Friday, October 13, 2017

Yves-Noël Genod sera assisté par Aidan Amore qui partagera les rudiments de la technique hollywoodienne Actors Studio

Aidan Amore est un très jeune artiste transdisciplinaire actif en tant qu’acteur, performeur et plasticien, se produisant en Suisse, aux Etats-Unis, ainsi qu’en France. Je l’ai rencontré au moment où je cherchais des gens pour mon dernier spectacle La Beauté Contemporaine (représenté à Paris en mars 2017) dans lequel il partageait déjà — avec le public — les rudiments de la célèbre technique de jeu hollywoodienne Actors Studio. C’est ce que je lui ai demandé de réitérer dans le cadre de ce stage « Fabrique de star ». Il s’agira forcément d’une initiation — en si peu de temps —, mais qui pourra ouvrir des perspectives...
YNG 

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Sunday, September 10, 2017

U n stage en novembre (du 6 au 12) à Lausanne


Fabrique de star 
Je serais une star, je dormirais dans un lit de star, je boirais comme une star, je me nourrirais comme une star, c’est-à-dire très peu, bio et gratuit (fois gras et homard sur l’île), je ferais tout comme une star (je patine : qu’est-ce qu’elle font, déjà, les stars ?), mais (et) surtout je jouerais comme une star, ma peau illuminerait la beauté, ma coiffure, ma création, un couple de rêve, un acteur hollywoodien sinon rien, Alain Delon, Monica Bellucci, j’en passe et des meilleurs, je saurais y faire, je serais malin, j’apparaîtrais, j’arriverais texte su, j’aurais beaucoup travaillé les rôles, beaucoup étudié les ballets, les airs d’opéra, la jonglerie, les claquettes, et tout cela, tout ce travail, je l’oublierais instantanément, car il ne faudrait pas le montrer car vous êtes une star, une star naturelle, vous êtes nés comme ça, avec une cuillère en argent dans la bouche, vos parents déjà étaient des stars (déjà), vos enfants le seront, le travail ne se voit pas, vous recevrez des amis au bord de la piscine, vous improviserez, c’est obligatoire d’improviser, vous savez pourquoi ? parce que « l’unique joie du monde, c’est de commencer », je l’ai lu quelque part, et que vivre, c’est cela : commencer, à chaque instant. Roulez genèse !

La méthode de travail est à inventer dans chaque nouvelle situation — et toutes les situations le sont ; je cherche donc à ne pas avoir de méthode ou d’enseignement préconçu, je l’oublie, je cherche à considérer le groupe des stagiaires choisis ou non choisis comme une troupe de spectacle ou de cinéma à partir de laquelle nous devons, à partir des présences, des personnalités, des rêves et des rencontres, inventer un monde. The world is a stage, mais l’inverse est vrai aussi, il s’agit de considérer la scène comme un monde, « réunion des scènes infinie », comme dit Rimbaud dont je viens de travailler (pour l’Opéra-Comique, à Paris) quelques « illuminations » : beaucoup de monde-stage, beaucoup de « créations ». Mon travail se rapporte à la Genèse, aux récits de commencement (de toute culture et de toute forme). « Et là, les formes, les sueurs, les chevelures et les yeux, flottant. » Il sera demandé aux participants d’avoir dans l’idée — dans l’ambition — cette pluralité des sens, cette jeunesse. Tout ouvert. Il y a cette phrase de Rimbaud (qui a ouvert toute la poésie moderne) que je cite toujours : « littéralement et dans tous les sens. » C’est ça, jouer, c’est une littéralité qui inclue tous les sens, jusqu’à être et ne pas être. C’est aussi inventer — au sens où l’on nomme « inventeurs » les découvreurs de trésors. Cela ne se passe que dans le monde réel. Qui plus nous avançons — plus il s’approfondit. « Seule une pleine conscience et une grande sensibilité intérieure nous permettent de savoir que la vie est merveilleuse et horrible », dit, dans un tweet, ce matin, Edgar Morin.
Il est recommandé aux stagiaires de venir avec des matières déjà travaillées. Dans l’esprit d’une masterclass. Des choses contrastées, permettant des états de violence et d’apaisement, des folies et des lumières, des épiphanies, des cassures. Bien entendu, chaque fois, avec toutes ses possibilités, rendre compte du monde et de sa création.
Les stagiaires pourront prendre contact avec moi en amont pour échanger quant à leur désir et leur choix de matières. 
Le stage doit être considéré comme un travail de masterclass, c’est-à-dire de haut niveau, mais est ouvert à tous, il s’agit d’affirmer un travail, une excellence. Cette excellence peut se retrouver autant chez les professionnels que chez les amateurs et dans toutes les disciplines du spectacle (danse, chant, cirque, théâtre, cinéma…) et du non spectacle (toutes les activités que propose la vie sociale). Il est demandé une courte lettre de motivation, un CV et une ou plusieurs photos ou liens vidéo ainsi que tout document qui me permettrait de constituer un groupe. L’accent sera mis non seulement sur le travail individuel, mais sur l’ensemble et les échanges entre les vivants.  

Yves-Noël Genod, 10 septembre 2017 

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Wednesday, February 23, 2011

Le Désir, le mot n'est pas encore inventé

Il est tard dans cette grande maison de poupée dans laquelle je vis seul, calmement, cette maison que Sarah m’a trouvée, c’est très gentil, je regarde le « Grand Journal » dans la salle de l’ordinateur, puis, maintenant, j’ai monté l’ordinateur pour écrire un petit peu. Je suis fatigué par ce stage. Ça se passe très bien. Les filles sont super… Mais c’est normal d’être un peu fatigué, mais je m’inquiète toujours d’être fatigué par un travail, j’ai l’impression que si je le faisais vraiment bien, je ne le serais pas, c’est un manque d’intelligence, pour moi, d’être fatigué, manque de raccourcis, la vie est si pleine et vive, il n’y a pas de raison, quand on s’y baigne, d’être fatigué – et courte en plus, la vie – et pleine – et Claudel aujourd’hui en a bien parlé, il faudrait que je recopie Claudel. Je demande que les stagiaires travaillent des textes parce que je veux entendre des belles choses… Quelqu’un m’a parlé de Dante, qui était-ce ? Je veux Dante ! J’ai demandé les Evangiles aujourd’hui à cause de cette idée des slogans du Christ qui m’était venue hier au soir pour sauver la Suisse d’elle-même (je ne vois que le Christ !) – je veux les Evangiles ! Je veux du cinéma. On a été dans un café désert avec Olivia et Anne-Laure après leur scène de Bergman, j’ai dit : c’est là qu’on peut tourner la scène, Olivia m’a demandé : pourquoi tourner la scène ?, j’ai dit : pour le décor et pour les gros plans, pour voir tes très belles dents que je n’avais pas encore vues. C’est vrai, je veux les voir, voir, ces gens, et ils n’ont pas idée comme on les voit encore peu – je les distingue encore très peu dans la forêt de l’obscurantisme, c’est ça qui est fatigant, montrez-vous, mes enfants, aidez-moi à vous voir, je veux voir tous vos détails, je veux voir votre peau, le grain de votre peau, je veux connaître tout de votre beauté qui est immense et beaucoup plus grande que vous ne vous permettez de le croire. Adjani a dit un jour qu’elle avait compris un jour qu’elle pouvait décider d’être belle ou d’être laide, choissez comme elle, les filles, c’est pas interdit. Je suis content, je me suis trouvé une activité pour le week-end. Je vais louer une voiture et visiter la Suisse profonde parce qu’on me dit que je ne peux pas comprendre si je reste à Lausanne (qui est « de gauche » et pas représentative). En fait, le pays est dirigé par le parti d’extrême-droite, l’UDC, qui est le parti contre lequel personne ne peut rien parce que c’est lui qui est le plus proche de « l’identité suisse », c’est fatalité, cette culpabilité qui décourage la jeunesse urbaine car elle n’y peut rien comme on ne peut rien contre sa famille sauf partir, foutre le camp, traverser les frontière, comme disait Grisélidis Réal et, si on ne le fait pas, on est rien et on ne peut s’opposer alors à ceux qui assument de ne traverser aucune frontière – j’irai donc dans la Suisse profonde, avec ma voiture, voir les paysages...

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Wednesday, November 10, 2010

Leçons de liberté

Pour les gnostiques et les kabbalistes, si le monde contient le mal, c’est parce qu’il a été créé non par Dieu, mais par une émanation déficiente de Dieu, un succédané, une « divinité » proche de zéro, la dernière d’une série de photocopies…
Nous nous intéresserons à ce proche de zéro. Délaissant Dieu et son impossible, nous laisserons le monde entrer sur le plateau. Cela s’appellera : « réalisme ». Le monde tel qu’il est : anthropomorphique et incompréhensible (sans l’explication des émanations déficientes divines).
« Le monde incompréhensible » est une formule positive : c’est celle de la liberté. La seule chose qu’un acteur puisse apporter au public, c’est une leçon de liberté, une leçon de réel.
 Nous nous appuierons sur tout le répertoire classique, les grands textes qu’un acteur se passionne de fréquenter. Des textes non théâtraux ou des films classiques pourront également être saisis. Imitations de spectacles, travestissement... Le tout sera de jouer « vrai ». Toute la poésie pourra être convoquée, mais pas de « textes contemporains ». Le contemporain est un rideau de fumée. Le contemporain, c’est nous.

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