F abrique de fleurs
Sur le côté de la (petite) scène supportant les grosses vedettes, il y avait un garde du corps qui ressemblait vraiment à Thélyson Orélien (ou alors c’était parce qu’il nous obsédait, pensais-je) et j’imaginais que c’était lui, cet homme de la sécurité, statufié dans la pénombre, qui avait voulu prendre la lumière, écrire un livre efficace, un livre à succès. Les grosses vedettes ou « le couple idéal » me déballaient leur vie comme si je les connaissais intimement. Les questions et les réponses étaient, avec douceur, incroyablement impudiques et me gênaient car, moi, je n’étais pas dans la proximité d’être fan. Sans doute les vedettes avaient raison de s’épancher, c’est ce qu’on leur demandait, les fans avaient payé assez cher pour ça. Ils étaient tous les deux un peu comme la créature de Frankenstein et la poupée de King Kong, me disais-je, une variation de La Belle et la bête. Quelqu’un avait dû lui demander s’il avait une idée de comment on allait s’en sortir (ou pas) et le leader charismatique avait affirmé sa conviction que : « S’il y a une réponse à nos problèmes, it’s a spiritual answer. » (pas une political answer, etc.) Comme j’étais assez d’accord, j’avais sorti mon carnet rouge. Je ne croyais pas en Dieu, mais j'espérais quand même qu'il existât sous une forme ou sous une autre pour nous sauver. Moi non plus, je n'apercevais pas de solution terrestre.
Je veux relire Les Fruits d’Or. Les Fruits d’Or, c’est l’histoire d’un livre qui n’existe pas, qu’on porte aux nues et qu’on dénigre sans que l’on sache jamais de quoi il s’agit fondamentalement. L’histoire (qui n’est pas finie) de Thélyson Orélien est un scénario Netflix extraordinaire, on ne peut que vouloir la raconter. J’ai regardé « La Grande Librairie » : lui qui n’arrive pas à aligner deux mots, quasi analphabète, s’émerveillant de la compréhension par tous d’une histoire qu’il endosse vécue et tous les auteurs établis autour de lui qui arrivent à renchérir les uns sur les autres pour affirmer mieux que le précédent — comme les bonnes fées de la Belle au Bois Dormant — à quel point l’extraordinaire livre va bouleverser le monde de quiconque — jusqu’à la fée Carabosse qui, comme les enfants le savent, n’avait pas été invitée — et qui vient ternir la fête, appelons-la l’IA : « Tu mourras. »
« Et c’est ainsi que les livres dont chacun s’ingéniait à combler le vide… Les gens les plus sensibles, les plus intelligent y déversaient — et avec quelle générosité — tous leurs trésors… On trouvait à leur minceur une grâce exquise… On trouvait dans leur obscurité Dieu sait quelle épaisseur… et puis ils se sont comme vidés… c’était trop lourd à porter… ils sont revenus à leur état premier, ils se sont retrouvés réduits à eux-mêmes… creux… confus… grêles… convenus… de pauvres choses… Celui qui encore aujourd’hui les admire, fait un peu niais, balourd… De ces livres là, il y en a tout le temps, il y en a toujours eu… Mais pour ne pas prendre que les plus récents… tous ceux-là tenez, par exemple… »
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