Friday, October 02, 2026

F abrique de fleurs

 
J’étais heureuse à la fin du repas, le resto s’était vidé, il faisait beau, j’allais descendre à la plage. Oui, il y avait ce genre de lumière qui me donnait un élan soudain, enfantin, Paris n’était pas Paris, il était mon pays, il faisait beau encore, il faisait doux encore, c’était la fin de la semaine, c’était la fin du monde à la fin du mois, mais cette aprèm — par quelle soudaine décision ? — allait être parfaite. J’allais descendre à la grève, j’allais me baigner avec l’amour, j’allais écrire dans les tranchées comme Guillaume Apollinaire. Il n’y avait plus aucune négociation, tout était fluide, sérotonine, état de bonheur, dopamine, molécule du plaisir…

Sur le côté de la (petite) scène supportant les grosses vedettes, il y avait un garde du corps qui ressemblait vraiment à Thélyson Orélien (ou alors c’était parce qu’il nous obsédait, pensais-je) et j’imaginais que c’était lui, cet homme de la sécurité, statufié dans la pénombre, qui avait voulu prendre la lumière, écrire un livre efficace, un livre à succès. Les grosses vedettes ou « le couple idéal » me déballaient leur vie comme si je les connaissais intimement. Les questions et les réponses étaient, avec douceur, incroyablement impudiques et me gênaient car, moi, je n’étais pas dans la proximité d’être fan. Sans doute les vedettes avaient raison de s’épancher, c’est ce qu’on leur demandait, les fans avaient payé assez cher pour ça. Ils étaient tous les deux un peu comme la créature de Frankenstein et la poupée de King Kong, me disais-je, une variation de La Belle et la bête. Quelqu’un avait dû lui demander s’il avait une idée de comment on allait s’en sortir (ou pas) et le leader charismatique avait affirmé sa conviction que : « S’il y a une réponse à nos problèmes, it’s a spiritual answer. » (pas une political answer, etc.) Comme j’étais assez d’accord, j’avais sorti mon carnet rouge. Je ne croyais pas en Dieu, mais j'espérais quand même qu'il existât sous une forme ou sous une autre pour nous sauver. Moi non plus, je n'apercevais pas de solution terrestre.  

*

« Tout le monde est emballé par Les Fruits d'Or, à ce qu'il paraît... J'ai un peu lu le bouquin... Eh bien, je ne sais pas si vous êtes de mon avis... mais moi je trouve ça faible. Je crois que ça ne vaut absolument rien... Mais rien, hein ? Zéro. Non ? Vous n'êtes pas d’accord ? »

Je veux relire Les Fruits d’Or. Les Fruits d’Or, c’est l’histoire d’un livre qui n’existe pas, qu’on porte aux nues et qu’on dénigre sans que l’on sache jamais de quoi il s’agit fondamentalement. L’histoire (qui n’est pas finie) de Thélyson Orélien est un scénario Netflix extraordinaire, on ne peut que vouloir la raconter. J’ai regardé « La Grande Librairie » : lui qui n’arrive pas à aligner deux mots, quasi analphabète, s’émerveillant de la compréhension par tous d’une histoire qu’il endosse vécue et tous les auteurs établis autour de lui qui arrivent à renchérir les uns sur les autres pour affirmer mieux que le précédent — comme les bonnes fées de la Belle au Bois Dormant — à quel point l’extraordinaire livre va bouleverser le monde de quiconque — jusqu’à la fée Carabosse qui, comme les enfants le savent, n’avait pas été invitée — et qui vient ternir la fête, appelons-la l’IA : « Tu mourras. »

« Et c’est ainsi que les livres dont chacun s’ingéniait à combler le vide… Les gens les plus sensibles, les plus intelligent y déversaient — et avec quelle générosité — tous leurs trésors… On trouvait à leur minceur une grâce exquise… On trouvait dans leur obscurité Dieu sait quelle épaisseur… et puis ils se sont comme vidés… c’était trop lourd à porter… ils sont revenus à leur état premier, ils se sont retrouvés réduits à eux-mêmes… creux… confus… grêles… convenus… de pauvres choses… Celui qui encore aujourd’hui les admire, fait un peu niais, balourd… De ces livres là, il y en a tout le temps, il y en a toujours eu… Mais pour ne pas prendre que les plus récents… tous ceux-là tenez, par exemple… »

Labels:

Thursday, October 01, 2026

Titre pour un roman écrit par l’IA :  
 
Une ombre au tableau

Labels:

Wednesday, September 30, 2026

I riè

 
Il n’y a rien dans ma vie, je regarde des films, des choses du passé. Je ne crois plus en l’avenir (je veux dire : de l’humanité), alors je regarde des choses du passé. J’essaye de comprendre pourquoi comment on en est là, mais c’est purement documentaire, il n’y a pas d’histoires — mais tout fait histoire. C’est le passé…

Je rêve que je suis dans un appartement immense, mais je ne dors pas, j’ai vraiment la sensation d’être dans un appartement immense. C’est possible. C’est à cause d’une goutte d’eau qui tombe dans le seau des toilettes, une fuite, et aussi de la fenêtre ouverte et aussi de la nuit (et aussi du cinéma qui me montre des appartements immenses : il y a des gens qui vivent dans des appartements immenses, au moins au cinéma)

« Avez-vous peur des femmes ? — Oh, oui, bien sûr ! » (Jean Rochefort à une journaliste, au moment de UN ÉLÉPHANT ÇA TROMPE ÉNORMÉMENT)

« la « société inassociée des lecteurs » dont parle Pascal Quignard. »

« C’est en lisant qu’on devient liseron »

Devenir lecteur, c’est ça, l’ambition. Ecrire, c’est facile, les machines le font, mais lire… c’est difficile parce que c’est avec sa propre vie qu’on lit… Et comme disait Queneau : « C’est en lisant qu’on devient liseron » Je suis au lit, matinée pluvieuse (le lit est mon bureau). Je suis consciente de répéter ce que j’ai déjà écrit mille fois, je suis consciente d’avoir fait le tour de la question. Hélas. Je suis consciente d’être en fin de vie. Je suis consciente que le monde aussi. Il me reste à lire, ce qui est une forme de prière pour me sauver et sauver le monde, à lire et à relire, Kafka aura dit : « Dans le combat entre toi et le monde, seconde le monde. » Est-ce qu’une phrase telle que celle-là ne suffit pas pour aimer, vivre, lire, sauver, prier, vivre, aimer, libre ?

« J’ai vu l’or et la pluie sur les forêts d’automne »

Que faire de toute la beauté qu’on a vécue — et, il est vrai, qu’on revit encore — en partie — chaque été.  
Il y a la nostalgie de la vraie vie, mais, la vraie vie, maintenant, s’appelle « littérature » — car, comme le dit Joyce Carol Oates, c’était mieux avant (à titre personnel) (jeunesse, plaisir, vie ouverte, la mort tenue à distance, non, en fait, la mort n’a jamais été tenue à distance, mais la nostalgie est l’état de toute une vie)

Parfois on s’égare, on s’énerve (dans le café où l’on a mangé). J’irai partir dans Paris, pas pour acheter des choses, pour me balader dans une ville étrangère, mais pas pour croiser des touristes non plus, non, pour disparaître toujours et encore ou, au moins, mimer la disparition.

J’étais dans une boutique d’un créateur de mode, Irié. Son compagnon, tel un vieux chat, un vieux poussah avachi dans un fauteuil était désœuvré ; la vendeuse sous son œil violemment éteint, s’occupait de tout. Je demandais quelle était la somptueuse musique qu’on entendait, elle me dit : « Ah, ça, il faut demander au spécialiste… » Alors le vieux chat, à mon retournement, souffla sans mépris apparent : « TOSCA. Le dernier acte. »

Tout est prière, même les livres à moitié lus

« Submergé par ses souvenirs heureux, le ténor chante alors le célébrissime air de désespoir »

Labels:

Friday, September 25, 2026

D URASSIC Paris

 

En ce moment et pour une durée d'un mois, je donne, dans des salons privés, lecture d'une commande qui m'a été faite de raconter ma rencontre — à 13 ans, paraît-il — avec Marguerite Duras dont on célèbre cette année les 30 ans de la mort. C'est l'esquisse d'un peut-être spectacle. « Peut-on espérer conserver la qualité d'une esquisse à un travail achevé, élaboré ? » se demande Virginia Woolf dans son JOURNAL (17 déc 1924) et elle ajoute : « C’est ce que je tente de faire. » Elle, oui ; moi, je n’essaye même pas. Le titre DURASSIC PARK m’a été soufflé par Gwenaël Morin, ça met la barre un peu trop haut et le pitch aussi est de lui : « J’aimais la vieille, la vieille m’aimait, un amour réciproque. » (Il y en a que ça fait rire !) Pour le reste, je ne sais pas trop ce que c’est que cette causerie, je sais que ça me plaît, la légèreté des circonstances. Il suffit d’un salon, de quelques amis (la qualité prime sur la quantité) et, voilà, je déplie le truc. Vous en voulez 20 mn ? Vous en voulez plus ? Durée si l'on va jusqu’au bout : 1h40. C’est évidemment gratuit et, pour cette raison, ça ne se joue qu’à Paris ou en Île-de-France

Labels: ,

F abuleuses contrées de l’amitié

 

Bientôt calée avec un gros livre et avec mes yeux faibles (le JOURNAL de Virginia Woolf). Et le bonheur de lire phrase par phrase, mot par mot de la vraie littérature (comme sortie de la Bible). Tous ce qui est fabriqué par l’homme peut être « écrit » par l’IA, mais pas ce qui est écrit par Dieu, c’est aussi simple que ça. Seulement Dieu est mort, ok, ok. L’IA veut être Dieu. Il y a une masse de faiseurs dans la littérature ; pour eux, l’IA est une aubaine. J’ai écrit un spectacle, il y a très longtemps, pour Actoral, qui s’intitulait : DOMAINE DE LA JALOUSIE (titre piqué quelque part), je ne sais plus comment était « fabriqué » ce texte tendu de citations, de chansons, joué par Guillaume Allardi. Jean-Jacques Viton et Liliane Giraudon était venus le voir et m’en avaient parlé. À un moment dans la conversation, j’avais dit : « Et puis alors le titre, aucun rapport avec le propos… » Et JJ Viton avait dit : « Ce sont les meilleurs titres… » Et Liliane avait dit : « Mais si, ça a un rapport. C’est sur la littérature ton texte et, la littérature, c’est ça, on se vole, on se jalouse, on se hait... » Arthur Dreyfus dans un entretien récent : « Nous vivons à une époque où la littérature est dominée par le divertissement, par la recherche du plaisir. Or, ma conviction, c’est qu’écrire, c’est visiter le pays de la mort. Pas uniquement, bien sûr, mais la littérature garde à mes yeux ce « devoir » d’explorer ce qu’il y a de plus difficile dans le fait d’exister, de plus irrésolu, de plus inadmissible. » Bobo disait qu’il allait trouver la femme de sa vie dans la foule. Je lui rétorquais : « Il te faudrait mille bites ! » À Bobo, une fois, une fille avait dit : « On va arrêter là parce que tu es trop efféminé. » Bobo : « Je m’étais retenu de lui dire : « Mais, tu sais, dans le caleçon, ça déménage… », JE M’ETAIS RETENU ! » De quelle solitude on parlait ? J’étais dans une solitude sombre, maladive, mais Bobo me sortait. Il y avait une foule immense, mais Bobo lisait des livres. C’était pour ça que ce bo gosse me plaisait : il lisait. Par exemple, il avait posé sur la rambarde en ciment du bar du Louxor HURLEVENT que je lui avais conseillé cet été. Je disais : « Voilà un livre qui ne risque pas d’avoir été écrit par l’IA… » Mais écrit par qui, alors ? Les extraterrestres ? Ce livre était si insensé, si mystérieux, si maléfique. Comment une jeune femme avait-elle pu en prendre connaissance ? Une foule très diverse, sublime, dont la communauté, ça me frappait, était la langue française (une fête sans le tourisme de masse) où Bobo allait rencontrer la femme de sa vie, où j’étais sûre de ne pas la rencontrer (la femme de ma vie, je la connaissais, hélas, c’était ma mère), deux manières de voir le monde, mes aïeuls ! Abrutie d’information, j’étais entrée dans la librairie engagée (que j’aimais bien) avec l’intention de n’y rien acheter, mais j’avais trouvé quand même les POÈMES À LOU abandonné comme ça sur les livres nouveaux. J’allais attendre pour les livres pondus par la machine. Les marxistes étaient tellement pour le Progrès qu’ils criaient de joie à leur perspective (mais, moi, non)

Labels:

Tuesday, September 22, 2026

« Y a plus personne, y a plus de film, y a plus rien »
Bordeaux, ville de l’exode
On me reprochait ma laideur
Qu’ils aillent se faire voir !

C’est parce qu’on sait comment ça se tourne (se monte, etc.) qu’on aime le cinéma. Le résultat est faux, mais le jeu à faire du faux est vrai… Mais il faut le savoir
« trop de mots vagues »

Toute de tension

Isabelle Adjani joue un rôle où elle est parfaite : « Tu finiras toute seule devant ta glace ! » Le rôle d’une actrice

Finalement il y avait un moyen de vivre la vie : au bord des larmes
« Oh, j’ai pas connu ça, moi, j’ai pas connu la famille, j’ai connu que le malheur… »
Ce qu’on peut faire pour raconter une histoire, avec le cinéma

Mais, un film, c’est comme l’impossibilité de faire un autre film, c’est ça qui est beau aussi, ce côté coincé
Mais si on regarde bien les films, on voit à travers eux leur tournage — et leur tournage est vrai
« Faut dire que les vedettes, c’est spécial, c’est délicat… »
Et puis aussi, les grands rôles, on a l’impression de les voir par tous les angles ; c’est ça, l’art de l’actrice, se donner par petits bouts…
Et puis c’est du pur théâtre, il faut bien le dire — avec le jeu du cinéma



Nous vivions un fragment — en avions-nous conscience ? Hélas, oui…
Nous savons que rien ne dure, même à l’état fantôme…
La dimension secrète du monde
Tout ce qui rompt les lois de la société rend heureux
« généreuse imposture »

Tout ce qu’on peut recueillir du monde, mais il faut une histoire

Feuillages, écheveaux, vent

C’est très simple, ce que je disparais

Disponible pour l’aventure

« Les hommes travaillent de moins en moins ensemble »

Je m’étais réveillée jeune

« un roi sans royaume »

Labels:

Monday, September 21, 2026

L’enfant allait à l’école. Ses parents avaient révélé que c’était la première année qu’il ne pleurait pas tous les matins, total drama queen, tous les jours de toute l’année, quel soulagement, alors ! Devant l'entrée étroite de l’école, penchée vers lui, je lui ordonnais : « Maintenant, pleurs ! Pleurs ! » Il me regardait calme et amusé. Quel amour, ce gosse ! J’avais dormi une nuit de plus pour le voir encore. Il me mettait dans la même passion que les petits chevreaux que j’avais utilisés pour un spectacle, à Bordeaux, une fois ; il avait fallu les nourrir aux biberons gloutons et, ensuite, ils sautaient partout tellement ils étaient heureux d’en avoir eu tout leur saoul, du lait avalé à toute blinde. Ça n’avait duré que quelques jours, mais j’aurais bien partager toute ma vie avec mes chevreaux d’amour, j'avais le cœur brisé, enfin, pincé, quoi, de les rendre à la ferme pédagogique, pareil avec lui, ce gamin, je comprenais ses parents, l'émerveillement de leur quotidien, leur passion. L’enfant parfois mettait sa main dans la mienne. Oh ! mon Dieu ! Mais le savait-il qu’il avait une si petite main et que ça me bouleversait ? L’enfant m’appelait si bien « Marie-Noëlle », d’une manière si bien élevée, si distinguée, si respectueuse, c’était comme croquer dans un fruit que de l’entendre prononcer mon nom. Mais, à un moment dans l’après-midi, près du hamac, il m’avait partagé sa perplexité, son soupçon, même : « Tu t’appelles Marie-Noëlle, mais tu as des poils et une voix de garçon. » Je m’en étais sortie par une pirouette, comme toujours, et j’avais pris une voix de fille qu’il allait me redemander tout l’après-midi. Une fois, j’avais dit quelque chose comme « De toute façon, tout le monde meurt. » Et il avait avancé le cas du père Noël. Ça m'avait prise de court, je pataugeais un moment. Je reconnaissais que le père Noël ne mourait pas, mais l’enfant vint à mon secours : « Il ne meurt pas parce qu’il est magique. » On en vint ensuite à parler des cerfs qui, eux aussi étaient magiques, puisqu'ils volaient. Je dis : « Sauf les cerfs-volants. » C’est vrai, reconnut l’enfant, « sauf les cerfs-volants… » L’enfant métisse m’avait appris sur la petite grève plusieurs mots japonais : « poisson », « grand-mère », « eau », « caillou », « cheveux », « joli », « arbre », « fraise », « bâton », «  trou », « maison », « sang », « ciel », « un », « baguettes », « main », « fleur », « bonbon », « pied », « bracelet », « chaussure », « tête », « voiture », « soleil », « œil », « loup »… Je les avais notés dans mon célèbre petit carnet rouge. C'est ce que Marguerite Duras appellait « les mots-clés ». C’était le poème de l'enfant. Par l'enfant, près du fleuve, ces mots nous avaient traversé.e.s…

Labels:

Saturday, September 19, 2026

S 'écria le prince

 
Je m’étais réveillée jeune.

J’étais fatiguée, fatiguée de moi, fatiguée des gens, ce rapport pas assez réinventé  (sauf avec les inconnus dans la rue) (sauf avec Bobo et les amis de Bobo). (Mais, Bobo, j’aurais voulu l’avoir tout à moi.)
Les gens étaient fatigués. Ça ne venait pas complètement de moi, je pensais, on vivait vraiment une époque de merde. Parfois les jeunes me dégoûtaient. Ils avaient inversé le sens des mots, ils entraient dans le fascisme, ils y étaient déjà, c’était indolore, chaque nouvelle génération chantait sa joie de vivre, aucune n’était désespérée (c’est faux, j’en connais quelques-unes).
Si, j’aimais les gens, mais je ne vivais pas sans filtres. Il aurait fallu des héros de Dostoïevski.
Que j’en sois une, au moins. Comme L’IDIOT, pour ne pas le nommer.
Cléo voulait m’amener au théâtre. Elle voulait tout voir, comme moi à son âge. Mais, quand elle me décrivait les spectacles auxquels elle voulait m'entraîner, je déclinais. Milo Rau ! Elle voulait que j’aille voir Milo Rau ! Seigneur ! il m’avait traumatisée, celui-là… Je regrettais de ne pas découvrir Carolina Bianchi dont on parlait tant, mais, vraiment, je ne m’y voyais pas, les rapports du théâtre à la violence, ce n’était plus de mon âge. Je lui demandais de me raconter (moi, je prenais ça au pied de la lettre, vous comprenez…) En fait, je préférais qu’on me raconte les choses plutôt que voir tous ces films, toutes ces pièces à la mode… Et Sté avait parlé de quelqu’un qui préférait la « seconde main » ou qqch comme ça. Peut-être « la copie à l'original ». Et c'était peut-être à propos de musique. Il disait — et, ça, Sté en était sûr — : « Parler avec les mots des autres, ça doit être ça, la liberté. » C’était dans LA MAMAN ET LA PUTAIN, c’était Jean-Pierre Léaud. Ce n’était pas que je recherchasse tellement de choses démodées ; j’aimais le démodé mais sans plus. Non, c’était que je cherchais AUTRE CHOSE. Si on ne va pas au théâtre pour —, alors qu’est-ce qu’il reste ? La vie. La vie, c’est ça, c’est pour découvrir AUTRE CHOSE. Et ce n’était pas non plus que je ne découvrais pas de nouvelles choses, j’en découvrais infiniment (je n’étais pas morte encore), mais les trucs pour les jeunes — même pas si jeunes, c'était déconseillé au moins de dix-huit ans —, non, je ne pouvais pas, Cléo raconterait… 

« Ce tableau ! s'écria le prince, comme sous l'effet d'une pensée soudaine, ce tableau ! Mais ce tableau peut faire perdre la foi à n'importe qui ! »

Labels: