Tuesday, February 03, 2026

F aux cils

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Oh, ne sois pas désolée !
C’est toujours un plaisir pour moi d’être associée à des projets qui, peut-être, n’aboutiront pas, ça arrive tout le temps ; là, on me propose une performance sur une île à Venise, est-ce que ça aboutira ? rien n’est moins sûr. On me propose un scénario, est-ce que le tournage aura lieu ? J’aime ton enthousiasme à l'idée d’entraîner des gens, tout commence toujours comme ça, pas par l’argent (je viens de voir un bout d’interview de David Lynch qui le dit : l’important, c’est de suivre son idée). J’ai aimé aller dans l’église et y rêver (et y essayer) le Sermon sur la Mort, de Bossuet, dans la chaire à prêcher. J’aime beaucoup les lieux et que le contenu soit en rapport avec la mémoire des lieux, que le contenu compte moins que son environnement. L’autre lieu que tu m’as fait visiter est moins inspirant (pour moi). Je vois qu’il faut du gros son pour y créer qqch, le lieu en lui-même n’est pas intéressant (en tout cas, en l’état). D’autres que moi feront ça très bien.
Bref, beaucoup aimé mon séjour chez toi et la rêverie que tu m’as enclenchée — et ta gentillesse.
Garde précieusement ce que tu appelles — ou ce qu’on appelle pour toi — ta « naïveté » !
Bisous,
Marie-Noëlle

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Sunday, February 01, 2026

U ne horreur


Je me suis réveillée avec un rêve si triste, l’arrestation d’un couple de Chinois si bons, si classes, si nécessaires, cette femme surtout, certainement à ma vie, mais certainement à d’autres aussi, que savais-je d’eux ? arrêté en sortant de chez moi et, pour toujours, passé dans l’autre vie des horreurs ; je les ai accompagnés tant que j’ai pu jusqu’à là où je ne les reverrai plus ni personne, la limite (la limite n’avait pas l’air de la limite, c’était la ruse suprême)
J’avais aussi l’idée que ce chapitre intitulé « Une horreur » devait clore le texte infini de ces posts IG

Hier, Z. avait failli être arrêté par les soldats de la RATP armés et protégés comme les soldats de ICE 
et puis, au dernier moment, il avait été protégé par une chance, le cul bordé de nouilles, exactement celle qu’il avait dans la pièce qu’il venait de jouer où, par deux fois, on le croit mort, perdu, on l’annonce mort, et où il réapparaît jeune vainqueur

Après la pièce, Marc s’était présenté en me disant : « Tu te souviens de moi ? » Oui, pour une fois, je me souvenais très bien, je le reconnaissais (mais je ne l’avais pas reconnu dans la pièce). J’avais commencé à prendre en note dans le noir un très beau passage et, comme c’est lui qui le prononce, ce passage, très bien, d’ailleurs, je le félicitais, j’osais lui demander de me dicter ce qui me manquait, ce qu’il fit volontiers car Marc est gentil, sans doute à ça que je l’avais reconnu, le signe distinctif (extérieur) de sa gentillesse lui faisait son identité
 
« Mourir est chose aussi commune que de vivre. On préfère l’une et on pourchasse l’autre — car, dès le premier instant de notre vie, nous poursuivons et traquons l’heure de notre mort — d’abord en bouton puis en fleur, enfin donnant notre graine pour choir bientôt. Et comme l’ombre suit le corps nous suivons la mort. Si donc nous traquons la mort, pourquoi la craindre ? Aucun effort délibéré de notre part ne peut changer le cours de notre destin car, mûrs ou déjà blets, nous tomberons quand nous tirerons le lot de notre dernier jour »

J’avais repensé à cette phrase d’Antoine Vitez (que je cite de mémoire) : « Qui résoudra ce mystère, les acteurs disent et jouent les plus beaux textes de l’humanité, mais leur vie n’en est pas changée… »
 
Venait souvent assez vite après cette phrase le souvenir d'une autre de Marguerite Duras qui nous avait demandés un soir chez elle (nous étions plusieurs) : « C'est quand même bien foutu, ce que j'écris ? » Et comme nous nous récrions tous : « Alors pourquoi, ma vie, c'est n'importe quoi ? »
 
Dans le livre que  j'avais dans ma poche, ce soir-là, je tombais toujours sur la même idée, la phrase définitive de Marguerite Yourcenar :  « La même distance incommensurable sépare les œuvres de Racine de la vie de Racine, et le peu que nous savons de Shakespeare des pièces de Shakespeare »
 
 

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Saturday, January 31, 2026

Une femme qui est intelligente, écrivez-vous, mais qui veut paraître bornée

« Elle déteste les compliments et elle aime qu’on se trompe à son propos et donc ça l’amuse qu’on la croit sotte alors qu’elle ne l’est pas. Tout ce qui peut, finalement, éloigner ceux qui cherchent à la dévoiler de la vérité lui fait plaisir. Ça la protège, c’est une femme qui se cache. »



Maintenant je ne suis sensible qu’au soleil. On dirait. Le soleil symbolique. On est en avance sur le mois de juin. Le soleil symbolique, la guerre universelle
Je fais trop retour sur moi-même

La beauté,  à chaque instant, mais mise bout à bout n’est plus la beauté

« Et toi mon cœur pourquoi bats-tu

Comme un guetteur mélancolique
J’observe la nuit et la mort »

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D es personnages romanesques


J’ai conscience de l’horreur de vivre, c’est-à-dire pas tellement de vivre, mais de vivre au-dessus, partout, en deçà du gouffre du néant (c’est peut-être le sens du nouveau titre de Bertrand Scheffer : Néant Bonheur…) Mais, vivre, je le voudrais ! sans penser à demain, demain la mort. On n’y pense pas, on s’endort et puis c’est tout. Mais le fait est que j’y pense
Mais que la foule est douce, dernier état ou presque qu’il nous reste de la nature…

Je pensais que Maxence avait rencontré un collègue dans cette gare matinale où les trains avaient du retard, mais, non, l’acteur supposé était l’essayiste Pablo Servigne (dont Maxence me dit ensuite que son meilleur livre était L’Entraide, l’autre loi de la jungle)

Maxence, pour parler, abordait la non rationalité écologique des tournées à la française — sur le modèle de celles de Jean-Baptiste Poquelin — et Pablo disait que les fourmis savaient toujours quel était le plus court trajet. Elles vont partout, les fourmis, mais elles déposent sur leur passage des phéromones qui s’évaporent peu à peu : là où ils restent le plus présents, c’est le chemin parfait, le plus efficace. Pablo Servigne disait qu’on avait inventé « une fourmi informatique » pour résoudre comme ça des histoires de rationalité des trajets

Il y avait des gens très beaux dans le TGV d’un presque printemps. Je pensais à la phrase de Marguerite Duras « Aucune existence n’est enviable », mais pourtant… ce garçon très beau avait forcément une femme très belle… Il y avait un enfant déjà, un autre dans le ventre, les yeux très beaux, les corps en volume. (L’homme feuilletait Les 5 piliers de la Sagesse de Frédéric Lenoir) 
 
J’avais décidé de me prendre en main... — combien de fois l’avais-je écrite, cette phrase, dans ma vie ? Si j’étais fourmi, je saurais combien de fois j’étais déjà repassée là


*

J’avais entendu à la radio qu’on pouvait perdre du poids non pas en mangeant moins, mais en mangeant plus

J’avais entendu ensuite, c’était dit par cette actrice, Charlotte Rampling : « au risque de l’amitié cachée, folle-éperdue-infinie, pire qu’un amour » et ça m’avait ramenée, presque de force, à ces histoires que j’avais inventées avec Bobo ou Legrand, des histoires à sens unique dont j’avais fait les questions et les réponses. De temps en temps, Legrand m’écrivait des messages qui commençaient toujours par « Alors, tu m’oublies ? » C’était vrai, je profitais de ce travail qui m’éloignait pour essayer de ne plus y penser (ni à lui ni à notre histoire), une sorte de « Dry January »

Toute homosexualité me dégoûtait et Legrand était trop pédé pour moi (Bobo moins bégueule…)
Mais la réflexion n’était pas la vie et j’étais vouée à réfléchir, hélas, hélas…

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Sunday, January 18, 2026

J’étais content de n’avoir rien fait de la journée. Et maintenant c’était le soir et c’était les grandes heures de la soirée qui se déployaient seules. Comme on passe d’heures à les perdre pour en gagner d’autres ! (dans mon cas), pour gagner ces heures où il n’y a rien d’autre à faire, où il n’y a plus rien d’autre à faire que de les passer longues et lentes et sans autre choix

Qu’est-ce que c’est quand l’ami n’est plus le protecteur ? On se recroqueville un peu — et puis pourquoi avoir besoin d’un protecteur ? Bref, on aime moins

— et j’aimerais que Françoise Sagan m’écrive ce roman…

C ’est un devoir de ne pas être au courant


Marie NDiaye m’avait dit aussi qu’elle avait le sentiment d’avoir de la chance, d’avoir eu de la chance et d’en avoir encore, ce qui participait aussi de sa nature heureuse ; elle et moi aussi — j’étais obligée de le reconnaître —, nous avions de la chance
J’aime cette chance

Je lisais mainteant le petit livre d’elle que François-René m’avait donné en fin de soirée (j'étais la dernière comme j'aime), ce poème sur la mémoire épouvantable de Berlin :
« Chez qui dormons-nous chez qui réjouissons-nous
ces matins d'août incandescent
du grand soleil constant qui ramollit
le goudron inégal défoncé de Berlin la rude
et le chuintement des roues de vélo sur l'asphalte fondue
et le gémissement des freins d'une bicyclette de femme
chez qui rions-nous oh nous gémissons parfois aussi
mais enfin qui sommes-nous et de quels regrets de quelles tristesses
amères et froides
sommes-nous comptables ? »


FR habitait aussi à Berlin pendant le temps où elle y habitait. C’était une ville accueillante de partout malgré sa laideur et sa mémoire infernale. Maintenant tout le monde a fui, tous les artistes de tous les pays sont repartis chercher ailleurs, chercher un havre, une scorie, un accroc dans la toile capitaliste  

Et puis il y a la vie qui passe pour tout le monde

J’avais rencontré Patrice Calmettes, DI y tenait. Il m’était apparu en grand deuil dans la maison dans la pénombre (sa mère)
Très impressionnant
Aussi un coté Portrait de Dorian Gray car, sur son Instagram, Patrice postait les photos heureuses de sa jeunesse de jet-setteur
Et tout d’un coup je le voyais là
DI disait : « Je pense que vous allez bien vous entendre »
J’avais répondu d’une voix que je trouvais immédiatement trop incertaine : « On va essayer… »

Pendant ce temps, Legrand avait vu Siegfried à l’opéra Bastille, mais, le lendemain — autour d'huîtres au marché de l'Olive —, il m'avait dit : « Je fermais les yeux pour écouter la musique » (ce qui corroborait ce que Jean-Paul avait supposé : la mise-en-scène était très mauvaise)

Mais chacun ne connaissait qu’une partie du monde de tout le monde
A Patrice, je demandais : « Est-ce que vous étiez de la bande à Delon ? » Eh bien, pas du tout, non, il était de la bande de tout le monde, mais pas de celle de Delon. Il me dit quand même — puisque je lui posais la question — que c’était bien sûr vrai (comme l’avait raconté le très jaloux Helmut Berger) qu'Alain Delon avait couché avec Visconti
 

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Saturday, January 17, 2026

« J ’écris en tant qu’être humain »

 
Je ne ressemble pas à quelqu’un qui serait aimé, qui pourrait l’être, mais chez FR (François-René), j’avais encore eu la fève, ça l’avait énervé pour la deuxième fois ; à chaque fois il y avait la menace que je ne sois plus invitée. Dans mon enfance, j’avais joué un petit rôle : « Iégorouchka, pique-assiette chez les Lébédev » (c’est dans Tchekhov). Voilà ce que j’étais, voilà ce que j’avais joué toute ma vie et même dans plusieurs de mes vies antérieures probablement car je savais y faire ! J’avais dit à Pános que son nom voulait dire « serpillère » en suisse romand, ça non plus, ce n’était pas très gentil : « Mais, si ! c’est Marie-Thérèse Porcher qui chante ça sur l’air de « La Bohème » : « La panosse, la panosse… / On a beau dire, elle nettoie tout… » » J’avais donné ma fève à Esther (4 ans) qui avait très bien fait le job puisqu'elle avait rapidement appris les noms des personnes présentes et, sous une table exactement de sa taille, avait désigné les parts magiques ; j’avais dit : «  Puis-je donner ma fève à quelqu’un comme l’opposante vénézuélienne a donné son prix Nobel de la paix à Trump ? » On m’avait dit que je n’avais pas le droit, mais on m’avait laissé faire. Après tout, Esther, c’est vrai, avait été comme une sorte de collaboratrice puisqu'elle m’avait désignée. Mais Esther remarqua que je lui avais donné la couronne la plus ordinaire et que je gardais la plus belle. Bon. Mais c’était parce qu’elle était la plus grande. Bon. Ce soir-là, j’avais rencontré Marie NDiaye, je suis étonnée maintenant de voir son âge sur Wikipédia : elle avait l’air d’une ado, d’une gamine, ne correspondant pas du tout à la froide étiquette « grand écrivain », mais heureuse. Elle m’avait tout de suite dit : « Tu peux me tutoyer », ce qui n’était pas simple, pour moi, non. François-René qui m’avait souvent parlé de son amie Marie m’avait conseillé comme premier livre à lire d’elle de commencer par Une femme puissante publié dans la collection Folio à 3 € (c’est l’histoire de Khady Demba, le troisième tableau de Trois femmes puissantes). A Marie NDiaye, j’avais dit, je m’étais forcée, je m’étais demandée quand le lui dire et je l’avais dit interrompue plusieurs fois par, je ne sais pas, les choix Deliveroo ou je ne sais plus, que j’avais lu cette nouvelle et que c’était « peut-être la plus belle chose que j’avais lue de ma vie ». Bon, après avoir dit ça, je n’avais plus eu beaucoup de conversation. J’avais demandé bêtement (car je savais la réponse) dans quelle mesure elle avait connu cette femme ou si c’était une œuvre entièrement d’imagination. Bien entendu — c’est le génie de ce livre —, c’était une œuvre d’imagination. Même si Marie NDiaye avait eu connaissance de témoignages. Marie NDiaye m’avait dit que le récit datait de 2008 et que, maintenant, elle ne le récrirait pas de la même façon ; qu’à ce moment-là, il y avait peu de récits de ce genre de voyage, celui des migrants, mais que, maintenant, il y en avait beaucoup plus, qu’ainsi elle ne le réécrirait pas de la même façon. Je n’avais pas compris, pour moi qui l’avais lu en 2025, le récit était absolument neuf d’informations. Marie portait le même pull « de ski » que je lui vois maintenant dans une vidéo de France Inter où elle présente son dernier livre, Le bon Denis. Et je comprenais maintenant qu’elle avait voulu apporter un peu de nuance à l’affirmation maladroitement dithyrambique que je lui assénais. Je comprenais aussi, en visionnant l’émission, que cette manière, cette gentillesse un peu saccadée qu’elle avait pour parler venait probablement d’un bégaiement. Mais, ce qui m’avait sidérée dans la soirée, c’est qu’elle avait répondu, un peu après son arrivée, à quelqu’un qui lui demandait si elle allait bien, que oui, « Je suis quelqu’un qui va naturellement bien, j’ai une nature heureuse. » Ça m’avait sidérée parce que je ne connaissais que des écrivains malheureux (ce qui faisait qu’à ceux qui me proposait d’écrire, je répondais quelque chose comme : « Autant me proposer l’enfer ! ») On en avait reparlé un peu plus tard dans la cuisine ; elle m’avait dit : « Je suis peut-être une exception… »

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Friday, January 16, 2026

L a Chaleur humaine


Dans la vie, le malheur est parfois si intégré qu’on ne reconnaît pas le bonheur, qu’on passe à côté (avec toute la bonne foi du monde), c’est parfois ce que je ressens, de le frôler, de l’apprivoiser presque et alors pourquoi repart-il ? Tout a un sens, dirons-nous ou rien, mais parfois tout a un sens. Parfois, Legrand me laisse en paix et le bonheur et le malheur s’en vont loin de moi main dans la main et je suis nouvelle, je suis en paix, je suis moderne — car le malheur est le passé et le bonheur est le présent
Quant à l’avenir…
Il y a aussi ce qu’on trouve normal.
Dominique Fourcade m’envoie par la poste, comme à son habitude, un texte pour la nouvelle année, auquel il ajoute : « Avec mille vœux de votre ami, cher Marie-Noëlle G, Dominique F »
Le texte de DF commence ainsi : « je reviens de mon enterrement, avec ma harpe et ses sons dans le ventre. je suis à la fois Orphée et Eurydice et personne. »
J’ai détesté Orléans, pas détesté, mais par rapport à mon amour pour cette ville, je ne l’ai pas retrouvé. La poésie infinie de cette ville, le bord de Loire, le quartier qui s’en approche, comme en prière, comme en oubli, je ne l’ai pas retrouvée. Non, au lieu de ça, j’ai tellement aimé l’hôtel de l’Abeille que je n’en suis pas sortie. J’y ai lu le nouveau texte de Théo Casciani, INSULA. Dans les mois de janvier, il faut du nouveau, toujours ; il faut au besoin brûler ce qu’on a adoré… Vous ne trouvez pas ?

la une endormie sous la lune
le sensué sous le sensuel époustouflant de vie
elle a coassé quand je l’ai réveillée
et le sens toujours pluriel toujours plus érotique froid brûlant dans les ruines sous les projecteurs bleu profond de la nuit
pas de hasard dans un poème pas de hasard en amour, dans les deux cas écriture

A l’hôtel de l’Abeille, Thomas reçoit des hommes dont il me montre les photos, des hommes que je n’ai même jamais croisés dans la rue ou alors leur vision m’a été interdite. Il baise avec, matin, midi et soir, à l’hôtel Ultimus !
En même temps il a le temps de faire quelques courses, d’aller chez le barbier se teindre la barbe, d’acheter un pull blanc en alpaga, « très Anne Sinclair », dit-il.
Moi, je ne fais ni courses ni baises ultimes, je vis par procuration. Thomas m’informe.  Il m’a dit d’aller au centre de dépistage Check Point, rue du Caire, mais que si je dis que je suis une travailleuse du sexe, j’attendrai moins. Mais comment pourrais-je jouer ça ? J’aimerais bien… C’est ce que tu joues, toi, que tu es une travailleuse du sexe ? — Moi, j’ai couché avec deux des médecins, alors…

Monday, January 12, 2026

A khenaton


A la fin, avant de partir, on regarde les tableaux, les sculptures, c’est silencieux, infini, c’est leur heure, il n’y a plus qu’à rentrer, tout a été dit

A la fin, avant de partir, on regarde les tableaux, les sculptures, c’est silencieux, infini, c’est leur heure, il n’y a plus qu’à rentrer, tout a été dit. On, c’est moi, c’est je. Je regarde les tableaux, les sculptures, je fais le tour, j’ai le temps, l’interstice, il n’y a plus d’enjeu, ça n’appartient à personne, tout le monde est sur le départ, François-René commence à ranger une chose ou deux pour passer le temps, l’attente que tout le monde parte et qu’il se retrouve seul, seul pour la nuit, qu’il éteigne les lumières, etc., les grandes baies vitrées, tout Paris, le jardin qui, dans l’autre sens, va réenvahir la maison…
Il y a des fragments de hiéroglyphes sculptés, avec encore la couleur rouge qui apparaît, qui me retient de toucher, je touche quand même, ce qu’on ne peut pas faire au Louvre, trop de vitres, trop de monde, mais au musée Guimet, quand j’étais jeune, pas de gardien, j’avais touché comme une aveugle les belles têtes de bouddhas ou de divinités inconnues, mais qui, un jour, avait été sculptées avec la main, l’outil, de manière qu’on y passe la main, qu’on y caresse les volumes, les stries, les creux, tout ce qui fait sens pour que cette sculpture soit belle, pas sculptée avec de la terre, mais de la pierre

Je recopie d’en exergue d’un nouveau livre qui se trouve posé là avec son marque-page : « Des peuplades de l’Orénoque n’existent plus : il n’est resté de leur dialecte qu’une douzaine de mots prononcés dans la cime des arbres par des perroquets redevenus libres. » (De Chateaubriand.)

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