Tuesday, July 25, 2023

L 'Histoire de la démultiplication


Je ne sais pas trop comment nous donner du travail à la maison. Peut-être faudrait-il tenir une sorte de journal, de journal ouvert, soumis aux tempêtes (Yan vient de m’envoyer les images de celle que nous avons vu passer en France mais qui s’est déchainée à la Chaux-de-Fonds). Par hasard, le poète vaudois Gustave Roux (que j’aime beaucoup) : « Le ciel a été décanté par les pluies récentes ». Je lis dans un article sur Salman Rushdie quelque chose qui me fait penser au jeu d’acteur (donc à vous) : « L’« inné » des écrivains se transporte sans coup férir « de l’autre côté », sautant allégrement d’un méridien ou d’un hémisphère à un autre, tant qu’ils demeurent les adaptateurs d’eux-mêmes. C’est même l’adaptation, de soi à soi, de soi aux autres, que Rushdie érige en principe actif et ô combien dynamique d’un patrimoine cosmopolite appelé à (se) « survivre », le mot revient constamment sous sa plume. » Ce que je souligne, c’est l’ambition (l'espoir) d’être sensible aux « adaptations », d’entraîner nos capacités aux « métamorphoses » le long de ces deux ans chroniqués dont on a déjà oublié le commencement, de — n’est-ce pas cela, le jeu ? — s’entraîner à n’être pas soi, à changer (« Je est un autre »). Soyez insaisissable, fuyez, démultipliez-vous, placez-vous à différents points de la bataille, comme les rois, paraît-il, y plaçaient parfois leurs sosies... Soyez sectateur de vous-même, présent nulle part et partout à la fois… Il y a Walt Whitman qui dira les choses mieux que moi (dans son long, célèbre et sublime Song of Myself) : « I am large, I contain multitudes ». Je pense aussi qu’il faudrait peut-être des postiches (perruques, barbes, lunettes) et des costumes (par quelqu’un très doué à ça, s’il en existait) pour jouer mille personnages sous les étoiles : des hommes nus et déguisés...


« You shall listen to all sides and filter them from your self. »


« J'ai entendu ce que disaient ceux qui parlaient, le discours du début et de la fin, 

Mais je ne parle ni de début ni de fin.


Il n'y a jamais eu plus de début que maintenant,

ni plus de jeunesse ou d'âge que maintenant,

Et il n'y aura jamais plus de perfection qu'aujourd'hui,

ni plus de paradis ou d'enfer qu'aujourd'hui.


L'envie, l'envie, l'envie,

Toujours l'envie procréatrice du monde. »


« Je passe la mort avec les mourants, je passe la naissance avec le petit bébé tout frais, je ne suis pas inclus entre mes seules bottes et chapeau.

Mon œil caresse des myriades d’objets, pas deux identiques, tous bons sans exception,

Bonne la terre, bonnes les étoiles, bons tous leurs attributs. »


«  What is commonest, cheapest, nearest, easiest, is Me,

Me going in for my chances, spending for vast returns,

Adorning myself to bestow myself on the first that will take me,

Not asking the sky to come down to my good will,

Scattering it freely forever. »


(« Ce qu’il y a de plus commun, de moins cher, de plus immédiat, de plus facile c’est ça Moi

Moi, toujours prêt à prendre des risques, à me ruiner pour de gros profits,

A m’apprêter de parures pour m’offrir au premier qui voudra de moi,

Sans exiger du ciel qu’il condescende à mon bon vouloir,

Que, gratuitement et pour l’éternité, je dispense à la ronde. ») 


« The city sleeps and the country sleeps,

The living sleep for their time, the dead sleep for their time,

The old husband sleeps by his wife and the young husband sleeps by his wife;

And these tend inward to me, and I tend outward to them,

And such as it is to be of these more or less I am,

And of these one and all I weave the song of myself. »


« J’ai ma part chez les jeunes, les vieux, les sages comme les stupides,

Suis sans égard pour mon prochain, plein d’égards pour lui,

Maternel mais paternel, enfant guère moins qu’adulte,

Taillé dans la toile brute, taillé dans la toile fine »


« I resist any thing better than my own diversity,

Breathe the air but leave plenty after me,

And am not stuck up, and am in my place. »


« These are really the thoughts of all men in all ages and lands, they are not original with me,

If they are not yours as much as mine they are nothing, or next to nothing,

If they are not the riddle and the untying of the riddle they are nothing,

If they are not just as close as they are distant they are nothing.


This is the grass that grows wherever the land is and the water is,

This the common air that bathes the globe. »


Etc.


Bon, c’est un poème sublime que je vous remercie de m'avoir fait rencontrer, mais je n’ai pas fini de le lire ni de l’étudier… 

(Et ce n'est qu'un exemple...)


A bientôt, 


Yves-Noël

Labels:

Thursday, March 30, 2023

Merci ! 


Bonjour à tout le monde. 

Les dates du 3 et 4 juin sont bonnes pour moi. Il faudra aussi — comme nous le disions — prévoir une visite en amont pour préparer et, en particulier, choisir les endroits de ces performances dans les expositions — des endroits calmes et beaux où les gens pourraient être assis. Si on n’arrivait pas à trouver ce moment en amont, il faudrait alors prévoir d’arriver dans les expositions l’avant-veille des performances (soit le 1er juin), mais, en amont, ce serait mieux.

La performance s’appelle Disparaissez-moi !, elle s’est créée dans le off du festival d’Avignon en 2013 (comme le temps passe, mon Dieu !), elle a été reprise l’année suivante à Toulouse… Elle est d’une durée approximative de 45 mn (ou 50, je ne me souviens plus). Il s’agit donc d’une lecture du deuxième chapitre (le plus célèbre, sur le mal du siècle) de La Confession d’un enfant du siècle d’Alfred de Musset agrémentée de quelques commentaires comme j’en ai l'habitude — on appelle cela, dans l’histoire du théâtre, la «  parabase », digression dans laquelle un auteur fait connaître ses opinions personnelles, originellement, dans la comédie grecque, le coryphée les intentions de l’auteur. On peut d’ailleurs considérer tout ce deuxième chapitre hors de l'action romanesque — paru isolément dans « La Revue des Deux Mondes » en 1835, l'année de la mort de Léopold Robert — comme une parabase. Je devrai, bien sûr, réadapter en lien avec les expositions ces commentaires qui, dans mon souvenir, étaient pour une bonne part improvisés. C’est important que je continue de travailler sur Léopold Robert et les intentions et la connaissance de vos expositions. 



Dans l’immédiat, je vous laisse, pour la présentation du projet — vous le formulerez beaucoup mieux que moi — faire le lien entre ce chapitre de la Confession d’un enfant du siècle d’Alfred de Musset et la destinée et l'œuvre de Léopold Robert.

Peut-être, si c’est encore possible, envoyez-moi, votre présentation, que je la vise rapidement (en l’amendant au besoin).

N’hésitez pas, bien sûr, à me solliciter pour toute autre précision. 

Très cordialement, 

Yves-Noël Genod

Aussi, s'il vous faut un visuel...

Labels:

Monday, March 27, 2023

J’ai laissé la Suisse et votre livre qui m’y a accompagné à Bourg-en-Bresse (maison familiale) et je suis de nouveau dans la pollution et la dureté des rapports de force parisiens. Heureusement il se passe ici un festival que j’adore, un festival de documentaires, le Cinéma du Réel (quel beau titre, n’est-ce pas ?) Une phrase, ce matin dans « Le Monde » — d’un réalisateur de fiction, hélas, qui prend pour modèle les hommes et femmes politiques me fait penser à vous (surtout « la parole très structurée ») ; il dit d’eux : «  Le magnétisme, la verticalité, la parole très structurée, mais aussi la fragilité et les blessures qui restent ». C’est vous, n’est-ce pas ? (Pour moi ! ce matin !) 
(Vu la bande-annonce, le film est très mauvais.)

Amitiés, 
Yves-Noël

Labels:

Thursday, March 23, 2023

L a Meryl Streep de Neuchâtel


Yan me dit que vous avez très envie, chacun, qu’on travaille ensemble. Eh bien, allons-y ! Je sais bien qu’on peut changer, que ce désir peut, du tout au tout, changer sur la durée. Parions donc qu’on en soit au même point dans deux ans ! La même envie maintenue. Mais nous ne savons pas, ni vous ni moi, où nous en serons dans deux ans. Peut-être morts. Ou engagés dans une secte. Ou je ne sais quoi, juste pas envie ou moins envie de ça, de nous. Peut-être que Marine Le Pen sera au pouvoir. Dans ce cas-là, je serai plus présent (j’ai toujours dit que je m’exilerais si elle arrivait au pouvoir) (mais ce sera peut-être en Belgique à cause, hélas, du coût de la vie chez vous). Yan proposait que ce soit l’un des sujets de la pièce — ou le seul sujet : le temps —, cette durée de deux ans. Maintenant, il faut trouver de l’argent et ce ne sera pas une sinécure. Mais moins mon job (je suis nul à ça). 

Amitiés, 

Yves-Noël

Je n’oublie pas que je vous ai dit qu’on tenait un spectacle avec les trois chaises, mais, bon, depuis que je suis revenu en France, j’ai, hélas, repris contact avec la réalité et je me rends bien compte qu’on ne le jouera pas samedi (c’était ça qu’on s’était dit, je crois : fin de semaine ou semaine pro).

Des titres (on adore les titres) ont été proposés pendant ces deux jours. Mon préféré, ce soir : La petite ingrate. Mais il y a aussi : Trois femmes ; Auditions à Neuchâtel ; J’entends très mal avec la perruque ; Premièrement je pense à Molière ; Comédie française ; La Meryl Streep de Neuchâtel ; Les trois mousquetaires… Oui, j'aime aussi beaucoup les titres déjà utilisés (dans le domaine public) : Une saison en enfer ; Hamlet ; L’Invitation au voyage ; L'Amant ; etc.

Labels: