujours à chercher le bonheur, la ressemblance, lui plaire
Un chevreuil imaginaire
Une travailleuse
Les forces s’écoulent dans les phénomènes
Dans le journal, les nouvelles ne sont pas assez tragiques ni heureuses
(elles sont édulcorées)
…
Labels: poésie
Ce que je cherchais, c’était le vide pour que la musique puisse s’y déployer
Dans une certaine sollicitude-solitude…
La couleur est une relation
« The main aim of my work »
Les millions, vous les aurez
Je voulais écrire ; écrire, c’était remplir des pages blanches, mais de choses extraordinaires ; la vie était extraordinaire, il fallait la peindre, même la vie des représentations. Cet être imaginaire de plusieurs vies… de plusieurs vies…
Je me réveillais dans ma chambre. Il n’y avais que moi et le silence — et la lumière. Que le vide, que moi et la lumière et le silence — et la promesse et l’amitié (même si, peut-être, on la nommait « l’amour »)
Labels: poésie
Des choses exaltantes ne se passaient pas. Ma douleur, mon soupir sont incommensurables (c’est ce que je puis dire de plus profond dans le ciel de Paris)
Une histoire dans une histoire
Ô visages purs que je regarde comme si je devenais une sainte… (à la library). Un jour, je rencontrerai ces visages
Un être humain s’adresse à un autre avec bonté
En fait, nous sommes des saints, il suffit de le savoir (de s’en rendre compte). Les vivants sont des saints, des anges
Tous ces gens innocent qui m’entourent
Jeunes souvent, tous jeunes
Il y a tant de livres dans ma vie
J’avais une nouvelle maison, il n’y en avait pas d’autres. Ce n’était pas une maison, c’était un château
Ce que je tente d’apprendre, travailler, répéter, c’est ma capacité d’être seule
(Alors, il me semble, le monde vous prend dans ses bras et vous console et vous dit : « Mon bébé… »)
La littérature sert à nous faire gagner du temps car, le temps, c’est notre paysage
Labels: poésie
Thursday, March 12, 2026
Z m’encourage à voir le film avec Fanny Ardant et Melvil Poupaud sur Arte. LES JEUNES AMANTS. Quand il était sorti, j’avais hésité à y aller avec la coiffeuse (la femme avec qui j’étais) parce qu’elle aimait (toujours, j’imagine…) les films « normaux », tout ce que je déteste, les films romans-photos avec des personnages « normaux », des acteurs « normaux », des situations « normales », des appartements « normaux », des sentiments « normaux », voilà ce qu’elle aimait, ma copine, bref, de la production française en veux-tu en voilà, mais comme j’adore Fanny Ardant, je me disais qu’il pouvait y avoir un plus petit ensemble commun, mais, non, on avait renoncées à faire l’effort de tenter le coup. J’aime Fanny Ardant, bon, parce qu’elle est tragique. Le dernier sourire du film, je l’ai vu en vrai. C’était dans un cocktail il y a quelques années (dans le vaste lieu de Jean-Paul Gaultier) et Fanny était là et je l’ai regardée, elle était grise, vieille, ennuyée et soudain quelque chose l'a réjouie, et, en une fraction de seconde, elle est devenue extraordinairement jeune, belle, heureuse, possédant le soleil. J’ai compris pourquoi elle était Fanny Ardant et que ça valait bien le coup
Labels: paris
et sans soucis ?
le « fond celte »
Ne pas rester possédée, entrer en possession de
soi-même, guérir
Une grotte s’éclairait plus loin
Labels: poésie
Dernier sultan, il sillonne
son royaume dans sa
Rolls-Royce surmontée
d’un gyrophare
A la mer ou à la neige
Dans la vallée de l’Automne
Mon plaisir est pauvre et
secret — et pauvre
« Tout est vrai dans ce roman »
« Un chagrin sans neige
est un bonheur sans soleil »
Labels: poésie
Wednesday, March 11, 2026
Labels: correspondance
Sunday, March 08, 2026
François me raconte comment ça se passait, Le Palace (avec Jenny Belair à l’entrée) : « Il y avait des bandes rivales, c’était très cruel ». Il avait rencontré son ami maintenant avocat — et qui s'appelle comme lui — sur les marches qui séparaient le Palace du Privilège, la boîte en sous-sol des happy few riches et célèbres
Pourquoi veux-tu me voir, au fait ?
— Pour le plaisir
— Alors d’accord, mais ne me pose pas de questions, je ne veux pas répondre à un interrogatoire. Je veux bien que tu me parles de toi, mais je ne peux pas parler de moi
Ce que nous écrivons là, sur IG, quelques-uns et moi-même ne sont que des échos de livres, des résonances de livres de pensée facile, je veux dire qui ne sont pas de ceux qui inventent une langue, ça, c’est autre chose (Marcel Proust à Céleste), mais juste le témoignage de notre vie comme celle d’une autre, dans une vieille boîte de nuit tout s’éclaire, mais à l’arrêt, les files de voitures garées, les feux tricolores sont vides, monde féerique, inachevé, détruit : aucun mouvement. Il y a le malheur et le bonheur. Parfois, après un cauchemar, on est plus sensible au malheur, c’est pour ça qu’il faut écrire…
Ne se fiant à personne ou si peu, elle trime comme une paysanne pour plaire à tous
Les amis m’indignent
Mes amis tombaient comme des mouches ; c’était la guerre. Se faire engueuler par un ami, ce n’est pas agréable
La jeunesse réapparaîtra
voyez la grande scène… l’opéra…
Friday, March 06, 2026
H ow can I give advice (soirée du 7 mars, extraits d'aloys, Phèdre Pierre Dac...-
Il y a trop a raconter, moi, je ne peux pas — aussi quel est le sens de raconter si on peut vivre les récits, les inventer en direct. On a soif de la vraie vie, quelqu’un comme moi à qui elle échappe. On est tellement déterminé par son propre mental (quelqu’un comme moi). Il faudrait n’avoir rien à expliquer, tout le monde est au courant de tout. Des histoires, bon, des histoires, ça va 5 mn… Mais ne te mets pas à vouloir raconter la veille, tu te réveilles à peine — et les rêves étaient tumultueux — et, aujourd’hui, c’est dimanche. Certainement tu as revu cette déesse. Lætitia Dosch. Bien sûr, tu la suivais sur IG, mais les réseaux sociaux sont ainsi faits qu’on croit rester en contact alors que non, en fait, ça n’accroche pas, ça glisse comme l’eau sur les plumes d’un canard (je n’ai pas dit « connard »). Ça ne se mélange pas à la vie — celle qui reste — comme l’eau et l’huile. Par exemple, le mot « mer », le mot « mère », le mot « tente », le mot « tante ». Voilà résumer mon histoire. Et Chateaubriand — et comment ? qui ? J’étais enveloppée dans le printemps. C’était comme un lit, une tente, une femme. Et Lætitia Dosch était très belle dans une robe du soir comme à Cannes, une robe longue à sequins bleu ciel, les épaules dénudées (bretelles fines). Elle était là parce que son ami allait chanter. Plus tard dans la voiture, elle avait demandé un poème de Baudelaire, L’INVITATION AU VOYAGE, qu’elle s'était mise à traduire en anglais vers par vers à son ami
(qu’on trouve sur IG sous le nom d’electrokebab)
« Cette nuit est une nuit
d’amour chaque samedi rêves que j’ai les
tickets d’un adieu vers
la surprise d’une autre surprise » (Robert Creeley)
Songe à la douceur
D’aller là-bas vivre ensemble !
Aimer à loisir,
Aimer et mourir
Au pays qui te ressemble !
Les soleils mouillés
De ces ciels brouillés
Pour mon esprit ont les charmes
Si mystérieux
De tes traîtres yeux,
Brillant à travers leurs larmes.
Là, tout n’est qu’ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté.
Des meubles luisants,
Polis par les ans,
Décoreraient notre chambre ;
Les plus rares fleurs
Mêlant leurs odeurs
Aux vagues senteurs de l’ambre,
Les riches plafonds,
Les miroirs profonds,
La splendeur orientale,
Tout y parlerait
À l’âme en secret
Sa douce langue natale.
Là, tout n’est qu’ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté.
Vois sur ces canaux
Dormir ces vaisseaux
Dont l’humeur est vagabonde ;
C’est pour assouvir
Ton moindre désir
Qu’ils viennent du bout du monde.
— Les soleils couchants
Revêtent les champs,
Les canaux, la ville entière,
D’hyacinthe et d’or ;
Le monde s’endort
Dans une chaude lumière.
Là, tout n’est qu’ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté.
Mais la tristesse en moi monte comme la mer,
Et laisse, en refluant sur ma lèvre morose
Le souvenir cuisant de son limon amer.
- Ta main se glisse en vain sur mon sein qui se pâme ;
Ce qu'elle cherche, amie, est un lieu saccagé
Par la griffe et la dent féroce de la femme.
Ne cherchez plus mon coeur ; les bêtes l'ont mangé.
Mon coeur est un palais flétri par la cohue ;
On s'y soûle, on s'y tue, on s'y prend aux cheveux !
- Un parfum nage autour de votre gorge nue !...
Ô Beauté, dur fléau des âmes, tu le veux !
Avec tes yeux de feu, brillants comme des fêtes,
Calcine ces lambeaux qu'ont épargnés les bêtes !
Recueillement
Sois sage, ô ma Douleur, et tiens-toi plus tranquille.
Tu réclamais le Soir ; il descend ; le voici :
Une atmosphère obscure enveloppe la ville,
Aux uns portant la paix, aux autres le souci.
Pendant que des mortels la multitude vile,
Sous le fouet du Plaisir, ce bourreau sans merci,
Va cueillir des remords dans la fête servile,
Ma Douleur, donne-moi la main ; viens par ici,
Loin d’eux. Vois se pencher les défuntes Années,
Sur les balcons du ciel, en robes surannées ;
Surgir du fond des eaux le Regret souriant ;
Le Soleil moribond s’endormir sous une arche,
Et, comme un long linceul traînant à l’Orient,
Entends, ma chère, entends la douce Nuit qui marche.
She walks in beauty like the night
La chevelure
Ô toison, moutonnant jusque sur l'encolure !Ô boucles ! Ô parfum chargé de nonchaloir ! (synonyme de nonchalance)
Extase ! Pour peupler ce soir l'alcôve obscure
Des souvenirs dormant dans cette chevelure,
Je la veux agiter dans l'air comme un mouchoir !
La langoureuse Asie et la brûlante Afrique,
Tout un monde lointain, absent, presque défunt,
Vit dans tes profondeurs, forêt aromatique !
Comme d'autres esprits voguent sur la musique,
Le mien, ô mon amour ! nage sur ton parfum.
J'irai là-bas où l'arbre et l'homme, pleins de sève,
Se pâment longuement sous l'ardeur des climats ;
Fortes tresses, soyez la houle qui m'enlève !
Tu contiens, mer d'ébène, un éblouissant rêve
De voiles, de rameurs, de flammes et de mâts :
Un port retentissant où mon âme peut boire
A grands flots le parfum, le son et la couleur ;
Où les vaisseaux, glissant dans l'or et dans la moire,
Ouvrent leurs vastes bras pour embrasser la gloire
D'un ciel pur où frémit l'éternelle chaleur.
Je plongerai ma tête amoureuse d'ivresse
Dans ce noir océan où l'autre est enfermé ;
Et mon esprit subtil que le roulis caresse
Saura vous retrouver, ô féconde paresse,
Infinis bercements du loisir embaumé !
Cheveux bleus, pavillon de ténèbres tendues,
Vous me rendez l'azur du ciel immense et rond ;
Sur les bords duvetés de vos mèches tordues
Je m'enivre ardemment des senteurs confondues
De l'huile de coco, du musc et du goudron.
Longtemps ! toujours ! ma main dans ta crinière lourde
Sèmera le rubis, la perle et le saphir,
Afin qu'à mon désir tu ne sois jamais sourde !
N'es-tu pas l'oasis où je rêve, et la gourde
Où je hume à longs traits le vin du souvenir ?
Le cygne
I
Andromaque, je pense à vous ! Ce petit fleuve,
Pauvre et triste miroir où jadis resplendit
L'immense majesté de vos douleurs de veuve,
Ce Simoïs menteur qui par vos pleurs grandit,
A fécondé soudain ma mémoire fertile,
Comme je traversais le nouveau Carrousel.
Le vieux Paris n'est plus (la forme d'une ville
Change plus vite, hélas ! que le coeur d'un mortel) ;
Je ne vois qu'en esprit, tout ce camp de baraques,
Ces tas de chapiteaux ébauchés et de fûts,
Les herbes, les gros blocs verdis par l'eau des flaques,
Et, brillant aux carreaux, le bric-à-brac confus.
Là s'étalait jadis une ménagerie ;
Là je vis, un matin, à l'heure où sous les cieux
Froids et clairs le travail s'éveille, où la voirie
Pousse un sombre ouragan dans l'air silencieux,
Un cygne qui s'était évadé de sa cage,
Et, de ses pieds palmés frottant le pavé sec,
Sur le sol raboteux traînait son blanc plumage.
Près d'un ruisseau sans eau la bête ouvrant le bec
Baignait nerveusement ses ailes dans la poudre,
Et disait, le coeur plein de son beau lac natal :
" Eau, quand donc pleuvras-tu ? quand tonneras-tu, foudre ? "
Je vois ce malheureux, mythe étrange et fatal,
Vers le ciel quelquefois, comme l'homme d'Ovide,
Vers le ciel ironique et cruellement bleu,
Sur son cou convulsif tendant sa tête avide,
Comme s'il adressait des reproches à Dieu !
II
Paris change ! mais rien dans ma mélancolie
N'a bougé ! palais neufs, échafaudages, blocs,
Vieux faubourgs, tout pour moi devient allégorie,
Et mes chers souvenirs sont plus lourds que des rocs.
Aussi devant ce Louvre une image m'opprime :
Je pense à mon grand cygne, avec ses gestes fous,
Comme les exilés, ridicule et sublime,
Et rongé d'un, désir sans trêve ! et puis à vous,
Andromaque, des bras d'un grand époux tombée,
Vil bétail, sous la main du superbe Pyrrhus,
Auprès d'un tombeau vide en extase courbée ;
Veuve d'Hector, hélas ! et femme d'Hélénus !
Je pense à la négresse, amaigrie et phtisique,
Piétinant dans la boue, et cherchant, l'oeil hagard,
Les cocotiers absents de la superbe Afrique
Derrière la muraille immense du brouillard ;
A quiconque a perdu ce qui ne se retrouve
Jamais, jamais ! à ceux qui s'abreuvent de pleurs
Et tètent la douleur comme une bonne louve !
Aux maigres orphelins séchant comme des fleurs !
Ainsi dans la forêt où mon esprit s'exile
Un vieux Souvenir sonne à plein souffle du cor !
Je pense aux matelots oubliés dans une île,
Aux captifs, aux vaincus !... à bien d'autres encor !
Tu me parais bien pâle et triste à regarder
Qu'as-tu donc Hippolyte ?
HIPPOLYTE
Je suis bien emmerdé !
…
Mais voici de l’amour la troublante vision
C'est Phèdre au sein gonflé des plus folles passions !
PHÈDRE
Oui, c'est moi, me voici. Tiens, c'est toi Théramène?
Mais que viens-tu faire ici?
THÉRAMÈNE
Je venais, souveraine
Vous redire à nouveau mon récit tant vécu...
PHÈDRE
Ton récit je l'connais, tu peux te l'foutre au cul!
A l'écouter encor' j'en aurais du malaise
Il y a trop longtemps que Théramèn' ta fraise!!!
Hippolyte ! Grands dieux je ne peux plus parler
Et je sens tout mon corps se transir et brûler !
HIPPOLYTE
O désespoir ! O crime ! O détestable race !
PHÈDRE
Par Jupiter, je crois qu'il me trait' de pétasse !
N'as-tu donc rien compris de mes tendres desseins ?
T'as-t-y tâté mes cuiss's, t'as-t-y tâté mes seins ?
Oui, pour te posséder je me sens prête à tout !
Que veux-tu que j'te fasse ? Hein ? je suis à tes genoux...
Que n'ai-je su plus tôt que tu étais sans flamme...
HIPPOLYTE
Certes il eût mieux valu que vous l'sussiez, madame...
PHÈDRE
Mais je n'demande que ça !
HIPPOLYTE
De grâc' relevez-vous ...
PHÈDRE
Voyons tu n'y pens's pas, je n'peux pas fair' ça d'bout!
HIPPOLYTE
N'insistez pas, madam', rien ne peux m'ébranler.
PHÈDRE
Ah, ben, s’il n’aim's pas ça non plus, j’n'ai plus qu'à m’en aller !
HIPPOLYTE
C'est ça, partez, madame, allez vers qui vous aime.
PHÈDRE
Par les breloqu's d'Hercule je resterai quand même !
HIPPOLYTE
Je ne serais pour vous d'aucune utilité
Je ne suis que pudeur et que timidité
PHÈDRE
Mais de quoi tu t’occupes, je f’rai le nécessaire
On n'te demande rien ! t’auras qu’à te laisser faire
HIPPOLYTE
Le marbre auprès de moi est brûlant comme un feu...
PHÈDRE
Oh, mais j’suis pas feignant' sous l'homme et j'travaill'rai pour deux !
HIPPOLYTE
De grâce, apaisez-vous, je me sens mal à l'aise...
PHÉDRE
Viens, pour te ranimer j'te frai Péloponèse !
HIPPOLYTE
Qu'est-ce encor que cela ?
PHÈDRE
Oh, c’est un truc épatant !
Ça s'fait les pieds au mur et l'nez dans du vin blanc !
HIPPOLYTE
Oh, prenez garde, madame, et craignez mon courroux !
PHÈDRE
C'est ça, vas-y Polyte, bats-moi, fous-moi des coups !
HIPPOLYTE
Vous frapper ? Moi, jamais, mon honneur est sans tache.
PHÈDRE
Mais y a pas d'déshonneur, moi j'aim' ça l'amour vache...
Allez, viens, tu s'ras mon p'tit homme et j'te donnerai des sous...
HIPPOLYTE
Ah! Que ne suis-je assis à l'ombre des bambous…
PHÈDRE
Je f’rai le tapin pour toi dans les rues de Trézène
A moins que tu veuilles me mettre en maison à Athènes
HIPPOLYTE
Vous devriez rougir de vos propos infâmes
Vous me faites horreur, ô méprisable femme !
PHÈDRE
Oh, à la fin c'en est trop ! Mais n'as-tu donc rien là ?
HIPPOLYTE
Madame je n'ai point de sentiments si bas.
PHÈDRE
Les feux qui me dévor'nt ne sont pas éphémères...
Hippolyt' je voudrais que tu me rendiss's mère.
HIPPOLYTE
Dieu ! Qu'est-ce que j’entends ? Madame oubliez-vous
Que Thésée est mon père et qu'il est votre époux ?
PHÈDRE
C'qui fait que j'suis ta mer’ et qu’c'est pour ça qu'tu t'tortilles ?
Comm' ça tout s'passera honnêtement en famille.
HIPPOLYTE
Mais si de cet impur et lâche accouplement
Il nous venait un fils, que serait cet enfant ?
PHÈDRE
Puisqu’alors je serais ta maîtresse et ta mère
Ton enfant s’rait ton fils en mêm' temps que ton frère...
HIPPOLYTE
Mais si c'est un' fill’ qu'engendrait votre sein?
PHÈDRE
Eh bien ta mère serait mon gendre et ta soeur mon cousin !
HIPPOLYTE
Madame adieu, je pars !
PHÈDRE
O funèbres alarmes
Mais, voilà donc tout l'effet que t'inspirent mes charmes?
J'attirerai sur toi la colèr’ des dieux
Afin qu'ils te la coupent !
HIPPOLYTE
Quoi, la tête ?
PHÈDRE
Non, bien mieux !
PET-DE-NONNE
Oh, elle respire à peine, elle va s'étouffer...
PHÈDRE
Ben, ça n'est pas étonnant, j'ai c't'Hippolyt' dans l’nez !
Je veux dans le trépas noyer tant d'infamie
Qu'on me donn' du poison pour abréger ma vie !
SINUSITE
Duquel que vous voulez, d'l'ordinaire ou du bon ?
PHÈDRE
Mais du rouge, voyons, du rouquin, du gros, d’celui qui fait des ronds.
Mais qu'est c’ que vous avez tous à m'bigler des prunelles ?
Ecartez-vous de moi ! Allez, toi, viens ici, flanelle !
Exauce un vœu suprêm’ sans trahir ta foi,
Viens trinquer avec moi pour la dernière fois.
HIPPOLYTE
Voici de mon destin la conclusion fatale
PHÈDRE
Allez, tiens, c’est du 12°, bois, c’est moi qui régale !
HIPPOLYTE
A la vôtre, Madame
PHÈDRE
À la tienne érotique sablonneux et casse pas le bol !
Oh, Dieu que ça me brûl', mais c'est du vitriol !
HIPPOLYTE
Divinités du Styx, je succombe, invaincu,
Le désespoir au cœur...
PHÈDRE
Et moi le feu au cul !
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