Monday, July 24, 2023

L etter


Bonjour Martin !


Je suis seul dans la maison de ma mère (mon amie est partie ce matin). Je retrouve des choses, des documents, une lettre de toi, de notre adolescence — ou de notre adolescence prolongée comme on aimait le vivre toi et moi. C’est émouvant d’avoir finalement presque passé la vie ensemble. Ta lettre, c’est au moment de ta séparation d’avec Angelika et tu vas dans le Connecticut et tu montes une pièce de Brecht, peut-être… Aucun de ces événements ne me dit grand chose, mais la lettre, sa douceur, ça, je la reconnais. Tu me demandes si j’ai revu « les sœurs » et puis tu me proposes qu’on se téléphone à travers l’océan. Je ne sais pas si nous l’avons fait…

Le monde a changé depuis ce moment flou et pourtant net, n’est-ce pas ? Ou — est-ce une illusion ? Les journaux sont plein de ce changement, mais l’appréciation des choses, du changement, nous sommes assez âgés pour en apercevoir la relativité. Tiens, on m’a demandé récemment de lire un extrait de Bulles, de Peter Sloterdijk, là aussi j’ai pensé à toi. Je me suis imaginé que tu l’avais lu (contrairement à moi). C’est si dense, si généreux, mais la langue est très belle, alors, j’en ai acheté deux volumes pas trop gros, j’espère que j’y arriverai… Je lutte (comme beaucoup, j’imagine) pour maintenir la lecture, mais ce n’est pas facile. Tout est tellement simplifié aujourd’hui, n’est-ce pas, et on nous appelle à vivre dans cette simplification… Paraît que nous utilisons de moins en moins de neurones (je ne sais plus où j’ai lu ça), que nous sommes de plus en plus spécialisés dans la simplification. 

T’embrasse, m fr

À l’époque tu signais : « Paix avec toi », 


Yves-Noël







Oh, merci de ces nouvelles pleines de vitalité, cher Martin ! Oui, bien sûr, Faire parler le ciel est aussi un livre que j’ai repéré (et acheté). Merci des nouvelles de tout le monde et du couvent… je passe parfois peu loin en voiture, mais c’est comme si je n’y avais plus droit, comme si un rideau s’était fermé (peut-être tout simplement parce que je ne crois pas en Dieu, alors que je le cherchais encore adolescent…) Ma mère, ça va, j’écris pas mal sur elle sur IG… Bon, elle a Alzheimer, alors… Je m’occupe d’elle au moins une semaine par mois — ce qui est possible car j’ai peu de travail. Il faut aussi trier la maison qui va être vendue fin octobre…

C’est pas trop moche, dis-donc, Hawaii, pour Max…

Je pars en Corse demain (j’y ai des amis fidèles, tu sais) et je reviens à Bourg ensuite…

Kisses, 


Yvno


Labels:

Monday, January 30, 2023


Tiens, une citation d’un écrivain (hélas que je n’ai pas lu comme presque tous les auteurs, je lis si peu vite) qui ma forcément ramené à toi, ne serait-ce qu’à cause des mots allemands… Et un autre passage, de Baudelaire, qui mtoujours fait penser à cette soirée dété sur une colline ombragée avec toi et cet ami très tactile, très gentil qui faisait des crises dépilepsie et qui a dû mourir assez vite, je crois que tu me l’avais dit. Evidemment cette soirée a ramené aussi dès le début Rimbaud — et tous les Allemands dont tu parles (bien sûr…) T’embrasse mf, YN 

« Curieusement, les Allemands ont repris cette vieille expression yiddish, née au 19ème siècle.
Glücklich wie Gott in Frankreich ! 
Mais pourquoi donc Dieu serait-il heureux en France ?
Saul Bellow, écrivain américain, avait son idée. La voici :
« Dieu serait parfaitement heureux en France parce qu’il n’y serait pas dérangé par les prières, rites, bénédictions et demandes d’interprétation de délicates questions diététiques. Environné d’incroyants, Lui aussi pourrait se détendre le soir venu, tout comme des milliers de Parisiens dans leur café préféré. Peu de choses sont plus agréables, plus civilisées qu’une terrasse tranquille au crépuscule »

« Mais le vert paradis des amours enfantines,
Les courses, les chansons, les baisers, les bouquets,
Les violons vibrant derrière les collines,
Avec les brocs de vin, le soir, dans les bosquets,
— Mais le vert paradis des amours enfantines, »


Labels:

Thursday, January 05, 2023

A cross the ocean


Cher Martin ! Mes meilleurs vœux pour toi et tes proches qui grâce à toi me le sont aussi…


Oui, sans le théâtre… c’est compliqué… Ce qui est compliqué, c’est que mes journées sont pleines… Tant d’informations toujours à gérer, tout me dépasse. Ce que je voudrais, si je ne fais plus de théâtre, c’est de faire ce que je veux, c’est-à-dire lire quelques livres encore avant de mourir, voilà ce que j’aimerais faire — et vivre encore plus pauvrement, oui, j’aimerais — et peut-être marcher, aller à pied, oui, j’aimerais… Et puis les rencontres, mais de qui ?

Bref, il me faudrait tout le temps, je ne demande pas moins… 

Mais c’est encore du rêve… Il faut que je trouve une ascèse… une bonté… Ne plus faire que rien, ne plus s'occuper que de rien. C’est très difficile… ou apparemment difficile, je ne sais pas encore...

Le temps compté et pourtant il faut chaque moment une nouvelle jeunesse. Dans un livre que j’ai trouvé et que j’ai lu et que je relis (moi qui en lis si peu) — que j’aurais pu écrire presque tout,  je recopie : « La vie est jeunesse ou n’est rien ». Je suis d’accord. 

D’ailleurs, voilà mon projet : trouver les bons livres (très rares, hélas, pour moi) qui donneraient le sens — par exemple : penser sans arrêt à la mort, ça aide. Ça m’a aidé gentiment aujourd’hui, en tout cas, avant peut-être pourtant déjà d’être débordé de mon présent... 

La phrase de Pascal : « Le dernier acte est sanglant, quelque belle soit la comédie en tout le reste. On jette enfin de la terre sur la tête, et en voilà pour jamais ».

Ou les poèmes « de la folie » d’Hölderlin que tu connais certainement. En bleu adorable, en français… In lieblicher Bläue...


T’embrasse (c’est si peu ce que je te dis, pardon), 


mfr, 


Yves-Noël




Thank you for your letter!


It’s funny you should be quoting Hölderlin and Pascal; I’m rereading Girard’s book on Clausewitz — which you might find a shade too dark! — and he talks about them (and H's “folly,” which RG understands as a deliberate withdrawal, almost in the way you describe yours: “demeurer dans le retrait de Dieu”) as two thinkers who accompanied him during his discovery of mimetic competition (in H’s case with Goethe, Schiller).


Also rereading Kleist, whom you know much better than I do, no doubt.  Odd feeling to revisit the heroes of one’s youth.  It’s comforting and a bit saddening at the same time: how many people are still reading those same lines?  All these writings are on their way underground, into the sands of time, to make room for today's self-importance and ignorance.  You’re right, had we but time enough and space, it wouldn’t matter….


Let me know what books you find.  I read too many student papers!


M.

Labels:

Wednesday, September 07, 2022

Mon frère, comment vas-tu ? Comment va ta famille ?


J’ai recopié tout à l’heure d’une interview d’un philosophe français, Tristan Garcia, un passage qui formule assez exactement ce que je ressens dans ma vie personnelle et professionnelle. C’est la question de la paix. Et, hélas, de la guerre. Mais la guerre ne m’intéresse pas. M’intéresse la paix. Que j’essaye de célébrer, de reconstituer, la vraie paix profonde et généreuse…


Je te l’a donne.


(C’est moi qui ait mis en gras les phrases que je m’approprie.)


« Je suis — dis-tu — d’un tempérament plutôt irénique, je n’aime rien plus que la paix et je souffre de ce que sa victoire est toujours à terme sa défaite.

— Oui, je suis comme beaucoup de gens un enfant de la paix européenne. D’une paix qui aura duré assez longtemps, qui touche peut-être à son terme. Je crois que mon tempérament et ma forme de vie est irénique, aime la paix, aime l’irénée, mais je souffre, en effet, du fait que plus personne ne désire la paix, c’est ce qui définit notre temps. Y a un désir de guerre, tout le monde, dans tous les camps, en quelque manière, veut la guerre. Pourquoi ? probablement parce que, lorsque la paix dure trop longtemps, elle finit pas être le nom de l’état-même des choses. Et étant le nom de l’état des choses, « paix » finit par désigner aussi « inégalité », « domination », « hypocrisie »… — et la paix finit par apparaître comme un mensonge. Et dans ces cas-là, régulièrement (comme chez Jünger, hein), la guerre redevient une figure de vérité : au moins les choses sont claires, les camps sont clairs, le conflit et la ligne-même du conflit apparaîtront. A gauche dans ma famille politique, à l’extrême-gauche, on a vu revenir le désir de guerre — je me souviens de voir la Contribution à la guerre civile des gens de « Tiqqun » —, désir de l’affrontement, de la vérité de l’affrontement. Or, moi, je ne crois pas à la vérité de l’affrontement, j’ai jamais cru à la vérité de la guerre. Mon grand-père paternel a fait la guerre, j’ai ce souvenir qu’il était impossible de lui faire raconter des récits de guerre. Ça a été un héros de guerre, en fait. Il a eu la croix de guerre qu’il a toujours cachée, qu’il n’a pas voulu avoir (c’est mon père adolescent qui a écrit pour qu’on lui remette la croix de guerre). Et j’ai souvent ce modèle en tête. C’est quelqu’un qui a fait la guerre, qui, je pense, a été extrêmement courageux, mais a fait en sorte de ne jamais tenir de discours qui la rendent désirable, toujours fait comprendre à ses enfants, à ses petits enfants, que, quand la guerre est là, il faut la faire, y a pas d’autre moyen, elle est là, c’est comme ça, c’est un fait, mais il n’y a pas à la transformer en quelque chose de désirable. S’il y a vraiment un type d’homme dont je méfie en général, c’est le type d’homme qui rend la guerre désirable. Etant de tempérament irénique, je vois bien que la guerre est là et qu’elle sera là de plus en plus, qu’il faudra la faire, faudra choisir son camp d’une manière ou d’une autre, mais je ne veux pas rendre ça désirable. Donc j’ai juste l’espoir, par la littérature ou par la pensée — même si, moi, je dois, comme chacun de nous, choisir mon camp (nous devrons choisir un camp et il faudra s’engager) —, j’ai au moins l’espoir de penser pour préserver cet espace irénique, à défaut d’un espace utopique, un espace où reconstruire la figure d’une paix désirable. Voilà. » 


Donc j’ai juste l’espoir, par les spectacles que je propose, j’ai au moins l’espoir de spectacles rêvés qui préservent cet espace irénique ; à défaut d’un espace utopique, un espace où reconstruire la figure d’une paix désirable. Voilà.


Yves-Noël



Labels:

Saturday, January 08, 2022

L 'Ami américain (broie du noir)


Je travaille, oui, ce mois-ci (et, après, plus rien) en Suisse (Neuchâtel) pour un stand-up intitulé Qui m’aime me suive et à Paris pour une pièce de danse avec cent personnes (reprise de l’an passé) intitulée Sur le Carreau. Reprise du spectacle d’après Baudelaire, aussi, intitulé Rester vivant. Mais nous sommes soumis à la progression du virus. Tout le monde l’attrape, mais ça semble moins dangereux qu’avant (si on est vacciné)… Des élections auront lieu au printemps… La gauche est détruite (six candidats qui ne seront pas au second tour), ce sera entre la droite et l’extrême-droite… Je viens de finir de lire le nouveau livre de Michel Houellebecq, je voulais te l’envoyer d’ailleurs (si tu avais envie de lire du français), mais je n’y arrive pas, la version piratée que j’ai a dû être désactivée… 

J’ai l'impression que, pour les enfants, c’est beaucoup, beaucoup plus dur que pour nous, notre jeunesse. En Europe, ça va peut-être encore, on peut encore peut-être s’illusionner, mais les Etats-Unis qui nous colonisent (c’est toi qui me l'avais appris il y a déjà bien longtemps), on a l’impression d’un désastre absolu — désastre donc promis à court terme… J’ai vu un film rigolo sur Netflix, Don’t Look Up (un film de gauche)… C’est vrai, ça doit être dur d’essayer d’aider des enfants… ses propres enfants surtout… Tu as bien du courage ! Aucun ne croit plus en Dieu ? Il me revient une citation de Chesterton : « Quand les hommes cessent de croire en Dieu, ils ne croient pas pour autant à rien. Ils se mettent, au contraire, à croire en n’importe quoi ». Il y a un tel éparpillements des désirs dont souffrent les enfants, les enfants arrivent à l’âge adulte sans volonté, sans force organique, sans l'élan vital… Je suis moi-même dans cet état, alors… Mais pourtant — nous y croyons encore — la solution, celle qui sauve, vient encore, vient toujours… sauf pour ceux qui se suicident (et ça augmente). Enfin, il faut des livres et des livres pour dire ce qui se passe — et ces livres existent, mais ils ne les lisent pas… Il faudrait que le monde attaque un peu moins pour qu’ils puissent s’intéresser à quelque chose. C’est pas parti pour. 

Tu sais ce que j’aurais envie de te dire, nous sommes séparés par tant d'océan, c’est que je vais prier pour tes enfants. Il y a bien longtemps que je n’ai pas fait de prière... et pourtant c’est l'intention que j’ai quand je suis, comme ce soir, dans ta proximité — comme je suis toujours —, dans ta protection.

Je t’embrasse chaleureusement et Monica et les gosses !

Merci pour les photos où vous êtes tous beaux, même toi !

Yvno




*



Ah, c’est compliqué, la politique… et rien, en même temps. Ça prend la place du réel. Mon conseil : essaye de ne pas te laisser piéger dans un camp (et les autres, c’est des cons). Partant de là, c’est vrai que j’ai du mal à apercevoir ton intérêt pour Trump. C’était mieux avec lui ? Moi, je ne vois qu’un milliardaire vulgaire qui donne aux riches et prend aux pauvres. Je ne vois pas ce qu’il y a de new et d'exaltant là-dedans. Je vois que le peuple adore les dictateurs. En Russie, un ami qui y est en ce moment me dit qu’ils adorent tous Poutine. Faut le faire, quand même… Enfin, j’ai du mal à comprendre ça, que l’Histoire se répète comme ça. En France, notre plus grand boucher a été Napoléon et il est adoré (mon grand-père l’adorait). J’aperçois peut-être quelque chose de ta pensée quand tu parles du « shift from identity to freedom that the new right in the US is trying to articulate ». La liberté, c’est un mot qui me parle ! Mais — et Dieu sait si je pense que la gauche à tort — je n’aperçois pas Trump apporter une quelconque liberté ! 

Zemmour, on évite d’en parler, ici (je veux dire dans les familles, parce que les médias n’arrêtent pas...) C’est pareil que Trump, en effet. Il n’est pas antisémite, je ne crois pas, étant Juif lui-même (d’Afrique du Nord). Zemmour est insupportable, ça fait des siècles que je le vois à la télé et il a toujours été con. Mais, comme tu es gentil, je vais te citer deux choses qu’il a dites que j'ai trouvées intelligentes. (Certaines nuits d’insomnie, YouTube m’envoie des extraits d'anciennes émissions de télé qui défilent comme ça sous mes yeux « éveillés », haha !) La première, c’était un débat où il était opposé une fois de plus à une féministe et il lui a dit à un moment : « Mais croyez-vous vraiment que vos mères et vos grand-mères aient été plus idiotes que vous ? ». Pour moi, cette phrase sonne juste… La deuxième chose qu’il a fait remarquer, c’est que le patriarcat s’est mis à décliner à partir de la guerre de 14. Les hommes sont revenus en disant : « Si c’est ça, être des hommes, participer à une telle boucherie, on ne veut plus être des hommes… » Là aussi, j’ai trouvé ça juste. (Il se trouve aussi que les femmes, pendant que les hommes se faisaient massacrer, s’étaient mises à travailler.) Je pense que le patriarcat avait déjà commencé à décliner avant la guerre de 14, de moins en moins de duels, par exemple, Marcel Proust s’est encore battu, mais c’est l’un des derniers et les femmes ont eu plus de liberté sociale à partir du moment où elles ne sont plus mortes en couche, etc. Bref, je pense que les changements d’organisation sociale proviennent de mouvements plus profonds, plus lents, plus violents, plus vastes, plus sérieux, plus mystérieux que les enjeux politiques. Pour moi, si la politique se taisait, ce serait mieux. C’est là que vont mes prières. Surtout, pour moi, si la politique s'arrêtait de promettre mieux. Pour moi, les combats politiques ne servent qu’à amplifier l’enfer, renforcer l'enfer. Comme le dit le proverbe français : « L’enfer est pavé de bonnes intentions ». Jamais le bien, toujours le mal. Est-ce que Jésus ne parle pas comme je le fais maintenant ? Je le pense. Je ne trouve pas de contre-exemple… Si, Vladimir Jankélévitch — que j'aime beaucoup — pourrait m'en apprendre...
Les militants, disait Duras, ne doutent pas. Je te souhaite de ne pas devenir militant. Ce serait la fin des haricots. Enfin, j’ai beaucoup d’amis militants, mais, heureusement, ils ne sont pas seulement militants. Ce sont des personnes à part entière, c’est-à-dire des poèmes, des mystères. Mais, dès qu’ils se mettent dans leur littéralité de militant, leur dogmatisme, leur bêtise, leur binarisme, j’essaye de me dégager, d’en rester au poème vivant. Je comprends, certes, leur folie car nous sommes tous fous, mais il y en a de plus dangereux que d'autres...
Il n’y a pas de manifestations à Paris en ce moment, à ce que je sache. Les « demonstrations every week-end » dans le centre des villes datent d’avant le virus.
Mon conseil, encore une fois : surtout pas de politique ! S'en détacher. Et lire, lire beaucoup, partout, sur tout, essayer de comprendre. Tchekhov lui aussi très emmerdé par les militants qui lui reprochaient de ne pas s’engager dans ses écrits (ces révolutionnaires responsables ensuite de la plus grande horreur créée sur terre (qui n’est pas fini !)) disait dans une lettre : « Il faudrait quand même que les gens qui écrivent, en particulier les artistes, réalisent que, du monde, on n’y comprend goutte. » Et le psychiatre français Boris Cyrulnik dit la même chose : « Moins on a de connaissances, plus on a de convictions ». Délivrez-moi, mon Dieu, de mes convictions ! Et, attention, Martin, pas de prosélytisme, si tu peux, jamais, jamais… Sorry, j’ai impression de t’avoir déjà envoyé cette lettre (mais c’est que tu te répètes aussi un peu). Rimbaud :  « Des humains suffrages, / Des communs élans / Là tu te dégages / Et voles selon. » 
Bon vol !
Je t’embrasse, mfr, en ce samedi, 
Yves-No

Labels:

Thursday, December 17, 2020

L e grand Trompeur


Ahah ! 

Tu m’en bouches un coin, ce matin (du 17, en effet)

M’avouer que tu es une famille supporteuse de Trump ! Rien ne pouvait plus m’amuser, ce matin ! Je vous imagine bras dessus, bras dessous allant voter pour Trump ! Et même, je vois, tu imagines, comme lui, qu’il y a eu des fraudes (malgré les multiples recomptages)... Vu de France, chéri, ça fait rire. Il est vrai que les Etats-Unis, vu de France, ça fait un moment que ça fait rire. Ça me fait rire, en tout cas. Bref, tu me plais beaucoup !

Mais tu me plaisais déjà avant ce merveilleux aveu 

Et ça m’aide à relativiser ma haine contre le « politiquement correct » : il y a plus fort que moi : mon ami Martin ! 

By the way, notre président est positif lui aussi ce matin 

J’ai fait un très beau spectacle en Suisse, on a eu de la chance, juste avant la fermeture des théâtres. Intitulé C’est le silence qui répond, un titre inspiré par Albert Camus… Maintenant, je cherche à faire quelque chose à Paris, dans un grand lieu (photo), le Carreau du Temple…

Je retiens ma mère d’aller en maison de retraite (mon frère pousse) parce qu’en ce moment les maisons de retraite sont des prisons (même si l’autorisation des sorties pour Noël vient de réapparaître)

Mais ma mère est — peut-être — mieux qu’elle n’a jamais été. A mon avis, elle n’a jamais, de sa vie — ou peut-être par très petites lucarnes — été au présent, toujours en représentation (c’est peut-être de là que mon goût pour le théâtre me vient). Et, là, elle me touche, on va se balader, on regarde les terrains de foot, le coucher de soleil et elle regarde le coucher de soleil et elle le trouve beau et indéniablement elle est au présent, elle le regarde vraiment, elle le voit, je le sens, main dans la main. Pas tous les jours aussi présente, bien sûr, mais c’est quelque chose que lui donne la maladie, un progrès indéniable, une découverte, une naissance… (il n’est jamais trop tard)

Je retourne à Nantes demain

Je voudrais aller aussi à Trouville (côte normande) pour le réveillon, j’ai deux amis à Paris qui se trouvent avoir des appartes là-bas, ça devrait donc se faire… Trouville, c’est Marguerite Duras, tu sais (tu te souviens ?)

Claude Régy est mort cette année (mais j’ai dû te le dire déjà…) Il avait vendu il y a quelques années la maison où tu avais vécu un moment (à des Anglais)

On peut de nouveau circuler, ici

Hier, mon ami-sur-place (toi, tu es l’ami pas-sur-place), m’a invité pour mon anniversaire dans un restaurant clandestin, à l’arrière de Montmartre, une cave restée ouverte pour les habitués, on y entre par derrière, par une entrée d’immeuble… Ça fait nettement penser à l’occupation (des Allemands à Paris) ou à la prohibition (de Chicago) vues et revues dans tant de films... C’était très sympathique, en tout cas, on a bu et manger du lapin

Après, il fallait sortir, parce, que, depuis deux jours, il y a de nouveau le couvre-feu, ici, à partir de 8h du soir 

On est sorti promener le chien (de l’établissement, un vieux bouledogue très intelligent, un vieux sage dégoûtant) en essayant d’éviter les flics, mon ami et moi et, quand on s’est séparés, j’ai rasé les murs (mais j’habite pas très loin, comme tu le sais)

Tiens, j’écoute, en t’écrivant, Prefab Sprout (je ne connaissais pas, mais c’est Philippe Katerine à la radio qui en parle)

Je te donnes en pièce jointe — pour Noël — une nouvelle de Tchekhov (traduite en français, tu la trouveras probablement en anglais), L’Etudiant, une des plus belles choses que j’ai lue

Je t’embrasse, mfr, et toute ta petite famille, 

Yves-Noël

Labels: