Wednesday, March 01, 2017

Photo Stéphane Wargnier

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U n texte que je ne vous ai pas fait (mais dommage)


« Avant qu’Albertine m’eût obéi et m’eût laissé enlever ses souliers, j’entr’ouvrais sa chemise. Les deux petits seins haut remontés étaient si ronds qu’ils avaient moins l’air de faire partie intégrante de son corps que d’y avoir mûri comme deux fruits ; et son ventre (dissimulant la place qui chez l’homme s’enlaidit comme du crampon resté fiché dans une statue descellée) se refermait à la jonction des cuisses, par deux valves d’une courbe aussi assoupie, aussi reposante, aussi claustrale que celle de l’horizon quand le soleil a disparu. Elle ôtait ses souliers, se couchait près de moi.
Ô grandes attitudes de l’Homme et de la Femme où cherchent à se joindre, dans l’innocence des premiers jours et avec l’humilité de l’argile, ce que la création a séparé, où Ève est étonnée et soumise devant l’Homme au côté de qui elle s’éveille, comme lui-même, encore seul, devant Dieu qui l’a formé. Albertine nouait ses bras derrière ses cheveux noirs, la hanche renflée, la jambe tombante en une inflexion de col de cygne qui s’allonge et se recourbe pour revenir sur lui-même. Il n’y avait que quand elle était tout à fait sur le côté qu’on voyait un certain aspect de sa figure (si bonne et si belle de face) que je ne pouvais souffrir, crochu comme en certaines caricatures de Léonard, semblant révéler la méchanceté, l’âpreté au gain, la fourberie d’une espionne, dont la présence chez moi m’eût fait horreur et qui semblait démasquée par ces profils-là. Aussitôt je prenais la figure d’Albertine dans mes mains et je la replaçais de face.
« Soyez gentil, promettez-moi que, si vous ne venez pas demain, vous travaillerez », disait mon amie en remettant sa chemise. « Oui, mais ne mettez pas encore votre peignoir. » Quelquefois je finissais par m’endormir à côté d’elle. La chambre s’était refroidie, il fallait du bois. J’essayais de trouver la sonnette dans mon dos, je n’y arrivais pas, tâtant tous les barreaux de cuivre qui n’étaient pas ceux entre lesquels elle pendait et, à Albertine qui avait sauté du lit pour que Françoise ne nous vît pas l’un à côté de l’autre, je disais : « Non remontez une seconde, je ne peux pas trouver la sonnette. »
Instants doux, gais, innocents en apparence et où s’accumule pourtant la possibilité, en nous insoupçonnée, du désastre, ce qui fait de la vie amoureuse la plus contrastée de toutes, celle où la pluie imprévisible de soufre et de poix tombe après les moments les plus riants et où ensuite, sans avoir le courage de tirer la leçon du malheur, nous rebâtissons immédiatement sur les flancs du cratère d’où ne pourra sortir que la catastrophe. J’avais l’insouciance de ceux qui croient leur bonheur durable. »

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Monday, February 27, 2017

L e violon frémit comme un cœur qu'on afflige


Photo Abel Llavall-Ubach

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Saturday, February 25, 2017

Dessin François Olislaeger

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Thursday, February 23, 2017

Monday, February 20, 2017

Olivier Steiner 
« Lundi 20 février 2017. Corps de papier crépon rouge, tel une mante religieuse fatiguée mais toujours vorace, appétit et désir déployés, il pousse l'étroite et fragile porte à jardin, s'approche, fait quelques pas hésitants comme dans le raidillon de Combray. C'est ensuite le chemin des aubépines du côté de Tansonville et lui c'est le roi Marcel, Sa gracieuse mélancolie, c’est Yves-Noël Genod lisant Proust, Son excellence, Son altesse des souvenirs. Il va comme pour s'allonger sur le canapé de verte chlorophylle, son trône, l'incroyable machine du spectacle va pouvoir commencer. Au loin, derrière les murs calcinés de ce Théâtre aux allures de Temple romain, quelques pétarades, des départs de feu d'artifice, les applaudissements du spectacle de la semaine dernière, Depardieu / Barbara, ou bien la guerre, les bombardements et les drones, Verdun, Alep. C'est le lendemain d'une fête grandiose, c'est le petit matin dans le Palace, années 80 qu'elles soient de 18 cents ou de 1900, c'est un peu l'aube après la fin des temps, la salle du bal est vide, vidée, vous allez voir ce que vous allez voir, à savoir ce qui reste quand on retire tout, ça va durer des journées entières dans les arbres, une éternité, 2 heures 30 précisément. Il a enfin décidé de parler du cœur des choses, cœur de sa chose à lui depuis qu'il travaille, qu'il façonne des spectacles comme d'autres cousent des robes de haute couture, lui, la mante religieuse à la voix voilée de Mauriac, c’est Yves-Noël Genod qui s'attaque enfin à son sujet préféré, sa spécialité, le temps. Ce ne sera qu'un spectacle sur le temps, celui qu'il fait, qu'il fit, qu'il fera, le temps comme le seul dieu agissant, l'immense cathédrale, l'énorme organisme créateur dont on ne sait, après tout, s'il existe vraiment... Bientôt, demain, j'essaierai de vous parler du rose de cette fleur, couleur "naturellement complexe", et de ce qu'il en fut auprès du mauve de la mer à Balbec, aux siècles derniers. Demain une nouvelle proustinade, après-demain aussi, jusqu'à samedi la dernière. Car aujourd'hui ce soir, ce n'est que la générale, Venise est encore loin, Venise est une lacune dans la lagune, aujourd'hui ce soir tout est encore possible et tout pourra être sauvé, maman montera peut-être pour le baiser du soir, maman qui arrête le monde en disant bonne nuit, à moins que ce ne soit Robert pour la dernière piqûre. Longtemps de bonne heure, chère Céleste. Entendez long temps de bon heur, car il sera long, le temps, avec un peu de chance. »

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Saturday, February 11, 2017

Photo Rémy Artiges

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