Monday, October 10, 2011

To Put the Cock in the Mouth (at the End)




J’avais suggéré que Gisela devait se faire tatouer, sur l’autre bras, une colombe. Nous n’étions pas retourné à Copenhague, en ce sombre dimanche, malgré mon insistance. Il y a une xénophobie absurde, ici. Les gens d’ici – et Johannes lui-même n’y était jamais allé (c'est à vingt minutes) – trouvent Copenhague moche, débile, sans intérêt. Il se produit évidemment avec ces pays si peu peuplés le même chauvinisme surnaturel et dangereux qu’on trouve en Suisse : mon village est meilleur que le tien. Bref, nous n’étions pas à Copenhague et, comme il n’y a rien à voir à Malmö, je remarquais toute la journée les corbeaux sur les pelouses que j’appelais « Gisela, Gisela… »

Copenhague est la capitale féerique de L’Invitation au voyage. Johannes avait reconnu devant Iggy (son collègue de bureau, pur Suédois, pur débile) qu’à sa grande surprise, la veille, il avait trouvé les gens très beaux. Ah bon, disait Iggy, peut-être qu’alors Copenhagen a changé… Iggy a vingt ans, mais il a déjà un enfant (merveilleux, Leo) de sept ans. Il trouvait absurde de n’avoir pas quasi le même âge que son enfant, il l’a exprimé ainsi à ses parents… Donc il est extrêmement jeune avec un enfant presque de son âge.

Gisela, c’était l’une des possibilités pour le dimanche, qu’elle nous ouvre le musée où elle travaille (tout est fermé, le dimanche) et où se prépare une exposition intitulée « Change of Scenes », le Moderna Museet. Mais je ne voulais pas revoir Gisela, nous avions dit trop d’horreurs sur son compte la journée précédente, moi surtout. Johannes qui avait lu mon texte sur mon blog trouvait qu’il aurait été plus drôle si on avait mieux senti que cette haine, ce dégoût venait d’une jalousie certaine. C’est vrai, c’était vrai, en début de soirée, Gisela m’avait beaucoup plu et j’avais certainement rêvé, c’est évident, à finir la soirée avec elle… Elle m’avait écrit au stylo-bille, sur les premières phalanges des doigts, à main droite LOVE, à main gauche HATE et j’avais savouré d’avoir ma main enserrée dans la sienne, c’est si rare. Puis, dans la soirée, elle s’était pendue à moi et m’avait cassé le dos. Ç’avait été fini… LOVE et HATE avaient été très bien écrits, en lettres presque gothiques…

J’avais encore développé ma vengeance, pour amuser Johannes, toute la journée. Je faisais mine d’écrire ou menacer d’écrire (à la plume et au venin). J’allais révéler le nom de sa copine : Miriam, j’allais titrer Gisèle versus Myriam, j’allais écrire des phrases comme : « …car elle ne lira jamais le blog, cette pauvre analphabète… » en soulignant anal et bête – ça amusait beaucoup et effrayait Johannes… Mais Johannes continuait de m’alimenter avec des détails répugnants que je ne peux même pas raconter ici. Si, quand même, une chose : Iggy était très étonné que le sida s’attrape par le sperme, il pensait que ça ne s’attrapait que par le sang. Donc il pratiquait lui aussi ce qui a l’air de se pratiquer de manière assez générale, ici : pour éviter d’avoir un enfant, se retirer et jouir dans la bouche. Les Suédoises avalent.

Sur le carton de l’exposition « Change of Scenes », on voit un tableau de 1918, de Nils von Dardel : Den döende dandyn, The Dying Dandy. Johannes m’explique que c’est un homosexuel qui se marrie. On voit, en effet, un jeune homme mourrant entouré de femmes et tenant à la main un miroir, tandis qu’un autre homme efféminé le pleure un peu en retrait. Le jeune homme allongé, le visage blême, jaunâtre, aux traits curieux, dessinés et aux cheveux noir corbeau est le portrait craché de Pierre, Pierre Courcelle qui, lui, semble avoir fait le chemin inverse – l’époque a changé – : retrouver son dandysme… Un dandysme ancien et désuet, le va-et-vient des incarnations des âmes, un jour Barbara, un jour Virginia Woolf, un jour Fernando Pessoa… Les hétéronymes… Qui était-elle, qu’avait-elle été la petite Gisela, la petite Annabel Lee d’Edgar Allan Poe ? Dans ces bars déserts de dimanche soir où nous avait rejoints Natacha (de retour de Stockholm), je regrettais de ne pas revoir Gisela… J’avais aussi une phrase que m’avait apprise Johannes en allemand – puisque Gisela aimait qu’il lui parle allemand – : « HAST DU DICH GEWASHEN ? » « As-tu pris une douche ? » Il l’avait écrit en capitales sur mon carnet. J’apprenais, quant à moi, du français à Iggy : « Je voudrais coucher avec toi. » Il prononçait parfois « toucher » ou « coûter » et parfois rien du tout : « Je voudrais avec toi. » C’était un plaisir de l’entendre répéter cette phrase sans penser à mal… J’étais au bord de l’engager…

Dehors, la pluie, la merveilleuse pluie qui fait les âmes se réunir.

Le gros chat mort qui avait faim.

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Sunday, October 09, 2011

Relecture du cœur




Je relis le texte de Pierre et, là où je n’ai pas pleuré, je repleure. Le relirai-je sans fin ?



Le luxe, encore, faut-il travailler pour vivre ? Johannes m’as mis dans un appartement de luxe, extrêmement silencieux, traversé d’air, de lumière, avec ce seul détail effrayant : le chat obèse…



Johannes dort dans le train d’avoir trop baisé.



« Ah ! cruel, tu m’as trop entendue !
Je t’en ai dit assez pour te tirer d’erreur.
Eh bien ! connais donc Phèdre et toute sa fureur.
J’aime. »



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Dans une émancipation du silence




ll faut une langue sinon de quoi parle-t-on ? De quoi parle-t-on si on oublie tout à mesure et lavé par la maladie et la télévision ? Evidemment, il y a l’instinct – mais qu’est-ce qu’on peut dire ? Rassembler. Au sens religieux. On y est obligé si on peut. C’est le guide, c’est le Christ. Oui, les vitres percent – le silence. Oui, cela traverse et d’instinct cette croyance : ô la mort… On oublie ce qui s’extrait de la journée. Et la lune, non, ne l’oublie pas. L’air est très pur, c'est évident. Il n’y a pas de nature. J’ai demandé à voir la nature. Que j’imaginais la Suède comme la nature. Qu’il fallait m’emmener dans une forêt, en cette saison, c’est si beau, ou sur une plage avec des moutons... On était bien interloqué. J’ai insisté : Mais la nature… Non, il n’y a pas de nature, ici, il n’y a pas de forêts, il n’y a pas de plages, il faut remonter vers le Nord, rien à moins de deux heures. Mais countryside, il y a bien a countryside ? Oui, but c’est moche… C’est plat ? Oui, c’est plat… Rien à tirer de ces jeunes gens. Quand je suis arrivé, Johannes m’avait dit : « C’est comme n’importe quelle ville d’Allemagne, mais les gens sont merveilleux, les gens n'ont rien à voir, mais rien à voir avec les Allemands. » Le silence est pénétrant dans cette ville dont l’indifférence m’étonne. Il faut faire des phrases, c’est ça qui est moche, ou des photos. Le haïku est devant la fenêtre, devant la lune. Oui, je suis nulle part.

L’ombre de ta présence, ô feuille délicate qui bouge au vent, indifférente et plus présente que le chat. Ton clair de lune, ton ombre chinoise, oui, je suis où tu veux.

Dans « Le Monde », à la gare de Copenhague, en première page (je me suis demandé si ce n’était pas une parodie) : « C’est scientifique : la télé tue ». Il n’y a rien qui ne nécessite l’absence de sens. Pour m’en assurer, je ferme encore les yeux, je ferme les oreilles en pensée, mais c’est facile : le silence est tenace, on n’entend rien, de vagues bruits de voix comme autrefois (assurément inatteignables), je n’ai plus d’odorat, mes doigts ne touchent que les touches de l’ordinateur…

Johannes raconte (toute la journée) qu’il a baisé Gisela. Comme Gisela ne lira pas ce blog – Johannes tient beaucoup – à tout bout de champ – à me démontrer – en hurlant des insanités dans la rue ou chez les commerçants – que personne ici ne comprend le français – je peux raconter, moi aussi, que Johannes en a marre de baiser Gisela. Au début, ça l’amusait. Elle est très violente. C’est ça qui l’amusait. Puis il s’en est désintéressé, puis Gisela s’est fait un superbe tatouage (sur le bras) et voilà que Gisela l’excite de nouveau. Mais il va arrêter, ça ne va pas. C’est épuisant. Il l’a baisée pendant des heures, puis quand j’ai joui – on dit comme ça ? – Oui, tout à fait – elle s’est encore masturbée pendant des heures. Puis la proximité avec sa copine, hier, ça n’allait pas. D’habitude ça allait, mais, hier, ça n’allait pas. Sa copine était là il y a trois jours. Ça salissait la relation. Il est étonné que Gisela ait un tel savoir sur les bites. C’est très rare chez une fille. D’habitude, les filles ne savent rien à ce propos, ce qui est normal. Lui-même ne sait rien de ce machin (il mime avec le doigt), parfois il tombe dessus, d’autre fois pas du tout… Mais Gisela sait, il ne sait pas comment. Gisela lui demande de lui parler en allemand, ça l’excite. « C’est bon, continue comme ça – oui, là… », en allemand. A un moment, dans la nuit, il a oublié de mettre une capote. Ça lui pèse. Gisela va avec tous les hommes. Mais il va arrêter.

Aujourd’hui, nous sommes allés à Copenhague. C’est à vingt minutes de train, mais c’est à l’étranger. Tout change, la langue, la monnaie. Le train traverse la mer, faut dire. Il traverse la mer. C’est ce qu’il y a de plus beau. Des deux côtés, la mer. Un peu comme à Venise, mais en beaucoup plus long – et plus vaste. Des ciels et la mer de chaque côté. A un moment, il y a un champ d’éoliennes, c’est très beau. Elles ont l’air de pousser comme ça, en pleine mer, comme un jardin dans la lumière, c’est très beau. A un moment, il y a un bateau échoué. Très net, très beau, en pleine mer. Johannes me dit qu’il l’a toujours vu, mais que, la première fois, il s’est demandé s’il ne fallait pas qu’il appelle les secours. Je pense – et Johannes me dit que ce n’est pas impossible – qu’il s’agit d’une œuvre d’art. C’est le même bateau échoué, en tout cas, qu’il y a dans un spectacle de Pina Bausch. Justement un spectacle que je trouvais moins bon, mais qui me reste, car, ce bateau, je ne savais pas d’où il venait. Maintenant, je vois : c’est le même bateau échoué en pleine mer, comme une œuvre d’art…

Copenhague, c’est très beau, Johannes trouvait ça moche (« à côté de la France ») et embué encore qu’il était dans la damnation de sa nuit d’amour, mais j’ai peu à peu réussi à le convaincre. Quel rapport avec la France ? Aucun. C’est comme une rêverie, une ville féerique, « Qu’est-ce que serait une ville du Nord – si vous l’imaginiez ? » Chaque flèche est dessinée et réalisée pour être la plus différente de l’autre, c’est très curieux. On dirait du postmodernisme, sauf que c’est ancien. Il y avait un vent ! Il y avait une belle lumière, mais il y avait un vent ! A un moment, Johannes m’a donné un pull que Laurent Chétouane lui avait donné (pour le remercier d’avoir baisé avec lui – Johannes pense qu’il offre ce même pull marin bleu sombre à tous ses amants). Est-ce que tu crois, Johannes, qu’il fait plus froid que ça au mois de janvier ou c’est pareil ? – Un petit peu plus froid, mais pas beaucoup plus, tu as raison. Les hommes et les femmes sont extrêmement beaux, en bonne santé – et ils ont l’air si heureux de vivre dans le froid comme ça : quel drôle de pays ! Nous avons renoncé à aller jusqu’à la petite mermaid tellement il faisait froid, j’ai dit non, tant pis, j’ai dit, tant pis ! Mais nous avons marché dans Copenhague un peu au hasard. Tout était beau et Johannes me racontait sa nuit d’amour… J’imaginais que tous ces gens que je croisais baisaient aussi comme ça… Moi, je ne baise pas. Mais je voyais que j’étais l’exception. D’habitude, je suis entouré d’homosexuels qui me racontent leurs frasques, leurs cochonneries, mais les hétéros baisent aussi, pareil (c’est aussi sale). Je les enviais, bien sûr et, en même temps, je pensais : quelle damnation, quand même, je suis content d’échapper à ça, vraiment content, c’est dégoûtant ! J’apprenais à Johannes les pires insultes pour le détourner de Gisela, je la traitais de raclure de bidet, de sac à foutre… et – oui – cela le dégoûtait de sa misère. Il ne cessait d’envoyer des sms, je ne sais à qui, à sa copine, sans doute... Avec sa copine – ça, je l’ai noté dans le carnet –, ils ont cinq règles de comportement. 1) Quand on arrive ensemble, on repart ensemble. 2) Tu te protèges, bien sûr. (Ce qu’il n’avait pas fait.) 3) Le dire à l’autre au plus tard deux jours après. 4) No dwarf. 5) Tu dois te souvenir des quatre premières règles… Il ne se souvenait pas de la cinquième règle, alors c’est moi qui l’aie inventée…

Plus tard, il s’en souvient (mais il lui en manque quand même une, dit-il, parce qu’il pense que « No dwarf » est apocryphe) : 4) Il y a des « tabous » (pour « veto ») : l’un peut interdire à l’autre d’aller (ou de retourner) avec une personne. Ce que sa copine – bien qu’elle ne soit pas très heureuse qu’il aille avec Gisela (parce que, Gisela, tout le monde lui est passé sur le corps) – n’a pas encore demandé – ce qui ne saurait tarder...

A moins qu’il la laisse tomber de lui-même.

Mais Gisela a un savoir sur sa bite… (Sans compter son trou du cul, etc.)

Voilà, c’était ma lettre du samedi soir à Malmö. Je dors chez Natacha (une Russe qui s’est absentée à Stockholm pour le week-end) dont je nourris le chat et que je ne baiserai pas (ni hier ni à son retour) bien que les filles ici soient vraiment faciles, ce n’est pas une légende – elles ne pensent pas à mal. J’ai du mal à penser que c’est ce pays qui poursuit Julian Assange pour avoir baisé une fille alors qu’elle lui disait non.

J’ai une excuse pour ne pas baiser : je suis maintenant épuisé et malade.

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