Saturday, November 10, 2012

Car tout projet, comme dit Cioran...



« Le musée de toute chose

14 boulevard Raspail, il y a une école catholique désaffectée où sont exposées des œuvres plus ou moins brutes d'individus plus ou moins anonymes, en marge (en tout cas au moment de leur création) des hiérarchies et des valeurs de l'histoire et du marché de l'art. On comprend l'embarras des institutions culturelles, et le réflexe des organisateurs et de la critique, qui n'ont pu s'empêcher de greffer sur ces œuvres l'aura nécessaire à une communication efficace, quitte à faire appel à tel artiste qualifié de « reconnu » qui, par son discours, cautionne l'activité désintéressée de l'artiste anonyme, sans école, sans curriculum vitæ, sans stratégie, et pourtant là, dans l'urgence de l'inactualité.
Il faut voir ces pièces métalliques de vieilles machines à écrire assemblées et peintes en monuments fantastiques dont les arêtes et les sommets sont habités de minuscules oiseaux coiffés d'aigrettes délicates, ces immenses divinités crayonnées en flux, comme peignées de courants vitaux... Il y a là, presque partout, la sauvagerie et l'humeur de subversion où s'obstine Dubuffet dans l'essai que je viens de lire, Asphyxiante culture. Disons que cette vieille école, qui bientôt, dit-on, laissera la place à un complexe immobilier, est parcourue de vents sauvages, quand dans la plupart des centres d'art contemporain ce sont surtout dépôts de sable.
Aurais-je visité cette école comme si ce fût l'institut de déculturation ou le gymnase nihiliste rêvé par Dubuffet... Mais non, on y perçoit trop, malgré tout le vent dans les couloirs, le projet (car tout projet, comme dit Cioran, est une forme camouflée d'esclavage) : le projet rassembleur, le projet fédérateur, à cause de l'appel au don qui rappelle que cette initiative anglaise baptisée Museum of Everything se veut caritative, aussi à cause du discours encenseur sorti trop ostensiblement du moule de la comm (on trouve, à la sortie de l'exposition, un café ceci-cela, une librairie ceci-cela, des demoiselles ceci-cela) ; et le projet parisien, le coup, le gros coup, le coup fourré, le pied-de-nez aux institutions voisines qui s'en émeuvent, s'indiffèrent, boudent, toisent.
— On aime bien (comme on écrit dans les rubriques culture ou mode d'une certaine presse) l'interdiction de photographier signifiée par le logo bien reconnaissable de l'appareil photographique barré d'une ligne rouge, et par l'amende chiffrée à mille euros : fantaisie des organisateurs qui donnent un prix et donc une valeur au vol des images quand les œuvres elles-mêmes n'en ont pas. Rappel aussi, ironique peut-être, que la Culture qui porte majuscule a toujours sa police. »

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Wednesday, October 06, 2010

Etre ou ne pas être criminel

« Comme un geyser, jusqu'au ciel le sang n'a pas jailli, pourtant, d'un bord à l'autre du monde, que la nuit est rouge. »

...ou héroïque... Violette Villard (dans un look un peu Arielle Dombasle) donne un atelier de philosophie (dans le style un peu Gilles Deleuze) avec des... comment dire... « pratiquants des asiles psychiatriques »... Ça donne des choses (des résonances) tout à fait intéressantes... En particulier, cette question du libre-arbitre sur laquelle je butais un peu : le choix d'être un criminel, le choix d'être un héros... C'est compliqué, la philo, scolaire (il y avait aussi une moitié de classe de terminale), mais avec ces gens, c'est sûr, c'est imagé... Celui qui a passé quarante ans à Sainte-Anne (il en est sorti il y a cinq ans) et qui soutient comme Hegel que l'univers est rationnel... Je pensais à Marlène et à Robin (Robin parce qu'il sait imiter et qu'il veut travailler sur Dali...) Ça se passe avenue de la Grande Armée, atelier Z, ça aussi, ça fait partie du truc.

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