Monday, July 08, 2019

L égende des Trois Sœurs


La pièce Les trois sœurs était si enfouie dans Pantin, dans la représentation, dans Ireïna, c’était inouï comme elle était enfouie, une chose si simple, croyait-on, mais si prompte à se dissimuler, si vivante, en fait, et donc à s’enfuir, si animale, comme nous avons eu du mal à la sortir de son obscurité, des paravents de toutes sortes, des bouquets de fleurs, des masques, elle était enfouie dans le russe et c’était peut-être dans le russe qu’elle apparaissait le plus, invisible (mais audible), qui étaient ces gens ? qui étaient-ils ? qui étaient ces gens si proches de Tchekhov qu’il en avait fait des personnages, à cette époque, en 1900, et pour l’éternité ? ça lui avait demandé beaucoup de travail, il l'avoue dans ses lettres, mais la pièce, une fois écrite, était demeurée musicalement vivante...

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Sunday, June 23, 2019

E tre une grande actrice (pour Alain Klinger)


Alain Klinger m’a demandé s’il pouvait imaginer un spectacle avec des textes issus de mon blog, ceux qui peuvent se regrouper autour des réflexions sur le jeu d’acteur, « sorte de Lettres à un jeune intermittent (cela pourrait s’appeler Je veux que tu ne joues pas, par exemple) » et il conclut avec humour : « J’ai envie d’évangéliser les foules avec Genod ». Eh bien, aussi, comme c’est dur pour Ireïna de comprendre qu’il n’y a qu’une chose à faire et pas deux, être bonne et pas mauvaise. C’est ce que dit Michel Houellebecq dans son texte Rester vivant (que je joue mercredi et jeudi au café Pas Si Loin) et que j’ai mis longtemps à comprendre sous cette forme : « Vous êtes riches. Vous connaissez le Bien, vous connaissez le Mal. Ne renoncez jamais à les séparer ; ne vous laissez pas engluer dans la tolérance, ce pauvre stigmate de l’âge. La poésie est en mesure d’établir des vérités morales définitives. Vous devez haïr la liberté de toutes vos forces. » En effet, Ireïna est inégale, un jour géniale et un autre jour on dirait qu’elle a envie d’aller voir ailleurs  : elle devient mauvaise. Non, il n’y a qu’une chose à faire, quand on est artiste : rester du bon côté, du côté du bon. Ce que La Callas (et tant d’autres) appelait : « Ne pas tricher ». C’est ce que dit Houellebecq dans ce texte. Je recopie aussi ici un extrait du dernier entretien d’Alain Delon avec Laure Adler dans « L’Heure bleue ». Ça m’a frappé parce qu’il dit, lui aussi (à sa manière), la même chose que Gérard Depardieu qui a donné son prénom au cours que je donne parfois au café de Kataline : Jouer comme Gérard (ou maintenant comme Alain) :
« lors de mon premier film, il s’appelait Quand la femme s’en mêle, en 1957, mon metteur en scène qui est mort depuis longtemps, mon premier metteur en scène, Yves Allegret, quand j’ai eu accepté de tourner pour lui, un jour m’a pris dans ma loge et m’a dit : « Ecoute, Alain, on va tourner pour le premier jour aujourd’hui, y a qqch que je voudrais te dire et je voudrais simplement que tu notes bien, regarde-moi bien ». Et il me dit : « Tu vois, tu connais ton rôle dans ce film : je ne veux pas que tu joues. Regarde comme tu regardes, bouge comme tu bouges, parle comme tu parles, écoute comme tu écoutes, sois toi. Ne joue pas, sois toi ». Et, ça, je crois que c’était une grande page dans ma carrière, ça m’a tout donné, ça m’a tout appris parce que j’ai jamais oublié ce qu’il m’a dit et, dès mon premier film, je n’ai pas joué, j’ai été moi — et je crois que j’ai été moi dans tous mes films et, ça, je le dois à Yves et si Yves ne m’avait pas dit ça, j’aurais peut-être voulu jouer comme tout le monde. »
« Et, ça, ça m’a donné l’impulsion du départ »
« Je ne joue pas dans mes films, je vis »
Je conseille aussi à Ireïna pour se fortifier dans le bon (le Bien, dit Houellebecq, mais il s’agit du bon) d’écouter des interviews de Robert Bresson. Par hasard, ce soir, je suis retombé sur plusieurs d’entre eux (pour une fois les logiciels m’ont donné ce que je désirais — sans le savoir — entendre : ça s’affine, les robots…) Il ne parle que de ça : ne pas tricher. Au lieu du mot « réel » que j’emploie, il parle, lui, de « nature ». C’est plus beau (mais c’est la même chose). « Pas du naturel, mais du nature. » Il parle de « spontanéité » au lieu du mot « improvisation », c’est plus beau aussi et c’est aussi la même chose. « La spontanéité, c’est le présent ; ce n’est pas le passé ni l’avenir, c’est le présent. » Il dit que la beauté n’est beauté que si elle est neuve. Il dit qu’il veut du neuf tout le temps (et Ireïna sait de quoi je parle). Etre surpris toujours (il parle de lui fabriquant un film, mais c’est pareil) et il dit aussi qu’il croit beaucoup au hasard. Tout cela, c’est ce que nous disons constamment. Aujourd’hui, j’ai dit à Ireïna : « C’est bien simple, plus tu es dans le réel, plus tu es une grande actrice et moins tu es dans le réel, moins tu es une grande actrice. » J’aurais dû dire : « C’est bien simple, plus tu es dans le réel, plus tu es une grande actrice et moins tu es dans le réel, plus tu es une mauvaise actrice. » Mais Ireïna n'était pas mauvaise aujourd'hui, elle était bonne. Assez détendue et confiante pour être dans le réel. Pour laisser passer les choses qu'à elle-même elle se cache (son inconscient). Mais j’insiste beaucoup pour lui faire comprendre qu’elle n’a pas le choix, nom de Dieu ! pas le choix ! (contrairement à ce que pense son inconscient) : elle n’a que le choix — mais c’est un choix — d’être bonne. « Il ne faut absolument pas avoir d’avance », dit encore Bresson, mais tout ce que dit Bresson vaut de l'or :



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Saturday, June 01, 2019

(Ecrit lors de la dernière répétition des TROIS SŒURS, par Ireïna Labetskaïa, une après-midi splendide dans un café à Pantin)
Il fait chaud, caniculaire, venez vous rafraîchir au « climat slave » (ce qui veut dire : froid et moustiques), près de la rivière Tchekhov. Là aussi, comme pour l’AMANT, il y a un décor, une scène, mais il n’y a pas de salle : vous êtes dans la lumière, dans la splendeur de la lumière dans ce café vitré et vous jouez les TROIS SŒURS.
« Etre » dans la grotte lumineuse du café, avec cette lumière du Mexique, les enfants qui jouent au ballon, l’air d’été, de bord de mer, écouter du Tchekhov, comme sous un arbre, personnellement, je viens ! Faites-en autant !
Quand « ça marche », comme ce samedi après-midi, on plonge non pas dans la pièce des TROIS SŒURS, mais dans des pièces et des pièces que contiennent, poupées russes, les TROIS SŒURS. Ireïna, quand elle n’a pas peur, invente à mesure sa vie, écrite comme guidée par la partition d’un homme dont l’émotion nous brise le cœur...

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S amedi


Ireïna Labetskaïa dans les Trois Sœurs

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