M élancolie
J’étais très fière car Legrand se passionnait pour Jon Fosse, il le lisait au kilomètre. Du coup, il me regardait presque avec envie. J’étais celle qui avait vu les spectacles de Claude Régy, qui, même, une fois, pour une soirée à la Maison de la Norvège, avait joué une pièce courte de Jon Fosse intitulée Dors mon petit enfant, en lecture, comme ça, je faisais tous les personnages devant un public acquis, ils venaient tous pour rencontrer Claude Régy, l’écoute était fervente dans la salle, comme si Valérie Dréville elle-même lisait et c’était juste moi
On s’était vus trois fois avec Claude et ç’avait été très facile. Claude baignait dans la matière, il représentait à ce moment-là Melancholia au théâtre de la Colline, il me disait à chaque mot, chaque virgule quoi jouer. Les acteurs sont des êtres simples : si on leur dit précisément quoi jouer (ça s’appelle la dramaturgie), ça les sauve de tout
Je suis présentement à Örnsköldsvik, une ville de 30 000 habitants, à 600 kilomètres au nord de Stockholm. J’y passe mes vacances d’été sur une île, dans une maison de pêcheur en bois sans eau courante ni électricité. En 2001, à 19 ans, bac en poche, la jeune fille arrive à Nice pour une année sabbatique dans le but d’apprendre le français et il y a de la neige de l’autre côté du fjord. Je regarde, chaque vague est agitée par le vent. Une amie se baigne, elle devait passer me prendre, mais je n’irai pas, je regarde, je regarde le monde de mon balcon, les nuages, la neige, les vagues, sans cesse l’image renouvelée des nuages, des vagues, des évanescents effervescents nuages blancs, là-haut dans le vague
J’avais encore envie de ma jeunesse. Je regardais la vue, je regardais la vue, je regardais les volumes amples et blancs et lents des nuages et des nuages
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