Saturday, November 18, 2017

PS : J’ai revu Gérard Depardieu chante Barbara au Cirque d’hiver hier, c’est sublime, il est en meilleure forme physique d’ailleurs, un médecin lui a fait peur en lui disant (il a 69 ans) qu’il avait un organisme d’un homme de 85 ans, du coup il a arrêté de boire (et il a retrouvé du souffle, il chante magnifiquement). L’ami qui m’a placé et qui s’occupe du spectacle (qui lance les roses tous les soirs) a raconté que, dans la loge, juste avant, Gérard Depardieu l’avait fait se bidonner parce qu’il avait lu une lettre d’une fan en y rajoutant des obscénités du genre ‘j’ai envie que vous me fourriez le trou de balle avec des pelures de mandarine et que vous veniez le humer pour une fois qu’il sentirait bon’, etc., ‘que vous me rentriez dans la chatte l’os de l’osso buco que je dégusterais avec vous après le spectacle’, enfin, vous voyez le genre. Le genre des lettres de Mozart à sa sœur. (Je ne sais pas pourquoi, je pense que ça va plaire à Gildas cette histoire.) A la fin, Depardieu a terminé en disant : « Elle est jolie, cette lettre ». Tout ça pour vous dire que c’est possible aussi de faire du comique avec le sérieux et le sacré, c’est même sans doute souhaitable. Bien entendu, les matières que nous proposons ont à voir avec le sacré (vous vous souvenez de la phrase de Bernard Shaw que je cite souvent, à qui l’on demandait s’il croyait que la Bible avait été écrite par l’Esprit Saint et qui a répondu : « Non seulement la Bible, mais tous les livres »), c’est-à-dire avec la croyance (folle comme toutes les croyances) qu’il y a un trésor. Et voici comment Yannick Haenel (l’auteur de Tiens ferme ta couronne) en parlait l’autre jour à la radio : « Le narrateur de ce livre — et sans doute moi aussi — essaye de faire preuve de tactique, de stratégie, il détourne l’attention grâce à ce qu’on appelle l’auto-dérision, voilà. L’idée qu’il y a un trésor, la quête de ce qu’on appelait philosophiquement la Vérité, enfin, qu’il faut continuer à appeler par ce nom, implique de créer non seulement des rapports, mais des nuances de nuances de rapport pour se mettre en route, pour s’acheminer vers là et je pense — moi c’est devenu un peu un réflexe en écrivant ce livre — je pense qu’il vaut mieux en rire parce que le rire n’invalide pas le grand sérieux de la chose, mais rend celui-ci beaucoup plus léger et même admissible, si je puis dire. » A la rigolade !

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Friday, November 17, 2017

C e qu'elle peut


« Ce matin, au réveil, le souvenir de cette phrase glanée dans un livre rêvé : « Jour après jour, la poésie fait ce qu'elle peut. » »

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Thursday, November 16, 2017

E lément de langage


 le « nihilisme noir de Hollywood »

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L e Sacrifice


Sébastien Bidault m’appelle. Il s’inquiète. Il réussit très bien dans Houellebecq (il a déjà donné un spectacle que Michel Houellebecq a vu et apprécié) et, au cours, après avoir essayé le monologue écolo dans Tchekhov (Oncle Vania), il continue finalement avec La Possibilité d’une île. Il a peur de s’y enfermer, peur d’une posture sacrificielle qui ne le mène à rien. Je lui réponds plusieurs choses : d’abord, que j’ai vu hier Gérard Depardieu chanter Barbara au Cirque d’hiver et qu’il est lui aussi, lui plus que tous les autres, dans une posture hautement sacrificielle. Bien sûr, il gagne plus d’argent que Sébastien, mais est-ce la question ? Je ne vois pas comment on pourrait faire ce métier sans cette posture. « J’entre dans la fosse aux lions / C’est ma vie, c’est ma déraison », chantait Barbara. Deuxième point, je lui réponds que sa sympathie avec un auteur, en l’occurence Michel Houellebecq est très rare et qu’en effet, il doit continuer ce compagnonnage, au risque de s’y enfermer et même de s’y perdre. Houellebecq a lui-même raconté qu’il avait vécu pendant des années dans la fraternité avec Charles Baudelaire et que, pendant des années, il n’avait eu qu’un ami et ç'avait été Baudelaire. C’est très beau, ça, il faut le vivre. Ensuite, c’est autre chose, c’est normal que Sébastien ait besoin de plus de reconnaissance, que ses spectacles soient joués. Oui, c’est difficile, ça, dans ce métier, le manque de reconnaissance. Il me dit que Houellebecq est détesté dans le milieu, je lui dis que pas du tout, il est adoré. Il est adoré (par moi, par exemple) et détesté. C’est les deux. Je lui dis que s’il souffre trop de cette « amour sans vacances » (comme aurait dit Duras : « Il n'y a pas de vacances à l'amour ») avec Michel Houellebecq, il peut aussi aller voir ailleurs s’il y est (qu'il y sera).

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Photo de Jocelyn Cottencin

C e qui m'intéresse, c'est l'accouchement du monde


Sorry pour tous ceux dont j’ai perdu les emails… Si certains peuvent me redonner ceux des participants que j’oublie… Et aussi n’hésitez pas à partager avec d'autres que vous connaissez qui pourraient être intéressés — l’information (il y en a trop) ne pouvant plus se répandre par les réseaux sociaux — il faut en revenir au bouche-à-oreille — signe peut-être annonciateur d’un recommencement du monde, d’une nouvelle aube, ce monde — le nôtre — en train d'accoucher, comme le dit Michel Serres, un accouchement dans la douleur (dans l’Apocalypse, sans arche de Noé), mais un accouchement... Tout le monde peut venir en débutant jusqu’à la fin. Bien entendu. (La fin est tragiquement le début.) Il vaut mieux avoir des matières sur lesquelles on travaille, mais on peut aussi les inventer sur le tas — l’ambition étant de se laisser couler dans le monde, dans la « vie sensible » (pour reprendre le titre du premier livre d’Emanuele Coccia que j’ai — je suis à la BPI — entre les mains). Et de le voir, le monde, de le lire comme un enfant, d’une manière naïve et vierge, de s’investir dans le hasard. La plupart des citations que j’apporte aux cours sont aussi sur mon blog, certaines très enfouies, mais d’autres, les récentes, sont facilement accessibles. Je propose trois ouvertures publiques les 10, 11 et 17 décembre. On présentera les choses les plus ambitieuses, les meilleures et les plus humbles. Ce sera sur le thème de la Genèse et ce sera avec le crépuscule d’hiver, parfois les lumières sont si belles — et toujours cette émotion : « Il y eut un soir, il y eut un matin ». Il y aura un soir et le matin sera votre lumière, votre chair lumineuse. Balzac (cité par Proust) : « Son teint avait pris le ton chaud d'une porcelaine dans laquelle est enfermée une lumière. »
Yves-Noël Genod

5 € le cours plus l’adhésion à l’année à l’association du café Pas Si Loin qui nous accueille (5€ aussi). Café Pas Si Loin, 1, rue Berthier, à Pantin

Calendrier définitif : 
(donc des dimanches et des lundis et aussi un samedi — pour préparer la première ouverture publique du lendemain)
19 novembre (14h30)
20 novembre (14h30 et 17h)
26 novembre (14h30)
27 novembre (14h30 et 17h)
3 décembre (14h30)
4 décembre (14h30)
9 décembre (14h30) (samedi)
10 décembre (14h30)  cours et ouverture publique
11 décembre (14h30) cours et ouverture publique 
17 décembre (14h30) dernier cours et dernière ouverture publique 

Michel SERRES. — Depuis très longtemps, je m'aperçois que, dans la culture en général et dans la philosophie en particulier, les contemporains sont « sans monde ». Ramener le monde dans la philosophie et dans la pensée a toujours été une de mes obsessions. À force d'oublier le monde, on le détruit. Le retour du monde est une des choses les plus importantes à réaliser. 
Nos ancêtres habitaient la campagne à 80-85 %. Le nombre d'habitants des villes était de 8 % en 1850. Tout cela a été renversé, et le citadin est sans monde, et la culture politique (au sens de polis, la ville), elle aussi.
La nature vous a façonné?
Je suis encore de la génération  qui a connu le monde qui était dans le monde. J'étais d'une famille paysanne, mon père cassait des cailloux dans la Garonne, c'était des mariniers et des paysans. J'ai été élevé par le fleuve et par la terre.
Et aujourd'hui…
La philosophie, c'est la sagesse, et j'aimerais être la sage-femme du monde à venir. L'intérêt, c'est de préparer le monde qui vient, ce n'est pas de regretter le passé. Le monde que je cherche à retrouver, je l'ai connu de façon concrète et réelle. Je voudrais le retrouver non pas sous l'aspect du temps perdu, mais d'un monde à reconstruire. Ce qui m'intéresse, c'est l'accouchement du monde.

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Wednesday, November 15, 2017

J'avais un cheval et j'étais un homme


Photo d'Odile Moalic

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Tuesday, November 14, 2017

N oir et blanc


« Dans la mythologie grecque, les corbeaux étaient tout blancs, majestueux, sages, ils livraient les nouvelles. Mais ils ont contrariés Apollon, qui les a teint en noir. »

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Salut, Hubert ! tu n'aurais pas envie ? j’aimerais beaucoup refaire un spectacle à Marseille l’année prochaine. Un truc de science-fiction, par exemple… Je viens de donner une pièce à Lausanne (Arsenic), Fabrique de Star (à la fin d’un court workshop). Je suis en forme. Transparent et incarné. Il y a un espace. Je sais ce que je fais. Je connais les acteurs, danseurs, chanteurs, les circassiens, les barmen, les faiseuses de fromage de chèvre… Les marionnettistes, pas trop… Mais il y a beaucoup à « faire », finalement pour faire à l’envers — pour continuer d’œuvrer à disparaître… Il y a aussi ce projet avec Thierry, Perle et l’enfant Joseph, Adam&Eve… Et tant d’autres choses, tu me connais, tant d’autres choses, et je te connais aussi, faire résonner tant d’échos qui nous importent, YN


Bonjour Philippe, tu sais que je n’aime rien tant que de faire des spectacles — d’abord. Point. Et que je n’aime rien tant que de les inventer sur le moment avec le contexte, en éloignant l’idée de projet (ou en tout cas son récit), mais en glorifiant Kairos, l’épiphanie, le bon moment, le contexte, le lieu souvent : le poème du lieu. Mais nous avons un projet, Jocelyn Cottencin et moi, qui pourrait peut-être t’intéresser, se rapprocher de ce que tu peux proposer à Nanterre, un projet de plasticien autant que de théâtre. Je suis très proche de Jocelyn avec lequel j’ai depuis de nombreuses années des projets à géométrie variable. Celui que nous te proposons s’appelle (nom de guerre) Texte et Paysage. Il est vaste et très précis (La Vie des plantes, d’Emanuele Coccia). Si tu veux, il t’en parlera...

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Je pense à mon père, je l’entends monter dans l’escalier, non, ce n’est pas lui, je ne suis pas chez lui
« et les tableaux de ruines romaines d'Hubert Robert »
« dans la bibliothèque tendue de soie verte où le portrait de Mozart »

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Un « écrivain-paysagiste »

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J e ne savais pas


Je ne savais pas que les « femmes » souffraient tant que ça… Pour moi, il y avait ma mère : le malheur indifférent, mais je ne savais pas que tant d’autres femmes souffraient aussi désastreusement, je ne savais pas que le monde était si dégueulasse, à vrai dire, que les femmes étaient dans cet état de malheur indifférent. Je voudrais rencontrer des femmes hors douleur, sinon je m’enfoncerai définitivement dans la bien nommée maladie de la mort. « Les deux sexes mourront chacun de son côté » C’est Marcel Proust qui cite Alfred de Vigny. 
« Bientôt, se retirant dans un hideux royaume,
La Femme aura Gomorrhe et l'Homme aura Sodome,
Et, se jetant, de loin, un regard irrité,
Les deux sexes mourront chacun de son côté. »

L e Reste


« Vous savez ce que c’est la connerie ? Imaginez une plage, le soleil, un whisky avec des glaçons, des nanas autour de vous, vous y êtes ? eh bien, tout le reste, c’est de la connerie. »

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« Je suis contente de vous voir de votre vivant. »

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« En un quart de siècle, les forêts ont disparu comme peau de chagrin (1,2 milliard de kilomètres carrés engloutis, essentiellement au profit de l’agriculture) ; l’abondance des mammifères, reptiles, amphibiens, oiseaux et poissons a chuté de près d’un tiers ; les courbes des émissions de gaz à effet de serre et des températures s’envolent. Dans le même temps, dans l’océan, la superficie des « zones mortes » – ces espaces marins étouffés par les effluents agricoles charriés par les fleuves, et où l’oxygène a presque totalement disparu – a crû de 75 %. »

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« La bourgeoisie ne peut exister sans révolutionner constamment les instruments de production, ce qui veut dire les rapports de production, c'est-à-dire l'ensemble des rapports sociaux. Le maintien sans changement de l'ancien mode de production était, au contraire, pour toutes les classes industrielles antérieures, la condition première de leur existence. Ce bouleversement continuel de la production, ce constant ébranlement de tout le système social, cette agitation et cette insécurité perpétuelles distinguent l'époque bourgeoise de toutes les précédentes. Tous les rapports sociaux, figés et couverts de rouille, avec leur cortège de conceptions et d'idées antiques et vénérables, se dissolvent; ceux qui les remplacent vieillissent avant d'avoir pu s'ossifier. Tout ce qui avait solidité et permanence s'en va en fumée, tout ce qui était sacré est profané, et les hommes sont forcés enfin d'envisager leurs conditions d'existence et leurs rapports réciproques avec des yeux désabusés.
Poussée par le besoin de débouchés toujours nouveaux, la bourgeoisie envahit le globe entier. Il lui faut s'implanter partout, exploiter partout, établir partout des relations. »

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L a Censure et l'intelligence


« Écrivant souvent les scénarios de ses films, Mae avait une technique maligne et efficace afin d'échapper à la censure : elle ajoutait des dialogues tellement crus qu'elle était certaine que les censeurs les ôteraient et qu'en comparaison, ils trouveraient le reste du scénario acceptable. »

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Titre : 
Eat the rich

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M yrtille et Batondor


J’ai deux personnes qui viennent de me demander de les conseiller pour une école, mais je regarde les conditions, sans doute ne les remplissent-elles pas. Ce sont Myrtille Falquet, une fille des bois qui fait du fromage de chèvre et Aurélien Batondor (sic), un barman. Deux êtres absolument sublimes. Ils ont plongé par hasard — très important, le hasard — dans Fabrique de Star, le workshop que je viens de donner à Lausanne (à l’Arsenic) suivi de la pièce du même titre et je dois dire que ce qu’ils ont fait sur scène (l’un et l’autre) est tout simplement de l’ordre du trésor, de la merveille : inconscience et disponibilité à l’inconscience, humanité infinie, rien qui ne puisse me toucher plus : je buvais du petit lait en les voyant miroiter devant mes yeux, fantômes évanescents. Ça ne m’étonne donc pas du tout qu’ils aient eu l’impression de toucher à quelque chose qui leur donne envie de mettre le pied à l’étrier… J’ai d’abord pensé bien sûr à leur conseiller une école suisse, mais je les connais peu (je ne suis jamais intervenu à la Manufacture) et, qui plus est, la réputation, le niveau d’une école change souvent, même parfois d’une année à l’autre (pour de multiples raisons). Il paraît que Berne a le vent en poupe. Je ne sais pas. Ton avis...

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Monday, November 13, 2017

Sunday, November 12, 2017

« Wisdom is to have dreams big enough not to lose sight when we pursue them. »

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L e Trompe-l’œil


« Jim Jarmusch : à chaque fois il a l’air de raconter une histoire qui se passe aujourd’hui mais en fait très secrètement ça se passe au XIIIe siècle au Japon, c’est un samouraï, ou alors, je sais pas, oui, ça s’appelle le sacré, au fond, c’est-à-dire on a l’air de faire du rap, ou on a l’air de mener une guerre des gang dans le Bronx mais, en fait, nos paroles nos gestes sont activés par un texte très ancien. »

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S oyez multiples


« tramer les détails : c’est-à-dire de faire entrer dans son cœur toute chair qui est au monde pour la conserver en vie »
« En lui tout était doublé de sacré : ses paroles, ses choix de vie étaient tramés dans l’esprit » 

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Oui, tout à fait. Je pensais te demander si tu savais siffler par exemple (comme les oiseaux ou/et un air de chanson). Tu n'es pas forcément un « vieux » chanteur, mais c'est vrai que dans les scènes de couples (scènes de ménage), on est toujours vieux, on est toujours dans le phénomène « vieux couple » , on est traversé par des choses (la dispute) qui existaient avant nous, qu'on reproduit. (Je me souviens, ma première copine, on se disputait toujours, mais elle en souffrait, toute son enfance elle avait vu ses parents s'engueuler, ses grands-parents s'engueuler, elle avait l'impression de reproduire des choses qui ne lui appartenaient pas.) Si tu veux, j'ai donné rendez-vous à tout le monde à 17h30, mais, nous, on pourrait se voir dans la salle à 17h, pour avoir une demi-heure tranquille pour évoquer cette scène. Je te montrerai aussi des photos de moi en robe qu'un ami a prises avant que je vienne à Lausanne que je trouve très moches, mais qui nous ont beaucoup fait rire hier soir (je les ai montrées) parce qu'on dirait que je joue ce rôle de la femme déchirée, au foyer, dépendante, je t'ai dans la peau, etc. qu'on a évoqué (alcoolique, etc.) Toi comme tu n'es pas en robe (mais dans ce costume un peu minet-variété), je pense que c'est quand même mieux que tu parles au masculin, pour évoquer un amour homo (mais c'est le même rôle évidemment de « la femme déchirée » ou « la femme mentie »)...

Titre (pour un spectacle) :
Girl crying 

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