Monday, June 01, 2026

O n

 

Je me demandais si de cette chaleur allait sortir quelque chose ; des pleurs, peut-être. Il y avait le temps du temps. La soirée longue (de lecture). J'avais connu la ville, dans l’après-midi. Une ville de province que c’en était étonnant, un centre-ville. On avait vu Paris au XIIIe siècle dans une vidéo exposée à la Sainte-Chapelle. Car, de la préfecture,  j'étais allée à la Sainte-Chapelle, espérant que la chaleur aurait chassé les touristes. Traverser la Seine. On avait pu entrer sans trop d’attente (une 1/2 h, je crois). On avait espéré la fraîcheur d’église, mais, non, les portes étaient grand ouvertes, il faisait chaud comme sous un préau. Mais les verrières étaient toujours sublimes, les vitraux avait été nettoyés, les couleurs plus vives que le présent, plus crues, plus acides, plus modernes. Tant de disparitions et de présences. On était dans le Royaume. On avait été raflés au petit bonheur la chance ; ça qui était beau ; la chaleur qui unifiait...

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Je contredis ma vie, je l’écris
Je ne veux pas quitter le temps
Au début, je sentirai la soirée

Imaginer un monde différent

Rien ne peut être dessiné une
nouvelle fois

Dans l’heure certaine — des
poèmes
L’été de l’admiration, c’était
soudain un ample ciel

Pour un monde sans idoles…



Alors — personne n’en saura
rien
La couleur de l’encre et de la
nuit

Pour un monde sans idoles…

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L e réel est relation, le vivant est relation, le sujet lui-même est relation

 
Bonjour Zhaoran !

Pardon de répondre si tard, je suis un peu débordée en ce moment. 
Oui, je pourrais te donner des conseils. Mais je suis surtout impressionnée par ton travail. Je trouve ton texte d’une grande beauté. Je trouve que c’est là ton talent, ton instinct. Il me semble que ta mise en scène (et, encore une fois, je peux mal en parler devant une captation) alourdit ce à quoi j’ai un accès direct quand je lis tes phrases. Alors, je n’aurais que des banalités à dire sur le rendu théâtral. Oui, il faut que les acteurs n’aient pas l’air de subir la forme ou « l’indication », la volonté du metteur en scène. Il faut que les acteurs n'aient pas l’air d’exécutants (même si l’on sent leur bonne volonté). C’est toute la difficulté. (C’est grossièrement dit.) Par exemple, Claude Régy, metteur en scène qui ne parlait que de la mort m’avait dit qu’il aimait beaucoup travailler avec Bulle Ogier, actrice délibérément vivante, car elle contrecarrait son obsession. Pour ma part, c’était toujours un miracle, dans le sens où j’avais l’impression de faire ce que je voulais, moi, et qu'en même temps, j’exigeais des interprètes qu'ils fassent ce qu’ils voulaient, eux. Je te l’ai déjà dit, je crois, je risque de ressasser : des leçons de liberté. Tiens, une phrase de mon idole d’enfance (et encore maintenant), Klaus Michael Grüber : «  Les acteurs sont capables de choses magnifiques, mais ils ont tellement peur ; tout le travail consiste à calmer leur peur. » Je continue de penser que tes phrases sont la vraie matière du spectacle. Tu écris. Et tu dois trouver le moyen que cette écriture agisse plus directement, que sa puissance ne soit pas entravée, distraite par la représentation — mais tu me dis que c’est justement le problème dont tu as conscience et, là, je ne peux pas aider car les solutions se découvrent, s’inventent personnellement, à partir de l'instinct. 

Aucun écrivain important n’a la même langue — et, par ailleurs, on trouve sur les étals des librairies des centaines de livres qui ont le même style, le style unique de l’époque. Je ne peux que m’émerveiller de ton écriture. Et t’encourager. Par exemple, j’aime beaucoup ce passage de ta lettre : « J’aime les environnements sombres, comme dans ce spectacle… Mais ce qui m’importe davantage, ce sont les gestes extrêmement minuscules qui apparaissent à l’intérieur de cette obscurité : comme des plantes dans un désert, le reflet de la lune à la surface de l’eau, ou un faible signal dans l’univers. En réalité, je ne pense pas que l’enfermement soit véritablement mon thème ; peut-être est-ce simplement que je ne parviens pas encore à maîtriser cette unique lumière. »

Oui, Peter Brook est le maître… J’ai vu ses derniers spectacles. Sublimes. Et j’ai joué dans son théâtre, Les Bouffes du Nord. Rien ne m'avait semblé plus facile que de travailler dans ces murs qu’il avait, lui, travaillés pendant des décennies. Comme un palais en ruine et en splendeur. Un poème si riche. Si tu passes par Paris, il faut absolument que tu vois ce théâtre. (Et fais-moi signe, j’habite à cinq minutes.) J’y ai joué deux spectacles. Le premier (1erAVRIL) était le poème du lieu ; le second (LA RECHERCHE), c'était sur Marcel Proust. Je te donne un passage qui parle d’une notion que tu peux comprendre, le « livre intérieur » (extrait du dernier volume, LE TEMPS RETROUVÉ).

Au plaisir, 

Marie-Noëlle 


« Quant au livre intérieur de signes inconnus (de signes en relief, semblait-il, que mon attention, explorant mon inconscient, allait chercher, heurtait, contournait, comme un plongeur qui sonde), pour la lecture desquels personne ne pouvait m'aider d'aucune règle, cette lecture consistait en un acte de création où nul ne peut nous suppléer ni même collaborer avec nous. Aussi combien se détournent de l'écrire ! Que de tâches n'assume-t-on pas pour éviter celle-là ! Chaque événement, que ce fût l'affaire Dreyfus, que ce fût la guerre, avait fourni d'autres excuses aux écrivains pour ne pas déchiffrer ce livre-là, ils voulaient assurer le triomphe du droit, refaire l'unité morale de la nation, n'avaient pas le temps de penser à la littérature. Mais ce n'était que des excuses, parce qu'ils n'avaient pas, ou plus, de génie, c'est-à-dire d'instinct. Car l'instinct dicte le devoir et l'intelligence fournit les prétextes pour l'éluder. Seulement les excuses ne figurent point dans l'art, les intentions n'y sont pas comptées, à tout moment l'artiste doit écouter son instinct, ce qui fait que l'art est ce qu'il y a de plus réel, la plus austère école de la vie, et le vrai Jugement dernier. Ce livre, le plus pénible de tous à déchiffrer, est aussi le seul que nous ait dicté la réalité, le seul dont l'« impression » ait été faite en nous par la réalité même. De quelque idée laissée en nous par la vie qu'il s'agisse, sa figure matérielle, trace de l'impression qu'elle nous a faite, est encore le gage de sa vérité nécessaire. Les idées formées par l'intelligence pure n'ont qu'une vérité logique, une vérité possible, leur élection est arbitraire. Le livre aux caractères figurés, non tracés par nous, est notre seul livre. Non que ces idées que nous formons ne puissent être justes logiquement, mais nous ne savons pas si elles sont vraies. Seule l'impression, si chétive qu'en semble la matière, si insaisissable la trace, est un critérium de vérité, et à cause de cela mérite seule d'être appréhendée par l'esprit, car elle est seule capable, s'il sait en dégager cette vérité, de l'amener à une plus grande perfection et de lui donner une pure joie. L'impression est pour l'écrivain ce qu'est l'expérimentation pour le savant, avec cette différence que chez le savant le travail de l'intelligence précède et chez l'écrivain vient après. Ce que nous n'avons pas eu à déchiffrer, à éclaircir par notre effort personnel, ce qui était clair avant nous, n'est pas à nous. Ne vient de nous-même que ce que nous tirons de l'obscurité qui est en nous et que ne connaissent pas les autres. »

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Saturday, May 30, 2026

C hloé

 
On me demande (pour un film, je vous demande pardon) si je n’ai pas des carnets plus grands que ceux que j’utilise maintenant (mais on les voudrait remplis de schémas, de graphiques, de bouts de partition, de dessins). Alors j’en ouvre un de ces grands, jamais rouvert, non daté, et je m’aperçois que je suis bien meilleure poétesse à ce moment-là. 
 
J’aime mon écriture appliquée pour demeurer lisible, ce qui n’est plus le cas. Par exemple : 
 
« le bruit de l’été répertorié, je te brûle du feu de flammes de tes cheveux inconnus comme en bourgeons sur la vague et l’été séparé épargné procure une mare autour »
 
Moi, je trouve ça bien ! Je peux le dire car ce n’est pas vraiment moi qui ai écrit ça (je ne connais pas cette personne dont je possède les carnets reliés à différentes époques).

Dans ce carnet, ce qui me trouble, c’est que j’écris déjà au féminin (« je suis seule »).

« Une nuit d’air fragile un bleu prude et le tronc des arbres noirci au sous-sol la corneille gonflée d’air »

« à l’issue d’une nuit peu d’air l’usine d’une nuit qqn fume — une femme — assise à l’ombre de l’Abribus qui n’abrite de rien — et peut-être lit par dessus mon épaule »

Ailleurs :
« de la neige le long des placards des parkings »  
«  dans la souffrance les mains libres »
« je t’aime précieuse lente longue une nuit »

Sur quelques pages il y a des dessins d’enfant d’une certaine Chloé. Et parfois j’écris  ce qu’elle me raconte : « j’ai un grand cahier grand comme un ciel je l’ai mis dans les bois dehors alors je sais plus où il est ». Elle doit être bien âgée maintenant…

« l’étoile d’araignée avec la sorcière le ciel est orange et magnifique impudique plastique sur les seins verts des collines des montagnes montage des montagnes le même sa tête blonde perce de sous la terre le cheval c’est Jewels Packet le chat c’est Carnus Pitu de la rose séchée éclatée il y a tes cheveux de sable il y a des cheveux de chevaux dans le ciel d’or il y a ce qui passe de l’une à l’autre fenêtre le non-rapport du paysage le vermillon »

« dans la journée roulée par la chaleur des hauts interstices indiqués par l’enfant »

« elle croque dans la pomme des formes de Pyrénées »

Je suis presque déçue de me souvenir maintenant...


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Monday, May 25, 2026

Il y a un temps où tous les mots sont douloureusement bons. C’est au sortir du sommeil, comment dit-on ? « réparateur », un jour de Pentecôte. Un lundi de Pentecôte. Un jour en plus, divin. Tout un monde de fées fécondes. Tout a été rêvé. Même la mort. Lætitia Casta était passée en voisine. Pour embrasser. Elle avait du texte à répéter pour le lendemain, elle était en tournage. Une série. Beaucoup d’informations à faire passer et comment faire pour que ce soit quand même… « un poème ? » Je finissais sa phrase. Jean-Paul me frôlait et me soufflait : « Non, mais elle est d’une beauté ! Elle est d'une beauté ! On a envie de le lui dire, vous ne trouvez pas ? » Je laissais Jean-Paul le lui dire. Et c’était ce crépuscule très long, caniculaire, cette terrasse où dormir, Madrid, cette nuit sans fin, fleurs et fanes, les roses avaient passé
 
« Mais il y en aura d’autres... », disait Jean-Paul...

Bien sûr, le journal-papier annonçait une catastrophe pour l’été. Une de plus. La fin du pétrole. Nous n’irions pas en Corse. Plus d’avions, plus de bateaux. À la voile ?

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J’avais envie d’avoir un chien. J’avais la maison, j’avais le pays, j’avais envie d’être réveillée par l’amour inconditionnel d’un chien. Oui, il fait beau, oui, la nouvelle journée, oui, faire des courses, oui, regarder le monde. Mais s’aimer d’abord, oui, mon bon chien, I love you
Je ne lis plus les journaux. Je ne parle pas des réseaux sociaux, les algorithmes ne m’envoient que ce qui me fait plaisir (femmes nues, plantes, animaux, philosophie, humour). Mais il y a trop d’horreurs dans les journaux

Elle rentre dans la chambre de sa bonne qui est absente

C’est le matin que la rose est le plus belle

C’est à cet endroit que la route est le plus étroite

« Naître, c’est faire naufrage sur une île. » (James M. Barrie)

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Thursday, May 07, 2026

Tant que je respire, j’espère

Je ne suis pas tous les jours obligée d’aller puiser dans mon passé
Même si je sais que la soirée d’été rappelle les soirées d’été
Un oiseau simple, mais si chantant, si amical, suffit à ma forêt
(Il a voté à gauche, l’oiseau, Paris restera une île)

Croisé aujourd’hui un acteur que je n’aurais pas reconnu, mais qui lui m’a reconnue, que je n’avais pas revu depuis une ou deux ou trois décennies. Que fait-il maintenant ? Maintenant, le réel. Il est maintenant « valet de chambre » dans un hôtel, ce qui consiste à ? « Faire les chambres. » C’est fatigant, mais il aime bien. Il y a aussi sa mère qu’il va voir tous les jours en maison de retraite… Ah, les mères… On a envie de lui dire, à cette mère, qu’il serait temps qu’elle lui lâche la grappe, à son fils, cette mère abusive, bien sûr, y a pas à demander…

L’abandon de l’imagination (c’est le début de la barbarie)

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Wednesday, May 06, 2026

L a Pluie inversive


Quel film vais-je voir ce soir ? Aucun ! Foin des écrans

C’est comme si tout le monde m’avait quitté. Il ne me reste que les opinions, les infos

La pluie, il fallait bien la ressentir, la vivre, la meubler ; c’était parti pour de bon ! Personne n’allait se plaindre, le soleil avait partagé sa vie (on avait eu tant d’été). Mais de là à prendre ma voiture ? Non, je reste sous mon toit de zinc (parisien), fenêtre ouverte
Je suis au bord de la mer, une simple voix du soir, mais elle n’est pas réelle. Elle serait réelle si j’étais vraiment au bord de la mer
Une simple voix du soir, la pluie offerte, l’obscurité finale du jour

Les heures passent si vite, mais je suis ailleurs : dans mon XXième siècle…

Un lapsus dans un rêve : « l’année chiante » au lieu de « la naissance »

En fait, ma vie, il n’y a pas de sens à ma vie, pas de descendance, ma vie s’ouvre sur du vide, de grandes plages de vide
Et il y a cette pluie, cette pluie invasive, intellectuelle
(Le docu sur les araignées, je le regarderai plus tard)

Je veux continuer à vivre du soleil et de l’écriture

Lorsque je suis dehors, simplement dehors, je me dis : « Je veux vivre »

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Monday, May 04, 2026

Bonjour Zhaoran !

Merci pour tout ce que tu dis de gentil, ça a été une belle surprise et une belle leçon pour moi de t’avoir dans l’atelier ; ton instinct, ta concentration et ta connaissance de l’amplitude possible du jeu et de la danse m’ont émerveillé ! Malheureusement, je ne suis sans doute pas la bonne personne pour te parler du VERDICT. Un spectacle, de manière générale, est très difficile à comprendre en vidéo (pour ma part et pour cette raison, je n’ai jamais fait de captation, seulement des clips publicitaires). Donc je ne saurais dire ce que je ressens, en général. Je pense que si j’avais vu ce travail en vrai, je l’aurais trouvé excellent, mais, là, en vidéo, c’est difficile pour moi de ne pas être agacée par ce que je vois : même si je vois aussi que tes jeunes acteurs ont du plaisir à jouer ensemble, je les trouve pris dans la forme. Je n’ai rien contre la forme ; j’aime aussi beaucoup Bob Wilson, Jon Fosse (monté en France par Claude Régy), Samuel Beckett... (cela me rappelle aussi des formes que j’ai vues dru Japon ou de Chine) auxquels ton travail me fait penser — ou ton « imitation » , comme tu le dis si bien. Mais il faut, pour moi, que la forme révèle une liberté, une vitalité, une communication qui n’existerait pas sans elle. Sinon il vaut mieux que l’effort de la forme ne se voit pas. S'il se voit et que la forme n’est ni sublime ni transparente, elle enferme. Je comprends bien que le sujet de ta mise en scène est l’enfermement ! Et, pour moi, ça résonne d’une étrange façon d’imaginer que ce que je visionne a été montré en Chine. Ce qui serait le mieux pour comprendre ce travail serait que tu le redonnes à l’école de Monaco avec des élèves qui voudraient bien le faire, que tu le redonnes en français, pour voir comment ça pourrait résonner dans les conditions actuelles de notre existence occidentale ; pour toi, ça te semblera sans doute étrange, mais, si tu arrives à motiver quelques camarades, je pense que ça serait d’un grand intérêt. Les choses que tu évoques sont universelles. J’aimerais bien les entendre en français (même si la lecture des sous-titre fonctionne). Voilà, hélas, je n’ai pas grand chose d’autre à dire. C’est pour moi un travail d’école plein de possibilités. Il faudrait — à mon sens — que la forme ne mime pas l’enfermement pour que ce soit plus fort. Pour moi (comme je l’ai dit dans l’atellier), un travail théâtral doit toujours se présenter comme une leçon de liberté pour le spectateur. Mais c’est personnel. Je n’aime pas trop les auteurs — pourtant admirables — comme Thomas Bernhard qui maintiennent le spectateur dans la noirceur, l’enfermement… Je trouve plus fort les auteurs (dont Kafka !) qui montre la lumière, qui croit en la lumière, qui la vivent… Tiens, une citation de Franz Kafka : « Je m’efforce d’être véritablement un candidat à la grâce. J’attends et je regarde. Peut-être viendra-t-elle, peut-être ne viendra-t-elle pas. Peut-être cette attente à la fois calme et inquiète est-elle l’annonce de la grâce, ou bien la grâce elle-même. Je l’ignore. Mais cela ne m’inquiète pas. J’ai, pendant ce temps, fait amitié avec mon ignorance. » Il y a un bruit de fond dans la vidéo, sans que je sache si c’était dans la représentation, qui évoque un bruit de train, je trouve que c’est très bien, ils sont — dans leur lenteur — pris dans le voyage d’un train… C’est beau de répéter plusieurs fois la même phrase d’un ton différent, dans un état différent, ça crée des circonstances différentes, des possibilités différentes, comme si la réalité pouvait avoir plusieurs formes, plusieurs résonances… Le feu, à la fin...

Merci d’avoir espéré que je pouvais dire quelque chose de ton travail, ça me touche,

Marie-Noëlle

Je vais relire LE VERDICT, il y a une nouvelle traduction française, pour comprendre ce que tu en as gardé et ce que tu as inventé comme, peut-être, ces très belles phrases que je ne reconnais pas de Kafka : « Dieu laisse tomber un journal depuis le ciel », « Les énormes pierres tombent dans la mer »...

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Saturday, April 04, 2026

Q uelques notes

 
Merci beaucoup, Sandrine, Mathieu… pour cet atelier que vous m’avez permis le plaisir d’avoir mené à bien !

Huit personnes ont suivi cet atelier. Elles ont, à plusieurs reprises, montré l’habileté d’une vraie troupe. C’est ce qui m’a positivement étonnée. Ce ne sont pas des gens habitués à travailler ensemble, m’ont-ils dit, mais ils l’ont fait avec un naturel qui m’a fasciné. Peut-être l’époque qui est à ça actuellement, de nouveau le collectif, je ne sais pas. En tout cas, c’était là, pas à travailler (quand ils étaient entièrement là, pas seulement leur fantômes, toujours une affaire de miracle, quand même...)
 
 

Emma est très douée — tout ce que je vais dire ici sur eux, je le leur ai déjà plus ou moins dit —, mais c’est vrai. Et dans le jeu (théâtre, ciné) et dans la danse. On pourrait se mettre à son service qu’elle nous baladerait dans son grand huit ! Je lui mets 20. J’aurais pu lui retirer quelques points pour son, disons, son hédonisme, mais elle m’expliquait de façon si princesse Grâce qu’elle avait, par exemple, envie de jouer à la balle avec les garçons dans le patio que je ne pouvais pas lui en vouloir. Allez, 20 !

Bleuet est très forte surtout en jeu, théâtre ou cinéma. Elle a fait à de multiples reprises des choses sidérantes de justesse, déjà des personnages très habités, presque sans le savoir on aurait dit ; en tout cas, que je ne voyais pas venir, que je ne voyais pas construire ; engagée dans une confiance, un instinct, 20 !

Zhaoran est très puissant, libre, beau, intelligent (virtuose pour capter les choses avec son téléphone-traducteur soi-disant dont je n’ai pas osé m’approcher), humble. Vraiment très fort en « Tanztheater », très expressif. Je ne sais plus qui m’a dit qu’il a fait en Chine une école de théâtre. Ce qui explique. La Chine a certainement des écoles de très haut niveau d’exigence, il n’est évidemment pas une création ex nihilo — et j’étais bien consciente de profiter d’un savoir qu’il me partageait. Pour ses splendeurs et malgré ses absences matinales (ne soyons pas mesquine, il suffit de le savoir), je lui mets 20 point d’exclamation

Charlotte est extraordinaire : 20 ! Extrêmement douée, agréable. « Agréable » ne veut pas dire agréable, mais humilité, humanité, attention à l’autre, dispo, un allant, comme : toujours prête à jouer, à s’y plonger ou à se laisser entraîner sans ambages. Une très belle présence dans cette troupe, elle diffuse une confiance (dont j’ai aussi bénéficié) : toujours les fluides qui viennent sont les bons...

Maydine aussi est extraordinaire, un amusement à jouer, et puis l’air de rien (son air de rien), l’humour et l’autodérision, amusée du personnage qu’elle trimballe, à l’écoute, elle aussi ira quelque part, je lui mets 18… mais, non ! pourquoi vouloir des nuances ? 20 !!!

Flore-Anh est fabuleuse. 20, bien sûr. Danseuse de très haut niveau, absolument sublime. Si j’avais un projet de danse, je le lui proposerais illico. Vous avez vu comme elle commençait en solo la forme que nous vous avons proposée ? Forme à laquelle elle n’était d’ailleurs pas pour rien car c’est elle qui en a conçu une partie, une chose à laquelle je n’aurais jamais pensé, dont je ne me souviens pas, mais qui a permis tout simplement à la pièce de se constituer. Intelligence, présence, écoute, humilité, tendresse (etc.)

Angelina est une personne si particulière, pleine de traumatismes, de chairs à vif. Une voix si faible, les yeux fuyant la lumière, la peur du contact, ses scarifications qu’elles m’a montrées, mais sa présence est soudain — très souvent — comme une évidence, une grâce, une joie, comme si elle oubliait les drames pour, comme une plante, vibrer au soleil — et son existence est alors un cadeau : 20 !

Léo est merveilleux, ludique, vivant, très actuel, son sourire, son rire, ses fous-rires me resteront comme une rencontre. Parfois, comme avec Angelina (mais différemment), des questionnements empêchent et gênent — ou distraient, plutôt, peut-être. Mais son rôle dans la troupe a été majeur, force de proposition indispensable et jouant cette dispo avec tant de délicatesse que j’ai beaucoup de plaisir à lui mettre 20 à lui aussi !
 
 

Ces 20 qui récompensent tout le monde ne sont pas complètement une blague. J’ai sincèrement été épatée ! Mon travail est un travail sur l’excellence, on pourrait même dire qu’il n’est circonscrit qu’à ça, l’excellence ; il n’y a que ça : le miracle, la grâce sinon rien. Alors, oui, je le dis quand ça se produit : c’est « très bien ». Tous ces étudiants de la côte d’Azur sont très engagés sur de très beaux chemins personnels. Je suis curieuse, chacun, de leur avenir…

Je mets 0 à tous ceux qui ont déserté (quand même, j’ai ma fierté) et je mets la moyenne (10) à Kamal qui, sans me dire pourquoi il était parti, m’a demandé de visionné son travail qu’il m’a très bien exposé et que j’ai trouvé particulièrement riche, intéressant et possible

C’était un merveilleux séjour parmi vous qui restera dans ma mémoire. Continuez-bien dans cette belle école, ce nid d’aigle, et près du club bouliste (une chance que j’ai comprise le dernier soir au moment du « boire un coup » !) Bon courage et plaisir à tous !

Marie-Noëlle

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