Monday, February 16, 2026

L ’Amour buissonnier



Parfois, oui, parfois, après beaucoup de perdition et de peur et d’angoisse et de recroquevillement, et, la veille, surmontant la honte, on a enfin avoué à quelques amies qu’on allait mal, on se réveille un matin, on a fait un rêve érotique — c’est déjà ça ! — et il y a, en plus de la lumière fraîche, c’est la cerise sur le gâteau, Fanny Ardant la parfaite qui chante une chanson bien écrite : « A quoi sert de vivre libre quand on vit sans amour » qu’on repasse plusieurs fois pour être sûre — on le veut — que ce soit l’humeur du jour : « Arrêter mon cinéma »
On a lu les journaux au réveil (ce qu’on sait qu’il ne faut pas faire), on a vu que, comme tous les jours, la société, c’est de la merde. Années 30. Mais, certains matins, certains instants, on n’est pas sans amour et, finalement, c’est ça, la liberté. Puis on reprend (mais plus tard, un peu plus tard, quand on aura colmaté la brèche par où passe la lumière) les « projets au singulier ».
Ah, j’oubliais, je vais mettre un 💟 à Fanny…

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Sunday, February 15, 2026

P our mon père qui lisait ce blog

 

« Kafka me coupa la parole : « Les fabriques ne sont que des organes servant à accroître le profit de l'argent. Nous ne jouons tous dans cette affaire qu'un rôle subordonné. Le plus important, c'est l'argent et la machine. L'être humain n'est plus qu'un instrument démodé servant à l'augmentation du capital, un reliquat de l'histoire, dont très bientôt les capacités insuffisantes au regard de la science seront remplacées par des automates qui penseront impeccablement. »

J'eus un soupir méprisant : « Oh, oui, c'est un rêve qu'affectionne H. G. Wells. »

« Non, dit alors Kafka d'une voix dure, ce n'est pas une utopie : c'est simplement l'avenir, qui croît déjà sous nos yeux. »

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Friday, February 13, 2026

D egré de séparation

 
« The stars turn
And the time present itself » (Twin Peaks)

La pluie magnifique
Et la chance
Le bal de la chance

Asking the way
Interroger l’avenir

(On se trompe sur l’avenir, il existe)

Ici, tout sonne comme un adieu
Résonne

Bien sûr, il aime les femmes et je ne suis qu’une caricature

Le temps et le feu

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Wednesday, February 11, 2026

C harles parlait bas

 
Charles parlait bas et souvent en se cachant la bouche avec la main sans que je saisisse pour quelle raison parce qu’il parlait aussi souvent sans se cacher la bouche (mais toujours bas). Ça me rappelait la manière — telle que racontée par Cocteau — que Proust avait de lire ce qu'il avait écrit en riant, en s’interrompant en disant « C’est idiot, c’est idiot… » et en se cachant la bouche. Mais Charles disait ainsi des choses essentielles et rapides que je faisais répéter, je ne me privais pas de montrer ma surdité, je faisais tout répéter, parfois plusieurs fois — et, parfois, je prenais note ; il me le fit remarquer une fois qu'il avait l’impression d’une interview. Ça faisait deux ans qu’on ne s’était pas vus, me dit-il (je pensais même plus). La dernière fois, je crois, qu’on s’était parlés au téléphone, il était à l’hôpital : cinq mois. Il me dit qu’il avait ensuite passé un an à travailler dans une association d’épicerie solidaire dans le Nord de Paris et, maintenant, il était pensionnaire de la Comédie Française, excusez du peu. J’étais enchantée comme on est enchanté, parfois, que la vie réussisse. Il prenait un médicament qui fonctionnait, me dit-il, du lithium. On en trouve dans les batteries de SmartPhone. « Terre rare ». Il allait bien. J’avais oublié qu’il était acteur, dans mon souvenir il était metteur en scène, mais j’avais faux. Il était acteur et il lisait. Et il écrivait des poèmes, encore parfois. C’était sa grande disponibilité — mais disponibilité à tout : il lisait et il n’oubliait pas ce qu’il avait lu et le monde s’ouvrait. Ainsi, il était très vaste. Je ne me souviens plus de ce dont on parlait — après le déjeuner au Deux Gares, on avait marché et on s’était rassis au Mistral Gagnant — parce que je parlais aussi beaucoup. Je m’en étonnais : quand il y a à entendre, il y a aussi beaucoup à parler comme si je devais apporter mon eau au moulin, mais peut-être aussi comme si j’éloignais, retardais la « révélation » qui ne pourrait pas ne pas survenir dans l’écoute et la parole — et qui, peut-être, bien sûr, ne manque pas d’advenir car elle est déjà là...
 
Je notais de lire Henry Corbin, Histoire de la philosophie musulmane. Et puis comme je faisais allusion à Legrand (je pense qu'il avait lu des posts) : « C’était quasiment des techniques de rencontre de Dieu ; c’était de tomber amoureux de quelqu’un ». Et puis, peut-être Al-Fârâbî, il n’en était pas sûr (ou raconté par lui), l’histoire d’un musicien qui, à la fin de sa vie, « n’avait plus besoin de jouer, il entendait la musique de Dieu tout le temps ». Sa musique, le fait de faire de la musique n’avait été qu’une « préparation » à la vraie musique, celle du monde, celle de Dieu. Je lui avais dit que je n’allais plus beaucoup au spectacle, jamais au ciné, mais que le spectacle était pourtant partout dans ma vie, je trouvais, qu’il suffisait pour moi d’être dans l’état de voir, qu’il suffisait pour moi d’être spectatrice. Je lui racontais aussi un dernier post que je voulais écrire sur Legrand, un tout dernier, ça le fit rire. Je l’écris, ce post, le voici :

« Legrand est passé pour moi du statut d’ami à celui d’ennemi. Mais comme Jésus a dit qu’il faut aimer son ennemi, ça ne change pas grand chose à mon amour pour lui. Simplement, cet amour est passé dans la nuit. Legrand est un fantôme que j’aime toujours avec la même intensité douloureuse car, comme dans un roman d’Antonio Moresco, notre amour survit dans la mort ; le roman ne s’arrête pas, mais se poursuit, bien au contraire, et Legrand et moi ne sommes certes plus jamais vivants, mais plus jamais mourants non plus — puisque nous en sommes là : enfin, déjà, morts !
»
 
Le mot « fantôme » m’avait été confirmé par un camarade à lui dans cette ville de coquilles vides que j’avais visitée la semaine passée : Laon. Léo qui tenait la permanence à la librairie anarchiste L’Etoile Noire m’avait dit, alors que je repartais, déjà sur le seuil : « Et tu fais la bise au fantôme ! » Et comme je m'étonnais : « Ici on appelle Legrand « le fantôme » parce qu’ici — on ne le voit jamais »

Charles me dit qu’il était croyant (je lui posais la question à brûle-pourpoint sans savoir pourquoi je la lui posais et il me dit que oui, étonné de cette question, mais oui). Il me dit que le trouble bipolaire qu'il avait traversé est un tel débordement d’émotions qu’on imagine qu’elles viennent de Dieu
 
 
 
« J'ai abandonné ma musique. Dans le service de Dieu l'on doit sacrifier ce qui vous est le plus cher et c'est ce que j'ai fait. J'ai composé des chants, j'ai chanté et j'ai joué de la vîna, jusqu'à ce qu'enfin j'ai touché, grâce à cela, la musique des sphères. Alors chaque âme est devenue pour moi une note de musique, et la totalité de la vie est devenue musique. J'ai parlé et les cœurs ont été attirés par mes paroles au lieu de l'être par mes chants.
Maintenant je suis occupé à accorder les âmes, au lieu d'accorder les notes. J'avais joué de la vîna jusqu'à ce que mon cœur devint un instrument que j'ai donné au divin Musicien, l'Être Unique. Depuis lors, je suis devenu Sa flûte, de laquelle Il joue lorsqu'Il le désire. »  (Pîr-o-Murshid Inayat Khan)

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V ive le ciné !

 
J’aime beaucoup les films de Claude Schmitz (moi qui ne supporte pas le ciné), ce sont des films d’atmosphère inoubliables, de personnages, aussi inoubliables que la célèbre réplique (« Atmosphère, est-ce que j’ai une gueule d’atmosphère ? »). Le nouveau, qui s’appelle SAINTE-MARIE-AUX-MINES, je l’ai vu hier en avant-première au MK2 Beaubourg où il est programmé à partir d’aujourd’hui — donc au moins pour une semaine —, j’avais un peu peur parce qu’on a peur quand on a déjà aimé et parce que la bande-annonce me rappelait Bruno Dumont ou Alain Guiraudie, certes des références de derrière les fagots, mais, enfin… Le film peut rappeler TWIN PEAKS (dont j’ai commencé à revoir la troisième saison sur Arte) et surtout Jacques Rozier, maître de tous, un Rozier en accéléré, très cut, mais, foin des références, ce n’est pas ce qui compte, mais ce qui compte est assez indéfinissable (et c’est pour ça que je traîne) ; moi, ce qui fait que je suis comme un poisson dans l’eau, c’est que Schmitz filme l’air. Voyez, je ne sais pas dire mieux que cette bêtise, c’est comme s’il filmait l’air, il y a de l’air, l’air est vrai, je ne sais pas par quelle alchimie, quel génie de l’IA, l’air dans l’image semble vrai, dans l’image donc dans le ciné. L’air est aussi vrai que dans un docu (seuls films que je supporte : cinéma du Réel, de la bobine, sinon rien). Et, là, peut-être la référence peut revenir (j’y ai pensé, en tout cas) : James Benning (mon cinéaste préféré). Dans ce film de divertissement, ce buddy movie, mais pas autoritaire, on y respire. Je crois qu’au fond, Schmitz filme un regard, le sien, son âme à lui et c’est aussi mon regard, mon âme. Il y a beaucoup d’avantages à ne rien faire, on devient spectatrice. Et, spectatrice, hiérarchiquement, c’est mieux qu’actrice. En tout cas, c’est de ça dont on manque. Il y a une phrase qui le dit beaucoup mieux que moi : « Tant de mains pour changer le monde, et si peu de regards pour le contempler » (Julien Gracq). 

Tuesday, February 10, 2026


 

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Sunday, February 08, 2026

Chère Silvia, cher Daniele,
Votre projet d'une grande intensité poétique, enclenche chez moi la rêverie — comme tout ceux d’ailleurs que vous m’avez proposés au fil du temps, qu’ils aient abouti ou qu’ils n’aient pas abouti (la rêverie reste positivement). J’ai immédiatement commencé à noter des choses, comme je le faisais toujours dans d’infinis dossiers, ce qui me venait, écouter aussi cette rêverie qui s’accroche partout au dehors, livres, tableaux... comme si tout se rassemblait dans la direction d'une île imaginaire de Venise (rien que ça !) Je ne sais pas si on va y arriver parce qu’il y a vraiment très peu d’argent, mais ça existe déjà…
Je t’ai dit, Silvia, que de voir le lieu un seul jour m'allait, mais l’idée d’aller à Venise un seul jour me paraît insensée. Je resterai quelques jours, même si tu n’as pas de logement à me proposer, j’irai à l’auberge de jeunesse… Je suis occupée à partir du 20 mars, mais on vient de me proposer aussi de participer à un cabaret le 7 mars (je ne sais pas encore si je le fais ou non…)
Il faut envisager pour moi trois voyages, le premier, celui de juin — et ce serait bien qu’il y en ait un autre en mai.
Beaucoup déjà est inventé dans votre texte que je relis.
Je note des possibilités et des impossibilités qui me viennent (le pique-nique pour 200 personnes : hors de prix, à moins de dire au public d’apporter lui-même sa nourriture)
Peut-être qu’il faudrait mettre au courant le public de toutes les réflexions que nous aurons d’ici juin, que le public ait autant que nous conscience des enjeux, cartes sur table, et que sa participation soit de partager cette « rêverie », cette philosophie d’action, de fête, de gaspillage, cette espérance — et qu’il n’y ait peut-être  que ça, une attente, mais une attente la plus générale possible, plus que celle d’un spectacle.
Evidemment la question qui traîne en fond de tout ce qu’on peut faire maintenant est : Comment façonner un avenir acceptable ?
J’ai hâte d’échanger encore avec vous, mais je donne ici une idée (tirée de ce dossier) comme ça, pour le plaisir :
LE PUBLIC N’EST JAMAIS CONTENT (titre)
Demander aux participants, le public, de se déguiser, sur le modèle du Pèlerinage à Cythère
Et le voyage et l’arrivée dans l’île est juste ça : rien d’autre, les participants sont laissés à eux-mêmes, réellement abandonnés sur l’île avec leurs habits endimanchés : ils étaient là juste pour le coucher de soleil, une cérémonie invisible, inconnue. Ils repartent mécontent et se plaignant, mais de quoi ? ils n’ont rien payé, on leur a juste pris quelques heures de leur temps, empruntées seulement, en fait, non, c’est le contraire, on ne leur a pas volé, on leur a rendu leur temps, « notre seule richesse », disait Chantal Akerman.
Évidemment cette action ne peut « marcher » que si les téléphones sont retirés pendant le voyage, zéro photo, zéro vidéo, zéro communication — ou peut-être non ? Laisser le public faire des selfies jusqu’à plus soif ?  
A bientôt,
Marie-Noëlle

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P aris, musée du XXIe siècle

 
Il y avait Thomas Clerc hier soir — et je le note car je sais qu’il écrit en ce moment peut-être mon nom : je lui ai demandé vers la fin, pour retarder encore son départ (en même temps, ce que je préfère ce sont les dernières minutes qui me rappellent toujours la phrase de Duras de la fin de la réception d’India Song : « Ils restèrent à quelques intimes », hier, François-René avait laissé en plus la porte de sortie grande ouverte et il y avait l’air frais, comme d’avril, doux qui m’arrivait dans le cou « comme dans mon enfance », je me suis même demandé en goûtant à ce moment-là l’infinie douceur d’un bonheur de vivre que l’on retient entre ses mains, « Encore un instant, dit-elle », si on n’était pas toujours à la recherche de ses sensations profondes d’enfance et bienheureux ceux qui y parviennent), je lui ai demandé, à Thomas, ce qu’il faisait en ce moment, s’il écrivait et il avait répondu à la cantonade qu’en effet il écrivait ne serait-ce que son journal et que le récit de cette soirée y serait, mais qu’on ne le découvrirait qu’après sa mort dans cinquante ans (quel âge a-t-il ?) (nous étions des gens qui souvent se posaient la question de l’âge : par exemple, Aymen avait dit son âge, 26 ans, bon, nous avions accueilli cette annonce d’un air pincé, mais nous nous étions demandé après leur départ quel âge avait Manuel à la beauté sidérante ; François-René, après avoir inventé son âge réel (qui n’était pas 35 ans, âge auquel je bloque tous les gens que j’aime, moi qui en ai, hélas, déjà 43) disait que c’était mal ce que faisait Séb, d’aller vérifier, « Il ne faut pas faire ça », bon, mais, de toute façon, il l’avait fait et l’âge le plus invraisemblable, celui de Manuel une beauté stupéfiante, il l'avait deviné)
 
Mais Thomas Clerc se trompait encore sur mon genre. Dans la première édition de son livre, bon, il m'avait affublée de mon DEADNAME, ce qui datait immédiatement le livre (dès sa sortie), mais, après tout, c'était un livre daté parce que, par exemple,  nombre de boutiques référencées n'existaient déjà plus, ça allait si vite, la vie (la vie d'une ville), mais dans la version poche qui venait de paraître, j'avais vu qu'il avait certes rectifié mon nom, mais qu'il continuait (pendant quelques lignes) de parler de moi au masculin, je lui avais passé un savon, merde

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Saturday, February 07, 2026

T roubles de l’attention

 
Dans le restaurant obscur et bon marché
Je suis le contemporain de Shakespeare
Le prof de danse parle du « bonheur de tous »
(Il avait soi-disant entendu deux 
Profs de jazz, l’un s’exclamait : « Qu’est-ce qu’ils sont mauvais ! », l’autre nuançait : « Oui, mais ils sont heureux »
Le prof de classique aimerait bien arriver avec nous au bonheur de tous, c’est-à-dire aussi des regardeurs)
J’entends des cris dans la rue
Et la rue est profonde et chinoise comme
La nuit
Dans ma chambre de bonne et de cristal

L’art de rêver
Le résultat recueille — attendrie, la face



Je suis de nouveau au lit
J’ai fait un voyage aujourd’hui
Dans l’entourage de cette ville de Laon
Retour au crépuscule
Par le château de Coucy



Dans un secret, garder le lit
J’avais fait un voyage

J’ai frisé ma solitude
Je ne sais que dire « je »

La chair de la vie, je la mettais dans les rues !
C’était une ville de coquilles vides
Un homme (de la librairie L’Etoile Noire) m’offrit de m’héberger
« Ici, me dit-il, c’est la Maison du Peuple »
Je n’ai pas osé. Peut-être aurait-il fallu devenir anarchiste… J’étais déjà (sans doute me présentais-je ainsi) sympathisante
Recommandée par « le fantôme »
« On l’appelle le fantôme parce qu’on ne le voit jamais » (mais sa présence est indéniable)
« Faites une bise au fantôme »

La réponse est le malheur de la question (Blanchot)
Sonia Wieder-Atherton
Le temps, La Terre Promise
Souvenir du jour, regret de la nuit

La serveuse avait dit : « Et puis vous avez du beau temps… »
Mais ce n’était pas tellement du beau temps
C’était une vision
À la fin, le soleil de l’Ouest traversa la plaine
Et nous étions aux balcons

Mais je passais plus de temps dans l’immense église (conglomérat de plusieurs)
Tant de pierres
Faciles à extraire, faciles à travailler relativement
Calcaire lutétien (on dit)
 
 

Je me révolte, donc nous sommes (Camus)
 
 

Il y avait du théâtre partout
Partout j’étais spectatrice
Spectateur, on regarde, fasciné, stupéfié, tant d’acteurs
Tous acteurs

Je dédie ce livre à l'improbable, c'est-à-dire à ce qui est. À un esprit de veille. Aux théologies négatives. À une poésie désirée, de pluie, d'attente et de vent. À un grand réalisme, qui aggrave au lieu de résoudre, qui désigne l'obscur, qui tiennent les clartés pour nuées toujours déchirables. Qui ait souci d'une haute et impraticable clarté (Bonnefoy)



Les voyages sont pour la fin
Le sens
Qu’est-ce qui reste
Les gens me regardaient
Qui est-elle ?
« Vous êtes de passage ? »

« D’où venez-vous ? »

Quelques fantômes, eux ou moi
Ou lui



Il ne faut pas dire que Dieu existe au sens usuel du terme ; il ne faut pas non plus dire que Dieu n'existe pas. On peut seulement dire que ni l'existence ni la non-existence ne s'appliquent à Dieu



Ici, au vent de Laon
Coquilles vides
Ville morte

Les attaques vues de loin
Et les guerres

Au nord de la butte s'étend la vaste plaine picarde
Un jour il y aura des fleurs
Comme sur les photos

Danger de grandeur, de vastitude
Tu es au balcon
La plaine immense, la plaine immense
Les maisons fermées
L’été (de ton entendement)

Dans la forêt de l’altérité

La profondeur presque cousue, ravaudée
Du ciel profond
Et de la profonde mer
De sacs de larmes
De lacs de sel

Ville fortifiée sur un plateau

Comme les animaux du zoo
Zoo de Marseille
Zoo paysage

Pénombres du regard
Grandes clartés funiculaires
Paysage de cet autre monde
Fleurs de toutes les beautés

Dans l'ancienne cathédrale
Il y avait un spectacle de Marthaler
Un joli spectacle sur le thème
Du temps à passer
Que faire d’un début d’après-midi dans la vaste maison de Dieu ?
Rajuster les fleurs et la nappe
D’abord seule puis à deux
J’ai pris froid

En avion en longeant les palmiers

Grand silence du ciel
Beau ciel, chute des feuilles
Avec des peintures au couchant
Petite Fille  

(Je me souviens de ses larmes à grands flots
Dont je ne savais que faire)

J’écris un poème Laon
La colline de Dieu
La colline anarchiste

Vous ne reconnaissez rien
Vous n’avez pas étudié
Vous ne savez pas

Les rues s’étirent comme en pleine mer
Fragile état, fragile sous-sol
Porté haut
En plein ciel
Des rues… une rue, peut-être
Personne, que des fantômes
Beckett, l’Irlande, l’Angleterre aussi bien
Des traces d’abandon
Cette ville est faite
De traces d’abandon
De coquilles vides
Des gueux parfois, des palais cassés
Troués, des pique-assiette
Tous moches comme faits en glaise, en l’état, pas secs

Lassitude des spectacles
Tout un grand silence de samedi

Projet d’un spectacle qui s’appellerait : Troubles de l’attention



Je vais sortir, je vais voir la mer
Les rafales, sentir les rafales
Voir les moutons
 
 
 
J’aimerais écrire avec les mots à la mode, les mots dont je vérifie les définitions. Par exemple, « fractal »
La littérature est « fractale »
Joie d’avoir un destin
Mon père, sa mort, l’approche de sa mort
Ma mère, sa mort, l’approche de sa mort
Joie d’être témoin d’un destin
Elle allait bien et puis voilà, la mort, d’un jour à l’autre, d’une heure à l’autre, le malaise et puis la mort
Les architectes, les maîtres verriers (de l’âge gothique)…
Je reprends ce long poème Laon…
(J’avais dormi une deuxième nuit)
Le boniment
Et les blêmes enfants un peu morts

DANS LA VRAIE VIE (titre)

A Laon, je regardais le ciel, les oiseaux dans les tours
Le truc de la lumière

« Ne dormez plus, ne dormez plus,
Puisque Dieu manque sur la terre… » (Thérèse d’Avila)

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