Wednesday, July 01, 2026

Elle n’a pas de courant, la rivière couleuvre
Elle est surveillée par des petits drones libellules
Parfois un frisson, la chute d’une graine, une petite noix ailée (une samare) — ou une feuille qui, ensuite, vu de l’eau, ressemblera à un limaçon, un escargot, la tige devenant une corne et son reflet une autre
Mais les demoiselles (qui sont aussi le nom d’un hélicoptère ?) veillent et surveillent tout ce qui se passe sur le dos lent de la rivière éteinte, presque immobile, presqu’une menace, le ciel est vert comme la rivière
Tous les arbres la désirent, voudraient la cacher, la bercent, la choient
Les nénuphars comme des tavelures sur sa peau de crocodile
Une rivière en plein désert, aussi, quelle merveille !

« Moi, j’ose pas imaginer ce que c’est que la canicule en prison, par exemple »

Une femme insistante
Un désir en loop

Christelle criait : « Y a personne ? »

Je la laissais épuiser sa sonorité (sa sororité)  
Et finis par dire : « Je suis là, moi ! »

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Tuesday, June 30, 2026

L ATE FOURCADES (P.O.L)


Oh, Dominique ! Je me suis retenue d’acheter votre livre parce que je me suis dit (mais sans me le dire) (mais retenue quand même) : « Il va peut-être me l’envoyer... » et, en effet, je suis toujours ébahie, estomaquée de trouver votre nouveau livre en cadeau suprême, inimaginable, mais, maintenant — luxe auquel on s’habitue —, imaginé. 

Encore une fois c’est une splendeur. Plus encore ? Liberté,  galop, assurance. Parce que je le lis dans les temps morts d’un tournage (c’est mon premier, à mon âge dire «  C’est la première fois » est touchant) dans une maison de maître environnée d’un parc qui, au fond, donne sur la Dronne où je me baigne parmi les nénuphars, le luxe permet le vaste. (Dans mon cachot à Paris, c’est autre chose — je veux dire quant au temps.) 

Je ne sais pas comment vous faites pour que votre écrit soit si parlé, pour que ce soit votre voix et d’une telle douceur — infinie —, pas un mot qui ne s’adresse pas entièrement à moi comme une conversation subtile, exacte, pas un mot plus haut que l’autre — et pourtant en déploiement baroque. Ici, à la campagne il y a la nuit, une faible lumière, peu d’insectes et vos mots sont juste lisibles dans la faible lumière et la fenêtre ouverte sur les ténèbres (figurées).

Toujours vos livres s’adressent à moi — et m’enseignent même la méthode pour les écrire. Mais sans doute la méthode — à la japonaise — n’est autre, au fond, que : perdre pied (c’est ainsi que je crois le poème s’inscrire). 

Évidemment le poème ne dit pas ce qu’il dit, mais, comme un miroir, ce que justement je vis à l’instant où, comme un journal, je l’ouvre, je le déplie et le mélange, par exemple, à cette première fois d’un tournage dans un parc le long d’une rivière dans la nuit-orage et dans le jour-canicule. Tournage qui parle justement aussi dune balançoire d'enfant qui se balance ou ne se balance pas, de jets d’encre noire, de cambrure, etc.

Je vous embrasse, 

Marie-Noëlle
 
P.S. : Une fois, Marguerite Duras m’avait dit : « J’ai eu bien des honneurs dans ma vie, mais il y en a un qui recouvre tous les autres, c’est que Satyajit Ray ait programmé INDIA SONG dans son festival à Calcutta, ça… » (Je partageais son émotion : Satyajit Ray !) Eh bien, l’honneur que vous me faites de m’envoyer vos lectures est de cet ordre, supasse aussi tous les autres, que vous me jugiez digne de vous lire...


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Monday, June 29, 2026

F aire de l’art ou faire de l’argent ?


Je me débattais avec mes peurs, mes anciennes, et ma première copine revenue. À la sortie d’un théâtre je la perdais de vue. Il y avait aussi mon ancien logement de solitude qui me faisait commencer un poème — comme jadis —, mais le perdre. Mais, maintenant, l’oiseau revenu — par son chant momentané — me faisait croire que le saccage était repoussé, que l’été était pur. La-maison-le-parc était comme une piste d’atterrissage pour la journée possible, grande comme l’envie, comme un tournage de cinéma. Comme la vue « d’un émail noir » me ramène au souvenir d’un émail noir, la nuit avait peint la nuit. L’orage avait chu. Restait le matin du monde idéal, sans titres de journaux (haine de l’époque) (toutes les époques sont dégueulasses) : le matin le monde

Une organisation-chapiteau est construite en un instant. L’effort ne se voit pas. Je flotte. Autour de moi, tout un personnel. Rien ne s’entend, rien ne se voit. La chaleur est telle qu’elle dilue les classes sociales, anéantit la lutte des classes, l’infinie lutte !

Je suis constamment à détruire les conditions de mon existence par le phénomène du scrolling (qu’on appelle aussi d’un nom ancien : l’herbe-est-plus-verte-ailleurs). Sur le parking à 44 degrés, faire un film mélangé noir, une autoroute moyenâgeuse, des poules pondeuses récolter les œufs, le réel s’ouvre irréel. Le temps, fragile, il faut tout le temps lui arracher ce qu’il ne veut pas. Arracher qu’il coule, meurt, tragique, sa tragédie... 


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Friday, June 26, 2026

R êve


J’avais envie de réfléchir à la splendeur de cette demeure ici-bas. Je m’étais réveillée à l’aube, avant l’aurore, seul le coq chantait. J’étais effrayée que les oiseaux aient disparu ; je restais les yeux ouverts — peut-être fermés — sans dormir. Angoissée. Et puis un premier oiseau, mais ce n’était pas assez... Et puis un autre, un autre encore : toute la panoplie de la campagne d’antan. La maison était entourée d’un parc immense. Il allait jusqu’à la rivière. La veille, tard, je ne m’étais pas baignée, mais, dans la nuit, j’avais entendu les grenouilles coasser — qui m’avait ramener à une histoire d’amour — sensuelle — que j’avais eue au moment du COVID, le premier, le beau, où les grenouilles coassaient. Une demi-lune. Le parc, d’énormes tilleuls. La maison vide. J’avais ouvert une boîte de thon et une boîte de maïs et fini un paquet de biscuits dans la pénombre. Les décorateurs allaient arriver aujourd’hui. C’était pour un film. J’avais demandé d’arriver en avance sur le lieu de tournage. Un garçon délicieusement laid m’avait amenée d’Angoulême dans la petite auto de sa mère. Il conduisait bien. Le train avait failli ne pas arriver. Dans la pleine chaleur, les caténaires en cuivre s’affaissent et sont facilement arrachées par les pantographes. Dans le train très retardé, j’avais rencontré Nadia. Je me tenais dans le bar car ma voiture n’était pas climatisée. Sur la route, j’avais fait quelques photos, les chaumes. Le garçon laid m'avait montré des renards. Deux fois un renard splendide, preuve que cette campagne était oubliée

Thursday, June 25, 2026

D imitri

 


Thursday, June 11, 2026

V inciane

 
J’ai rencontré Vinciane Despret. Nous partageons le même hôtel au bord de la mer. Une belle fille rigolote qui raconte sa vie en permanence ; hélas, j’aime ce genre. Par exemple, ce matin, elle m’a dit : « J’ai rêvé que j’étais enceinte. Je me rendais parfaitement compte de mon âge ; je me disais : « Il aura vingt ans quand j’en aurai quatre-vingt-six ans, pauvre petit ! » Et qqn me disait : « Tu sais, comme ton premier est venu un peu vite [Geste de libération vers le bas.], tu ferais mieux de ne pas t’éloigner d’un hôpital. » Pour augmenter la saveur de ce récit, il faut l’entendre avec l’accent liégeois. Je signale que Liège — que j’ai beaucoup aimée récemment — est considérée par les Belges comme la ville où les gens sont le plus gentils. Vinciane me raconte qu’une fois, elle sortait de la gare à minuit, elle est montée dans un bus, qu’à un moment le conducteur a stoppé le bus et est parti, qu’au bout de 10 mn quelqu’un s’est levé et a demandé aux autres passagers si l’un d’entre eux n’avait pas le permis bus, qu’il n’y en avait pas, qu’on a attendu encore, que le conducteur a fini par revenir en montrant une bouteille d’eau qu’il était allé s’acheter (un peu loin) parce qu’il avait soif et qu’il s’est fait applaudir par les passagers donc pour cela : revenir et avoir une bonne raison d'être parti. Nulle part ailleurs qu’à Liège ! Elle a des lunettes rigolotes, heureusement parce qu’elle a les yeux revolver. Elle me les montre tout en me disant : « Je sais que j’ai de beaux yeux ». Je la calme en lui déclarant que ses yeux font un peu peur, que je n’aimerais pas la rencontrer au fond d’une jungle. Elle, si elle n’est pas à Liège, mais dans une ville étrangère à minuit dans une ruelle isolée et qu’elle croise une personne louche dans cette ruelle, elle se met à jouer l’handicapée, la trisomique (qu’elle joue très bien). Elle me parle de tout, de ses livres, de ses rencontres, des récits qu’elle fait dans ses livres (dont elle prétend qu’elle a oublié les contenus), de son chien. Le soir, elle boit, je l’accompagne un peu. Elle est très bavarde, très enjouée, très vivante, très cochonne (de la génération d’avant metoo, précise-t-elle). Elle me dit qu’elle est attirée sexuellement par les hommes, mais qu’elle ne les aime pas. Qu’elle n’aime que trois hommes au monde : un ami homosexuel, un autre qui « ne l’est pas, mais, bon, je le connais depuis si longtemps » et son fils qui, en réaction au machisme de son père, est devenu très féminin (bien que complètement hétéro). A part ça, les hommes : seulement pour le sexe et plutôt deux fois qu’une ! Qu’elle prend des hormones qui lui calment un peu la libido, que c'est une bonne chose. Aussi de la testostérone à la mode qui la rend velue sur les côtés. Elle me pose des questions. Je lui raconte qu’hélas, j’ai été virée il y a deux ans par ma compagne à cause de mon changement de genre. Elle me dit qu’elle, elle trouverait ça formidable, une nouvelle aventure ! Puis elle nuance : « À trente ans, je n’aurais pas aimé, mais, maintenant. » Bref, elle me fait du rentre-dedans. Elle déteste que je la vouvoie, mais, moi, je garde cette distance sous le coude et j’en joue (tout d’un coup, je la tutoie, puis je reviens au vous). Je lui pose des questions. Elle est intelligente, alors elle me répond toujours. Surtout, je dirais,  elle affirme sa liberté. Sa joie d’être là, parmi les vivants. Ça me fait du bien (qu’on me montre le chemin). Elle me parle de son enfance aussi, bien sûr. Qu'elle était d’un milieu populaire, alors, l’hiver (c’est-à-dire, à Liège, d’octobre à avril), les cinq enfants et les deux parents se retrouvaient dans une seule pièce chauffée et qu'elle était la seule à lire (sauf sa mère qui lisait des romans historiques) et qu’elle se faisait chahuter par les autres et qu’elle a appris, là, la concentration (qui me manque tellement), se faire un cocon autour de sa lecture, qu'elle aime les livres dont on ne peut s'échapper, qu’on peut lire dans les cafés, qui ferment à clé le monde extérieur. J'ai dit qu'elle était rigolote ? Non, l'adjectif qui lui correspond est « délurée ». Je vérifie sa définition : « Qui a l'esprit éveillé et libéré de tous préjugés. »
 
 
 

Saturday, June 06, 2026

L 'Ami de l'inquiétude

 
Au sortir du resto (là, où j’aime, entre les deux gares), alpaguée par des démarcheurs, la première m’appelait « Monsieur », je rectifiais et passais mon chemin, le second m’abordait sans me désigner, alors je laissais s’épancher ma détresse : Edgar Morin disait que, quand il était jeune et qu’il était entré dans la Résistance, malgré la peur de la torture, de la mort, il était à l’aise dans sa peau parce qu’il sentait qu’il était au bon endroit — et, moi, je ne signe plus, je lui disais au démarcheur, j’ai signé longtemps dans des époques plus optimistes, Amnesty, Greenpeace, etc., mais, maintenant, je suis en détresse, chaque jour les nouvelles du journal me désespère et où et comment s’engager, je me demande quand j’entreverrai la possibilité d’être « au bon endroit ».

Le démarcheur déconstruit m’avouait qu’il était aussi dans une incertitude terrible. Notre échange, notre « temps de parole », c'était un peu comme le film de Marguerite Duras, NATHALIE GRANGER : « Vous n’êtes pas voyageur de commerce. » Je lisais ensuite que, pendant l'entre-deux-guerres : « Tant de tentatives politiques, de critiques du capitalisme, de contestation des normes de genre et d’existence, d’invention de modes de vie se développèrent, alors comme aujourd’hui, dans les marges — alors que s’installait au même moment la machine à broyer des fascismes. » (Philippe Duke.)

Dans les fêtes, il fallait éviter les sujets qui fâchent. L'étudiant en cinéma de Paris 8 à qui l'on conseillait la Nuit blanche répondait : « Ah, non, c'est dirigé par une sioniste ». Plus tard, quelqu'un m'avait parlé d'un humoriste « de grand talent » que je ne connaissais pas. Akim Omiri. Je notais son nom. Une horreur (je le vérifiais aujourd'hui). 
 
Tout préparait au fascisme, tout signifiait que la nouvelle maladie fasciste était la nôtre, celle sur laquelle on pouvait compter, celle qui était la fête.
 
Nous n'étions plus que quelques-uns, les amitiés se défaisaient ; les solitudes et les mouvements de foules s'amplifiaient et nous laissaient en manque. 
 
(« Parmi les décombres, au bord des chemins... »)

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